CHAPITRE LIX
Source des calomnibs dirigées contre Brissot. — Il fait la guerre aux abus anciens et nouyeauz. — Les modérés amis immodérés de la liste civile. — Projet d'aaserrir le peuple par le peuple même. — Le schisme s'introduit dans la Société des Jacobins. — Liste des députés membres de cette Société. — Les modérés mettent le peuple aux prises avec la garde nationale. — Les patriotes désignés à la haine sous le nom de républicains. — Tactique des intrigants. — Crédulité du peuple. — Tôt ou tard il est détrompé. — Les placards sont proscrits. — L'autorité en fait une arme dangereuse. — Manœuvres pour fausser les élections. — Imputations contre Brissot. — Le libelUste Tbéveneau de Morande. — Opinion de Rousseau applicable aux circonstances. — Candidature et ballottage de Brissot. — Députation de Paris. — Encore un mot sur la dernière séance de l'Assemblée Constituante. — Jugement du peuple.
Je n'avais été ramené en France que par le désir et l'espoir d'être utile à mon pays. Le feu s'allumait ; tous les cœurs s'ouvraient à la perspective d'un brillant avenir; des athlètes fameux avaient engagé le combat, je voulus aussi rompre une lance, et je publiai mon tian de conduite pour les députés du peuple.
Je ne rappellerai point ici tous mes travaux depuis^la révolution, et les écrits nombreux que j'ai fait paraître et les services que j'ai rendus dans les différentes places dont mes concitoyens m'ont honoré, soit comme président de mon district, soit à la municipahté, sort comme membre du premier comité des recherches, soit même comme électeur. Ces diverses missions, qui se sont succédé et qui m'ont constamment attaché à la chose publique, déposent, ce me semble, en faveur de mon patriotisme inaltérable et de mon intégrité.
C'est ce patriotisme qui m'engagea à publier, malgré mes nombreuses occupations, les observations que j'avais faites en Amérique. Je voyais avec peine qu'en changeant de régime, nous n'avions pas changé de mœurs. J'étais convaincu que.
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si Ton peut conquérir la liberté sans mœurs, sans mœurs on ne peut pas la conserver; et je me hâtai de mettre sous les yeux de mes concitoyens le tableau d'un peuple libre et vraiment moral.
C'est ce patriotisme qui a été la source de toutes les haines et de toutes les calomnies qui se sont accumulées sur ma tête. J'avais occasion de le développer chaque jour dans le journal que j'ai entrepris dès le commencement de la révolution. Là, sacrifiant sans cesse à l'intérêt public mes intérêts privés, qu'il eût été facile de concilier avec les idées des modérés, j'y ai constamment exposé, soutenu, propagé les vrais principes xie la liberté et de l'égalité. Là, j'ai combattu avec une fermeté inébranlable tous les préjugés qui formaient un rempart autour des castes privilégiées, et tous les abus du despotisme. Inflexible dans mes principes sévères, dans ces principes qu'une étude de quinze années et une longue habitude de l'horreur du tiespotisme ont gravés dans mon âme, j'ai successivement attaqué le despote, ses vizirs, leurs valets, la noblesse orgueilleuse, l'hypocrite clergé, la finance dévorante, la bureaucratie déprédatrice. Je n'ai pas davantage épargné les vices, les abus, les préjugés, qui, sous d'autres noms, se sont établis sur les ruines des anciens ^ Usurpations et attentats de municipalités, aristocratie des départements, accumulation des pouvoirs dans l'Assemblée nationale, désordre et précipitation de ses discussions, despotisme de ses comités, machiavélisme et corruption de leurs chefs, abjection de leurs jockeys, iniquité des décrets qu'ils ont extorqués, intrigues, coalitions, manœuvres qui se tramaient derrière la liste civile : j'ai tout attaqué; j'ai sur tout éveillé l'attention du public. J'ai désigné, nommé, démasqué, et ces intrigants qui cachaient sous le voile de la démocratie leurs vues ambitieuses, leur mépris pour le peuple, et ces modérés qui, sous le semblant de leur amitié pour la monarchie, déguisaient
1 2\frannidis ajfeetatio est in eo qui omnia imperii signa retinens, negat tamf.n verbis se habere vel velle imperium.
Tacitk.
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mal leurjamour immodéré pour la liste ûivUe et pour la corrup^ tion sur laquelle ils fondaient leur subsistance.
