‹ Mémoires de Canler, ancien chef du Service de sûretéChapitre 46 sur 76 · VOL CHEZ LA MARQUISE DE CHIN'ERY · texte numérisé non relu

VOL CHEZ LA MARQUISE DE CHIN'ERY

cieuse ; la femme, qui s'aperçut de ce changement de physionomie, lui en demande la cause : — Mon Dieu, répondit-il, la cause est bien simple : je n'ai que vous d'amis, je ne connais personne à Paris, je ne vois âme qui vive, je ne sors jamais, que diable voulez-vous que je devienne tout seul ici?

Les deux amants s'efforcèrent de le consoler en lui disant qu'ils passeraient la journée suivante ensemble. Le lendemain était la veille de leur départ. Après avoir déjeuné avec eux, Puyo les accompagna pour faire les emplettes nécessaires à leur voyage, puis on rentra à la maison, mais les deux domestiques, ayant déposé leurs achats, le quittèrent sous le prétexte qu'ils avaient quelques visites d'adieu à faire. Notre indicateur pensa que cette excursion avait un autre but : il les vit monter dans un fiacre et prendre la direction du bois de Boulogne. Plus de doute, se dit-il, s'ils sont véritablement les auteurs du vol, ils vont dénicher les oiseaux qu'ils ont probablement cachés au pied de quelque arbre de ce bois !

Après un certain laps de temps, le couple rentra au logis ; on dina copieusement, puis on alla se coucher.

Mais au lieu de se mettre au lit, le faux officier de marine s'empressa de prévenir la préfecture de tout ce qui s'était passé, et annonça que le lendemain à onze heures du matin, lorsqu'ils monteraient en diligence, les deux voleurs seraient probablement por teurs des bijoux soustraits.

A dix heures et demie, le chef du service, l'agent

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le Petit-Pompier et moi, nous étions dans la cour des diligences, rue du Faubourg-Saint-Denis, 50. Onze heures sonnent, la cloche appelle les voyageurs, et nous voyons apparaître nos trois personnages; la joie brille dans les yeux de l'homme, il se croit sauvé; mais la jeune femme paraît inquiète, elle cherche autour d'elle et semble craindre un danger. Quelques minutes encore et le fouet du postillon va la rassurer, toute crainte va cesser; cette espérance est bientôt déçue. Au moment où le domestique monte sur le marche pied, je l'arrête et le fouille; je trouve dans la poche de son pantalon une petite boîte contenant le fameux diamant noir et d'autres bijoux. Nous les emmenons aussitôt à la préfecture de police. Là, ils avouèrent le vol avec toutes ses circonstances; ils reconnurent qu'ils avaient enfoui au bois de Boulogne les objets volés et que la veille ils étaient allés les déterrer.

L'un et l'autre furent condamnés à dix ans de travaux forcés.

Mmc la marquise de Ghinery avant appris toutes les circonstances qui avaient concouru à la remettre en possession de ses bijoux, fit offrir, par M. Bloquet, son Intendant, une récompense de 500 francs pour les agents; mais la personne à laquelle M. Bloquel s'adressa refusa d'accepter cette somme sans l'autorisation du préfet qui l'accorda.

Les 500 francs furent alors remis au personnage scrupuleux, qui les garda, et L'agent I**", à qui l'on devait tout le Buccès de l'affaire, ne reçut pas un sou.

La femme du grava ur.

Le sieur R*** était un graveur de quelque talent, et entre autres mérites, il avait celui d'avoir une jeune et jolie femme de laquelle Vidocq entreprit la conquête, mais inutilement. Mme R***, qui était aussi sage que belle, avait prévenu son mari des assiduités et des obsessions de Yidocq; l'époux, ombrageux, ferma sa porte au beau poursuivant et lui intima l'ordre de ne plus reparaître à son domicile.

Yidocq, pour arriver à ses fins, résolut de jeter le mari en prison, sous un prétexte quelconque; puis, tout naturellement, de se présenter ensuite comme un ange libérateur, offrant son crédit, ses soins, son influence. En récompense, il comptait obtenir les bonnes grâces de l'épouse éplorée.

La trame était nette, simple, le succès paraissait probable, les moyens seuls manquaient; mais le chef de la brigade de sûreté y pourvut. Il fit acheter par son secrétaire Coco Lacour bon nombre de pièces de 2 liards, à l'effigie de Louis XV et Louis XVI, et après les avoir fait argenter pour imiter les pièces de 24 francs, il chargea Gret..., l'un de ses agents, de s'aboucher avec R***, de se lier le plus possible avec lui, puis de sortir avec son nouvel ami et de changer plusieurs de ces fausses pièces à des commerçants, afin qu'au besoin ceux-ci pussent reconnaître le graveur. Il fit ensuite adroitement cacher

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dans le domicile de ce dernier une certaine quantité de ces pièces.

Le premier acte de ce drame infernal axant parfaitement réussi et l'émission de la fausse monnaie n'ayant pas rencontré d'obstacles, Vidocq fit faire au domicile de sa victime une perquisition qui amena la découverte de fausses pièces de vingt-quatre francs.

Les époux R... passèrent «-n cour d'assises, mais heureusement ils furent acquittés.

Le verdict du jury se trouva justifié quelque temps après; car Coco Lacour, de qui je tiens ces particularités, ayant été appelé en témoignage à la barre des assises, pour une autre affaire, fut amené à déclarer que les pièces de deux liards, objet depoursuites dirigées contre les époux R..., avaient été achetées par lui et argentées p^r ordre de Yidocq, et que celui-ci était l'auteur et L'instigateur de l'abominable provocation dont le graveur avait failli être victime.

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