‹ Mémoires de BrissotChapitre 70 sur 86 · CHAPITRE L · texte numérisé non relu

CHAPITRE L

La coar fait im crime à madame de Gknlifi de ses prétendues relations intimes avec Brissot. — Madame de Grenlis, Tune des ennemies les pins prononcées de la royauté. — Les Leçons cPune gouvernante et le premier argument en f ayenr de la déchéance de Louis XYI. — Les anarcliistes ont dégoûté madame de G^nlis de ses idées républicaines. — Bumouriez et le jeune duc d'Orléans à Toumay. — Brissot combat le décret rendu contre la &mtlle de madame de Genlis. — Apologie de son Jowmcd et de l'éducation qu'elle a donnée aux enfants du duc d'Orléans. — Ije duc de Chartres fait rayer tous les titres qui accompagnent son nom. — Il est flagorné au club des jacobins par Collot-d'Herbois. — Terreur de Carra ; le duc de Chartres le rassure. — Projets du duc d'Orléans pour faire nommer son flls à la Convention nationale. — La franchise du républicanisme du duc de Chartres lui eût donné une grande influence dans l'assemblée — Ses articles dans divers journaux. — L'Ami du peuple. — Le Journal de MîUin. — Le dîner chez Welloni ; Brissot, Barnave ; Sniery et le duc de Chartres.

Voilà sur quoi peuvent être fondées les reJations intimes qu'on suppose avoir existé entre madame de Sillery et moi. La cour lui en faisait un crime par l'organe des journaux qu'elle stipendiait; et aujourd'hui on m'en fait un crime à moi-même comme une preuve de mon penchant pour la faction de ce d'Orléans, que je crus un instant capable de diriger le mouvement révolutionnaire, mais que je n'ai cessé de mépriser et de combattre dès l'ouverture des États généraux, parce que dès lors il m'était connu.

L'aversion que l'ancienne cour portait à madame deSîUery déposera en faveur de ses sentiments, car l'ancienne cour se connaissait dans ses haines aussi bien que dans ses amitiés^ et du moment où elle la regardait comme une de ses ennemies les plus prononcées, c'est qu'on avait reconnu dans elle une des ennemies les plus prononcées de la royauté. Qu'on lise la préface de ses leçons dUrme gouvernante, publiées à l'époque où le trône était encore debout, et où il fallait le

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respecter comme la constitution Texigeait; Ton verra s'il était possible d'invoquer avec plus d'art, je dirais presque avec plus de perfidie, si ce mot pouvait être juste pour un acte de loyauté, la constitution que le dernier roi avait jurée, mais dont chacun savait bien qu'il ne cherchait qu'à se débarrasser; l'on verra s'il était possible de montrer avec plus d'énergie rhorreur du parjure et l'obligation du serment même lorsqu'il était forcé; s'il était possible enfin de traduire ainsi plus directement Louis XVI devant le tribunal de la nation, dans le cas où il violerait la loi, le jour même où en fuyant à Varennes il venait de la violer; c'est dans cet écrit qu'on trouverait peut-être, comme par une inspiration prophétique, le premier mot qui semblait provo(iucr la déchéance, mot que d'autres n'ont fait que répéter.

Mais qui a pu détourner, éloigner de la république celle qui intérieurement l'appelait de ses vœux? les suggestions de Dumouriez, l'orgueil aristocratique? Non, non, mais bien la fureur des anarchistes, le tableau sanglant des scènes de septembre,!'exécution impolitique de Louis XVI. On peut porter un cœur rempli de patriotisme, mais avoir horreur du sang, quand il inonde la patrie.

