OS ENLÈVEMENT SU
choisissant un autre itinéraire, croirait avoir complètement déroute les recherches, qu'il prendrait son temps, et, se pressant moins, me laisserait la facilité de le rejoindre. En conséquence, me jetant dans ma chaise de poste dont les chevaux venaient d'être changés, je repris le chemin de la capitale, où j'arrivai dans le courant de la nuit. Le lendemain, à dix heures du matin, je partais, mais cette fois : un passe port pour l'Allemagne.
A Ghâlons-sur-Marne, je retrouvai leur trace; on les avait vus, mais ils ne s'étaient pas arrêtés; je les suivis pas à pas, prodiguant les pièces de cinq francs aux postillons qui les avaient conduits et obtenant ainsi de bouche en bouche les renseignements les plus précis. A Metz, je sus qu'ils étaient arrivés la veille au soir, qu'ils y avaient couché et qu'ils en étaient partis le matin à neuf heures ; mais j'appris en même temps, qu'au lieu de se diriger sur l'Allemagne, comme ils en avaient manifesté l'intention, mes voyageurs étaient en route pour la Suisse. Le temps pressait, je désirais les arrêter en France ; je triplai alors le pourboire du postillon, et les chevaux triplèrent de vitesse. Je regagnai si bien le temps perdu, que bientôt je fus sur les pas des fugitifs. Enfin, je les rejoignis dans un petit village, à quelques pas de la frontière : il était temps! La poste aux chevaux était située dans la première maison du village. Qu'on juge de ma joie lorsque j'aperçus dans la cour de l'hôtellerie la chaise de poste à la caisse verte après laquelle je courais depuis si longtemps.
Je Mi- ■ li- conduire chez le maire, seule autorité dont je pusse invoquer L'intervention; je Le trouvai une fourche à La main, en train de ranger du foin dans son grenier. Ce magistrat municipal était un gros homme, court, replet, à la face réjouie, et dont Le uez Légèrement couperosé annonçait un faible assez prononcé pour les joies de Bacchus; du reste, pieds nus dans de gros sabots, vêtu d'une blouse rapiécée et coiffé d'un bonnet de coton bleu. Je lui exposai l'objet de ma visite, «t. après lui avoir exhibé les ;ea justificatives de ma mission, je le priai de vouloir bien me prêter son concours. Alors se passa une scène un peu bouffonne : ce brave Immme, honteux de recevoir dans un tel accoutrement un Monsieur qui venait de Paris en chaise de poste, ignorant complètement la modestie hiérarchique de mon titre d'inspecteur principal de police, et croyant peut-être avoir affaire à quelque haut fonctionnai re, se confondait en salutations, en excuses, m'assurant que je me passerais parfaitement de Lui, et, en définitive, qu'il ne comprenait pas ce que j<- réclamais de sun ministère. Enfin, après bien des explications, je parvins à lui faire comprendre tant bien que mal que sa présence était nécessaire pour légitimer mon opération : et, Le brave homme m'ayant prié «le l'attendre un moment, reparut bientôt, emmailloté dans une grande redingote et ceint de L'écharpe officielle, tenant d'une main un rouleau de papier, de L'autre une plume et uneécritoire. Non- nous dirigeâmes vers la poste, et, chemin faisant, avant rencontré un gen-