‹ Mémoires de Canler, ancien chef du Service de sûretéChapitre 31 sur 76 · ARRESTATION DE LA DUCHESSE DE BERRY · texte numérisé non relu

ARRESTATION DE LA DUCHESSE DE BERRY

Lorsque cette monstruosité fut connue de ses parents et de ses amis, tous le repoussèrent avec mépris ; son frère, honteux de porter un nom qu'il avait déshonoré, le changea contre celui de 13***. sous lequel il a fait une brillante fortune, car aujourd'hui il est millionnaire. Deutz, désespéré et vivant pour ainsi dire en paria dans la capitale, se livra avec une sorte de frénésie au jeu, à la débauche et aux spiritueux; quelques années plus tard, il venait, dans une misère complète, réclamer quelque secours de la préfecture de police.

Ses demandes se renouvelant sans cesse, on lui proposa de s'expatrier dans une ile quelconque, nanti d'une somme de trois mille francs : il accepta cette proposition et choisit l'île de Sydney. On le fit alors habiller tout à neuf, et un agent l'accompagna jusqu'au Havre, où il s'embarqua sur un bâtiment qui avait reçu à l'avance le prix de son passage : au moment où le navire mettait à la voile, l'agent lui remettait les trois mille francs qu'on lui avait promis.

La police croyait s'être débarrassée à tout jamais de ce renégat : mais elle était dans l'erreur, car une année à peine s'était écoulée depuis son départ, qu'il revenait à Paris sans un sou et se présentait à la préfecture, qui lui accorda quelques petites sommes d'argent qui ne lui servirent qu'à satisfaire sa passion pour les liqueurs fortes. C'est ainsi que. plongé dans l'abrutissement le plus complet, il mourait bientôt sur un grabat, dans une mansarde de la rueMeslay-

L F. S A S S 0 M M E l'RS

Un an s'était à peine écoulé depuis la Révolution de 1830, les esprits étaient à la politique, le plus grand nombre rêvait un vaste système libéral, et Les mécontents de tous les partis déçus par l'avènement do Louis Philippe, espérant profiter de ces dispositions, tentèrent d'opérer un bouleversement. Les uns et les autres, coalisés dans cette intention, voulaient soulever les masses; on travaillait le peuple à cet effet, chaque parti ayant L'arrière-pensée de faire triompher sa cause exclusivement.

Le 12 juillet 1831, au Bein d'une assemblée tumultueuse, <m avait arrêté le programme d'une cérémonie ayant pour but de planter un arbre de liberté le jour anniversaire de la prise de la Bastille. Les préfets de la Seine et de Police, craignant quelque grave désordre, Qrent placarder dans Taris <\c< proclamation- annonçant aux habitants que l'on veillait sur les agitateurs et que toute tentative de trouble serait immédiatement réprimée.

Ces proclamations donnèrent l'idée a quelques

ambitieux obscurs, de profiter de cette circonstance pour obtenir des emplois à la Préfecture de Police : à cet effet, ils imaginèrent de réunir un certain nombre d'ouvriers et de chiffonniers de la rue Sainte-Marguerite, pour s'opposer à la plantation de l'arbre de la liberté. Ce plan une fois arrêté, les nommés Souchet, Landiou, Brunet, Martrou, etc, décorés de Juillet, se rendirent à la préfecture de police pour demander l'autorisation de mettre leur projet à exécution ; leur proposition fut acceptée et on les remercia en leur disant que le gouvernement verrait avec plaisir les ouvriers manifester leur dévouement à l'ordre.

Souchet, qui tenait une auberge au marché Lenoir, revint chez lui avec un drapeau qu'on lui avait donné à la Préfecture de Police, il s'empressa alors de rassembler dans la cour de son auberge les individus qu'il avait embauchés avec promesse d'une récompense pécuniaire.

Le moment du départ n'étant pas encore arrivé, il fit distribuer à tous ses acolytes, du pain, du fromage, du vin, et remit à chacun un bout de ruban pour se reconnaître. A cette époque, je demeurais au coin du marché Lenoir et, de mes croisées, je voyais tout ce qui se passait chez Souchet, cette circonstance m'avait fait choisir pour observer et rendre compte des démarches et des actions de ces étranges auxiliaires de la police. J'avais remarqué tout d'abord la présence de plusieurs repris de justice parmi les chiffonniers, lorsque le

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