Après la défection de Dumouriez, j'ai entendu la déposition ou plutôt la dénonciation de l'une des sous-gouvernantes de mademoiselle d'Orléans, qui arrivait de Toumay. Elle assurait que la résolution prise par M. d'Orléans fils d'abandonner les drapeaux de la nation, lui avait été suggérée jiar madame de Sillery autant que par Dumouriez. Ce jeune homme, disait-elle, n'écoute que Dumouriez, ou chante les vêpres du malin au soir. 11 est entièrement subjugué par les conseils du général en matière de politique, comme il Test par son ancienne institutrice en matière de religion. Elle citait une conversation tout entière, dans laquelle on voyait madame de Sillery. déclamer contre les Jacobins , qu'elle appelait des factieux, contre les septembriseurs qu'elle appelait des assassins; contre d'Orléans père, qui, suivant elle, avait été aux prisons porter le fer et la flamme , et qu'elle peignait sous les couleurs les plus affreuses pour le rendre odieux à ses en-

fants. Enfin madame de Sillery avait employé jusqu'auxlarmes pour entraîner sur les pas de Dumouriez l'élève dont elle gouvernait l'esprit avec tant d'empire, qu'on Tavait vu l'accuser d'être toujoura dans sa poche. La sous-gouvernante, dont j'ai oublié le nom, avait en vain essayé de dessiller les yeux du jeune d'Orléans, etl'avait vainement conjuré de rentrer en France avec sa sœur. Il avait répondu èr cette femme que Dumouriez pouvait bien être un ambitieux, mais qu'il avait le cœur droit, et que sa plus grande ambition était de rendre la France heureuse. Il partageait ses sentiments et ne voulait pas prendre un autre parti que le général. On sait ce qui s'ensuivit.

Cette déposition précéda le décret qu'on rendit alors contre toutes les personnes qui tenaient aux transfuges par quelques liens. Certes je ne blâme point madame de Sillery de son opinion sur les jacobins et les anarchistes, que j'ai combattus jusqu'au jour où il a fallu succomber sous leurs coups; mais je la blâme des conseils qu'elle a donnés cette fois à son élève au lieu d'employer son éloquence à le retenir dans l'attachement qu'on doit à sa patrie. Je ne me fais point l'apologiste de d'Orléans père, ni de ceux dont la funeste rébellion devait coûter si cher à la république; mais je n'ai pu me défendre d'un sentiment de douleur en voyant expier à toute une famille les crimes de quelques-uns de ses membres. Je prends aujourd'hui Sillery à.témoin que je n'ai pas craint de blâmer hautement ces rigueurs et ces cruautés dans le Patriote français et à la Convention. Cependant je venais à peine d'échapper au décret d'accusation que Robespierre avait provoqué contre moi comme complice de Dumouriez. Ma pitié pour des personnes que la trahison du général et de ses principaux lieutenants n'avaient que trop compromises, ne pouvait servir qu'à me compromettre moi-même. Mais je n'ai jamais calculé quand l'humanité et la justice me réclamaient, et j'ai toujours senti mon âme s'agrandir dans le danger. J'avoue que si je ne doutais pas de la défection de Dumouriez, je ne pouvais croire que Valence eût imité son exemple. Quelques jours auparavant, j'avais reçu une lettre de lui dans

laquelle il me donnait des détails sur la position de Farmée, et me chargeait d'une mission toute patriotique pour le comité de défense générale. Je voulais qu'avant de le punir on daignât le juger et l'entendre. J'invoquai pour lui sa gloire et ses blessures de Nervinde ; mais je m'écriai que si Valence était un traître, j'abjurais à jamais le doux nom d'ami qu'il m'avait donné quelquefois. Hélas! Valence, ainsi que d'Orléans, avait imité l'exemple de Dumouriez *. Comment ont-ils pu se décider à une pareille désertion? N'avaientils pas laissé derrière eux des otages bien chers, et dont la tête devait répondre de leur démarche? Ils avaient peut-être compté sur l'inviolabilité des députés et le titre de femmes que portaient les personnes qui leur étaient chères. Non-seulement Sillery, que le même cachot renferme aujourd'hui près de moi, fut dès lors gardé à vue, ainsi que d'Orléans, mais on arrêta à la fois mesdames d'Orléans et de Montesson, madame de Valence et ses enfants ^.

LeJoumald* éducation publié par madamede Sillery est à mes yeuxla preuve évidente de ses sentiments anti-aristocratiques.

