CHAPITRE XXIII
Le doctetir Chambon. — Ses ouvrages. — H eet élu maire de Paris à la place de Pétion. — Il assiste à la lecture de l'arrêt de mort de Ix)uis XVI. — Sa voiture conduit le monarque^ déchu à Téchafaud. — Grouvelle et Garât. — Pache, maire de Paris. — Les réunions de Mentelle. — Les gens de lettres et les savants. — Bon estomac et mauvais cœur. — L'abbé Choupy et son fanatisme pour la Trinité. — Le Brigant. — Le languedocien et le bas-breton. — La dispute scientifique et le saignement de nez de Choupy. — Première idée du Traité de la Vérité, — But de cet ouvrage. — Lablancherie. — Le musée. — L'agent-général de la littérature, des arts et des sciences. — M. le comte de Rivarol. — Le petit Almanach des grands hommes. Le journal de Lablancherie. — Brissot va h. Reims acheter un diplôme d'avocat. — Son examen. — Les eunuques peuvent-ils se marier ? — Le stage. — Brissot, pour éviter d'être proscrit avec son ouvrage sur les lois criminelles, abandonne la robe de Scaramouche et le barreau.
Je fis, en suivant mon cours d'anatomie, l'acquisition d'un ami précieux, celle de Chambon, qui dirigeait ce cours. Distingue par son patriotisme dans la révolution, il a été porté à la place de maire de Paris, où sans doute il eût réussi à se pendre important, si l'anarchie ne Feût pas contrarié sans cesse. Il avait longtemps exercé la profession de médecin en province; il vint à Paris à l'époque dont je parle, et il s'y fit remarquer par ses connaissances, les services qu'il rendit h la science, et les ouvrages qu'il publia. Ses idées philosophiques lui firent embrasser avec ardeur les principes qui animaient tous les bons citoyens, et nous employâmes tous nos efforts pour qu'il fût nommé maire à la place de Pétion. En cette qualité, il suivit au Temple Grouvelle et Garât, lorsqu'ils y vinrent signifier à Louis l'arrêt, de la Convention, qui le condamnait à mort ^. Ce fut^ je crois, même dans sa
1 Cest en qnalité de ministre de la jnatioe que, d'une voix émue et tremblante, M. Garai lut à Louis XVI son arrêt de mort. Grouvelle était aloza aecxé-
voiture que ron conduisit l'ex-roi à l'échafaud; ces scènes, sans ébranler son patriotisme^ touchaient vivement son esprit. Manuel m'a dit lui en avoir Vu les larmes aux yeux. Il s'aperçut bien ensuite que son républicanisme n'était pas à la hauteur de ceux qui ne voulaient en lui qu'un instrument passif de leurs fureurs. 11 ne pouvait pas être terroriste, mais il eut peur de la Terreur, et abandonna les fonctions de maire au mois de février suivant ; ce fut un grand mal, car Pache le remplaça*.
La société qui se réunissait chez Mentelle m'offrit l'occasion d'y acquérir des amis, si les talents et la célébrité eussent été les seuls titres que j'eusse recherchés dans mes amis. Mais j'observais avec peine que les hommes de lettres, les académiciens se haïssaient, se déchiraient réciproquement. La sécheresse de leur âme me révoltait autant que leur hauteur et leur morgue, et je remarquai trop souvent la vérité de ce proverbe, que Linguet avait appliqué aux académiciens : Bon estomac et mauvais cœur. Une observation me frappait surtout à l'égard des géomètres que je rencontrais, c'est que malgré leur science, qui devait rectifier leur jugement, ils n'avaient que des idées fausses, qu'une logique perverse lorsqu'ils raisonnaient sur d'autres sciences. La fameuse querelle du Gluckisme et du Piccinisme divisait alors les esprits. Mes géomètres prenaient parti suivant le goût des seigneurs dont ils piquaient les tables. ^'- *^ii
La même mauvaise foi, le même amour-propre, le même entêtement me paraissaient avilir les savants adonnés à l'é-
taire da conseil exécutif ; il fut depuis envoyé en ftwihniamiifl en Danemaiolc, près du loi GbiistiAn.
