‹ Mémoires de Canler, ancien chef du Service de sûretéChapitre 38 sur 76 · VOL CHEZ LA MARQUISE DE FALTANS Î · texte numérisé non relu

VOL CHEZ LA MARQUISE DE FALTANS Î

riverais probablement à un résultat favorable. Je chargeai l'inspecteur Laporte aine de cette mission, et bientôt, il m'apprit que cette fille se nommait D*** et qu'elle avait été vue, à la barrière Montparnasse, ayant, dans les mains, une petite cassette. Deux jours après, cette fille était arrêtée, et une perquisition opérée à son domicile amena la saisie de cette cassette qui renfermait encore la somme volée, à l'exception des pièces trouvées sur Yalentin qui fui condamné à vingt ans de travaux forcés.

Le marquis de Faltans rentra en possession de si cassette, de son or, et remit, ainsi qu'il l'avait fait promettre, 2,500 francs à M. Garlier. Sur cette somme le chef du service de sûreté préleva 500 francs, c'était le droit du seigneur. Puis il fut alloué 250 francs à moi, pour avoir découvert et fait arrêter le voleur ; 250 francs à Laporte aine, pour son renseignement sur la fille D*** et enfin des sommes plus minimes à tous les agents qui avaient opéré dans cette affaire ; bref, il resta un reliquat de 800 francs que M. Garlier remit à quelqu'un (que je ne nommerai pas), en lui recommandant expressément d'en faire un fonds de secours à l'usage des employés malades ou nécessiteux. Cette idée à la fois si juste, si bonne et si humaine, en même temps qu'utile, ne devait malheureusement jamais recevoir le moindre commencement d'exécution , et en voici la raison : M. Garlier quitta la préfecture, et la personne à laquelle il avait confié ce dépôt trouva très simple de mettre, en action, ce précepte égoïste : Cha-

rite bien ordonnée, commence par soi-même. Quelque vingt ans plus tard, je dinais avec M. Garlier, alors préfet de police. Vers la fin du repas, la conversation tomba sur le marquis de Faltans, et je racontais le sort que les 800 francs avaient eu.

— Ah! s'il en est ainsi, exclama le préfet, je lui ferai rendre gorge !

— La chose ne serait pas facile, répondis-je, car le malheureux n'a pas un sou vaillant, et ,sur ma demande, vous venez de lui accorder deux secours pour paver son terme. D'ailleurs, ajoutai-je en riant, il y a prescription et sa position actuelle doit lui faire voir que le bien des pauvres ne profite jamais à qui s'en empare.

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