‹ Mémoires de BrissotChapitre 67 sur 86 · CHAPITRE XLVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLVII

Commenoement des embarras de Brissot, relatifs à son établi«eineiit de Londres. — H se dispose à sç rendre à Paris. — L'imprimenx Coz. — Les lecors anglais. — Brissot est arrêté. — Scène de prison. — Amusez-vous bien. — Visite de Latour et de Desforges. — Les seize gainées de Perks. — L'ami BrideL — Les arrêts sont levés. — Arrestation da marquis de PeUeport. — Brissot lui fait recouvrer sa liberté. — Petite scène de reconnaissance et d'amitié. — Départ pour Paris.

Jamais je ne sentis plus cruellement combien il est dur d'être gêné dans, sa fortune, avec un cœur libéral et brûlant de faire le bonheur des autres, que dans les premiers mois de 1784. A cette époque, j'avais dépensé pour mon établissement tout l'argent que mon associé y avait versé. Les souscripteurs arrivaient lentement; cependant on entrevoyait dans l'avenir le doment où tout devait prospérer; mais il fallait pour Taccélérer quelques nouveaux fonds; les premiers étaient visiblement trop médiocres. Je n'avais demandé qu'une somme de quinze mille livres lorsque le double et le triple eût été même à peine suffisant. J'avais trop présumé du succès, suivant mon usage; je comptais d'ailleurs sur l'addition que m'avait promise mon associé en cas de besoin, et me berçant de ses promesses, j'avais banni toute inquiétude. Mais je fus bien détrompé quand j'eus recours à lui.

Desforges s'était bercé comme moi de songes qu'il devait lui-même faire évanouir. Tandis que je le payais par une confiance imprudente, nous apprîmes que la permission accordée pour mon journal en France avait été suspendue, et qu'il s'élevait du moins des difficultés dans son entière exécution; il fallait les prévenir. J'étais nécessaire à Londres, Desforges partit pour Paris, non sans m'avoir encore accablé de protestations d'amitié et de désintéressement;

A peine était-il arrivé que la suspension avait été levée •, c'était un grand bonheur, car en descendant de voiture Des-

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forges gagna une entorse qui le tint dans sa chambre durant deux mois, ce qui ne l'empêcha pas de me faire payer depuis deux cents livres pour frais de voitures. Le libraire Périsse avait heureusement aplani toutes les difficultés, tandis que Desforges remettait sa jambe ou amusait de son clavecin la société qui venait compatir à sa souffrance.

Ma situation à' Londres n'était pas tout à fait si douce ; car au Tableau de l* Angleterre j'avais encore joint une nouvelle occupation.

Infatigable dans mes recherches, je n'avais pas voulu me borner à exploiter les richesses politiques de l'Angleterre. J'avais remarqué, parmi les ouvrages qui m'étaient tombés dans les mains, la quantité prodigieuse de ceux que faisaient éclore les discussions des Anglais sur l'administration de leurs possessions dans les Indes orientales. Je voulus en lire un. Ce fut une énigme pour moi. Je résolus de la déchiffrer. Je ne devinais pas le travail immense que j'entreprenais, le nombre énorme de volumes qu'il me faudrait dévorer. Entré dans la carrière, je résolus de vaincre tous les obstacles ; j'j réussis. Arrivé au sommet, je vis avec surprise l'espfice que j'avais parcouru; espace inconnu à mes compatriotes, espace qu'il leur importait de connaître, et j'entrepris aussitôt de leur aplanir le chemin. J'entrepris de leur donner le tableau de la situation des Anglais dans les Indes orientales, et de l'état de l'Inde en général, d'après le rapport des comités de la chambre des communes, les histoires, les voyages et autres ouvrages publiés à Londres.