i Chambon était iin honnête homme et un homme instruit. Ses idées en poli* tique, en philosophie, avaient suivi celles de son siècle ; mais en médecine il était resté stationnaire , car il repoussait la vaodne et prônait encore le magnétisme tombé en discrédit. Ses théories sur ces deux sujets sont, je crois, inédites. Cest à Langres qu'il avait exercé la médecine avant de venir professer & Paris. Ses ouvrages sont : un. TraiU de Vantkrax ; un Traité des fièvres malignes ; des Moifent de rendre les hôpitaux utiles à Us nation, et enfin un Traité des maladies d«s femmes, des filles et des enfants, formant 10 vol. in-8*>. Chambon est mort à Faxis il y a quelques années. ( M. )
tude de Tantiquïté , qui fréquentaient cette maison. Je me souviendrai toujours d'une comédie très-plaisante que me donnèrent cet abbé Cboupy, si connu par ses voyages en Italie^ son fanatisme pour la Trinité , et ses trois gros volumes sur la maison de campagne d'Horace , et l'universel Brigant^ sous le nom duquel Abeille a publié un excellent prospectus d'un ouvrage sur l'origine des langues, qui n'a jamais paru. Choupy trouvait dans le languedocien, sa langue natale , la clef de toutes les langues, et le breton Le Brigant* faisait cet honneur au bas-breton. Chacun , pour prouver sa thèse, expliquait à sa manière le fameux mot gaulois conservé par César : aquoe cesac, chacun citait force étymologies. La fureur de disputer était telle, que Choupy, qui avait la meilleure poitrine, et qui était infatigable dans son parlage, surpris par un saignement de nez, ne s'arrêta pas même, et continua sa dissertation, en saignant, un verre d'eau à la
main
Rentré dans mon cabinet , je cherchai à mettre à profit cette scène et toutes les autres de même nature dont je fus le témoin. Je me promis d'éviter ces ridicules, d*éviter le ton tranchant, la présomption, et telle fut l'idée qui me conduisit à composer mon traité sur la Recherche de la vérité, ou sur les moyens d'y parvenir •.
1 Les trayanx , dans Tétude des langnes , de Le Brigant furent immenses ; et à côté de ses erreurs on ne x>ent disconvenir qu'il n'y ait souvent les aperçus les plus ingénieux et les recherohes les plus savantes. Mais ce qui attacdiera à son nom plus de célébrité que ses ouvrages , c'est la tendre amitié qu'il avait inspirée au brave Latonr-d' Auvergne. Le Brigant avait en vingt-deux en&nts , et les avait presque tons perdus : ceux qui lui restaient, à Texoeption d'un seul, servaient dans les armées de la république : celui-ci même , appelé par la conscription , allait laisser son père dans le plus cruel isolement. Latonr-d' Auvergne vou*^ lut partir à sa place. Ce fut ainsi que le premier grenadier de France abandonna xme seconde fois les études sdentifiques qui Toccupaient depuis la paix de 1796, et courut remplacer le flls de son ami. On sait qn*il fut tué d'un coup de lance à l'affaire de Neubourg. Le Brigant ne lui survécut que quatre années, et mourut en 1806. (M.)
> Oet ouvrage a pour titre : de la Vérité, ou méditaiioru tur let moment âepar* venir à la vérité dans toutes les connaissances fniwaines. 1 vol. in-8<*, Nenchàtel» 1782. (M.)