Doit-il paraître étonnant qu'isolé, sans parti, n'ayant qu'un petit nombre d'amis également sévères dans leurs opinions, n'étant dévoué qu'au culte de la vérité et de la liberté, me montrant erwers et contre tous, suivant que les principes l'ordonnent, j'aie été assailli de tant d'ennemis à la fois? L'austérité des principes est le crime le plus impardonnable et le plus dangereux chez une nation corrompue qui se régénère, parce que là, une foule d'hommes sans talents et sans vertus, qui n'existent que par la corruption, et qui trompent le public pour le piller, redoutent les réverbères, et décrient leur lumière inquiétante, afin de s'en délivrer. Aussi aucun de ces hypocrites n'a pu me pardonner de les avoir démasqués, et tous ont dû se réunir enfin pour m'écraser. La coalition qu'avait fait naître l'évasion du roi leur en fournit une occasion favorable. Un crime commun, une terreur commune, ordonnèrent cette coalition dans les premiers moments; un intérêt commun l'a ensuite prolongée. Les aristocrates abattus y trouvaient en effet le moyen de ressusciter leurs prétentions; les modérés, celui de piller la liste civile, et d'enchaîner le peuple; les apostats populaires, honnis de tous les côtés, y trouvaient le plaisir de se venger des amis de la liberté qui les méprisaient, de .perpétuer un pouvoir qu'ils voyaient avec peine échapper de leurs mains.
Déposant pour un moment leurs longues haines, n'ayant qu'un seul objet, celui de perpétuer leur influence, ne pouvant réussir qu'en trompant les diverses factions, qu'en atterrant le peuple,- qu'en intimidant les défenseurs de la liberté, ces conjurés coalitionnaires mirent alors au jour le projet le plus infernal, celui d'asservir le peuple même, de détruire par ses mains la Constitution, en apparence par respect pour elle.
On me pardonnera de m' étendre sur cet événement, qui a principalement ranimé le système de calomnies employé contre moi sous l'ancien régime. L'évasion, le parjure et la protestation du roi contre la Constitution, amenaient naturellement à corriger ce qu'il y avait de défectueux dans le
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pouvoir exécutif, à organiser le mimstère d'une manière convenable à la base générale de la Constitution ; c'est-à-dire, à le rendre représentatif et électif. C'était le vœu des patriotes; je le défendis, et on m'en fit un crime; ce système dérangeait l'ambition privée des hommes médiocres et corrompus, qui ne voulaient tenir leur sort que de l'intrigue et de la faveur, et qui redoutaient le jugement du peuple qu'ils avaient trompé.
Ils segardèrent bien cependant d'abord de heurter le sentiment général d'indignation contre le roi fugitif et parjure; ils l'excitèrent, au contraire, afin de justifier l'usurpation et l'accumulation, dans leurs mains, de tous les pouvoirs dont ils avaient eu le secret de se ressaisir.
Ce despotisme démagogique ne pouvait durer longtemps sous le nom de l'Assemblée. Que fit-on? On chercha à le continuer sous le nom d'un roi qui venait de se rendre méprisable. Mais il fallait l'arracher au jugement d'une nation outragée et irritée. On employa l'intrigue, la terreur, les écrits des mercenaires, les adresses mendiées, pour apitoyer le peuple sur le roi et sur la royauté, pour faire déclarer inviolable, impunissable un homme qu'on avait peint comme le plus grand criminel. On travestit en séditieux ceux qui soutenaient les principes, on caractérisa de rébellion leur doctrine, on se hâta de prévenir à coups de fusil la trop grande publicité de leurs raisons.
Cette doctrine avait été embrassée par une société célèbre *, justement regardée comme un des meilleurs boulevards de la Constitution, société qui avait servi de piédestal
! 1 Lft sooiâté dfiB JacoUns patriotes où siégeaient les députés :
BiUEOt, Pétdon, Bobespiene, Eoyer, éUgne; Termos, Saint-Martin, Yadier, Durand de MftiHann«s Corolter, £erTel^;an,Saarinne, éoéque; Rœderer, Gx«nzé-Latoncbe, Onyot, Pierre Monneron, Lelneton, aibé; Clennont» Bontidoox, Antoine, Sillery, Daotut, Louis Honiiieron, Yoldel, Dubols-Crancé, Oottin, Qantier des Urdères, Hébrard, TiHffiaTéoha], Bouvier, d'Orléans, Oonpé, Gourdan, Hemonx, Decnssy, HeBe, Popnlus, Girpt, Kioche, Foumier, Pierre Flieger, Meurinne, Delbeoq, Daiche, Chevalier, Maignan, Orenot, dom Gerle, Prieur, Merlin, Chasset» Salle, Nolf , Guy, Legoen, Moyot, Lelày, Oorentlii, Lefloc, KfmffQUiiui, Gobel, cW^ue de f*arUf Gooban^
aux ambitieux. Les factieux, ne croyant plus ce piédestal utile à leur pouvoir, essayèrent de le briser. Un schisme éclatant, qu'ils provoquèrent sous les prétextes les plus frivoles, leur parut un acheminement à sa ruine ; on voulait perdre dans la société mère toutes les sociétés du royaume ; on leur offrait une correspondance simulée avec les schismatiques, afin, ou de maîtriser, ou d'anéantir cette correspondance. Ainsi on éteignait ces fanaux éternels qui, de tous les points du royaume, éclairent les complots et les administrateurs.