Il me semblait qu'un pareil tableau devait être tout à la fois utile aux sciences et aux gouvernements; aux sciences, pour l'histoire et ^our la géographie ; aux gouvernements, pour les éclairer sur le véritable intérêt de l'Inde, dont quelques charlatans politiques leur avaient tracé de faux tableaux, afin de les engager dans des guerres ruineuses. . Le croira-t-on cependant? le ministère de France, si complètement ignorant sur ce sujet, qui n'en avait que des notions imparfaites, données par des aventuriers, des espions, ou des hommes employés dans ces contrées et dont l'intérêt pouvait

diriger les observation^*; le ministère, quî aurait dû payer chèrement la collection que je voulais publier; le ministère me suscita mille tracasseries, et je ne pus obtenir d'imprîmer ce qui devait être si utiJe à la France, qu'à la condition de soumettre préalablement chaque numéro à la censure de quatre ministres.

Ce Tableau de Tlnde parut sous forme périodique, comme celui de l'Angleterre; en le publiant pour mon compte, je n'eusse point été coupable, et j'en fis le sacrifice à la société du Lycée, parce que j'imaginai qu'en le donnant gratis aux souscripteurs de cet établissement, j'en augmenterais le nombre.

Rien ne pouvait être plus utile à l'avancement des lumières et de la liberté que mon Lycée de Londres. Mais lorsqu'il fallut enfin l'ouvrir, une foule d'obstacles s'élevèrent autour de moi, et le premier qui m'arrêta fut l'emplacement nécessaire aux assemblées. J'avais pourtant trouvé un local tel que je pouvais le désirer. David Williams, que je fréquentais assidûment, consacrait alors tous ses moments au perfectionnement de la politique, science dans laquelle il formait des élèves qui pourront un jour faire disparaître les taches dont la constitution de l'Angleterre est ternie. Il faisait un cours fort suivi par tous les membres de la société constitutionnelle, et même par les membres les plus éclairés du parlement, qui s'honoraient tous d'être comptés parmi ses amis.. Le nombre de ceux qui venaient l'écouter ayant forcé Williams à chercher un plus vaste emplacement, il m'avait généreusement offert de partager celui qu'il avait choisi, en gardant à sa charge presque tous les frais qu'il avait déjà faits pour lui. J'allais accepter sa proposition ; mais alors commencèrent les difficultés et les tracasseries ; Desforges n'avait encore payé que i 0,000 1. sur les quinze qu'il devait. Ces dix mille livres et beaucoup plus avaient été employées dans les frais d'im-

1 n fant es ezoeptor M. Law. Lanrlston ,im des hommes les mienz Instrniti; sar l'état de Vlnde , et qlil a été gonyemeor do Pondichéry; et M. d'Obsonyille qui a ocnnposé nn livre si agréable et si izistraotif, sous le titre modeste d'0&tervaUoru tur qwlqwê animaux d» rinde, etc. {Note de BrUtot,)

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pression de nos journaux et de nos prospectus; je ne voulus pas prendre de nouveau sur moi la charge de trois cents guinées qu'il me fallait pour le local de notre établissement. Je demandai à Desforges le dépôt de la somme qu'il redevait; non-seulement il me refusa^ mais même il me témoigna dès lors le désir de rompre la société : cette demande était le fruit des intrigues de mes ennemis et des spéculations commerciales qu'ils ayaient formées. Je n'aurais pas balancé^ si j'eusse eu dos fonds; mais dénué de tout moyen, je fus forcé non-seulement de continuer la société avec lui, mais^ à sou refus^ de recourir à d'autres bourses, pour soutenir mon entreprise que je ne voulais pas abaudonncr. L'Angleterre ne m'en offrait aucune, je n'en pouvais espérer qu'en France. 11 fallut donc y passer. Je me préparais à ce voyage, lorsque mes premiers malheurs vinrent tout à coup fondre sur moi.

Ici commencent les persécutions deSwinton et de Morande. Mon imprimeur, que j'avais toujours bien payé, poussé par les instigations de ces deux hommes, et peut-être par Desforges lui-même, me fit demander l'argeot qui lui était dû pour le Journal du Lycée. Je lui avais donné une traite de vingt guinées sur Paris; elle avait été protestée par un malentendu; il me la rapporta : je lui en acquittai le montant. Je ne lui cachai pas que mes affaires exigeraient peut-être que je fisse un voyage en France, mais qu'avant de partir je solderais son compte en entier; il me répondit qu'Û n'avait aucune inquiétude, et qu'il serait content de toutes mes dispositions. Il me quitta, et je me reposai sur ces paroles.

