CHAPITRE LH
Origine de la liaison de Brissot et de Mirabeau. — La lettre de Brack. — L'ambassadeur Elliot charge Brissot d'offrir à Mirabeau nn asile en Angleterre. — Mirabeau répond à ce sujet à Brissot, et lui rappelle quelques-unes de ses ayentures ; ses procès. — L'effet prodigieux que produisit son éloquence deyant le parlement d' Aix , etc., eta ; il demande les conseils de Brissot pur la réponse qu'il
, doit faire aux offres d*£iUiot.
Ce n'est pas ici le lieu de m'étendre davantage sur les productions de Mirabeau ; mais je veux dire comment ont commencé mes rapports avec cet homme fameux dont j'aurai sans doute souvent l'occasion de parler. Pendant que j'étais à Londres^ je reçus une lettre de Tun de mes amis qui voyageait dans le Nord, et se disposait alors à pénétrer dans la Laponie, et à visiter Saint-Pétersbourg : c'était Brack, connu par son patriotisme, son zèle pour la cause des noirs, et quelques écrits, n me mandait qu'Ëlliot, ambassadeur d'Angleterre à Copenhague, homme d'un grand mérite^ et dont le nom venait d'acquérir une juste célébrité, l'avait chargé de me demander des nouvelles de Mirabeau, et de l'instruire, s'il était possible, de son sort et de sa position actuelle; c'était quelque temps après sa sortie de Yincennes et la publication de ses Lettres de cachet. Ce livre avait fait une grande sensation. En le lisant^ Elliot s'était rappelé que Mirabeau avait été son ami d'enfance et celui de sa famille, et le souvenir de ses infortunes avait ranimé son ancienne amitié. Brack m'assurait que si Mirabeau était hbre, Elliot lui offrirait avec empressement un asile en Angleterre, et aue s'il avait encore à se plaindre du sort qui l'avait si longtemps poursuivi, il pourrait le mettre à l'abri de ses coups, en lui faisant courir la carrière des ambassades.
Jusqu'à cette époque, la profonde immoralité de Mirabeau m'avait éloigné de son commerce ; mais ses malheurs me faisaient excuser ses torts et m'intéressaient malgré moi. Je
m'empressai de lui annoncer que^ loin d*une patrie oii il ne trouYait que des persécutions, un ami généreux lui tendait les bras, et lui offrait une patrie nouvelle. Mirabeau me répondit une lettre que j'ai conservée.
LBTTBB PB MIRABSAV
« Je reçoÎB avec beaucoup de lecoimaiBsanoe, monsieiiT, la lettre dont Tona m'honorez, en date du 17 juillet 1783. Elle m'est panrenue par H. Dellsle , le digne ami de notre excellant Clavière. Lr paquet qu'elle m'annonce n'a pas eu le même sort, soit qu'enyojé à M. Dupeyron, ce détour me le retarde, soit que cet aimable correspondant, que mon très-long silence peut avoir jeté dans l'incertitude sur mon séjour actuel, n'ait pas osé le hasarder. Ces conjectures me tranquillisent un peu sans me rassurer pleinement ; car j'ai depuis quelques mois éprouTé tant d'infidélités aux i)Ostes, que je suis inquiet sur le sort de tout ce qui m'est adressé d'une manière facile à deviner, et même sur celui de mes écritures. Clavière m'écrit, i>ar exemple, dans une lettre très-retardée (car elle est de Dublin, du 20 mai), qu'il n'a reçu qu'une lettre de moi depuis le mois de janvier. Je lui ai adressé deux paquets par Milord Péterborough, et deux par le duc de Mansfield, malgré les douloureuses et innombrables occupations qui m'ont absorbé depuis quelques mois. Qu'est-ce que tout cela est devenu? Je crois que M. Dogni* seul le sait.