DE BRISSOt. 1f>7
Le but de cet ouvrage n'était point d'amuser les esprits systématiques ou superficiels, par un roman agréable, comme l'a fait Malebranche dans un traité qui porte à peu près le même titre ; le siècle, juste appréciateur de son mérite, l'avait déjà mis à côté des rêves ingénieux de Platon sur la nature de Tàme et sur la grande chaîne des êtres. Mâlebranché avait suivi la route dangereuse et perfide de la synthèse, je voulus suivre la route opposée, celle de l'analyse. Je voulus, à la lueur de son flambeau, descendre jusque dans les fondements de toutes les sciences, en examiner la solidité, la liaison, fonder et éprouver au creuset de la vérité, ces systèmes, ces découvertes qu'on croit dépouiller de l'alliage de l'erreur. C'était un pas rétrograde que je faisais, mais il était utile , il était nécessaire aux sciences. Au sein des richesses, on se borne à jouir, sans prendre la fatigue d'analyser ses jouissances. On n'a pas songé jusqu'à présent à purger l'or des scories : c'est l'opération que je tentai; elle me jetait bien loin de mcm siècle ; car je cherchais à constater s'il existait quelque chose de vrai, de certain, de parfait dans ce siècle, où tout paraît vrai, positif et parfait.
Ce traité n'était pour ainsi dire que la préface d'un ouvrage plus important que j'avais projeté, puisque je me proposais de rechercher ce qu'il y avait de certain dans toutes les connaissances humaines. Mais avant tout, il était nécessaire de savoir ce qu'est la vérité, par quels moyens on l'oblicnt, à quels caractères on la distingue. Tel était le but de mon traité.
Dans un moment où tout était sacrifié à la chimie, à la géométrie, au bel esprit, j'imaginai que le commun des lecteurs trouverait trop de métaphysique dans mon livre. Je voulus donc l'orner de fleurs, et joindre aux arguments de l'esprit, le langage du sentiment. J'évitai la sécheresse Ce Condillac, la manière encore trop scolastique de Locke : je préférai celle d'Helvétius, métaphysicien à la fois, instruit et agréable, dont je consultai le goût, sans suivre les idées.
Les circonstances ne m'ont pas permis de continuer cet ouvrage, qui, j'ose le dire, rendra meilleurs ceux oui le li^
168 MBMOIBES
ront. Il m'attira des critiques , des éloges et des injures. Le continuateur de Fréron me dénonça au ministère comme un séditieux. Je dois lui rendre justice, il voyait bien mon but. Il tendait en effet à amener les hommes à réflécKir sur leurs droits.
Aucun de mes ouvrages ne m'a procuré des jouissances plus douces que ce traité. Il est le produit du sentiment comme de la raison, llporte le caractère d'un homme heureux, aimé, et qui cherche à communiquer son bonheur à ses semblables. Que de soirées délicieuses je passai dans les promenades solitaires du Luxembourg, eo composant ses divers articles! Lisez l'article Méditation; hsez Tarticie Ce que doit être un philosophe, et vous y trouverez l'âme de l'auteur. J'étais plein de ma Félicité, plein de ma résolution d'être bon et vertueux, plein de la Divinité, que je remerciais de ses bienfaits, et c'était sous la dictée de tous ces sentiments que j'écrivais.
On m'a reproché d'avoir trop écrit ; je le dois à ce sentiment expansif qui m'a constamment brûlé ; j'aime à obliger, à rendre les autres heureux de mon bonheur, savants de ma science. C'était ainsi que j'aimais à m' entretenir sur les sciences avec Félicité, à former le cœur jeune et flexible de sa sœur Nancy, qui annonçait déjà cette solidité de caractère qu'elle a depuis développée : c'était le même sentiment qui me portait vers son frère, dont je fis alors la connaissance, frère dont l'âme pure et candide eut bientôt fait naître en moi un sentiment plus fort que celui du sang.