Je n'avais jusqu'alors éprouvé que des honnêtetés delà part de Cox, chez lequel je faisais imprimer depuis dix-huit mois : mes procédés à son égard semblaient m'avoir gagné son estime, n m'offrait ses services, m'invitait à diner, me serrait affectueusement la main. Je croyais à toutes ses démonstrations. On me l'avait peint comme un Tartufe, comme un traître : on avait cherché à éveiller mes craintes et ma défiance. J'aimais à croire qu'on s'était trompé; c'était moi seul qui me trompaifi

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Le surlendemain du paiement que je lui avais fait^ il m'envoie un officier public. C'était un jour de poste, et je m'enfermais régulièrement ce jour-là. On refuse la porte à Talguazil ; il retourne chez l'hypocrite Gox. Celui-ci craint que je n'aie découvert son infâme manœuvre ; il craint que, pour échapper à sa poursuite, je ne me sois caché. Afin de s^eu assurer, il m'envoie le compositeur chargé de mon ouvrage sous prétexte de quelques éclaircissements à lui donner, et il le fait suivre par le sbire.

Suivant les lois anglaises, la maison d'un débiteur est un asile sacré; le créancier ne peut jamais le violer. Si le bailU ne peut s'y introduire par douceur, si on lui en refuse la porte, il ne peut employer la force pour se la faire ouvrir; s'il y avait recours il serait criminel, on aurait droit de le tuer. L'adroit bailli se présente à la suite de mon compositeur; le domestique le laisse entrer sans difficulté : alors il me déclare que je suis son prisonnier.

Je tombai des nues. « Quoil arrêté sur la requête de Coxl — Oui, monsieur. — Mais il était là liier. Là, je lui dis qu'avant de partir je terminerais son compte; il doit l'être, il le sera ces jours-ci. — Je le crois; mais voilà le warrant, » Il n'y avait rien à répondre. Ciel 1 de quelle angoisse mon âme fut docliirée en me voyant obligé de subir et la honte et la douleur (le cette fatale arrestation! Jamais je n'avais éprouvé pareil malheur, et l'idée seule m'en avait souvent indigné. Mais que faire? je n'avais pu prévoir la conduite infâme de Timprimeur, et je ne pouvais dans cet instant désarmer l'alguazil qui me pressait de le sitivre. Hélas I étranger, ignorant les lois, devinant la source de cette intrigue,et ne sachant où elle pourrait s'arrêter, j'étais ce jour-là séparé de mon frère, sans conseil, et, pour comble d'infortune, n'osant même élever la voix dans mon cabinet. J'étais père depuis quelques jours ; Félicité était singuhèrcment affaiblie par sa couche qui avait été longue et douloureuse. Qu'allait-elle dire, si je passais vingtquatre heures sans la voir? Quelle inquiétude ne la tourmenterait pas î car pouvais-je espérer de rentrer avant un jour ou deui:? Je prévins mes sœurs, avant de partir; je leur

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recommandai de tranquilliser Félicité^ en lui alléguant dilférents prétextes pour excuser mou absence. Combien de larmes je versai dans celte funeste chambre d'arrêt où l'huissier me renfermai Cette prison n'avait pourtant rien de triste et de lugubre; à Texception des barreaux des fenêtres, j'aurais pu me croire encore chez moi.' 11 faut avouer que si l'on arrête brusquement un débiteur à Londres^ on a pour Jui les plus grands soins, et qu'on le traite du moins avec humanité. C'est un exemple qu'on devrait bien imiter en France à l'égard de tous les prisonniers.

Mais ces adoucissements ne pouvaient diminuer mes angoisses; je me peignais à chaque instant mon amie inquiète et accablée par sa douleur, n'offrant qu*un lait dangereux à ce pauvre enfant que je venais de recevoir dans mes bras. Le ciel ne m'abandonna pas; car c'est à sa bonté que je dois attribuer différents secours qui me mirent à portée d'opérer mon prompt élargissement.