« Yotre correspondance ne m'est point connue, monsieur. Je suis dana un pays perdu pour les lettres, où plusieurs de vos ouvrages ont pénétré cependant, mais apportés par quelques étrangers , du nombre desquels je suis. Je n'ai donc pu me procurer encore l'ouvrage où vous avez bien voulu parler du mien , et je n'avois pas besoin de ce motif d'intérêt personnel pour m'intéresser à ce qui sort de votre plume. A Dieu ne plaise que je sois étonné que vous ayez troavé et relevé des défauts dans le livre dont il est question. Je parierois bien plutôt que vous aurez failli par indulgence, que je ne vous soupçonnerois do trop de sévérité. D'abord l'ouvrage doit manquer et. manque en effet par la facture et le style. Fmit pénible' des longues et douloureuses méditations auxquelles je me suis livré pendant les trois ans et demi et dix jours que j'ai été enseveli dans le plus horrible des tombeaux, je n'ai pas eu un conseil, pas un censeur ; et si la solitude peut
iPixectenr général d«8 FMtes.
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donner pliu de profondeur aux pensées, elle nuit certainement à la méthode et à l'expression. Voilà une première source des défauts de l'ouTrage. Beaucoup d'autres appartiennent à moi plutôt encore qu'à ma situation, et j'en indiquerois un bon nombre ; mais j'attends votre correspondance ou le plaisir de tous voir, pour me livrer à cette discussion, d'autant que votre bonté et la nature des choses que vous m'écrivez exigent en ce moment une explication importante. Je l'aurai avec franchise et candeur ; d'abord parce que je n'ai point encore appris la méfiance, ensuite parce que vos amis de Neufchâtel m'ont donné une si haute idée de votre caractère moral , que je serais mal avec moi-môme si je pouvois vouloir me déguiser avec vous.
« 11 vous sera fort aisé de croire que votre lettre m'a touché jusqu'au fond de l'âme. Je n'aurois pas été si malheureux, si je n'étois pas né très- sensible. Yoilà ce que prouve ma vie entière, et c'est à vous qui, bien légèrement pour un penseur, aviez conçu de cruellcB préventions contre moi, que j'ose le dire. Je roeoniiois mon cher Elliot au trait que vous m'apprenez de lui. Il n'est que cette nation qui office de tels traits d'humanité et de générosité. Mais dans cette nation même, il doit être rare qu'un jeune homme (Elliot est tout au plus de mon âge) jeté dans la carrière de l'ambition, s'attendrisse à l'idée des maux qu'a soufferts un ami de collège qu'il n'a pas revu , et qui ne lui a point écrit depuis dix-sept ou dix-huit ans, et veuille à tout prix arracher au despotisme une victime étrangère à sa patrie (car ils ont une patrie, et voilà pourquoi le peuple le plus corompu do la terre a encore des vertus fortes , des vertus civiques ; voilà pourquoi ces fiers Bretons ont pris dans l'univers la première place en dépit des hommes et de la nature). Je ne serois pas l'objet d'un sentiment si noble, d'une pensée si haute, que je serois enthousiaste de l'homme qui l'a conçue; jugez ce que m'est le bon Elliot, et quel besoin j'ai de le serrer dans mes bras. Mais, monsieur, jugez ma position.
« Tous savez sans doute, par Glavière, quel affreux procès m'a enlacé ici depuis sept mois. Vous pouvez savoir aussi par lui que s'il eût été en mon pouvoir de réaliser la plus petite partie de la fortune que je dois avoir un jour, je n'aurais pas soutenu ce procès ; et la vue et le contact d'une terre esclave ne m'auroient pas souillé plus longtemps. Mais lié par la double tyrannie du plus étrange de tous les pères, et de l'impérieuse nécessité; entravé par les fautes de ma jeunesse, qui m'ont exposé au très-*grand malheur d'être dans la dépendance pécuniaire de ma famille, il m'a fallu viser à l'indépendanec par la seule route qui pût m'y conduire, et dont les hourblexs infects qui la parsemoient m'aurçient cependant ôçart^ sqr-le-ohamp si mes
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adversaires n'avoient pas eu l'insigne maladresse de compromettre moJOL honneur dans la discussion de ce procès* .
