LE MENDIANT ET LE BANQUEROUTIER
■an même temps placé un autre agent à Tune des extrémités de la rue pour prêter main-forte au premier en cas de besoin. La surveillance s'exerçait depuis une semaine sans plus de succès que le premier jour. Mon pauvre Aube était exténué de fatigue et de sommeil ; mais, lorsque je lui proposai de le faire relever pour qu'il put prendre un peu de repos, il s'écria : Non, non, je tiens à terminer cette affaire, d'ailleurs je suis un peu récompensé de mes peines par les trois ou quatre francs que je reçois chaque jour des âmes charitables, et il n'est pas jusqu'à la femme du banqueroutier qui, de temps à autre, ne me donne un sou ou deux. — Eh bien, lui dis-je, puisque vous y tenez, restez à votre poste.
Deux jours après, vers onze heures du soir, un cabriolet de place s'arrêtait devant un jardin ; un homme en descendait, sonnait à la porte et entrait. Tout cela s'était passé en quelques secondes. Aube n'en avait pas moins eu le temps de reconnaître le banqueroutier, à la lueur de la lanterne du cabriolet. Il alla aussitôt prévenir son camarade qui, à son tour, vint m'annoncer cette nouvelle.
A peine faisait-il jour, que le commissaire de police Guérard sonnait à la porte du jardin, qu'on n'ouvrait qu'après dix minutes d'attente ; la maison fut visitée de la cave au grenier, les murs sondés, les lits fouillés jusque dans les paillasses et le jardin exploré, mais inutilement, l'oiseau s'était envolé ; nous pensâmes alors que notre individu avait profité du temps qu'on avait mis à nous ouvrir pour s'échap-
per, s 'il en escaladant à L'aide d'une échelle, soil en grimpant après le mur mitoyen du Wauxhall; noua recherchâmes, mais il n'existail pas plus d'échelle dans li propriété que d'éraflures faites par des souliers sur le mur.
Nous uous retirâmes un peu désappointés de notre m< saventure. M. Guérard me dit alors : « Monsieur Ganler, je crois que votre agent vous a fait an rapport mensonger, pour se débarrasser d'une surveil- I mee qui l'ennuyait. — Non, j«i ne le pense pas, car j'ai en lui la plus grande confiance; d'ailleurs, ajoutai-je, je saurai bientôt à quoi m'en tenir sur La fidélité de mon agent ou sur cette étrange disparition. » J'avais mon idée.
Le lendemain était un dimanche, et pai quent jour de bal; je me rendis au Wauxhall, <»ù j'examinai Le mur mitoyen, sur lequel il u'existait pas plus de traces de passage que de l'autre côté; néanmoins je persistai- à penser que ce n'était que par la que outre homme avait pu prendre La fuite. J'avais hâte de débrouiller cette énigme. Je connais- - '.- une Lille Âlexandrine qui était La maîtresse de L'un des contrôleurs du bal; elle m'avait plusieurs fois rendu des services en police : je pensai qu'elle pourrait encore, dans cette circonstance, me venir en aide, j'attendis son arrivée, j>ui- nous allâmes au où je lui racontai ce que j'attendais de sa complaisance. * C'est bien, me dit-elle, je vais m'occuper de vous obtenir les renseignements que vous désirez; j suis intimement liée avec 1 a femme du conci<