‹ Mémoires de Canler, ancien chef du Service de sûretéChapitre 63 sur 76 · FIESCHI, PEPIN, MOREY ET .NINA LASSAVE · texte numérisé non relu

FIESCHI, PEPIN, MOREY ET .NINA LASSAVE

que la saisie d'un volume de Saint-Just, placé sur la table de nuit.

L'opération terminée, le préfet, accompagné de X**#, regagna sa calèche et se dirigea vers Paris. Quant à nous, nous partîmes avec notre prisonnier. Dans l'un des coucous se trouvaient le chef de la sûreté, Pépin, trois agents et moi; dans l'autre le restant de nos hommes.

Dans la première voiture, la conversation fut pendant tout le voyage gaie, enjouée, et à nous entendre, rien n'aurait pu faire présumer que parmi les causeurs se trouvait un homme réservé à l'échafaud. A Claye, nous déjeunâmes tous à la même table; le déjeuner était composé d'une omelette et de côtelettes de mouton. Pépin mangea de bon appétit, tint hautement le dé de la conversation, et, une fois remonté en voiture, ne causa, depuis Claye jusqu'à Paris, que d'agriculture et de dessication de légumes. Il parla du prince de Rohan, qui s'occupait également d'agriculture et avec lequel il entretenait des relations suivies. « C'est à cause de mon intimité avec ce personnage, nous dit -il, qu'on me croit légitimiste. »

Je ne parlerai pas du procès de Fieschi, Pépin et Morey, tout le monde le connaît et sait quelle en fut la fin ; mais ce qu'on ignora, c'est que N***, l'ami de Pépin, le confident qui devait chercher à lui procurer les moyens de se sauver à l'étranger, reçut, dit-on, 25,000 francs pour prix de sa délation, et qu'il sut si bien faire fructifier cette somme, qu'au moment où

MEMOIRES DE CANLEll

I- cea lignes, il esl à la tète «1 Un bel établissemenl .( d'une fortune très considérable.

Pépins constamment nié sa complicité av< deux coaccusés, el sur L'échafaod même, au moment ou on Le liait -ur la planche fatale, tournant si télé

i ,n 1 1ère, il s'écria : Iles amis, je -ni- innocent, j-me u iv miment !

La planche bascula : la tète sous Le couteau, Pépin ; ia encore : .!<• -ni- innocent I

Ce jour la. .-a femme et ses quatre entant- étaient

i-. dès -ix heures «lu matin, dans -a chambre à

eoucher, et, agenouilles devant un crucifix, il- passi -

sent leur journée à demander a Dieu d'avoir j.iii'*

de leurs larmes et de prendre leur père et mari dans

- m te miséricorde J

M. le docteur Véron dit, dans ses Mémoires d'un bourgeois de Paris, que le commerce des marchands de billets à la porte de l'Opéra avait pris de grands développements à l'occasion de Robert-le-Diable, et que le public avait été si étonné, si ému de la première représentation, que le lendemain matin la foule stationnait aux abords du bureau de location; puis il ajoute :

Quelques jeunes gens sans profession ou sans travail, ayant réuni une petite somme d'argent, imaginèrent de passer une partie de la nuit à la porte de l'Opéra, afin d*ètre les premiers à obtenir du préposé, des stalles ou des loges ; ils ne manquaient jamais aux représentations de Robert-le-Diable, de revendre dans la journée ou le soir, avec de gros bénéfices, tout ce qu'ils avaient pu acheter le matin ; ils prirent goût à ce fatigant mais lucratif métier; ils s'ingénièrent à se procurer le plus grand nombre

possible de loges et de stalles; les bénéfices étaient certains.

Il raconte ensuite avec de minutieux détails les expédients et les ruses qu'ils mettaient en œuvre pour se procurer des billets ; tous ces faits sont de la plus grande exactitude, car plus d'une fois j'ai été témoin de leurs manœuvres plus ou moins frauduleuses. J'écrivis à M. le préfet de police, continu»*t-il, plusieurs lettres, j'établissais qu'un directeur de spectacle jouissait seul du droit de vendre les billets de son théâtre, que tous les trafics qui se commettaient sur la voie publique étaient un scandale, et je priais l'autorité de vouloir bien y mettre un terme.

Puis, quelques lignes plus bas, il dit en forme de péroraison que les marchands de billets sont utiles aux théâtres et au public, qu'ils font honnêtement leurs transactions et qu'ils finiront par être patentés. Cet étrange revirement d'opinion sur les marchands de billets et leur commerce m'a fait penser que l'auteur des Mémoires d'un bourgeois de Paris, n'avait jamais vu ces industriels qu'à la porte de son théâtre et par le gros bout de sa lorgnette, ce dont je le félicite bien sincèrement ; mais moi qui, par la nature de mes fonctions me suis trouvé longtemps en contact, non seulement avec les marchands de billets de l'Opéra, mais encore avec tous leurs confrères des autres théâtres, j'ai vu et appris beaucoup de choses sur leur origine, leurs mœurs, leur manière de vivre et d'agir ainsi que sur leurs antécédents,

dont je vais donner un aperçu aussi succinctement que possible.

En 1820, le trafic de billets de spectacle aux abords des théâtres existait à peine ; quatre personnes possédaient alors le monopole des billets d'auteurs et de ceux donnés par les administrations théâtrales aux artistes et aux chefs de claque ; la vente s'en effectuait en quelque sorte à huis-clos, à moitié prix du bureau. C'était le bon temps pour les amateurs, car un ouvrier, qui achetait de ces billets, pouvait à peu de frais procurer à sa famille une soirée de plaisir, sans trop entamer la somme destinée aux besoins du ménage.

