TOME II. 2 G
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temps , dans le sac qui était auprès de son lit. Je vis avec peine le desordre extrême qui régnait dans sa chambre ; je me rappelai le passe , et tout ce qui était arrivé pendant sa maladie et à sa mort ; je prévis qu'on pouvait avoir abusé de sa bonté et de sa grande faiblesse. J'allai donc examiner jusqu'à quel point ses amis intéressés avaient poussé le manque de délicatesse. J'ouvris tous les tiroirs les uns après les autres, et, de toute sa richesse en linge et en parure , je ne trouvai rien autre chose que de vieilles hardes usées et des bagatelles insignifiantes. Elle avait une parure en diamans, qui , l'année précédente, au jour de sa fête, lui avait été envoyée en présent par le généreux négociant H..g..n, et plusieurs autres de nos riches Mécènes ; une bague de diamans qu'elle avait reçue du duc de Courlande , et que depuis quelque temps j'avais fait monter et agrandir pour lui causer une agréable surprise ; enfin plusieurs autres bagues de prix , des tabatières d'or , de grandes médailles , des montres , et en général une grande quantité de choses précieuses amassées peu à peu : mais les tiroirs où tous ces objets devaient se trouver étaient vides. J'ouvris ensuite aussi les autres, sans
trouver rien autre chose que quelques étuis et des bagues insignifiantes ; deux montres , qui heureusement pendaient encore au-dessus de son lit, et une bourse avec quarante ducats danois environ. La garde- robe seule était restée intacte, probablement parce qu'on n'avait pu l'emporter aussi aisément que le reste. Je cherchais encore dans tous les coins , m'informai dans toute la maison; mais personne ne put me donner aucun renseignement sur ce point extrêmement essentiel. A la fin, je m'avisai d'en écrire à H... , qui, ayant été presque toujours auprès de la malade, pouvait en avoir connaissance. Il me répondit qu'il était encore trop pénétré de douleur pour songer à de pareilles choses ; mais que si je voulais m adresser à lui le lendemain , il pourrait me donner différens éclaircissemens qui seraient nécessaires. Je me rendis donc chez lui, et H..., après que je l'eus questionné à plusieurs reprises, me dit d'un air affligé qu'il avait souvent avancé des sommes considérables à ma fille pendant sa maladie , et que celle-ci, avant sa mort, se ressouvenant avec reconnaissance de tous les soins qu'il lui avait prodigués pour augmenter son instruction musicale (soins qui étaient restés
sans récompense) ; et que , craignant en même temps qu'après sa mort je ne refusasse d'acquitter des dettes dont elle reconnaissait la validité (c'est ainsi qu'était conçu l'acte de donation dont je vais parler tout à l'heure), elle lui avait donné préalablement sa grande bague de diamans, une tabatière d'or (i) , et son forte-piano; trois choses pour lesquelles elle avait fait dresser et lui avait fait remettre un acte formel de donation, dont on me délivrerait copie si je la demandais ; que , pour plus de sûreté , elle lui avait donné en gage son collier de diamans et quelques épingles précieuses , qui me seraient rendus lorsque j'aurais livré le fortepiano, et reconnu la validité de l'acte de donation ; que, quant au reste des tabatières, bagues, montres et médailles, il ne pouvait me dire ce qu'elles étaient devenues. « Il est possible , dit-il , que , faute d'arg ént (quelle accusation odieuse ! ) , elle ait vendu tous ces bijoux, ou quelle les ait donnés à quelque autre de ses amis. » Cette nouvelle preuve de l'indifférence de ma fille pour moi, mettait,
(i) ha même tabatière qu'elle avait reçue du prince héréditaire de Danemarck.
pour ainsi dire , le sceau à toutes les mortifications et à toutes les injustices que j'avais jusqu'alors essuyées de sa part. J allai consulter quelques jurisconsultes sur cette affaire importante; mais je trouvai peu de consolations. Tous déclarèrent la donation valide , parce que ma fille avait gagné sa subsistance en société avec moi; ce qui lui donnait le droit de disposer librement de son bien ; que si je voulais ménager la réputation de ma fille, et m'épargner les frais d'un procès que, selon toutes les apparences, je devais perdre, il fallait reconnaître la donation; et comme, pour le reste des choses qui me manquaient, et qui avaient été ou volées ou données , je ne pouvais poursuivre personne , il fallait me taire , et supporter patiemment cette perte considérable , que je pouvais évaluer à six mille marcs , en y comprenant la donation et ce qui m'avait été enlevé depuis quelque temps.
Ma fille fut enterrée huit jours après, avec tout le cérémonial et toutes les convenances exigées, dans le village deNienstàden , à deux petites lieues de Hambourg, suivant l'ordre qu'elle en avait donné peu de temps avant sa mort, non pas à moi, mais à H.... : Z...i?
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A...seh , et quelques autres acteurs qui accompagnaient l'enterrement, la portèrent au tombeau. Plusieurs amis de la défunte , qui étaient venus de Hambourg et d'Altona , jetèrent des fleurs sur sa tombe ; et , dans la suite , presque chacune des personnes qui l'avaient connue , en visitant cet endroit, situé dans une contrée fort agréable, accourut auprès de son tombeau consacrer quelques instans à sa mémoire.
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