‹ Mémoires de BrissotChapitre 24 sur 86 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Linguet. — Accueil qu'il fait à BriBSOt.] — Il l'engage à travailler à son joumaL — Lettre de Linguet. — Béception de Laharpe à l'Académie. — Critique de Linguet à ce sujet. — Le Ubiaize Panekoucke. — Litrigue académique. — Épigrammes de Linguet. — Suard et Labarpe font supprimer son jotimaL — La reine essaie en vain de le protéger auprès de liouis XYI. — Il quitte la France.

Pendant que je travaillais chez un procureur, Linguet remplissait la capitale et la France du bruit de son nom. C'était le temps de ses combats avec son ordre, avec Gerbier, avec rAcadémie. Linguet était homme de lettres, et Gerbier ne l'était point; Linguet était pei'sécuté, et annonçait un caractère fier, indépendant, ennemi de toute espèce de despotisme. Je devins bientôt le partisan le plus forcené de Linguet. Je brûlais ^ de le connaître; je lui écrivis, il m'accueillit et me fit valoir son accueil, a A l'âge où vous êtes, me dit-il, je recherchai les m maîtres en littérature et ils me reçurent avec hauteur. » Je lui demandai des conseils pour suivre le barreau ; je lui parlai dés longues études du droit public. 11 me sourit ; « Cula tivez, me dit-il , votre raison , vos talents, vous trouverez, « toujours des livres. Ces études ne servent qu'à rendre Té- « crivain lourd , stupide. » J'entendais l'espagnol, il avait traduit des comédies dans cette langue, il me prêta des originaux. Je lui montrai le plan d'un théâtre étranger, anglais, italien, espagnol, allemand. Linguet y vit Télan d'un jeune homme dévoré par une prodigieuse activité , et par le besoin de la célébrité. 11 le modéra sans le décourager; je lui dois la justice qu'il me montra de l'intérêt, qu'il voulut même m'obliger en m'attachant à son Journal de Politique et de Littérature, qui lui faisait tant d'ennemis, et j'aurais alors cherché des ennemis, loin de les éviter. Sa bonne volonté ^ devint impuissante^

1 La lettre solyaute de Linguet à Briisot indique l'espèce d'intézèt que ctA

Ce l'ut par suite des intrigues de Tintolérante vanité de quelques-uns de ces spéculateurs en philosophie, si peu dignes du beau nom de philosophe , que Linguet perdit son journal et se décida à s'expatrier. Nous avions assisté ensemble à la réception de Laharpe à TAcadémie ; Fauteur de Mensikoff y entrait entre Arnaud et Suard, et tout chargé d'une pluie de sarcasmes etd'épigrammes*; c'était, il m'en souvient.

écrivain alors si. célèbre prenait an jeune deic de procurenr, et ptonve qae ]a persécution qu'il éprouva , xelatiTement à son journal, remontait à la nominati->a de Laharpe à l'Académie.

c Je réponds à votre polyglotte , monsieur, avec ma langue toute naturelle. Je serais fort embarrassé à parler comme vous tout à la fois celle du Tibre et du Mançanarès. Je ne suis pas étonné que vous ayez tant de d^ût pour les sublimes occupations de Vordre^ et que vous ne vous plaisiez pas dans une étude de procureur.

c Je ne pourrai cependant jamais prendre sur moi de vous pousser au penchant où votre cœur est enclin , et de voup conseiller cette malheureuse littérature. Cestune vraie sirène, elle perd tous ceux qu'eUe séduit, à moins qu'ils n'aient, comme nos écrivains du jour, im front d'airain , un cœur encore plus dur, et un esprit souple dans la même proportion. Tàtez-vous : si vous ne vous trouviez pas ces parties-là ainsi conformées, ne soyez pas littérateur ; vous vous en repentiriez ; vous maudiriez cent fois dans votre vie le jour où. vous seriez entré dans eette affreuse carrière.

