‹ Mémoires de BrandesChapitre 80 sur 97 · TOME II · texte numérisé non relu

TOME II

entières, que mes gens, et même des étrangers^ avaient profité du crédit qui m'était ouvert, pour se procurer sans frais les médicamens dont ils avaient besoin.

Mais le public, n'étant pas instruit de tous ces détails, croyait les calomniateurs qui répandirent encore un plus abominable mensonge : ils supposèrent que ma fille, à qui j'ai pu donner des conseils, mais jamais un ordre, avait été forcée par moi, l'année précédente, lorsqu'elle se trouvait déjà dans un état un peu maladif, à chanter continuellement, et à remplir ses devoirs au théâtre; que la dureté de ma conduite était la véritable cause de sa maladie actuelle , et le serait peut-être même de sa mort.

C'est pourquoi je devins odieux à toutes les personnes qui avaient entendu ces accusations infâmes, et qui ne me connaissaient pas assez pour savoir la vérité ; il y en eut même quelques unes qui me traitèrent avec un mépris sensible.

On ne se contenta pas de ces calomnies, mais on chercha encore à m'enlever ma fortune. Presque chaque jour il disparaissait de ma chambre quelque objet de valeur, entre autres un diamant assez précieux* Je fis cou-

naître ce vol aux juifs, aux orfèvres, et je le publiai même dans quelques journaux , mais infructueusement. J'aurais bien voulu éloigner les misérables que je soupçonnais avec vraisemblance de ces vols , et leur interdire la vue de ma fille ; mais Minna était , comme je l'ai déjà dit, tellement prévenue en leur faveur, que sans doute je l'aurais extrêmement irritée contre moi , en prenant ce parti ; de plus, cela pouvait empirer son état déjà bien dangereux, et prêter une apparence de vérité aux accusations de ces imposteurs. Je fus donc obligé de patienter, et d'attendre un moment plus favorable pour purger ma demeure de cette canaille , sans m'exposer ni à aucun danger ni à aucun reproche.

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