Enfin, c'était par l'impulsion de ce sentiment expansif que j'étais toujours prêt à rendre service soit aux gens de lettres, soit aux amis qui invoquaient mon secours. A cette époque, je fus recherché par un homme profondément ignoré depuis, et qui alors faisait une grande explosion par un établissement immense qu'il avait projeté : c'était Lablancherie. Il avait imaginé de former un centre de réunion pour les savants de tous les pays, par les inventions journalières de tous les arts et de toutes les sciences. L'idée était excellente, mais les talents du chef n'y répondirent pas. Il eut le bon
DE BWSSOT. ^69
sens, pour réussir, de s'adjoindre d'abord les hommes dont les talents pouvaient assurer ses succès; mais la médiocrité de son esprit et l'inconstance de son caractère les éloignèrent ensuite. Il publiait un journal qui pouvait devenir un monument précieux; j'y contribuai par quelques articles; mais rentètement de cet homme qui, très-ignorant, voulait s'ériger en juge de tout, m'eut aussi bientôt dégoûté. Lablancherie avait une difficulté pour écrire et pour composer, qui me rappelaient les douleurs de l'enfantement, et il me semblait que j'en étais saisi lorsque j'étais à ses côtés. Il avait un autre défaut qui le rendait vil à mes yeux : c'était sa bassesse à ramper dans les antichambres , et à flagorner les grands seigneurs. Fier et indépendant, je ne pouvais lui pardonner ces adulations intéressées. Cependant Lablancherie était bon, obligeant, zélé pour rendre service; c'eût été un bon citoyen s'il n'eût pas voulu être homme de lettres.
Il avait quelque temps voyagé en Amérique, et, témoin de la traite des nègres , il avait conçu pour cet infâme trafic une horreur dont il lui faut savoir gré. Le récit qu'il me fit des affreux tourments éprouvés par les noirs dans les colonies françaises a aussi servi à développer en moi le zèle actif qui m'anima plus tard en faveur de cette classe infortunée. Quelques années avant que je ne fisse sa connaissance, il avait publié deux petits volumes contenant un extrait de ses voyages, qu'il destinait moins à étendre les connaissances géographiques et historiques que les sciences morales. L'idée était heureuse, mais le talent manquait dans l'exécution.
Je ne sais ce qu'est devenu Lablancherie ; je l'ai vu quelque temps en butte aux épigrammes de l'auteur du Petit Aimanach des grands hommes qui ne lui pardonnait pas son litre d'agent général de la littérature, des arts et des sciences, quoiqu'il ait pris lui-même, dans ce livre, le titre de comte de Rivarol. Voyez ce livre. « M. de Lablancherie, y disait le petit grand homme, est un des plus puissants génies de ce siècle. Il avait conçu un projet admirable qui devait le conduire à la plus haute fortune, et pour l'exécution duquel il
ne demandait qu'une ville impériale^ où tous les souverains de l'Europe devaient s'assembler et traiter avec lui. Il avait fort bien expliqué ses vues dans un journal de sa composition, mais l'Europe, occupée de je ne sais quels intérêts du moment, négligea le grand projet de M. de Lablancherie ; la ville impériale ne fut point accordée, les souverains ne s'assemblèrent pas, et ce grand homme resta seul, avec ses plans et son génie, rue Saint-An dré-des-Arts, près l'égoût. O temps 1 ô mœurs ! » Passe des persiflages sur le génie de Lablancherie *, mais le plan de son musée était ingénieusement conçu.
Son établissement offrait un avantage pour Thumanité ; il mettait sans cesse en communication les savants de tous les pays; c'était le rendez-vous de tout l'univers; il est fâcheux qu'il ne subsiste plus. Rien n'efface plus les préjugés nationaux, rien n'est plus propre à répandre les vérités qu'un pareil centre de réunion.
Les moments que je donnais aux lettres et aux sciences ne me faisaient point négliger mes études du barreau. J'y voyais la certitude de mon mariage; je songeai donc à me faire recevoir avocat. 11 fallait prendre des degrés dans la faculté de droit, et comme ce n'était qu'une vaine formalité, je préférai la voie la plus prompte, celle de les acheter à Reims. Le voyage que je fis dans cette ville me convainquit de l'avilissement de son Université, et du mépris que méritaient tous ces établissements qui étaient moins une école de science qu'un marché de titres. On y vendait tout, et les degrés, et les thèses et les arguments. Je rougis pour les docteurs qui
i Mamès Claude Fahin de Lablancherie, né à Langies en 1762, se réfugia à Londres à Tépoqne de larévolntion, et y mourat en 1811. Sa oonespondanœ générale sur les sdenoes et les arts, on nouvelles de la répubUfue de* lettre», depuis 1778, forme 8 vol. in-8°. On roit d'aporès Brissot, qu'il ne faut guère le regarder que comme Téditenr de cette correspondance qui se termina en 1788.