« Je regrette d'avoir été privé du plaisir de voir M. Q-uillard, qui apparemment a les mômes inclinations que vous, et que le talent ne sauvera pas plus que vous des déboires attachés à la culture des lettres , s'U s'y applique sans les préliminaiiee que je viens de vous détailler. Je serai enchanté à mon retour de faire comtaissance avec lui. Je pars pour Yersailles, ensuite pour aller passer deux jours dans le voisinage, à la camx)agne. Dès que jeserai arrivé, j'aurai l'honneur de vous renouveler l'assurance des sentiments que je vous ai voués.

c Je ne vous parle pas de'la lettre sur le Shakespeare^ nous en causerons. D'ailleurs il y a bien du changement dans l'affaire du journal. On fait une affaire d'État de la critique du dioix de l'Académie prostituée au Hapula. Le ministère s'en mêle : et puis, soyez littérateur sans être vil. Je vous embrasse,

LiNGUKr. »

1 L'abbé Arnaud s'est distingué dans la querelle des Gluckistes et des Picclnistes ; il était de l'Académie française et de celle des inscriptions. D a écrit quelques fragments sui Platon, sur Apelles et sur Catulle, des dissertations sur la musique des anciens , et des pamphlets en faveur de la musique allemande , qui ont été recueillis en 1808. Arnaud était mort en 1784. Suard, qui n'avait guère plus de titres vraiment littéraires qu'Arnaud, avait précédé Laharpe à cette académie, où l'auteur de Wandck avWt du moins acquis le droit de s'as-

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un beau jour du mois de juin; et malgré la chaleur, tout ce que la secte encyclopédique avait de plus brillant faisait cortège à cette ovation de l'un de ses coryphées. D'abord un discours bien longuement et bien impertinemment ennuyeux du nouvel élu, auquel Marmontel, pour n'être pas en reste, répondit d'une manière aussi pédante et aussi ennuyeuse; puis un chant mortel de la Pharsale, et enfin un de ces inévitables éloges du grand prêtre d'Alembert en l'honneur de son amie mademoiselle l'Ëspinassé, morte quelque temps auparavant en odeur de philosophie et dans les bras du bel esprit*. Tout cela n'était pas seulement long, froid, emphatique et soporifique^ mais encore souverainement ridicule et déplacé. Ces petits grands hommes, leurs encensoirs à la main, louant les rois, les reines, les ministres, les morts, les vivants et eux-mêmes, avaient quelque chose des marchands d'orviétans débitant leurs drogues sur la place publique. A voir cette complaisance d'applaudissements les uns pour les autres, ils me paraissaient tous complices de leur réciproque nullité. Parmi tant de petits littérateurs, il y avait, selon moi, de l'injustice à Fréron de n'avoir appliqué qu'à Laharpe seul le surnom de Bébé littéraire. Il est vrai qu'il n'y avait personne en France, même à l'Académie, auquel la

Le jonr qa'ArnAnd fat de l'Académie ,

La r&pinasse, en riant du snccèB ,

Disait partout : Gr&oe à mon industrie ,

Voilà déjà, deux grands hommes de faits.

A qui donner la idaoe du génie

A r avenir? H nous reste Snard.

Bien lourd, bien froid, comme monsieur OaiUard

Et quand enfin la noble compagnie,

Partant d'affronts sera bien endurcie

Au déshonneur, il nous faudra peu d'art

Four y glisser Laharpe et MéUmle,

Laharpe ne fut reçu qu'en 1776 et cette épigramme est de 1771 ; a cette époque (ïaÛlaid n'avait pohit eneore publié son Sittotre de la rivalité d; la Franc et de ^Angleterre qui doit le placer au premier rang de nos historiens. (M.)