1 Le comte de Yalenoe avait éponsé la fille de madame de Genlis. Distingné par son esprit » par sa yaleor et par son patriotisme, il fat entraîné hors de sa patrie par la défection de Dmnourlez, et il y rentra aussitôt qu'il eut va cesser la proscription qoi pesait sur sa tête. Il servit' la France sous Napoléon avec te même dévouement qu'il l'avait servie sous la répubUqae ; il est mort en 1822. Valence était on des membres les plus honorables de la chambre des pairs, comme son gendre le général Gérard l'est aujom?d'hui de la chambre des dépuités. (M.)

S c Sor la motion de Montault, Valence et le général Égalité seront tradoits « à la barre; d'Orléans et BiUery seront gardés à vue. On a ordonné l'anes- « tation de la femme de d'Orléans de laquelle il est séparé depois plusieurs aa- « nées ; la femme du général, Valence, ses enfants ftgés do quatre 4 dnq ans, la « citoyenne Montesson sa patente, seront mis en état d'arrestation. CSe ne « sont pas là des mesures fortes, ce sont des rigueurs inutiles, et toute riguenr « inutile œt cruauté. Quand même Valence serait un traître, et jusqu'à présent « sa conduite et ses blessoces démentent cette assertion, est-ce en arrêtant des « petits enfants et des femmes que Isk république se vengera? Voulex-vons être « victorieux, soyez magnanimes. » Voilà ce que Brissot écrivait dans le JPatriêtê français le lendemain du jour où Robespierre avait demandé qu'il fftt mis «>n arrestation comme complice de Dumouxicz. On voit, comme il le dit, que la crainte de se compromettre no faisait pas taire en lui les sentiments généreux de la Jnstioe et de l'humanité (M).

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Il montre qu'elle était digne de partager les vertus d'une république, et de les graver dans le cœur de ses élèves. Sans doute que la conduite de ceux-ci, ainsi que la sienne, n'eussent jamais démenti les principes qu'elle leur avait inspirés, s'ils n'avaient pas été poussés ensemble hors de leur devoir par les circonstances, plus fortes que le couragie d'une femme et les résolutions d'un jeune homme inexpérimenté.

D'autres ont cherché dans ce Journal déducatim l'apologie de la conduite de l'auteur envers madame d'Orléans, et un désir secret de louer un mari en montrant les torts d'une épouse qui n'acceptait pas de bonne grâce les sacrifices de la révolution. J'yivois avant Jout les sages leçons d^ une gouvernante prêchant à ses élèves les sentiments de la liberté et de l'égalité *; je l'y vois applaudir aux heureux germes qu'elle a su développer en eux, lorsque, par exemple, le jeune d'Orléans va prêter son serment civique, et fait rayer sur les registres

1 L'ouvrage dont parle Brissot est intitiHé Leçons dune gouvernante à ses élèves ou Fragment étun journal qui a été fait pour VéduecMon de M, â> Orléans, Voici une lettre de l'aliteur qui peut révéler dans quel bnt»cet ouvrage était écrit, et nous croyons que le lecteur ne la trouvera pas sans intérêt.

Lettre de madame de Genlis à 1£. d'Ozléazui p&re.

Du vendredi 1791.

