ÉVASION DE SAINTE-PELAGIE
campagne, et, ne sachant de quel côté diriger ses investigations, elle avait circonscrit et surveillé activement tous les amis, toutes les connaissances du chef d'escadron. Ceux-ci imaginèrent un moyen des plus simples et qui, par sa simplicité même, échappa à la perspicacité de ceux qui étaient chargés de rechercher le fugitif. Ils allèrent trouver un sieur X***, médecin, tenant une maison de santé et bien connu par son dévouement aux Bourbons et son exaltation politique.
— Monsieur, lui dirent-ils, nous venons vous confier, sous la garde de votre honneur, une affaire excessivement délicate. Le chef d'escadron Duvergier, notre ami, condamné, comme vous le savez, pour les troubles du mois de juin, est parvenu à s'échapper de prison ; malheureusement pour lui, aussitôt après son évasion, il est tombé dangereusement malade, et, dans ce moment, il est dans un état à ne pouvoir pas quitter Paris avant quelque temps. Le faire soigner à domicile, ce serait l'exposer à être découvert ; aussi avons-nous pensé à votre loyauté bien connue, et, quoique étant d'une opinion •différente de la vôtre, nous venons vous dire : Laisserez-vous un galant homme mourir faute de soins, ou, nous promettant de nous garder le secret, voulezvous le recevoir dans votre maison et le rappeler à la santé?
M. X*** promit de garder le silence le plus absolu sur cette affaire, d'accueillir et de soigner le malade par esprit de charité.
lus I0IRE8 DE CANLER
1 , - amis de Duvergier partirenl en riant du succès qu'avait obtenu leur supercherie, et, comme ils l'avaient pensé, voici ce qui arriva : le médecin m* fut pas plus 161 débarrassé de ses visiteurs qu'il courut à la préfecture avertir La police que le joui même le chef d'escadron Duvergier, gravement malade, sérail amené à sa maison de saule par ceux qui avaient favorisé son évasion. L»' préfet, certain de le prendre dans cette espèce de souricière, donna mission à l'officier de paix D*** de prendre les mesures nécessaire a pour arrêter le fugitif et ceux qui l'accompagneraient.
Delpèche, Gayetti et moi, fûmes placés en observation dans un terrain situé près d'une masure faisant face a L'établissement du médecin.
L<- choix qu'on avait t'ait de nous pour une telle affaire était loin de nous plaiiv. car tous trois, réprouvant les moyens déloyaux qu'enfantent les pasrions politiques, nous eûmes instinctivement la même pensée. Dès que nous fûmes Beuls, nous primes la résolution de faire tout ce qui nous serait possible pour ne pas réussir dans notre mission; à cet effet . noua nous plaçâmes de telle sorte que Duvergier, en arrivant, ne pouvait pas faire autrement que de nous apercevoir, et tout naturellement devait alors rebrousser chemin.
Hais la peine que nous primes pour nous faire reconnaître fut tout à fait inutile, car le prisonnier évadé ne parut point. Nous étions a notre poste depuis quatre jours, lorsque l'officier de paix 1)"' vinl