‹ Mémoires de Canler, ancien chef du Service de sûretéChapitre 54 sur 76 · LE TUNBUB (MENDIANT) ET LE BANQUEROUTIER · texte numérisé non relu

LE TUNBUB (MENDIANT) ET LE BANQUEROUTIER

La rue du Ghâteau-d'Eau, aujourd'hui large et

garnie de belles maisons, se nommait, il y a une trentaine d'années, rue Neuve-Saint-Jean ; elle «Hait alors étroite, sale, et ne possédait que quelques petites maisons dont l'une était située au milieu d'un jardin clos de murs. On entrait dans cette propriété par une porte pratiquée dans la partie du mur faisant face à la rue ; le mur du fond du jardin était mitoyen avec le jardin du bal du Wauxhall. La femme et la fille d'un sieur V***, banqueroutier frauduleux, en fuite, étaient les seules locataires de l'habitation. Deux agents, habillés en commissionnaires, avaient été placés en surveillance près de la maison pour arrêter le mari s'il s'y présentait, et pour suivre la mère et la fille partout où elles iraient.

A peine la surveillance était-elle établie, que la femme du banqueroutier, rusée commère, avait deviné, et, pour s'en assurer, elle était allée les regar-

HÉMOIRES DE CANLER

der sous 1«* nez, en leur disant, d'un air narquois . Vous faites là, messieurs, un joli métier!

Mes deux hommes, se voyant ainsi brûlés (reconnus . abandonnèrent la place el vinrent me rendre compte de L'incident.

Pour déjouer La perspicacité de M:;i \"\ je dus mettre d'autres moyens en œuvre; j'envoyai ; d'elle, bous différents prétextes, Les agents Les plus Ldroits, mais tous échouèrent devant - ; - 'iice d'esprit et sa pénétration, qui n'étaient jamais en défaut.

J'étais persuadé qu'un jour ou l'autre mon banqueroutier viendrait embrasser se femme et sa fille et que c'était de ce coté que je devais porter mon attention. Pour éloigner tout Boupçonde la présence de la police dans les environs, j'imaginai déplacer dan- La pue un agent déguisé en vieux mendiant. J'avais dans mon service un nommé Aube qui était doué d'une grand.- intelligence et d'une patience à toute épreuve, je Le fis appeler et lui dis de quoi il B'agissait.

— Comment, répondit-il. vous voulez que j'aille tuner (mendier) dans la rue?

— Oui, répliquai-je, et je compte but vous pour mener cette affaire à bonne fin.

J'- L'envoyai s'affubler de baillons, d'une grande barbe grise, d'un chapeau défoncé; un bras en irpe et on gros bâton à La main. Sa toilette terminée, il alla ainsi rue Neuve-SaintrJean, assis sur une borne, demander L'aumône pendant Le jour, et la nuit se cacher dans L'embrasure d'une porte. J'avais

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