Dans les révolutions, les schismes sont toujours favorables aux chefs ambitieux. Ce fut un schisme qui rendit le cruel Maurice maître de la Hollande. Indifférent pour toutes les religions, il favorisait la guerre entre les remmtrants et les contre-remontrants, pour perdre, avec l'aide du fanatisme, les ennemis de ses desseins cachés. C'est une intention semblable qui a fait naître le schisme des Jacobins. On espérait diviser ainsi toutes les sociétés, les détruire Tune par l'autre, et régner sans surveillants importuns.
Le peuple était encore Feffroide ces tyrans secrets : il fallait détruire son influence dans l'opinion publique; il fallait le mettre auxpmes avec la garde nationale. Les tentatives faites jusqu'alors n'avaient pas réussi. Le peuple était resté victorieux, et lors de l'arrêté mendié sur l'affairé des Théatins, et lors du départ prémédité du 18 avril. On profite d'un rassemblement paisible de citoyens qui signaient une pétition au Champ-de-Mars; on les peint comme un amas de brigands aux yeux de la garde nationale ; on prépare la tragédie de deux hommes trouvés le matin sous l'autel, et massacrés à propos; la comédie de pistolets et de pierres jetées; on répand le bruit que Lafayette est blessé, on enflamme le$ esprits, et le drapeau rouge est déployé sans nécessité; et le sang coule sans que la loi ait parlé, et l'on triomphe d'ime victoire sur des femmes et des enfants sans armes; et, sous prétexte de troubles chimériques, on laisse flotter le drapeau, atin de pouvoir, sous cette dictature militaire, arrêter, jeter dans les cachots quiconque osera parler ou écrire contre ce despo tisme oriental.
C'est encore ainsi qu'à l'ombre d'émeutes qu'il avait préparées secrètement, Maurice trouva le moyen de faire appeler dans les villes ses troupes de ligne, et de dominer partout*
Ce n'était pas assez : les écrivains patriotes faisaient encore trembler nos décemvirs. Il fallait les perdre; et on employa le charlatanisme des mots de ralliement. Les tyrans savent fort bien que le peuple, incapable, faute de temps et d'aisance, d'approfondir les faits, se laisse souvent diriger par les mots; qu'un mot adroit lui présente un fantôme effrayant, et le porte à égorger ses meilleurs amis, lorsqu'on a l'art de les lui rendre suspects. C'est ainsi que Cromvell, avec un mot, faisait égorger les Indépendants, et Maurice les Arminiens. A leur exemple, nos démagogues firent déshonorer, par leurs écrivains, le nom de républicains ; on le traduisit en ceux de séditieux ott rebelles, ou ennemis de la Constitution ; et on l'appliqua ensuite aux vrais amis de la liberté. Quoique rien ne ressemblât mieux au régime des trente tyrans d'Athènes qu'un pareil régime, quoique nos Pisistrates n'eussent pas même conservé l'ombre de la royauté, ils firent cependant sonner partout le tocsin contre les républicains; c'était le mot du guet pour la garde nationale, pour les libellistes, pour le peuple. Tout ennemi des intrigants était un républicain. C'étaient les républicains qui avaient excité la révolte imaginaire du Champ-de-Mars ; il fallait leur faire leur procès. En conséquence, et quand cette farce eut bien échauffé les têtes, un comité, qui n'avait été armé d'un pouvoir inquiwtorial que pour rechercher les contre-révolutionnaires, tourne, à leurs ordres, ses armes contre les patriotes. L'asile sacré des maisons est violé; le secret des lettres est trahi ; les domestiques sont convertis en espions; sur des délations vagues et ridicules, les lettres de cachet se multiplient, les cachots regorgent de victimes innocentes. La consternation s'empare de tous les esprits; les amis se craignent, s'évitent. On fuit, comme des pestiférés, les hommes à caractère qui s'étaient signalés par leurs écrits. On les croit dévoués à l'échafaud. Pour leur ôter l'intérêt public, on affecte delescon-
fondre aveQ les libellistes les plus méprisables. On faitrépandre qu'ils sont arrêtés, afin de sonder Je public sur leur arrestation, ou de les forcer à prendre la fuite....
J'ai été un de ces hommes désignés publiquement pour Téchafaud; moi que, huit jours auparavant, on portait presque aux nues, je me trouvai tout à coup dans un abîme eifroyable : je lisais sur tous les visages, et les calomnies qu'on avait répandues contre moi, et l'effroi que mon approche inspirait, et ma sentence prochaine. Mille avis me parvenaient à la fois; mes amis tremblaient pour moi : les uns me conseillaient de fuir, les autres de modérer mes traits contre mes persécuteurs. J'ai tenu ferme; je me suis montré partout; j'ai poursuivi mes persécuteurs eux-mêmes avec la même fierté et la même opiniâtreté. Ma conscience me parlait plus haut que toutes les terreurs du dehors.
