‹ Mémoires de BrandesChapitre 79 sur 97 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Désordres domestiques. — Visites nombreuses. — Repas dispendieux à mes dépens. — Calomnies. — Vols,

Malheureusement une foule d'accîdens contribuèrent à ma ruine. Mon domestique, que j'avais surpris une fois commettant un petit vol , mais qui , après avoir obtenu de moi son pardon , parce qu'il se repentait sérieusement , m'était demeuré très attaché et très fidèle , attrapa un refroidissement , tomba malade et mourut. J'avais renvoyé depuis

peu la servante , parce qu'elle avait une conduite très légère,* de sorte que ma cuisinière, femme honnête et sûre , était restée seule pour nous servir ; elle fut à son tour attaquée d'une fièvre maligne , et je me vis obligé de confier notre ménage à des étrangers , qui virent bien qu'étant seul, il m'était impossible de tout surveiller , et profitèrent de l'occasion pour s'enrichir à mes dépens.

A tout cela se joignirent encore les frais énormes occasionnés par les visites nombreuses des vrais ou des prétendus amis de ma fille malade; frais qui m'étaient d'autant plus à charge , que nos appointemens avaient cessé en quittant le service de Schrôder. J'en parlai à ma fille , qui , prenant l'économie que je proposais d'apporter dans nos dépenses pour une parcimonie exagérée, persista à dire qu'on devait régaler le mieux possible toutes ces visites; et, pour éviter toute altercation, je fus obligé d'obéir. PI usieurs de ces faux amis se trouvaient fort bien de ces arrangemens, et étaient assez malhonnêtes pour abuser quelquefois jusqu'à l'excès de la bonté de ma fille et de ma sollicitude à remplir ses intentions. Au reste, ce qu'ils ne gaspillaient pas était volé par mes fripons de domestiques ,

qui mettaient leurs larcins sur le compte de ces parasites.

La durée de ces dépenses outrées , et la diminution visible de mes provisions dans ma cave, m'obligèrent enfin de penser à une certaine économie , ne croyant pas par là déplaire à ma fille. Je signifiai donc à mes domestiques de donner sans hésiter, et sur-lèchamp, à M. H... , et à quelques autres personnes que je nommai , tout ce que ma fille ordonnerait ; mais de présenter le soir au reste des convives insatiables , dont le nombre croissait chaque jour , seulement des mets froids et du vin ordinaire. Ma fille s'aperçut aussitôt de cette disposition , devenue nécessaire ; et non seulement elle me témoigna son indignation en présence de plusieurs de ses amis, mais elle insista absolument pour que tout restât dans Félat où il avait été jusqu'à ce jour ; et cela sans aucune restriction. Comme , pendant sa maladie , elle était beaucoup plus sensible que de coutume, et que le moindre chagrin empirait son mal sur-lechamp , je fus obligé, pour la ménager et pour éviter tous reproches ultérieurs , de laisser régner à leur gré ces parasites effrontés, qu'elle protégeait ouvertement , et qui fai-

saient à peine attention à moi , parce qu'ils connaissaient l'ascendant de ma fille sur mon cœur. Les dépenses ordinaires, depuis quelque temps , augmentaient de jour en jour, et chaque soir je voyais ma bourse se vider, quoiqu'elle fût assez bien remplie.

Les plus vils de ces prétendus amis de ma fille, qui avaient été fort mécontens en apprenant mon projet de réforme, répandirent dans la ville que, par un intérêt sordide, je laissais ma fille manquer de tout , que je ne lui accordais point d'argent pour ses menus plaisirs, et que je refusais même de payer les médicamens qui lui étaient nécessaires. Le premier reproche se réfute de lui-même, d'après ce que je viens d'exposer; quant aux autres, ma fille pouvait toujours disposer à son gré de ma bourse, sans toucher à ce qu'elle recevait de moi tous les trimestres. J'avais outre cela l'habitude, lorsqu'elle me demandait de l'argent, de lui en donner sans compter, à moins qu'il ne s'agît d'une somme déterminée. Pour ce qui est des médicamens, depuis la mort de Charlotte, je les payais comptant en remettant la recette, parce que j'avais découvert dans les anciens comptes des apothicaires, comptes qui remplissaient des feuilles

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