LES AGENTS PROVOCATEURS
des hommes qui se disaient leurs frères, qui portaient le même habillement et parlaient le même langage qu'eux, se trouvaient excités, le verre à la main, à émettre une idée contraire aux actes du gouvernement; puis peu à peu la confiance s'établissait; on s'était d'abord plaint timidement, on finissait par • lever la voix, on blâmait ceux qui étaient au pouvoir, on s'en prenait au roi lui-même : de là, on était naturellement conduit à manifester le désir d'un changement radical, et, à l'instigation d'agents astucieux, on se décidait à mettre la dernière main à un complot illusoire, qui ne devait jamais voir le jour. Alors, sous l'influence de l'ivresse, on signait un pacte élaboré au milieu des bouteilles ; puis une fois que l'acte était signé, il était déposé à la préfecture par l'agent provocateur qui disparaissait, et un beau matin les malheureuses dupes fie cette fourberie se réveillaient dans les cachots.
C'est ainsi qu'on s'y prit même avec un ancien officier supérieur nommé Mil lard, qui professait deopinions bonapartistes très exaltées et ne s'en cachait nullement. Apres la chute de l'Empire, il avait fait partie des Français qui se réfugièrent au champ d'asile du Texas. Il était ensuite revenu à Paris où il ne tarda pas à se lier avec deux soi-disant capitaines, qui se, donnaient les noms de Duverneuil et Sinard et qui n'étaient autres que Vauv et Chiyn, agents de police. Ceux-ci, pour attirer Millard dans leur piège, se firent passer pour bonapartistes effrénés et excitèrent le mécontentement du colonel contre le gouvernement. Un