C'en est fait de la liberté, si l'on est sans courage; si les scélérats parviennent à intimider les honnêtes gens; si ceuxci ne se réunissent pas pour faire tête aux infâmes moyens . qu'emploient les brigands politiques.
Oui , il faut le dire, j'ai trop appris dans cette rude épreuve, à connaître, et les fanfarons en liberté, toujours prêts à s'agenouiller devant l'idole du jour, et les faux amis qui vous étouffent de leurs caresses dans votre prospérité , et vous délaissent au péril; mais aussi j'ai senti la prodigieuse supériorité de l'homme de bien sur les scélérats et leurs valets; j'ai vu plus d'un de ces brigands déconcerté par mes regards.
Ne pouvant m'intimider, ils ont changé de batterie : ils ont eu recours à leurs armes favorites, à l'obscure calomnie. La liste civile, le trésor public, les places étaient à leurs ordres, et les libellistes, les délateurs mercenaires à leurs pieds. L'or a coulé, et la capitale a été inondée, et d'émissaires qui prêchaient dans tous les lieux publics contre les Jacobins, et de trompettesqui hurlaient les grandes conspirations découvertes (encore à découvrir); et de pamphlets qui désignaient au peuple et aux gardes nationales leurs victimes; et de journaux qui versaient au loin le poison fabriqué dans la capitale.
C'est alors qu'on a vu mille batteries dirigées à. la fois
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contre les écrÎTains patriotes : ainsi l'Ami prétendu des Patriotes, dont le luxe insolent trahit la corruption, dont les écrits recèlent le machiavélisme le plus perfide, et décèlent l'âme la plus profondément abjecte; cet écrivain gangrené, fier de voir quelques baïonnettes égarées au service de la coalition , osait accuser des écrivains purs , d'être soudoyés comme lui , criait qu'ils désobéissaient à la loi , parce qu'ils criaient contre sanction. Ainsi, le Postillon par CaîaiSy pour éclairer la question du jour, désignait doucereusement au bourreau les proscrits; ainsi la tourbe des autres journaux, nés tout à coup , et encore inconnus du public , renchérissaient à Tenvi sur leurs calomnies Mais ce système de
diffamation a bientôt dégoûté les honnêtes citoyens; où en a découvert la source impure, et on n'a pas même voulu tirer de la fange ces méprisables écrits, qui n'ont trompé que des imbéciles, et amusé que les fripons. On a eu recours, pour se faire lire , à une autre tactique : on a mis les libelles en placards, et les placards sont devenus périodiques, journaliers. On voulait, par là, tromper le peuple, l'exciter contre ses défenseurs les plus purs.; ce peuple qui porte tout à la fois la défiance et la crédulité à l'excès, parce qu'il a si peu de moyens pour éclairer et vérifier les faits; ce peuple qui ne cessera de pleurer sur les cendres de Socrate forcé de boire la ciguë parla légèreté des jugements populaires. Ainsi, l'on tournait contre les apôtres de la liberté de la presse ce droit d'affiches qu'ils avaient si fortement réclamé, et que les hommes corrompus avaient voulu attribuer exclusivement aux corps administratifs. Au lieu d'en faire des cours d'instruction pour le peuple indigent, d'y graver le catéchisme de la Constitution, on gravait, on répétait en mille endroits les accusations les plus atroces contre des hommes irréprochables; et la police, si vigilante, si inquiète, à l'égard des affiches raisonnées sur la déclaration des droits, imprimées par les sociétés fraternelles, cette police voyait tranquillement les placards calomniateurs se répéter, surcharger les colonnes et les murailles; et l'aristocratie des épaulettes en meublant avec complaisance les corps de garde, infectait de
ce poison les esprits simples et crédules des soldats artisans. Quel était donc le but de ces placards si multipliés, de ces libelles répandus avec tant de profusion, de ces journaux ignorés, quoiqu'on les offrît gratis? Pourquoi n'y déchirait-on que quelques individus? Était-ce là une simple rivalité d'auteurs? Existait-il des individus assez riches, assez fous pour se ruiner à soutenir un système aussi dispendieux de diffamation? où en était donc la source ?... Je l'ai dit déjà : elle était et dans lacouret dans leministère, et dans les aristocrates, et dans nos apostats, qui avaient formé une coalition formidable par la liste civile. Le plus grand mal d'un état libre, disait Rousseau, est que le crime y fasse des alliances plus indissolubles que n'en fait la vertu. Les méchants, en effet, se lient entre eux plus fortement que les bons; et leurs liaisons sont plus durables, parce qu'ils ne peuvent les rompre impunément, parce que de' la durée de ces liaisons dépend le secret de leurs trames et l'impunité de leurs crimes , parce qu'ils ont le plus grand intérêt à se ménager toujours réciproquement. C'est la ligue des intérêts communs, intérêts iniques, s'entend, contre les principes de la haute équité qui leur sont contraires. La coalition, la liste civile, c'était de là que partaient tous ces placards, où, sous le ton du patelinage, de la modération , de l'esprit pur et conservateur, de la haine des anarchistes, on cherchait à irriter le peuple contre ses amis les plus sûrs et les plus tlévoués; mais rendons justice au peuple : il n'a pas été-longtemps dupe de ces stratagèmes; bientôt il n'a lu qu'avec mépris ces rapsodies journalières, où l'on supposait sans cesse des ennemis étrangers ou soudoyés par des étrangers, sans en désigner aucun : il a vu l'intention des auteurs, celle de faire commettre au peuple quelque grand crime, pour avoir un prétexte de l'enchaîner, et pour faire périr ses plus zélés défenseurs.