A peine étais-je installé dans la maison d'arrêt, que j'avais vu paraître Latour, toujours gai et sans souci; il venait me recommander de bien me divertur; il me parlait de cette affaire commn d'uue bagatelle, quiarrivait à tous les honnêtes gens, comme d'un accident qu'il avait essuyé dix fois, et qu'il était chaque jour à la vcilJe d'essuyer encore. Desfoi^es, qui avait accompagné Latour, me tenait un langage tout différent. C'était pour lui, c'était à cause de lui que j'étais dans cette affreuse position; il affectait d'en être consterné; il me protestait qu'il prenait une grande part à mes peines, et pour me le prouver, il m'apportait quelque argent qu'il avait, disait-il, emprunté à un ami. Je ne pus parsdtre insensible à ce procédé. J'oubliai tout ressentiment, j'oubliai même que je n'étais là, que je ne souffrais que pour lui. Je voulus bien croire que les monts d'or et tous les millions de Desforges s'étaient évanouis, qu'il en était réduit à emprunter quelques pistoles pour me tirer de l'embarras où notre entreprise et ses procédés m'avaient mis; mais qu'était-ce que la somme qu'il m'apportait? Elle ne pouvait me délivrer, et Desforges k savait aussi bien que moi.

Heureusement que mon excellente bel le- m ère m'envoya à cette époque une traite de cinquante guinées. Je n'oublierai jamais non plus les services qui , dans cette circonstance^ m'ont été rendus par un Anglais que j'avais connu dans la maison de Swinton, et qui était précepteur de ses enfants. Retiré à Basersey, dans une académie qu'il dirigeait avec peine, dès que le bienfaisa^nt Perks apprit mon malheur, il accourut, me donna seize guinées, produit de ses épargnes; il me pria de ne pas m'occuper du remboursement. Un autre de mes amis, que je n'ai point encore nommé, et à qui j'ai voué une profonde estime, me prodigua tous ses soins et toutes les consolations que sa situation lui permettait. C'était Bridel, professeur de français à Londres. Nous avions été camarades de collège, et je l'avais perdu de vue depuis que les mauvais traitements dont l'accablait son père, avocat à Chartres, l'eurent forcé d'aller chercher son pain dans une terre étrangère. Bridel s'était fixé à Londres; il y avait acquis cette habitude de réfléchir, cette solidité, cette constance dans ses attachement^, vertus si rares en France. Je n'allais jamais chez lui sans être édifié. Sa famille était nombreuse ; il la soutenait et relevait dans de bons principes. Bridel vivait dans l'obscurité ; mais il était bien plus heureux que moi, qui poursuivais une vaine gloire, le désir d'être utile aux hommes. Si jamais vous retrouvez Perks ou Bridel, mes enfants, soyez reconnaissants envers eux, ils ont essuyé les larmes de votre père.

Avant de sortir du lieu où il m'avait fait conduire, j'envoyai chercher l'imprimeur. Je voulais le payer de mes mains et lui reprocher en face sa perfidie. Il refusa de venir. Ce refusme convainquit de la vérité de mes soupçons sur le principe de sa conduite ; il en eût rougi devant moi; rien de personnel n'avait pu l'engager à agir ainsi. Tant de perfidie lui était étrangère. Il n'avait été que l'instrument de Swinton et de Morande, qui avaient déjà commencé leurs attaques contre moi dans le Courrier de VEurape, et qui s'étaient indignés que j'eusse défendu Price et soutenu contre eux une opinion de Kirwan. Cox imprimait le Cowrier ; il était dans

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leur dépeDdance; ses affaires ne lui pQrmettaîent pas de perdre l'impression d'une feuille qui lui paraissait plus assurée que mon journal.. Swînton^ pour qui tout moyen de nuire était bon, l'avait forcé de me mettre le pistolet sous la gorge, et il avait mieux aimé m'immoler que de s'immoler lui-même. La conduite que Swinton et Morande tenaient à mon égard depuis quelque temps^ et leurs diatribes imprimées contre moi, n'ajoutaient que trop de semblance à cette explication.

