DM BARIL DE POUDRE
En les incarcérant à la préfecture, on les avait mis chacun dans des chambres à part, avec les agents Froment et Delpêche, chargés de les moutonner, c'està-dire de les faire parler et d'obtenir d'eux l'aveu de la participation qu'on leur imputait dans ce crime.
On prétendait que ces pauvres enfants, soudoyés par quelque ennemi acharné des Bourbons et gagnés parla promesse de quelque argent, avaient consenti à transporter le petit baril dans l'intérieur du château, sans comprendre l'importance du fait. L'agent Froment qui, disons-le, n'était rien moins que patient, et se trouvait enfermé avec le plus âgé, s'ennuya de cette existence, et demanda une permission de quelques heures; on obtempéra à sa demande et on le fit sortir sous prétexte de l'envoyer devant le juge d'instruction. Froment avait promis de revenir avant la fin de la journée, mais on l'attendit vainement. On craignit alors qu'ayant arraché le secret des petits ramoneurs, il ne fût allé avertir les auteurs du complot, afin d'en obtenir une récompense pécuniaire proportionnée à la grandeur du danger qui existait pour eux dans les révélations qu'il aurait pu faire. M. Angles lança aussitôt un mandat contre Froment qu'on ne trouva que le troisième jour, et qui, réintégré dans sa cellule, y resta une semaine entière. Ace moment, les jeunes Savoyards furent relâchés ainsi que leur mouton; la justice avait mis la main sur le vrai coupable; N*** était arrêté.
Cette arrestation ne laissait pas que de contrarier singulièrement certaines personnes, qui auraient pu
MÉMOIRES DE CANLEtl
être compromises >i cet homme avait parlé; mais ii ii événement bien extraordinaire vin! Les tirer d'embarras. L'officier de paix el les deox agents qui avaienl arrêté le coupable Le conduisaient devant Le juge d'instruction, Lorsqu'en passant dans Le couloir <|ui précède 1<- cabinet <lu juge, N"" se coupa La :.rorge avec un rasoir <-n présence de ses trois diens.
A la suite de cel étrange suicide, des bruits plu- «•il moins ridicules, plus ou moins absurdes, mais plus ou moins vrais, furent répandus et circulèrent de bouche en l»onche dans la capitale. Tout le monde fut incriminé, excepté peut-être les vTais coupables : mais, dan? ce cas, comme dans bien d'autres, ils devaient passer inaperçus, leur position et leur puissance Leur assurant l'impunité quand même.