1 Dans réloge de Sainte-Foix, prononcé à r Académie, il y a un petit paragraphe en l'honneur de M°c rEspiaasse. (M.)

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petite stature, la petite vanité et la petite colère du nain du roi de Pologne pussent être plus naturellement comparées. Dans cette séance , tout ce qui avait si vivement éhoqué mon esprit impartial et sans prévention n'avait pu échapper à l'observation de Linguet, qui , comme moi , n'était pas étranger aux hommes et aux choses. Son journal reproduisit bientôt sa pensée, et en fouettant Laharpe avec tous les délices de sa haine, il n'épargna pas la satire et l'ironie au reste des académiciens. Il y eut bientôt une grande rumeur. Avoir critiqué l'auteur de Mélanie, son discours et ses vers, avoir jugé le jugement de ses confrères, c'était un crime que la philosophie des philosophes ne pouvait supporter. Les académiciens, en nommant Laharpe à l'académie, avaient agi avec- conscience et discernement, car ils étaient infaillibles aussi bien qu'immortels. Laharpe souleva avec beaucoup d'adresse l'amour-propjie de Nivernois et de Duras; et dans cette querellé de gens de lettres, les deux hommes de qualité s'avisèrent de se regarder comme solidaires *. Us intriguèrent près de Mirosménil; Suard, beau-frère de Panckoucke, intrigua de son côté près du libraire, et le libraire, qui vendait de l'esprit comme une marchandise à la livre , pensa que celui de Suard ou de Laharpe vaudrait mieux, parce qu'il serait moins léger; par les tracasseries qu'il.suscita et aida le garde des sceaux à susciter à Linguet^ il le força à aban-

1 Le duc de Kirernois avait remplacé MassiUon à l'Académie française. Cétait mi grand seigneur, renommé par sa magnificence et son esprit. On parla boiaconp dans le temps de Téclat et du snocës de son ambassade à Londres , à riesue de laquelle il fut appelé à l'Académie des inscriptions et bdles-lfittreB. Oe n'était pas seulement en qualité de grand seigneur qu'U avait été choisi ; Niremois possédait des titres Htt^uires. Arrêté par l'ordre de Ohaumette, et rendu & la liberté après le 9 thermidor, il se consola de la perte de sa fortune par rétude des lettres ; et, deux ans avant sa mort, arrivée en 1798, il publia huit volumes de ses œuvres : on y distingue du moins quelques pièces de vers ingénieuses et des fables écrites avec naturel et simplicité. — Le duc de Duras avait servi eu ItaHe , et commandé en Bretagne lors des troubles qui firent naître Taffaire de la Ghalotais ; mais il n'a rien écrit. C'était en qualité d'homme de la oour, et non d'homme de lettres , qu'il siégeait à l'académie. (M.)

donner son journal. Ils eurent à ce sujet de très-vives discussions pécuniaires.

Ce Panckoucke était une espèce de Turcaret littéraire, courtisant les grands écrivains dont le talent pouvait servir à sa fortune, et se formant une cour de petits auteurs qui cherchaient à faire fortune par son moyen. Il se laissait adresser les épîtres et les dédicaces des ouvrages qu'il imprimait , et faisait composer des ouvrages qu'il dédiait aux ministres , comme s'il en eût été autre chose que Timprimeur. C'est ce qu'il fit de la traduction de YArioste, qui est de Framery, et qu'il adressa à Yergennes*. Par ce moyen et par d'autres, il était bien venu du ministère : aussi, lors de la publication de l'Encyclopédie, obtintril sans peine une défense à tous les journaux d'en parler, soit en bien, soit en mal, parce qu'il s'imaginait que les éloges ne feraient pas tant de bien que les critiques ne causeraient de mal. En effet, on croit plus facilement à la critique qu'on n'ajoute foi aux louanges.

Linguet, qui n'était pas d'humeur à montrer beaucoup de complaisance pour un aussi petit monseigneur, et qui ne se sentait pas fait pour se soumettre à ses caprices , soupçomiait déjà l'envie secrète qu'il avait de se débarrasser de lui. Avant même la levée de boucliers dont le choix académique fut le prétexte, ce n'était pas la faute de Panckoucke si le journal n'avait pas été enlevé au rédacteur *. Linguet a su le secret de toutes ces intrigues par M. Lenoir, le lieutenant de police, qui inculpa aussi d'Alembert; il sentit bien qu'il y avait làdessous plus qu'une vengeance d'amour-propre, mais une spéculation à son détriment ; et le public n'en put douter

1 La tzadactlon du Tause, ec non oefne de TArtoste, a été dédiée par Fantenr au comte de Yergennes. Il a composé celle de YArioste en oompagnio avec Framery ; mais rien ne prouye que celm-ci soit Fantenr unique de cet ouvrage qui porte le nom des deux traducteurs. Framery était rédacteur ayec Ginguené de la partie musicale de V Encyclopédie ; on lui doit diverses productions qui traitent de l'art musical et de l'art dramatique ; il a composé plusieurs opéras oubliés. Il est mort en 1810, pendant qu'il travaillait à mettre en musique son opéra de Médée^ qui venait d'obtenir le prix destiné aux drames lyriques. (M.)