a Je l'ai perdu, mais je l'ai perdu comme on ne perd point de procès en France, surchargé de chaînes et d'entrayes, écrasé de dettes, suite du dérangement de ma première jeunesse, lesquelles on auroit pu arranger par le seul emploi de mes revenus, ce dont on s'est bien gardé, tout en m'en ôiant le pouvoir. Investi des préventions qui, dans le pays le plus méchant de la terre, ont résulté de mon inconduite, et surtout du manège et des relations officieuses des intéressés à ma perte ; entouré d'ennemis, mal servi par mon père, désagréable au gouvernement, je suis arrivé dans une province où il me restoît peu de parens, peu d'amis secrets, et presque pas un avoué pour lutter contre la famille la plus étendue, la plus accréditée, contre le particulier de la ville d'Aix qui en fait les honneurs et qui passe pour en avoir la société la plus aimable, les plus puissans amis, le meilleur cuisinier. Quand je suis arrivé, tout le monde me fuyoit ; j'étais Tantechrist. Je me suis conduit irréprochablement, et j'ai été assez heureux pour concilier beaucoup de fermeté et de sagesse. J'ai parlé en public quatre fois ; mon &me a élevé mon génie, et j'ai eu le plus grand succès. C'est avec raison que les anciens, du talent de la parole, ont fait un dieu. Le public , toujours extrême, s'est rangé de mon côté jusqu'à l'idolâtrie. Les battemens de mains m'ont poursuivi au palais,
1 Mirabeau voulant, comme il le disait, se réinvestir de 60,000 livres de rentes, héritage de sa femme, plaidait alors oontre elle, afin de la foroer de se réunira InL Fent-fttre edt-U gagné son procès, al son adioic adversaire (c'était M. Fortalis), en poussant sa colère à l'extrémité, en le défiant de dernier des preuves qui motivassent les torts de madame de Mirabeau envers lui, ne lui en eût fait produire une que l'avocat retourna contre Mirabeau même. On raconte que Mirabeau s'étant aperçu jadis d'une intrigue de sa femme, s'était enfermé avec elle dans son appartement, et après lui avoir arraché l'aveu de sa faiblesse, lui avait dicW une lettre qu'il s'était duugé de faire parvenir à son adresse, mois qu'il avait eu soin de conserver, prévoyant qu'il pourrait s'en servir un jour. (Cette lettre est datée du 28 mai 1774, elle commence par ces mots : « Je reviens enfin do mes ^aremens, « monsieur, et le premier eilet de mon retour à la vertu, est de vous avertir, que toute liaison est finie entre nous. • ) Mirabeau, excité par les défis de Fortalis, eechiba en effet cette lettre. L'avocat s'écria aussitôt qu'un mari qni avait de pareils motifs de plaintes contre se femme, et qui ne craignait pas aujoiu^'hui de rondro sou déshonneur public, ne pouvait vivre désormais eu bonne intelligenoe avec eUe et sous le même toit. Oet argument motiva le jugement de séparation des deux époux (M.) *^ '
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aux promenades, an spectacle 3 un arrêt m'a condamné par un complot abominable. L'arrêt a été hué. Le parlement même s'élève contre les cinq juges qui l'ont déshonoré, dit-il ; car sur neuf j'en avais quatre pour moi, et les seuls d'entre eux qui soient estimés. La faveur du public a augmenté. J'ai été obligé de régenter un insolent colonel : le peuple a été prêt à le lapider. Enfin je suis devenu conune le démagogue de la province, et le vainqueur du procès est en fuite, tandis que le vaincu est hautement proclamé VUlustre infortuné,
n Je n'avois assurément mérité ni tant de sévérité ni tant d'indulgence, et vous croyez bien que ces tristes succès ne me tournent pas la tête, d'autant qu'ime insurrection n'est jamais rien en France, mais ils m'imposent ime sorte d'obligation de faire casser l'arrêt, qui est un véritable attentat aux mœurs et à l'ordre public, et qui d'ailleurs , n'étant point motivé selon noitre mode française, peut laisser croire au loin, qu'au lieu d'être fondé sur un ridicule ergotage de palais, il l'est sur les imputations atroces dont on avoit voulu m'écraser. Mon honneur est donc aussi intéressé à la radiation de cet odieux arrêt, après laquelle je suis bien éloigné du désir de raviver le procès comme
je le pourrois Première entraxe qui s'oppose en ce moment à mon
expatriation, et c'est en vérité la moindre; car que me sont tous ces motifs secondaires, pourvu que je sois bien avec ma conscience? motifs qui d'ailleurs ne sont pas sans objections, car mon séjour & Paris est loin d'être sans dangers extérieurs et sans inconvéniens domestiques.