Peu de temps avant les premières assemblées électorales, il y eut un déluge de pamphlets dirigés contre moi. Chaque jour en faisait éclore de nouveaux : un des plus volumineux était intitulé : Réplique de Charles Théveneau contre J, -P. Bris- 90t, C'ét^t le coup de grâce que méditaiept 4e me porter les
iQtrigants, aux gages desquels était Morande. Us se flattaient de m'enlever ainsi les suffrages de mes concitoyens; plus l'épreuve approchait, plus il était naturel que ceux dont les calomnies et les attaques ne m'avaient jamais ménagé, redoublassent de fureur. Deux écrits périodiques de l'époque , le Babillard * et le Chant du coq osèrent avancer que j'avais oublié de rétablir pendant six mois, dans la caisse du district des Filles Saint-Thomas, 580 livres, solde du compte dont j'avais été chargé comme président de ce district. Il me fut aisé de me laver de cette inculpation en produisant un certificat de Lepage, mon successeur dans ces fonctions , qui déclarait avoir reçu le solde de ce qui me restait entre les mains à cette époque, et qui se montait à 580 livres, ou environ. Lui-même versa cette somme entre les mains de Picard, dont je montrai aussi le reçu.
Une attaque aussi ridicule prouvait assez Pimpudeur de mes ennemis; mais un acharnement aussi opiniâtre contre un seul individu trahissait son objet. Ce n'était pas moi que. menaçait cette rage, mais le parti que je défendais et que je défendrai jusqu'à la mort.
Les colonnes du Patriote français, de VAmi des Citoyens, et de plusieurs autres journaux consacrés à soutenir la révolution, étaient remplies de sages conseils aux électeurs, pour les guider dans leur choix et les préserver des menées secrètes des * agents du despotisme. Tant de précautions suffisaient à peine pour atténuer l'effet des attaques continuelles et des imputations injurieuses dont les amis du peuple étaient l'objet chaque jour. Cependant l'Assemblée électorale ouvrit ses séances avec beaucoup de tranquillité , et Lacépède fut nommé président. Tout y annonçait que les patriotes y seraient en majorité.
Lacretelle, connu par une foule d'ouvrages estimables, écrivit à l'assemblée pour se mettre au jang des candidats à
1 Les auteurs da Babillard ont ea la charité, voire môme le patriotisme, de dépenser 1200 liy., en deux placards, pour apprendre à la capitale et aux villages voisins que l'avais dépensé la somme énorme de 164 liv. pendant ma préfiiâenoe du distriot des FilleB-Saint-TbomMk (.VoCe de BrimL)
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la députation. Cette démarche^ noble et digne d'un régime libre, a été d'abord vivement applaudie; et Grouvelle, Sergent, Kersaint, Dusault, essayèrent, dans des discours fort bien faits, d'engager l'assemblée à profiter de cette occasion pour établir la méthode des candidats, méthode si funeste pour les cabales, si utile aux talents et au mérite; mais leurs efforts furent vains, on passa à l'ordre du jour sur la lettre.
Le premier choix des électeurs donnait aux patriotes les espérances les plus brillantes; il tomba sur Garran de Coulon, qui, au second scrutin, eut la majorité absolue sur Lacépède.
Il est à remarquer que dans cette séance, Necker obtint deux ou trois suffrages. A ce premier succès se joignirent deux événements qui causèrent une vive satisfaction aux amis de la liberté. Le procès du 17 mars fut enfin rapporté, et plusieurs des patriotes décrétés furent élargis. On remarqua à l'Assemblée électorale Camille Desmoulins, Brune et Momoro. On avait lu la veille une lettre et une adresse énergique du premier, qui avaient été fort applaudies.
D'un autre côté, la coalition commençait à se dissoudre, et la manière dont l'Ami des Patriotes traitait Lameth et Barnave annonçait que la mésintelligence allait éclater.
Dans la séance du lendemain, Lacépède fut nommé au premier scrutin. J'obtins après lui le plus grand nombre de suffrages. Us furent partagés, le jour suivant, entre Pastoret et moi. Mais l'infâme Morande avait habilement profité de l'intervalle des deux séances pour lancer un nouveau libelle. C'était toujours les mêmes horreurs, avec un nouveau degré d'acharnement; cela pouvait abuser quelqu'un de ceux qui me donnaient leur voix, et Pastoret fut nommé le troisième député. Si mes ennemis, ou plutôt les ennemis du peuple, avaient pu m'acheter, ils n'auraient pas dépensé 3 ou 4,000 livres pour me fermer l'accès de la tribune.