2 Dans les Mémoires historiques sur 8uart et le dix-huitième siècle, M. Garât jnge Panckoucke d'une manière toute différente. (M.)

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quand on yit Laharpe et Suard institués les héritiers de celui qu'ils Tenaient de dépouiller.

Ah! doit-on hériter de oeoz qu'on aHsawrine!

Il n'y eut qu'une opinion sur cette conduite aussi noire de la part de Panckoucke que de ceux qu'il s'associait. Dans le monde^ comme dans les journaux, on appela cela une infamie. N'était-il pas odieux de voir Laharpe se plaindre si fort des attaques de Linguet, quand lui-même Tavait plus d'une fois critiqué dans son Mercure? Ce n'était point par des coups d'autorité que Linguet lui avait répondu , mais par deux ' épigrammes, les seules peut-être qu'il ait faites en vers, et ' dont l'une me revient à l'esprit :

HonsifiTir Laharpe , en son Mercure , '

Blftme le fea de mes écrits : I

Honsienr Laharpe, je tous jure,

D'nn défaut de cette nature

Vous ne serez jamats repris ;

Et s'il mo prend un jour enrie

D'abandonner cemauTais ton,

Four bien refroidir mon génie ,

J'étudirai TimoUon,

Wanoidt, Guttave et Mêlante 1.

1 Yoici l'autre épigramme, intitulée le Journaliste :

Qu'Mt-ce que c'est qu'un journaliste?

Disait une femme d'esprit.

En est-ce un que ce froid copiste Qui, sur un ton pédant et triste, Va dénigrant tout bon écrit.

Et se rend le panégyriste Des auteurs doift le public rit ?

^ Oui, c'en est un, je tous assure, TJn des bons , des plus en crédit.

~ Ahl j'entends. En littérature B est ce que, dans la nature , Est un yer odieux, qui vit.

En se roulant sur la rerdure D'un bel oranger qu'il flétrit Et qui souille par son ordure La feuille dont il se nourrit.

Linguet s'est xarement amusé à faire des Ters, et quand H faisait dea épi

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L'impression que cette intrigue académique produisit sur les esprits fut générale^ et ceux qui y semblaient le moins disposés s'intéressèrent à la cause du proscrit. Quoique protectrice de Laharpe, qui tenait déjà de sa faveur la pension dont avait joui Dubeîloy, on vit la femme de Louis XYI prendre parti pour Linguet, et vouloir lui faire restituer sa propriété. Il est vrai qu'elle y mit cette légèreté qu'elle a portée dans toutes les affaires. Le Journal poUHquie lui plaisait parce qu'il était satirique et médisant, qu'il l'égayait parfois et ne la blessait jamais. Pourvu qu'il ne s'attaquât point à d'augustes personnages^ tels qu'elle et le roi^ qu'importait ce que disait ou ne disait pas son rédacteur? — Louis XYI lui répondit, sans doute, que cela importait beaucoup à toutes les personnes qui, pour n'être pas de grands personnages, n'en tenaient pas moins à leur réputation. Et comme on lai avait peint Linguet sous les traits d'un impudent Zoïle, d'un Arétin effronté, s'en prenant à la fois au trône et à l'académie, la bonne volonté d'Antoinette fut perdue. Linguet, alors réfugié à Bruxelles, se transporta en Angleterre, où il fonda ses fameuses Annales, dans lesquelles il versa à pleines mains la colère et la vengeance sur tous ses ennemis.

Au commencement de la révolution , Linguet, rentré en France, pensa à faire valoir les droits qu'on lui avait ravis; il annonça qu'il allait en demander la restitution et une indemnité pour les i 0,000 livres de traitement qu'on lui devait, en vertu d'un contrat passé en bonne forme, et dont il avait été privé par Panckoucke sur un simple mot d'ordre de Vergennes ou de Mirosménil. Il répondait ainsi à un article du Mercure qui racontait son expulsion d'une des séances de l'Assemblée nationale, et lui faisait dire : a Ils m'ont rendu justice, j'étais déplacé parmi des amis de la liberté. » Je sais

gmmneg, élIeB étaient plus vives et pins piqnantes en prose. Hy a de Inl one épttare àd'AIemb^, dans laquelle on trouye pins de méchanceté que de poésie, et même que d'esprit ; et une antre épttre de sa jeunesse , dans laquelle H pei^ «ifle les avocats, les gens de lettres et les moines , ce qui ne l'empêcha pas d écrixe plus tard en vers et en prose, et de plaider ponrie duc d'Aiguillon et les jésoites. (H.)

