‹ Mémoires de BrissotChapitre 4 sur 86 · Z INTRODUCTION · texte numérisé non relu

Z INTRODUCTION

est le fruit de notre expérience, des leçons du physicien, mais surtout de l'hospitalité de l'amateur de livres.

Il s'enfonça avec une infatigable ardeur, accrue par les progrès même qu'il y faisait, dans des lectures embrassant toutes les parties des connaissances humaines. Il acquit à la fois (trop à la fois) des notions'précises et, par places, profondes, sur la science du droit public, civil, canonique même, la théologie, la philosophie, la géographie, l'histoire. Il apprit seul l'itahen, et, avec l'aide de deux Anglais, de séjour à Chartres, leur propre langue. Cette initiation, facilitée par une aptitude naturelle et un procédé d'analyse du mécanisme des langues en général, qu'il trouva par intuition avant de se perfectionner par l'application des méthodes de Court de Gébelin et de Le Brigant, devait exercer sur sa destinée une décisive influence.

L'anglais ne suffit point à cette curiosité insatiable, servie par cette aptitude à apprendre les langues, qui, selon Pétion, c tenait du prodige :». Brissot ajouta l'espagnol, et des circonstances indépendantes de sa volonté, qui interrompirent brusquement son initiation commencée, l'empêchèrent seules d'ajouter l'allemand à l'italien et à l'anglais dans ses trophées d'étude, son bagage de voyageur, son arsenal de vulgarisateur et de polémiste.

Cette soif inextinguible de savoir, si incompatible avec la pauvreté et la nécessité de prendre un état, fidllit entraîner Brissot à un parti peu en rapport avec ses répugnances et ses préventions anti-cléricales; il faillit 86 faire bénédictin, pour avoir du pain et des livres.

Il fut dissuadé à temps par un moine détrompé luimême des illusions généreuses qui l'avaient conduit dans fm cloître; ce sceptique paraît même avoir abusé de son

nfTBODUCTION. ^ XI

ascendant pour encourager son jenne confident à nne sorte de pyrrhonisme universel.

Brissot ne profita que trop de ces leçons d'incrédulité > il afficha un scepticisme précoce, une causticité qui n'épargnait ni la religion, ni ses ministres, ni les femmes, et commença sa réputation par ces succès dangereux, féconds en haines redoutables, qui obligent en général le triomphateur à aller jouir ailleurs de son triomphe.

Brissot sentit plus les épines que la fleur de sa renommée naissante, et les ennemis que lui procurèrent ses railleries forent encore plus nombreux que les amis qu'il dut à son talent.

C'est en comptant les uns et en écoutant les autres, non moins qu'en se rendant au vœu de son esprit et aux pressentiments de son ambition, que Brissot ne tarda point à éprouver ce mal du pays, absolument contraire au sentiment ainsi appelé d'ordinaire, qui ne se guérit qu'en quittant des compatriotes auprès desquels on ne sera jamais prophète.

Il n'avait plus rien à apprendre à Chartres, où il avait épuisé la bibliothèque de son aim Horeau et les entretiens de Dom Mulet. Il lui restait à apprendre ce que Paris peut seul enseigner : Paris, trésor si vaste de connaissances, abîme si profond d'espérances et de déceptions, qu'on n'en trouve jamais le fond avant celui de la vie.

L'occasion se présenta encore à Brissot sous le visage d'un procureur. H était voué à Thémis, eût dit un de ses ennemis du temps, dès sa naissance. Mais ce procureur était un Parisien, homme d'esprit, bon vivant et souriant comme un jour de Hoces. Car c'est pour se marier que maître NoUeaufils, procureur au Parlement deParis^ était

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