Ce fut Cerutti qui, ensuite, devint mon concurrent. Les suffrages, d'abord partagés entre nous, le favorisèrent au second tour de scrutin, et mes ennemis purent encore triompher de ce nouvel échec. C'était cependant une douce con*
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solatîon poiir moi de yoir avec quelle indignation les bons citoyens envisageaient ces infâmes intrigues. Je reçus à ce sujet une lettre de Manuel^ dans laquelle leur auteur principal était justement flétri : il y prouvait que Morande était un Hbelliste et un espion^ et ses preuves étaient la correspondance même de ce Morande^ trouvée à la Bastille^ et dans laquelle on reconnaissait toute Timpudence d'un calomniateur à gages, et toute la bassesse d'an suppôt de la police :
(r Cknnme youb, mon ami, m'écrivait^il, je respecte ropinion ; oomme V0U8, je sais que la patrie a le droit de dire à chacun de ses enfants : il court de fort manvaiB bruits sur 7otre compte; on faites les cesser, ou cessez de vivre.
<t Hais, est-ce à un Korande, que la loi ne laisse vivre sans doute que pour le rendre plus malheureux, à dter des hommes do bien, dont la vie entière est une réponse à toutes les calomnies, devant ce tribunal où l'on n*a plus rien à gagner quand on n'a plus rien à j perdre ?
a: Aurions-nous cru que le gazettier cuirassé aurait trouvé asile chez un peuple qui se régénère ? Oe n^est que dans les états corrompus qu'un homme qui n*a que des vices est partout blâmé et partout accueilli : comment une municipalité, tutrice des mœurs, ne surveûle-t-eUe pas celui qui porte partout le signe de Caïn ? Qu'eUe l'oblige du moins à s'écarter avec respect du dtojen vertueux ; et, quand il osera se montrer aux spectacles, qu'elle le relègue dans une place solitaire, où, livré au mépris, il devienne une leçon publique.
a On dit qu'il a persuadé, je ne sais à quel comité, que jamais U ne fut ni libeUiste ni espion, lui qui a écrit tant de fois : Je vous remercie de vos sùinSy mon cher M. de BenaverU; mais Je suis très'Jermémeni ré' solu à ne me dessaisir de mon manuscrit que delà main vuide à la main pleine. Lui qui écrivait enooce, en 1786, le 12 novembre : Je vous envoie, mon cher maÙre, une kttre que Je vous prie de remettre à M. de Crosney en assurant oe magistrat que Je ne demamde pas mieux que de trouver les occasions de lui être agréable; mais le sieur de Buard se compromet si gauchement à chaque pas qu'U/aitj que Je ne le verrai que quand il m* aura montré une lettre de M. le lieutenant de police qui lui dise en quoi Je puis lui donner mon assistance.
« Au surplus, lisez vous-même ; je vous fais passer quelques-unes de ces lettres, que gardait si bien la Bastille dans ses dépôts impurs ; oe sont ceUes précisément où son fiel déborda sur voua. Mes yeux et
mon cœur se fatiguent de toutes oes ordures ; si vous saviez ce qu'il m'en a coûté à les remuer I Mais on me saura peut-être çté vjx jour d'en «voir couvert et écrasé le despotisme. »
Les élections se continuaient ; Beauvais Depréau et Bigot de Préaméneu furent nommés députés. Gouvion et Broussonet furent élus après eux. Dans la séance qui suivit, il y eut un ballotage entre Grété de Palluel et moi. Je n'eus que 305 Yoix, mon concurrent en obtint 460 et fut nommé. J'éprouvai encore la même chance dans le ballotage suivant avec Gorguereau; mais le véritable patriotisme ne se décourage jamais lorsqu'il.s'agit de triompher des ennemis de son pays et de la liberté. La violence avec laquelle le despotisme s'opposait à mon élection était une preuve de la puissance qu'il exerçait encore malgré tous les efforts de la révolution pour le terrasser. Je crus devoir prendre la parole au club des électeurs. J'essayai de dévoiler les manœuvres qui repoussaient le vœu qu'ils avaient constamment émis en ma faveur. Je les remerciai de leur persévérance huit fois trompée, mais plus honorable pour moi qu'un triomphe , et qui serait mon plus beau titre de civisme. Je les engageai toutefois à discontinuer des efforts qui pouvaient nuire à la cause delà liberté; d*autrcs, avec autant de zèle et plus de lumières que moi, pourraient être accueillis plus favorablement parce que leurs noms, moins souvent attaqués, ne réveilleraient pas les mêmes préventions dans de bons esprits qu'on avait égarés. Malgré cette espèce de désistement, mes amis ne voulurent pas se tenir pour battus, et à la première séance de l'assemblée électorale, les suffrages se partagèrent entre Garnieret moi; mais le scrutin fut annulé.