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ce que vaut Linguet, mais il faut avouer que la conduite de Laharpe, en déchirant son ennemi dans le journal qu'il lui avait volé, a été odieuse jusqu'au bout. X.e mot, comme l'anecdote qu'il citait, étaient faux; les injures, dont il accompagnait son récit, de la dernière grossièreté *.

Avant son départ Linguet m'avait engagé à m'attacher à la nouvelle rédaction du journal, qui, à mon refus, fut obligé d'appeler de Strasbourg un rédacteur politique nommé Fontanelle *. J'avais apprécié les hommes d'après leurs procédés. Malgré l'éclat de leur renommée, malgré le désir que j'avais de m'enrôler sous les drapeaux dont ils se couvraient, j'aurais rougi de voir mon^nom associé au leur. Ils profitèrent peu de leur déloyauté; Linguet n'était pas doué d'un génie inimitable, mais il avait un talent supérieur pour la polémique, et il mettait plus de verve et d'esprit dans une page, que Laharpe et SuaYd ensemble dans tout un volume. Leur jour-

1 Dans l'article dont il est question, le rédacteur du Mercure parle de la plume infecte de ce fameux Lingnet, rendue depuis trente ans à tons les genres de despotisme ; homme vraiment race, né avec un si grand fonds de tendresse pour le pouvoir arbitraire , que la Bastille même n'a pu l'en corriger ; puis il le montre, après tant d'ayentnres mémorables , chassé des galeries de l'Assemblée nationale par Tind^ation publique soulevée à son seul nom, et se disant à luimême : Us ont raison, ce n'est pas ici ma place.

Linguet répond que, mêlé un jour parmi les curieux qui se disposaient & entrer dans la salle de l'Assemblée , il en avait trouvé les portes fermées, parfie qu'on ne les avait ouvertes qu''aux députés, et que n'étant point député, il avait Bouilert cette exclusion commune à cinq cents personnes sans se plaindre et comme accoutumé à de pareils présents. Fuis il prévient Laharpe qu'à propos de despotisme et de plume infecte, il va intenter à sa muse parfumée un procès au Ghâtelet pour fah» redresser l'acte odieux commis jadis à son égard* dans l'affaire de son journal, et il finit par demander, à lui Laharpe, qui parle d'un aventurier de la BastUle , s'il a déjà oublié ses propres aventures de Bicêtre.

Bt tout cela s'imprimait dans le n<* 61 du Mercure de 1789 et le n*> 15 des Révolution» de France etdeBrabant. De nos jours on ne s'écrirait pas des injures de meUleur goût et de meilleure gr&oe. Camille Desmoulins, en publiant l'article de Lingnet, et tout en avouant les torts de Laharpe, mettait en note : c Duclos dit c très-bien, en parlant des querelles des gens de lettres , qui divertissent un oer-

< tain public : Autr^aU on faisait combattre les animaux pour amuser les hom-

< mes; ne serait-ce pas aiffouréPhuitoutle contraire f » (M.)

^ Fontanelle rédigeait une gaaette politique et littéraire aux Deux-Fonts et non pas à Strasbourg. (M.)

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nal, sec, froid, fade et lourd, après avoir fait mourir d'ennui ses souscripteurs, allait mourir lui-même d'inanition, La banqueroute de Lacombe vint, je crois, le sauver. Lacombe, que ses spéculations sur les ouvrages de Marmontel, et principalement l'édition des Incas^ avaient ruiné, fut obligé de vendre son Mercure à Panckoucke. Celui-ci réunit les journaux et les rédacteurs pour en faire cette chaire magistrale où, depuis Marmontel jusqu'à Mallet-du-Pan, une demi-douzaine de pédants ont longtemps régenté la littérature *.

1 Mallet-da-Pan a beaaooup écrit contre Bxissot et les nègres dans le Jtfer- Gure. (M.)

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