‹ Mémoires de Canler, ancien chef du Service de sûretéChapitre 41 sur 76 · ASSASSINAT DE LA VEUVE HOU ET · texte numérisé non relu

ASSASSINAT DE LA VEUVE HOU ET

sa fille et son gendre l'attendaient pour déjeuner dans leur nouvelle maison.

La vieille me connaissait depuis longtemps, pour être l'ami de ses enfants, elle n'eut donc aucun soupçon; d'ailleurs, elle était seule, sa femme de ménage était sortie; et quelques minutes après, tous deux assis dans un fiacre, nous nous dirigions vers la rue de Vaugirard.

Tout en causant dans la voiture, j'avais tiré de ma poche la corde que je lui destinais, en lui disant que je l'avais achetée pour je ne sais quel usage; nous avions plaisanté sur sa solidité et sa force. Quelques maisons avant le n° 81, nous descendîmes de fiacre; je congédiai le cocher pour qu'il ne put savoir où nous nous rendions. En arrivant dans Le jardin, je passai ma corde au cou de la vieille, et en une seconde elle fut étranglée. Je voulus alors la jeter dans le trou que je lui avais préparé, mais comme il était trop étroit, je dus la mettre debout, et le corps, s'affaissant sur lui-même, se trouva ainsi assis sur ses talons. Je recouvris ensuite le cadavre d'une épaisse couche de chaux, puis je nivelai soigneusement le terrain; cette opération terminée, j'allai manger le déjeuner qui avait été préparé pour servir, au besoin, de pipée à la veuve Houet.

Ce chien de Robert, loin de tenir les promesses qu'il m'avait faites, me traîna de mois en mois, d'années en années, me donnant par ci par là quelques sommes insignifiantes, et jusqu'à présent il est resté sourd à mes demandes amicales comme à mes me-

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■aces; mais je viens de lui écrire une Lettre qui, j'en sois certain, fera son effet, et avant peu je recevrai

de l'argent; il est temps, car dans quelques m<>is je ne pourrais plus rien sur lui, la prescription décennale le délivrant de toute crainte et lui donnant le droit de marcher tète levée.

Et c'est dans cette lettre, messieurs, continua ('/". que se trouvent les indications dont je vous ai pai I»' ci qui précisent si exactement l'endroit où l'on pourra trouver le corps de cette malheureuse femme.

Deux mandats d'amener furent décernés contre ces misérables. Le chef du service, assisté de l'inspecteur de police Laporte aîné, se rendit à Villeneuvele-Roi pour arrêter Robert; mais celui-ci, à la -uite d'une violente altercation qu'il avait eue quelques jours auparavant avec Bastien, qui était venu lui demander de l'argent, en le menaçant de faire des révélations à la justice, s'était empressé de partir pour les eaux de Bourbonne, sous prétexte de rétablir la santé de sa femme, mais en réalité pour échapper aux obsessions de son complice.

Le chef du service et son agent continuèrent donc leur route jusqu'à Bourbonne-les-Bain a et en ramenèrent les deux époux.

Le jour même de leur départ, le 3 avril, je fus chargé de m'emparer de Bastien. Accompagné de l'ageni le Petit-Pompier et de son camarade Daré, aous allâmes noua mettre en surveillance au boul de la rue du Buisson-Saint-Louis, laquelle donne d'un taml sur le chemin de ronde entre Les barrières de

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Belleviile et du Combat, et de l'autre va rejoindre la rue Saint-Maur. A midi, je vis paraître au coin de cette dernière un homme de haute taille et de forte corpulence, âgé d'une cinquantaine d'années, vêtu d'un habit bleu à boutons de métal, en un mot réunissant tous les détails du signalement de Bastien.

Aussitôt j'ordonnai à mes agents de se tenir cois jusqu'à ce qu'ils m'eussent vu aux prises avec l'individu, et d'accourir alors à mon secours; puis, m'en allant ;l la rencontre de Bastien. je passai auprès de lui sans le regarder, afin de ne pas éveiller son attention, mais à peine l'eus-je dépassé que je me retournai brusquement et, l'entourant fortement de mes bras, je le mis dans l'impossibilité de se servir des siens.

— A moi! criai-je à mes hommes.

— Au voleur! hurla Bastien, en m'envoyant force ruades et se démenant avec une sorte de rage : mais je tenais bon. Mes agents étant arrivés et s'étant emparés chacun d'un bras, je fouillai dans la poche du côté de l'habit de notre homme, j'y pris son portefeuille malgré sa résistance, et nous nous rendîmes chez lui en attendant le commissaire de police que je fis immédiatement prévenir pour procéder à une perquisition.

Nous trouvâmes dans le portefeuille : 1° le plan du jardin de la rue de Yaugirard, n° 81, et l'indication, par un point noir, de l'endroit où le cadavre avait été enfoui; 2° deux notes relatives à cette af-

MEMOIRES BE CAMLES

faire ; au dos d'une de ces notes on voyait une copie du plan avec ces mots :

« Je te fais passer le plan de ton ancien jardin o ruedeVaugirard, où tu as fait de grands progrès en 182i.a

Enfin, dans sas papiers, on découvrit quelques note- relatives à la succession de la veuve 1I< »uet, et un.- autre écrite de la main même de l'agent d'affaires G***, spécifiant que, d'après une décision judiciaire de iH-2>), il n'y a pas à poursuivre Robert quant à présent, mais que Hastien ne pourrait plus être inquiété quand bien même il s'avouerait ou rait reconnu coupable.

Baslien et Robert furent internés à la préfecture de police à peu de jours d'intervalle.

Restait encore à constater l'existence des preuves du crime. On craignait qu'en attendant l'enquête judiciaire, les complices des deux coupables, s'ils en avaient, ne parvinssent à soustraire ces preuves aux yeux de la justice, en faisant disparaître le cadavre. Pour y mettre empêchement, on me chargea d'établir une surveillance dans la maison où le crime avait été commis. J'avais pour instruction de faire en sorte que rien ne fût changé à l'étal de ch existant ; seulement, il B'agissaii de ne point (aire connaître au propriétaire ou aux locataires de cette maison quel et • 1 1 le bul de cette surveillance.

J'avoue humblement qu'en sortant de la préfecture avec les deux agents que j'avais choisis pour celte mission, j'ig complètement comment je

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