Pendant ces débats , les Amis de la Constitution de Chartres écrivirent à l'assemblée électorale de Paris, pour lui exprimer toute l'indignation que leur inspirait l'acharnement des attaques dont j'étais l'objet depuis le commencement des élections. Ils conjuraient cette assemblée de mépriser les infâmes libelles qu'on ne cessait de distribuer et d 'afficher dans la capitale, et jusque dans le lieu des séances, contre leur
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compatriote 9 dont ils garantissaient la probité, les mœurs et le patriotisme.
Non^ Messieurs, disaieniril, Brissot a*est point un factieux^ un ennemi de Tordre et de la prospérité publique. [1 ne mérita jamais les inculpations odieuses que des scélérats vendus à l'aristocratie lui prodiguent avec autant de scandale que de mauvaise foi. S'il faut cent mille signatures pour attester son honnêteté, sa franchise et sa loyauté, vous les trouverez dans le pays qui Ta vu naître. Ces généreux citoyens m'adressèrent une copie de cette lettre, en y joignant des témoignages d'estime et des éloges qui m'oiïraient un dédommagement bien flatteur des injures qu'une faction perverse s'efforçait d'accréditer contre moi.
Pour la dixième fois balloté à l'Assemblée électorale, je succombai pour la dixième fois. Thorillère, ancien procureur au Châtelet, l'emporta sur moi.
Enfin , le patriotisme triompha de la fureur de mes nombreux ennemis : un onzième ballotage me porta à la législature. Ce trait, unique dans l'histoire des élections, donnait la mesure des vrais patriotes. Les intrigants n'auraient pas eu une si longue persévérance pour le même individu; ou ils auraient réussi plus tôt, connaissant mieux la tactique des assemblées. Mais les patriotes n'avaient de tactique que leur loyauté, leur droiture et leur constance. Je jurai alors de ne pas tromper leur vœu, et j'ai tenu parole.
Tous mes jours, tous mes moments ont été employés à combattre les projets funestes des ennemis du peuple et de la Constitution; et aujourd'hui encore, lorsque je jette mes regards sur le passé , j'y trouve la consolation d'avoir rendu plus d'un service à la cause de la liberté. Mon concurrent, dans cette séance, était Dufresne, du trésor royal; du moment de mon élection , je me vouai tout entier à la chose publique; je pensai qu'au lieu de témoigner individuellement ma reconnaissance aux nombreux patriotes qui venaient m'offrir leurs félicitations sur un succès si longtemps combattu, je remplirais bien mieux leurs intentions en me préparant, par des travaux préliminaires, h soutenir leurs inté-
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rets à la tribune nationale . Je m'empressai de recueillir les renseignements qui pouvaient m' être utiles dans la carrière que j'allais parcourir; mais je devins avare de mon temps, il appartenait à ma patrie. Et quelle énergie n'allaient pas avoir à déployer les défenseurs du peuple dans les circonstances où nous nous trouvions? Les droits conquis par la révolution à soutenir; les nouveaux efforts du despotisme à paralyser; enfin, des institutions à consolider contre les perfides agresseurs qui les attaquaient sourdement.
On avait vu , il est vrai, une Constitution libre acceptée librement par le fils de soixante-cinq despotes; un peuple secouant le joug de ses anciens maîtres , consacrer cet axiome qu'un peuple peut changer son gouvernement; on avait vu l'autel du patriotisme relevé dans la capitale, et les grands principes couronnés après la lutte la plus opiniâtre ; mais de nombreux dangers menaçaient encore. Les finances étaient dans un désordre que couvrait un voile impénétrable ; les corps administratifs se heurtaient ou restaient dans une déplorable inertie ; le pouvoir exécutif était sans énergie, parce qu'il était sans confiance; la guerre nous menaçait, ou plutôt on cherchait à nous travailler par la terreur d'une guerre, que la France libre aurait dû prévenir par une attitude imposante; la corruption cherchait à se glisser partout; corruption d'autant plus dangereuse qu'elle prenait les formes les plus séduisantes. Dans un pays libre, les tyrans , ne pouvant plus être l'effroi du peuple, cherchent à Tenivrerde délices; ils lui plaisent pour l'asservir.