Une droonstanoe assez singulière de l'émigration de Lablancherie, c'est que s'étant 1(^ à Londres dans la maison jadis habitée par Newton , il attira ches lui) pour lAToir, une foule de personnages qu'U sut intéresser à son sort, il se fit autoriser à ajouter à son nom celui de Newton ; surnom illustre qtii ne Vempèoha point de mourir ineonnu . (M.)
m'interrogeaient : Ds me parurent jouer et me faire jouer une mascarade dont le comique était encore relevé par le sujet de leurs interrogations^ car ils me questionnèrent ou feignirent de me questionner très-sérieusementsur la question de savoir si les eunuques pouvaient se marier. Après avoir payé 5 à 600 livres pour cette pantalonnade, je revins à Paris, et me présentai au Parlement. Ce ne fut pas sans quielque répugnance que j'endossai le harnois des avocats; Élevé depuis longtemps dans la' philosophie, il me semblait ridicule d*ètre vêtu en Scaramouche pour défendre Topprimé. Mais il fallut se résigner à Timpérieux usage. Je l'avoue, je ne me couvris pas une fois de cette maudite robe sans désirer que ce fut pour la dernière.
Mon dégoût pour le barreau s'accrut encore, lorsque j'éprouvai toutes les difficultés dont alors on environnait cette profession. Avant d'être inscrit sur le tableau, il fallait faire un noviciat de quatre années. Ce noviciat s'appelait le stage. On ne pouvait, avant d'être arrivé au terme fortuné, signer de mémoires, ni de consultations, ni de ces pièces d'écriture, dont l'énorme volume enrichissait les matadors de l'ordre. L'esclavage s'étendait bien plus loin. Les vénérables anciens prétendaient jusqu'au droit d'enchaîner les idées des jeunes aspirants, et pour y réussir, le conseil secret et suprême de l'ordre avait imaginé de les diviser en différentes colonnes, dont ils donnaient la surveillance à deux anciens, qui remplissaient très-bien le rôle de pédagogues. J'eus à peine assisté à quelques-unes de leurs conférences, que me croyant de nouveau sous la férule et sur les bancs de l'école, je pris la résolution de renoncer au Palais, s'il fallait traîner une vie aussi ennuyeuse pendant quatre ans et renoncer à l'indépendance de mes opinions. Je fus confirmé dans cette résolution, par deux aventures qui me déterminèrent. J'ai déjà parlé du procès que m'avait suscité l'infâme Verrier ; il m'avait dénoncé à l'ordre, et c'était un péché irrémissible, auxyeux de ce ridicule tribunal, que d'avoir souscrit une lettre de change. Ma perte était donc assurée; mais j'étais coupable, aux yeux de mes inquisiteurs,d'un forfait bien plus abominable ; je venais
t72 MÉMOIBES
de mettre au jour ma Théorie des lois criminelles! Moi, jeune néophyte, oser soulever le voile qui enveloppait cette partie des lois criminelles ! Moi néophyte, oser censurer les jurisconsultes qui avaient blanchi sous le harnois! Oser fouler à mes pieds de vieilles lois, qui assassinaient l'innocent ! Moi, aspirant au tableau, oser parler le langage de la philosophie dans une caverne où elle était abhorrée ! Je devais être proscrit et je le fus bientôt. Mes tyrans trouvèrent dans mon ouvrage une foule de propositions hérétiques et mal sonnantes. La foudre allait m'éloigner, mes amis m'en avertirent, et me conseillèrent, pour prévenir un éclat, de m'abstenir du palais jusqu'à des temps plus heureux. Je profitai du conseil, et un des plus beaux jours de ma vie fut celui où je transformai ma longue robe en un habit court.