a Mais, monsieur, voici des considérations d'une tout autre nature. Je. vous l'ai dit, bien loin d'arranger mes affaires, mon père a eu le très odieux machiavélisme de les laisser dans un très grand désordre. Son compte de tutèle bien apuré, il se trouve me devoir 40,000 liv. : 80,000 liv. au plus paieroient mes dettes. Il m'avoit donné par coxitrat de mariage 8,500 liv. de pension annuelle ; il les touche maintenant , BOUS prétexte de payer mes dettes, n'en paie aucun créancier; et prélève seulement une pension alimentaire de 2,400 liv. qu'il m'abandonne très en rechignant. Je n'ai pas pu parvenir encore par aucune voie à changer cet état de choses. Je n'ai pas pu obtenir qu'il me permit d'emprunter pour éteindre en bloc toutes mes dettes, et m'assurer ainsi un revenu indépendant. Je n'ai pas même obtenu qu'il fit honneur aux engagemens les plus sacrés que le grand procès qui m'avait conduit à Pontarlier et à Neufchâtel m'a fait contracter*. Mon
1 CepxooèB de Pontarlier ét«lt relatif à Sophie de Monnier. On sait qa'^cèe ■on enlèvement et sa faite en Hollande Mirabeau avait été oondamné à mott
oncle, qui Ini prodigne son bien et ses épargnes , n'a pas eu plus de crédit que moi-même à cet égard. Il a subvenu à tous les frais de l'affaire actuelle ; mais riche seulement en viager , épuisé par son frère, lié par dos devoirs de reconnaissance envers des entours auxquels il ne ptut laisser que de l'argent, cet honnête homme, qui n'a de défauts que son invincible foiblesse pour son frère, ne peut pas beaucoup, et sa volonté est découragée par l'inutilité de ses ^orts.
« YouB sentez, monsieur, qu'il ne me convient pas d'être à charge à personne, pas plus à EUiot qu'à tout autre. Il me paroît impossible qu'il m'obtienne aucun emploi dans nn pays aussi étranger que le sien à tout François. D'ailleurs, je n'en prendrois pas d'indignes de moi, ni d'une certaine subalteméité. Je suis capable (et j'ai été mis à épreuve) du courage nécessaire pour gagner ma vie, je ne connois point de propriété plus légitime et plus honorable que celle de ses pensées par exemple. Mais je n'aurois pas le courage d'être le stipendié d'im grand seigneur quelconque. Ajoutez que je suis connu en Angleterre; que je le serois bientôt davantage par la nature des amis de cette nation que je me suis faits en France ; et que j'y serois nécessairement un homme de convention ; il ne me sera point permis d'être l'homme naturel : et c'est un grand malheur pour quiconque se sent un peu au-dessus des rêves de la vanité humaine.
« Yoilà bien des inconvéniens, monsieur ; il y en auroit beaucoup de sauvés, si Elliot avoit assez de crédit & la cour de Copenhague ou chez tel autre prince du Nord que ce puisse être pour me faire obtenir quelque emploi. La carrière est moins brillante qu'en Angleterre sans doute ; mais elle est moins exclusive, si je puis parler ainsi. En Angleterre, il faut être Anglois; dans le Nord, il ne faut souvent qu'être François.
(C Je manderai tout ceci avec beaucoup de candeur & mon ami Elliot; et je conviens encore que toutes ces objections me pèsent peu en comparaison de la liberté garantie, et de la possibilité de me livrer à mon énergie- naturelle : deux avantages que 'je ne puis g^ère trouver que loin de mon pauvre pays. Mais la nécessité 1 la nécessité 1
par oontumaoe, et avait été exécuté en eflSgle. Anssitêt qa'U avait vu s'ouvrir les portes deYinoennes, il était eXtb iBixe réviser son jugement et purger sa oontumace. L'affaire tétait arrangée à l'amiable entre lui et le mari de sa mattreese. Les engagements que Mirabeau pouvait avoir oontraotés dans cette occasion ne devaient pas être considérables, car le marquis de Monnier, le plus outragé, mais le pins débonnaire des maris , ne s'était pas contenté de pardonner à sa femme et à son ravisseur, il avait encore payé les frais, dommages et intérêts du prooèB (M.).