Hérault de Sechelles fut nommé quatorzième député ; l'abbé Mulot obtint après lui les honneurs de l'élection; et Condorcet, ayant enfin été mis sur les rangs , eut pour concurrent Godard, homme de loi, qui l'emporta sur lui. Les intrigues qui m'avaient repoussé si longtemps semblèrent se renouveler contre le célèbre philosophe. On avait redouté mon patriotisme, on était effrayé de son génie. Deux négociants, Boscari le jeune et Quatremère de Quincy, successivement ballotés avec Condorcet, eurent la majorité des suffrages. Ces deux scrutins auraient fait faire de singulières réflexions à
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Slanhope et à Priestley, et s'ils pensaient comme Pedarete , la Franc(». devait être heureuse. La séance destinée à nommer le dix-neuvième député vit encore Condorcet repoussé, et Ramond élu. Léonard Robin , juge , et Debry, ancien régisseur général, lui furent encore préférés. Dans les séances qui succédèrent, les dernières élections occasionnèrent un tumulte considérable ; les patriotes ne purent contenir plus longtemps l'indignation que leur avait fait concevoir l'extrême médiocrité de ces choix. On les attribuait à l'influence d'un club formé à la Sainte-Chapelle, qui tenait ses séances à huis-clos, et sur lequel on présumait que le ministère exerçait un grand pouvoir. Les intrigants, les hommes corrompus qui dirigeaient cette association clandestine , prenaient si bien leurs mesures , qu'on vit tel homme inconnu ou inepte avoir, au premier tour de scrutin, 250 voix, tandis qu'un homme célèbre par toute TEurope n'avait pu encore réunir ce nombre. Caillère de l'Étang , vénérable vieillard, dans lequel les glaces de l'âge n'avaient pas éteint le feu du patriotisme, se récria avec . indignation contre cet accapa^ rement de consciences : on l'applaudit vivement. Un autre patriote voulut prendre la parole ; mais les marchands de conscience n'aimaient pas à s'entendre dire leurs vérités, ils s'empressèrent d'étouffer toutes les réclamations. On arrêta, au milieu du tumulte, de se retirer dans les bureaux; les patriotes refusèrent de s'y rendre en déclarant qu'ils ne prendraient point part à ces scrutins, où ils n'étaient que les témoins et les complices de choix détestables..
Une conduite aussi énergique déconcerta les meneurs et les força à l'inaction; Condorcet fut élu. Cette seconde victoire du patriotisme, longtemps disputée, fut une compensation des nominations surprises par l'intrigue.
Enfin, l'Assemblée nationale termina une carrière trop longue de quelques mois pour sa gloire et la liberté*. Si eUe avait été l'objet de viles adulations, je dois avouer qu'elle avait été en butte à des calomnies bien atroces. Beaucoup de ses flatteurs allaient changer avec les circonstances, et là critiquer avec aussi peu de générosité qu'ils l'avaient loUée
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avec peu de délicatesse. Pour moi on ne m'avait jamais vu parmi ses bas panégyristes, on ne me vit pas depuis parmi ses détracteurs furieux. Tant qu'elle exista, je parlai d'elle avec autant de courage que si elle n'eût pas existé; elle cessa d'être, et j'en parlai comme si elle existait encore. Elle tomba dans de grandes erreurs, elle fit de grandes fautes; mais elle fonda la liberté, elle promulgua les droits de l'homme, et cette promulgation rachète bien des torts. D'ailleurs le bien qu'elle fit, on le lui devait tout entier; elle le fit lorsqu'elle se se livra à sa propre impulsion, quand elle fut elle-même; le mal qu'elle commit fut le crime de quelques intrigants qui l'avaient divisée, trompée, harassée, surtout dans les derniers temps.
J'assistai à la dernière séance de cette Assemblée; elle fut signalée par plusieurs actes de générosité , ou pour mieux dire d'une noble justice. Ainsi on vota 6,000 livres de dédommagement à Rataille, propriétaire du jeu de paume de Versailles , où les députés de la nation avaient trouvé un asile lorsqu'ils furent contraints de fuir devant le despotisme. Lasalle, commandant de la garde nationale parisienne, reçut une pension de 2,000 livres; et Desaiildray, son second , une pension de 1,000 livres : tous deux avaient bien mérité de la patrie dans ces jours de dangers.
L'Assemblée s'occupa ensuite de revenir sur quelques délibérations surprises à son incurie les jours précédents, et la séance se termina ainsi : Louis entra dans la salle^ grands applaudissements; il prononça un discours sentimental, très^ grands applaudissements; le président fit une réponse phrasée, nouveaux applaudissements; enfin Louis se retira, très-> longs et très- vifs applaudissements; ensuite le président annonça que la mission de l'Assemblée Constituante était remplie et ses séances terminées... (applaudissements de toute la France).
Le peuple donna, dans cette circonstance > un grand exemple de justice, qui ne devait pas être perdu pour la seconde législature. Au moment où les députés , entrés inviolables dans l'Assemblée, en sortaient simples citoyens, une
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foule innombrable se rassembla pour payer à chacun le fruit de ses travaux. On poursuivit de huées et de sifflets les Lamethy Barnave^ Goupil^ etc.^ tandis que des bénédictions et des applaudissements accueillaient les Pétion^ les Buzot^ les Grégoire et tous ceux qui n'avaient jamais varié. On les couronna du chêne civique^ au bruit d'acclamations unanimes, et d'une musiqne militaire placée sur la terrasse des Feuillants.