« Je sois oharmée^ Dear Triend, qu'on Totu ait dit da bien de mon joTunal. J'étais bien sûre de oet eilet^ parce qne l'exaote T6rité, exprimée avec bieniéanoe et appuyée de preayes irréonsal)^ ne pent manquer d'être bien aooneillie. J'ai éyité aTec loin, dans cet onvnge^ d'avoir l'air d'entreprendre votre apologie on le denein de vous louer ; toiib n'y paraïMca jamais que lorsqu'il semble indispensable de tous citer pour l'explication des faits] mais on vous j volt toujours sous les traita les plus aimables de la bonté, de la douoenr, de l'indulgence ; enfin constamment le meilleur ces pares, et depuis deux ans le plus patient des maris. Aussi ai-je eu le plaisir d'sntendre dire à tous ceux qui l'ont la que rien au mflmde ne pouvait vous louer mieux que ces faits contés avec tant de simpLUdté. Ah I si TOUS m'eussies chargée de faire la brochure qui précéda Totre retour d'Angleterre I..... elle aurait eu aussi un bien grand succès. Comme cet écrit était mala> droit et manqué I je suis oonflrmée dans l'opinion que mon journal a fait une grande impmnion dans le lien qu'habite madame d'Orléans. J'imagine que IL de Penthièvre aura déterminé cette opinion. Mademoiselle vient encore «de recevoir une lettre d'elle , dans Laquelle elle maade qu'elle apprend son départ j maia paa un repreebe^ pas un mot amer ; delà tristesse et de la tendresse, et la lettre n'est point dietée.

• Kofis n'avons pas besoin de prdtres partioulien, U y a ici une chapelle romaine, a Adien, my Dtar Friend, que j'aime et que j'endmsse de tonte mon ftme. »

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qu'on lui présente ses qualités et ses titres, n'en voulant pas d'autre que celui de citoyen. Je suis loin d'approuver ces minuties religieuses, ces pratiques dévotes, bonnes pour occuper le temps et l'imagination des femme oisives, et que madame de Sillery paraît avoir inculquées, sans distinction de sexe, à tous les enfants dont on lui avait confié TéducatioD. Mais si elle a mis dans leur cœuï l'amour de Dieu, elle y a mis aussi l'amour de la patrie; si elle leur a enseigné à chanter lés vêpres et à fréquenter les chapelles, elle leur a aussi montré le chemin du club des Amis de la constitution; enfin, si elle en a fait des dévots, elle n'en a pas moins fait des hommes. Les jeunes d'Orléans l'ont montré à la bataille de Jemmapes; ils ont prouvé, malgré le mot de Mirabeau, que s'ils savaient servir la messe, ils savaient encore mieux servir leur pays.

Lorsque d'Orléans fils vint s'associer aux Amis de la œnstitution, on fit grand bruit de cette admission, et l'on eut tort; ce n'était qu'un jacobin de plus dans le club; au moment oii tous les honneurs étaient foulés aux pieds, ceux qui marchaient dessus n'auraient pas dû tant s'honorer d'avoir acquis un pareil collègue; mais alors nos plus fiers sansculottes d'aujourd'hui étaient encore ceux qu'éblouissait le plus facilement un habit brodé. On délibérait un jour sur un article réglementaire de la société qui ne permettait pas d'en être membre avant vingt-un aus. Le jeune d'Orléans demandait qu'on portât cet âge àdix-huit, ajoutant que, si sa motion n'était pas adoptée, il se verrait privé de présenter son frère comme il en avait le projet. Là-dessuâ, M. Collot-d'Herbois répondit en phrases emphatiques, comme il les faisait déjà, et en flagorneur de la naissance et du rang, comme il le fut plus tard de la multitude, qu'on s'empresserait toujours de recevoir le jeune prince lorsqu'il se présenterait, parce que l'éducation que sa naissance lui avait fait recevoir le mettait au-dessus de la loi commune. Au reste, d'Orléans fils ne prit jamais la parole que pour des motions sages, et il montra toujours une grande présence d'esprit. Un jour. Carra s'étant imaginé que les caves des Jacobins avaient été remplies

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de poudres, et qu'on Toulait faire sauter la §alle, il fit part de ses soupçons à rassemblée. M. d'Orléans fils traita cette assertion d'absurdité, et ofirit d'en convaincre le réyélateur en allant yisiter les caves avec lui. Ils y allèrent; et l'on s'aperçut qu'en efifet Carra avait pris des tonneaux de vin pour des barils de poudre.