A peine avais-je été délivré de ma courte captivité, que je m'étais hâté de me rendre auprès de Félicité : je la rassurai; mais elle ne me confia pas tous les chagrins qui dévo< raient son àme^ et je devais^ pour ménager sa sensibilité^ dans le triste état où elle était^ lui dissimuler les miens. Les ressources me manquant à Londres^ je crus ne devoir pas perdre un moment pour me rendre en France. Mes ennemis m'épiaient> m'environnaient de tous les côtés pour me tendre des pièges. Je logeais dans ma maison le plus cruel et le plus perfide de tous ; c'est lui qui, sous le voUe de l'amitié, machinait contre moi les plus noires trahisons ; mais comment dérober toutes ces craintes à ma sensible épouse? Elle languissait dans son lit^ et mille inquiétudes sur elle et sur notre enfant assiégeaient son esprit; je crus que sou bonheur même me commandait le silence^ et je partis en lui annonçant seulement la nécessité de recourir à mes amis en France pour soutenir notre établissement. J'ignorais toutes les larmes que lui fit verser ce départ précipité, mais^ ô mon amie ! quelle était ton injustice de l'attribuer à un défaut de tendresse ! Hélas ! tu ne sentais pas mes déchirements, et tout le regret que j'éprouvais en te laissant dans une situation aussi douloureuse et en te dissimulant mes profonds chagrins !

Pour donner une idée de la faiblesse de mon cœur, de la facilité avec laquelle je me laissais aller à tous ses mouvements, et de l'ingratitude dont j'ai été payé, il faut citer la scène qui précéda de quelques heures mon départ pour Paris.

J'ai dit que Desforges s'était tout à fait livré à Pelleport,

et que colui-ci, Jupe comme ^moî de ses fanfaronnades, des millions qu'il prétendait avoir à sa disposition , cherchait par tous, les moyens possibles de plaire à^Desforges et de le captiver. De son côté, Desforges ne voyait rien de plus beau que ' les projets que la féconde imagination de Pelleport enfantait chaqqe jour; son association avec moi mi paraissait de plus en plus incapable de satisfaire les désirs gigantesques qu'il s'en était formés, et Pelleport avait le plus grand soin à augmenter son dégoût pour notre entreprise et pour moi. Cependant je vois arriver Desforges tout consterné, qui me conjure de monter avec lui dans une voiture qui m'attendait. « Et pour quoi faire? lui dis-je, étonné de son émotion; qui me demande? et où voulez-vous me faire aller ? — Je viens de voir arrêter le marquis de Pelleport, me dit-il : on Tentraîne s'il ne fournit àlMnstant une caution. Vous savez qu'il n'a ici ni ami ni argent : c'est à vous qu'on l'a recommandé, au nom de ses enfants, sauvez-le; faites pour lui ce que je ne puis faire moi-même ; vous savez que je n'ai pas une guinée à ma disposition, et qu'on n'accepterait pour rien ma stgnature (Desforges se rendait justice) ; sauvez ce pauvre Pelleport : c'est un service qu'il attend comme moi de votre amitié. »

Je ne m'inquiétai pas si Desforges, pressé d'un si vif intérêt pour son nouvel ami, n'était pas de moitié dans cette affaire. Je ne vis que les deux enfants de Pelleport, abandonnés et mourant de faim; je ne songeai qu'à un nouveau service à lui rendre, et j'y volai. Je donnai ma signature. Pelleport fut libre; je ne sais en quel état déplorable il était réduit; je fus obligé de lui offrir jusqu'à ma bourse pour dîner, car le sensible Desforges donnait des pleurs à son infortune, mais ne voulait ou ne pouvait la soulager d'une obole. Et ce fut quelques jours après ce service que l'un et l'autre renouvelèrent leurs diatribes contre moi, qu'ils eurent la lâcheté de me décrier partout après mon départ, et de se joindre à mes dénonciateurs. Et ils ont ajouté à toutes ces infamies celle de laisser l'engagement que j'avais contracté pour eux à ma charité.

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