AVÈNEMENT DE CHARLES X
Le 19, les journaux de la capitale annoncèrent aux provinces que, la veille, les rues de Paris avaient été spontanément illuminées, et que le soir les illuminations recommenceraient.
Il est à remarquer que, lorsque Paris s'est mis en train d'illuminer, jamais il ne s'est contenté d'une soirée, et que, dans cette circonstance, on se plut à justifier l'adage : il n'est pas de bonne fête sans lendemain.
La préfecture de police, informée que les habitants de la capitale, et notamment des quartiers limitrophes des halles, devaient, pendant la soirée, célébrer par une illumination générale le succès des élections, avait envoyé des agents sur tous les points de la capitale, principalement dans les quartiers Saint-Denis et Saint-Martin. Quant à moi. on m'envoya en observation dans la rue Saint-Denis, et, mêlé à la foule qui circulait avec peine, je pus saisir à droite et à gauche bien des lambeaux de conversation, mais pas une seule, je l'avouerai, n'était à la louange du gouvernement.
Tout Paris semblait s'être porté dans ces deux rues; ceux qui avaient vu la veille voulaient revoir ; ci'ux qui n'avaient pas vu voulaient voir pour la première et dernière fois; enfin, les bourgeois venaient sur la chaussée pour juger de l'effet que produisaient leurs fenêtres illuminées. Ce qu'il y avait de plus curieux a voir, c'était la rue Guérin-Boisseau et autres ruelles de ce genre, où les deux rangs de maisons, présentant peu d'écartement, paraissaient
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Béparées que pour doi r | i un
fleuve de feu. Pendanl ce temps, les nnfaal — promeaaienl par bandes, «I mandant des lampions el brûlant, avec les pétards el Les fusées dont ils étaienJ porteurs, la figure e( les vêtements des passants.
Vn- huit heures du soir, je me trouvais non Lois du passage du Grand-Cerf, lorsque je vis apparaître dams la rue Saint-Denis, en venanl du côté <!<* la place du Châtelel une troupe d'hommes en guenilles, commandés par un individu armé d'un bâton : ils se mirent a crier à tue-tét ù ' des
lampions/ Il y eu avail partout, que pouvaient-ils désirer de plus? Ils continuèrent leur route, el bientôt l'homme au bâton leur désigna une mai-nu dool plusieurs fenêtres n'étaient pas illuminées. A ce signal s\ levèrenl des cris forcenés «I»' ///"/•/ ait.r v if mort auxji suites! mori aux bigots! avec : eompagnemeni obligé des lampions! qui, celte l<>i-. étai( répété en fausse! par les gamins.
j imin de Paris est essentiellement imitateur : il ;i\.iit entendu crier, il cria : puis, comme a un autre signal de leur chef les mêmes liomnn trouvèrent les main- pleines de pierres el se mirent levoir 'I'- casser les carreaux de cette maison, le gamin fui bientol armé des mêmes projectiles el il aiila efficacemea! -«•- professeurs; au bout 'I'- * j » i * ■ ■ — ques secondes, un grand nombre «!<• vitres furenl l.' - habitants, craignant une invasion de la populace, s'empressa renl d'illuminer les fenêtres, au milieu «If- huées (•• des sifflets des spectateurs.
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L'homme au bâton et sa troupe remontèrent encore la rue. mais toutes les croisées étaienl garnies
de lumières, et celles qui en manquaient, ou dont les lampions s'étaient éteints, étaient immédiatement éclairées; cela ne faisait pas l'affaire de cette bande de braillards.
Ils redescendirent vers la Seine; arrivés près du passage «lu Grand-Cerf, ils s'arrêtèrent < levant une maison en construction, et L'homme au bâton s'écria : Aux barricades! A ces mots, tous ses acolytes se jetèrent sur le bâtiment, enlevèrent matériaux, échafaudages, et en un instant, aidés d'une vingtaine de commis de boutique, ils eurent bientôt édifié une barricade formidable qui fut suivie d'urne seconde. L'élan était donné, et le publie circulait tant bien que mal au milieu de ce tumulte, riant des différentes scènes qui se produisaient à chaque pac. Je m'approchai alors de l'homme au bâton que je reconnus avec surprise pour être un ancien forçai attaché comme auxiliaire à la brigade de sûreté commandée par Coco Lacour ; un autre de la bande était un forçat en rupture de ban.' que j'avais moimême arrêté quelque temps auparavant en flagrant délit de vol au Temple. Cette troupe n'était fori que d'individus on ne peut plus mal famés, tenant sur la voie publique, et sous la protection de la brigade de sûreté, des jeux de hasard.
Pendant que tout ceci se passait, j'avais rencontre plusieurs commissaires de police, entre autre - MM. Roche, Boniface, Galton et Foubert ; et, chose
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étrange, bien que la préfecture fût à deux pas el qu'un piquet de gendarmerie Btationnaf sur La place du Ghâtelet, aucun de ces messieurs n'avait cherché à faire arrêter ces misérables provocateurs] Ce ae fui qu'à dix heures du soir, Lorsque La barricade était entièrement terminée et occupée, qu'un détachement de troupe de Ligne, commandé par M. B**\ capitaine d'état-major de la place, se munira rue Saint-Denis, à la hauteur de La rue Grenétat; à son approche, Les agents provocat'-ur- el Leurs dupes s'empressèrent de prendre la fuite; malgré cette retraite précipitée, Le commandant n'en crut pas m«»ins devoir ordonner à ses soldats de faire feu; plusieurs des fuyards et des imprudents furent tués ou blessés.
Plus loin, des charges de cavalerie furent exécutées Le sabre à La main par La gendarmerie; L'infanterie de la même arme s'avança également en faisant
le coup d<- feu.
Je fis à M. Barré, mon officier «le paix, un rapport détaillé de ce que j'avais vu et des individus que j'avais remarqués ; je Le Lui remis pour qu'il en rendit compte à qui de droit.
Dans la soirée du 20, Les mêmes scènes recommencèrent et cette fois Le feu, commandé par Le colonel 1"", fut non seulement dirigé but Les barricades, mais encore Bur Les fenêtres des maisons environnantes ; aussi quelques-unes des victimes furentelles atteintes dans Leur domicile.