INTRODUCTION. XIII
à ses Mémoires, amplement détaillés sur tout ce qui touche à la première partie de sa vie.
Nous ne le suivrons donc plus pas à pas dans sa poursuite inquiète de la vérité, de la renommée et de la fortune ', nous nous bornerons à noter les étapes.
Le premier homme célèbre avec lequel Brissot se trouva en relations intimes d'abord, plus tard intermittentes, qui exerça de Tinfluence sur son talent et sur sa vie, fut Linguet : c'était un des précurseurs de la Eévolution comme lui, un polygraphe, un critique, un vulgarisateur comme lui, un de ces hommes prédestinés, utiles et funestes, qui prêtèrent à l'esprit philosophique et démocratique dont le souffle, devenu orageux, commençait à agiter les esprits, le véhicule du pamphlet, du journal, du théâtre.
Linguet, Beaumarchais, Mirabeau, Mercier furent les chefs de cette armée de véhéments ou caustiques ardélions qui devaient faire, à travers les classes privilégiées, la trouée du tiers état, et renverser à jamais l'ancienne société et l'ancienne monarchie française.
Brissot se distingue du groupe en ce qu'il est à la fois sincère et honnête : double originalité qu'il devait payer cher; car il subit les inconvénients de ses hardiesses sans en recueillir même les profits de vaine gloire. Des premiers à l'assaut, on ne le vit ni au butin, ni dans les soupers où devait se célébrer la victoire. Parmi tous ces cyniques ou sybarites réformateurs, il était seul de la race, toujours sacrifiée, pendant et après la lutte, des stoïques ou plutôt des puritains. Et dans ce long combat de vingt années qui devait fonder un régime nouveau, Brissot ne devait conquérir qu'une indépendance précaire, qu'une