Qui sait yaincre cet ennemi? Pen d'hommes en ont le conrage, et ceci ne me manque pas ; mais la possibilité ? je ne la ycis pas ; le bon* heur? je suis payé pour ne pas compter sur le mien.
d Parlez-moi donc en ami, monsieur^ quoique je n'aie point mérité oe titre encore; mais ma confiance vous montre que je le désire et que je m'efforcerai de l'obtenir. Que me conseillez-vous? Quelles avances me seroient nécessaires? Quelle marche dois-je' tenir? je puis espérer de mon onde une somme d'argent qui nfaideroità une transplantation; mais je ne crois pas pouvoir zaisonnablement compter sur une amélioration de fortune du vivant de mon père. Il est si dur et si dérangé que ce seroit présumer que de s'en flatter. Il aime beaucoup mieux garder les 6,100 liv. qu'il retient sur mon revenu que de me payer les 40,000 liv. qu'il me doit , et au moyen desquel* les n'ayant plus que 2,000 liv. d'intérêts à supporter sur mon revenu pour me mettre en règle vis-à-vis de mes créanciers, j'aurois 6,500 liv. annuelles, et avec cela on vit dans tons les pa3rs du monde, surtout quand on a plus de 60,000 liv. de rente de substitutions sur sa tête. Gomment remédier à cela y en plaidant contre mon père; c'est une extrémité bien déplorable, et très loin d'être sans danger, n faut donc se résigner ; et combien cette résignation me seroit payée, si j'achetois la liberté à ce prix!
« YoilÂ, monsieur, de bien longs et fastidieux détails et un fatigant griffonnage ; mais vous n'auriez pas pu me conseiller, si vous n'eussiez pas exactement connu mon état de situation ; et sur cette ébauche rapide, à peine et bien à peine pourrez-vous en juger. Parlez-moi nettement, et ne flattez ni votre avis ni vos données.
« n me reste à vous faire de tendres remercîmens sur la pane que vous avez prise; mais la manière la plus éloquente de les faire est, du moins pour mon cœur , de croire assez à la bonté du vôtre pour ne pas craindre de lui exposer et de lui soumettre de tels détails. J'ai senti la générosité de votre zèle, et je le crois bien vrai ; et je le paie d'un bien sincère retour, puisque j'y recours sscns avoir aucun titre auprès de vous que celui que tout homme apporte à un autre homme.
ti Je suis vraiment honteux de vous paqueter comme je le fais; mais je n'ai pas l'adresse précise d'EDlot. D^ailleurB une lettre directe à un ministre étranger pourroit effiuroucher l'inquisition des postes. Je prends donc le parti de vous adresser ce que je lui écris ; et, pour cette fois seulement, vu Timportance de la chose, et la nouveauté de la correspondance , je vous écris directement, et vous envoie un duplicata par l'adresse que vous m'indiquez.
« J'espère que vous ne xpe ferez |)as languir après votre réponse*
DK BRISSOT. 875
Adressez-la directement à M. Boyer, receveur des droits da greffe , à Ai-g en Provence, et deuxième enveloppe pour le 0. de M. ; et légitimez , en l'adoptant, la liberté que je prends de faire sauter la vedette et les complimens en formule. 11 n'y a rien de formulaire, je vous assure, dans les sentimens d'estime, de reconnaissance et de dévouement que vous m'inspirez. « Kibabeau fils. »
« A Mirabeau, ce 11 août 1783. »
P. 8, « Depuis ma lettre écrite, j'apprends que le ministre s'oppose à ce que j'aille à Fans. Ce me seroit assurément une raison déplus d'y aller, si j'avois, d'après cela, le moindre espoir du succès dans la révision de l'arrêt : attendu que j'en regarde la poursuite comme une espèce de devoir de citoyen. Mais en est-il où il n'y a point de patrie? Et ne rendrai- je pas un plus mauvais service à la vérité et à la justice en la faisant échouer une seconde fois, qu'en lui laissant purement et simplement la vengeance de l'opinion publique? »
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