A l'époque où l'on réunit la Convention nationale, d'Orléans avait songé à faire élire ses deux fils à Paris. Plût à Dieu pour lui et pour Paris qu'il eût réussi dans ce projet; il eût sauvé deux choix ignobles à cette députation parisienne, la honte de la Convention, et il se fût donné un sage conseil et peut être un solide appui. La présence de ces jeunes gens dans rassemblée aurait pu avoir une grande influence sur les démarches de leur père. Leur conduite à l'armée ne pouvait que les rendre honorables parmi les députés ; les sentiments que l'aîné avait exprimés dès 1790 en favem» du gouvernement républicain étaient vrais et sincères, et auraient défendu ce qu'on appelait sa faction contre les imputations dont elle était l'objet. Le républicanisme de d'Orléans a toujours paru une comédie ; celui de son fils était plein de franchise et de pureté. Enfin sa raison précoce, son excellente morale et la douceur de ses mœurs eusseni guidé d'Orléans en plus d'une occasion où il a été comme abandonné à un génie malfaisant. Il lui eût servi à la fois de conseil et d'exemple contre des amis dépravés et des conseillers perfides qui l'ont poussé dans la route la plus odieuse. Mais il devait en être autrement. Le député Antoine, ex-constituant et maire de Metz, répondit de faire élire d'Orléans fils dans cette ville : il ne réussit point. On m'avait engagé à servir ce projet; et, quoique les orléanistes me fissent peur, il y avait d'autres hommes dont j'étais plus réellement épouvanté. Je ne me refusai point à ce qu'on attendait de moi; mais j'aurais préféré voir le jeune d'Orléans présenté aux électeurs de Paris. Ses amis y exerçaient une influence plus directe ; il y avait plus de chances en sa faveur que pour Priestley qu'on opposait à Marat. Et mettez le jeune Egalité à la place de Marat, la populace n'en aurait pas moins eu ses feuilles incendiaires.

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Maïs la tribune n'aurait pas été souillée; et le monstre qui commandait les massacres ne se serait pas retranche à la fois derrière les anarchistes et son inviolabilité.

Le nom de Marat me rappelle que, malgré sa modération, M d'Orléans fils passe pour avoir donné des articles très-vio lents à divers journaux et même à l'Ami du peuple. Le choix eût été malheureux. Je sais qu'il en a donné quelquefois à Millin, qui fréquentait le Palais-Royal. Un jour où j'allai le remercier d'un article bienveillant qu'il avait inséré dans sa Chronique en faveur de ma traduction des Lettres philosophiques et politiques sur l Angleterre, il me lut une Ou deux pages sur la résidence des fonctionnaires publics, qu'il me dit lui avoir été apportées par M. d'Orléans fils; cet article n'avait rien que de très-sensé. Quant à moi, il ne m'en a jamais adressé pour ma feuille. Depuis la réponse que j'avais faite à Bamave, je m'étais perdu aux yeux de ces hommes qui composaient avec leur conscieuce et parlaient patriotisme en défendant la cause de la tyrannie ; beaucoup de ces genslà entouraient la maison d'Orléans. Ceux qui jusque-là étaient au rang de mes amis s'effrayaient de mon ardeur à la cause de la liberté et de la vérité ; ils craignaient probablement que tant de franchise ne les compromît ; ils m'en donnèrent une preuve deux jours après la publication de ma réponse. Je devais dînerchezWelloni avec quelques députés, et entre autres Volney, Noailles, Lameth, et Mirabeau qui avait déjà quitté" la société des Amis des Noirs, mais avec lequel je vivais en bonne intelligence ; j'arrivai fort tard et je ne trouvai personne. Sillery, qui devait aussi dîner avec nous, m'a dit depuis que lorsqu'il arriva avec le jeune d'Orléans, ils avaient appris que Lameth avait amené Bamave ; on avait craint de le voir a table à côté de moi, et chacun s'en était allé de son côté. J'avais alors été présenté aux yeux du jeune (l'Orléans comme un exagéré, et il n'aurait eu garde de m'adresser ses articles de journaux, ce qui ne m'a point empêché de le défendre plus tard dans le Patriote contre les fureurs des jacobins, ni de rendre justice aujourd'hui aux bons principes dans lesquels madame de Sillery l'avait élevé.

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