‹ Mémoires de BrissotChapitre 60 sur 86 · CHAPITRE XU · texte numérisé non relu

CHAPITRE XU

Deserres de Latour ouvre les yeux à Brissot sur la conduite et le caractère de Swinton. — Sa maison est le rendez-vous des Français les plus décriés. — Le correspondant de Beaumarchais. — L'esclave de Morande. — Morande. — Brissot fait le portrait de cet homme qui a exercé une si fatale influence sur sa. vie et a causé ses plus cruels chagrins. — Jugement de Voltaire sur ce libelliste. '• — Morande tremblant devant les jupons de la chevalière d'Éon et la canne du comte de Lauraguais. — Ce qu'en ont écrit le marquis de Yilette , Linguet et Mirabeau. — Le libelliste devient espion. — Morande et rambassadeur Demoustier. — XJn extrait de la Police dévoilée.

Ce fut par Latour que j'appris mille détails affreux sur Thistoire et la yie de Swinton. Quoique lié avec lui par intérêt, il le détestait très-cordialement. Il me révéla mille anecdotes scandaleuses ; la passion en avait probablement exagéré beaucoup. Cependant je ne pus douter^ d'après les confidenoes de Latour, que Swinton n'eût cherché à nous brouiller en nous disant réciproquement beaucoup de mal Tun de l'autre. - '"

Je Favouerai^iles lumières que Latour me donna sur Swinton dissipèrent une foule de préventions que j'avais chéries et qui m'attachaient à lui. Sa cupidité^ la bassesse avec laquelle il recherchait les êtres les plus vils^ mais dont il pouvait craindre le crédit ou les traits; sa barbare spéculation sur sa femme et ses enfants^ sa spéculation mercenaire sur la curiosité publique : tout le rendit méprisable à mes yeux. Sa maison était le rendez- vous des Français les plus décriés ; il était le correspondant de Beaumarchais, et presque l'esclave de rinfâme Moraode. Morande connaissait sa vie ; il avait même en main des preuves de faits qui pouvaient déshonorer Swinton, et il se servait de cet avantage pour lui faire payer un tribut considérable quand il tombait dans le besoin, et Morande y tombait souvent. C'était avec une pareille irapu^ dence qu'il rançonnait Beaumarchais et les ministres français qui redoutaient sa plume envenimée.

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