Les quatre personnes privilégiées pour cette vente étaient : 1° Mme Bizet, tenant un petit café rue Charlot, et faisant simultanément marcher les deux branches de son commerce de manière qu'on ignorait si la foule allait chez elle pour acheter des billets ou pour fréquenter son café ; 2° le sieur X***, tenant une boutique, passage du Caire; 3° le sieur Adolphe, marchand de vins, rue Montmartre, et enfin 4° la mère Bolivar, qui demeurait aussi rue Montmartre.

Mais cette dernière, n'ayant pas les moyens d'ouvrir une boutique, ou pressentant peut-être l'existence nomade des marchands de billets de nos jours, se tenait sur la porte de l'allée de sa maison, afin d'y attendre sa clientèle.

Il y avait loin, on le voit, de ces quatre personnes à la multitude d'individus qui encombrent aujour-

'."J MÉMOIRES DE CÀNLER

d'Iiiii les abords de tous les théâtres. A cette épo pie, il existai! une association connue bous la dénomination de B Trucqueurs, elle était comp d'une douzaine d'individus, presque tous repris de justice, qui exploitaient les théâtres de la capitale an moyen «l'un certain truc uni, coninp- on va le voir, ae manquait pas d'imagination et nécessitait en outre une grande dans l'exécution. Trois trucqueurs étaient nécessaires pour arriver à la perpétration de ce vol qui, dans le commencement, leur rapporta des bénéfices d'autant plus notables qu'ils se renouvelaient tous les soirs.

Deux de ces individus se présentaient dans un théâtre et prenaient chacun un hillet de parterre, puis, nu»' fui- dans l'intérieur de la salle, ils surveillaient attentivement une ouvreuse des premières loges, stalles ou fauteuils, peu importe, et faisaient en sorte de savoir où elle avait déposé le paquet de contremarques destinées aux spectateurs sortants. Lorsqu'ils avaient découvert cet endroit qui, I»- plus souvent, a'était autre que la poche de l'ouvreuse, ils attendaient le baisser du rideau après !•• premier acte; puis, profitant du moment où plusieurs personnes réclamaient des contremarques, un des trucqueurs s'approchail et en demandait une également : l'ouvreuse qui n'avait point vu cet individu sortir des loges "ii des stalles confiées à sa garde, refusait e1 d<- là naissait une petite discussion pendant laquelle le deuxième ti uequeur enlevait avec dextérité le reste du paquet de contremarques enfouies dans la poche

LES MARCHANDS DE BILLETS DE THÉÂTRE Slté

de la malheureuse qui les croyait bien sûrement à l'abri de toutes mains indiscrètes.

Pour se servir de ces contremarques d'intérieur,

il en fallait d'autres pour le contrôle alors les deux filous descendaient, et la même scène se renouvelait, mais avec une légère modification : tous deux à la suite l'un de l'autre attendaient que la foule se pressât pour sortir, puis le premier dépassait le contrôleur sans demander de carton de sortie et tout de suite se retournaitbrusquement pour en réclamer un ; pendant que le contrôleur distrait par cette réclamation faisait droit à sa demande, le deuxième trucqueur allongeait le bras et s'emparait vivement du {taquet de cartons déposé sur le contrôle ; aussitôt sortis, les deux voleurs remettaient chacun leur paquet à un troisième compère qui effectuait à lu porte du théâtre la vente des objets volés : le bénéfice était partagé par tiers.

Plusieurs des membres de cette bande de flibustiers avant été garnir les prisons, les autres, pour éviter le même sort, se firent marchands de billets et formèrent le noyau des brigades qui stationnent aujourd'hui à la porte de nos théâtres.

Quelques-uns prirent d'abord leur nouvelle industrie au sérieux et s'y livrèrent avec ardeur, mai» l'argent gagné trop facilement est, dit-on, presque toujours dépensé de même, et j'ai eu plus d'une fois occasion de remarquer que, chez certaines natures, plus on obtient avec facilité des bénéfices immérités, plus on devient insatiable, et l'avidité de

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plus d'un voleur a été bien souvent la seule cause de sa perte.

En voici un exemple :

Quatre marchands de billets, trouvant probablement que la vente de stalles ou de loges n'offrait pas assez de bénéfice, imaginèrent de dorer, à ha manière dite au bouchon, des pièces de 1 et de 2 francs d'Italie, afin de les faire passer ensuite dans le commerce pour des pièces de 20 et 40 francs. Ils réussirent à en lancer ainsi dans Paris une grande quantité, sans accident, et peut-être auraient-ils continué longtemps encore ce commerce frauduleux, s'ils n'avaient pas été le 28 novembre 1828, visiter à Poissy un de leurs camarades qui était détenu à la maison centrale.

En revenant à Paris, ils s'arrêtèrent à Saint-Germain et dînèrent à l'hôtel du sieur Paget, auquel ils volèrent de l'argenterie ; puis, plus loin, dans l'auberge du sieur Bignon, ils dérobèrent également de l'argenterie, et passèrent dans ces deux maisons plusieurs fausses pièces de 20 francs. Les personnes volées s'aperçurent de la soustraction et de la fraude dont elles avaient été victimes ; une plainte fut portée et les délinquants arrêtés.

Conformément aux usages judiciaires, les plaignants furent confrontés avec les accusés, et trois de ceux-ci furent sans hésitation reconnus par les premiers, mais le quatrième ayant eu le bonheur de posséder une assez grande ressemblance avec un de ses co-accusés, se sauva par ce moyen, en provoqua ni â

tout instant devant le juge d'instruction des méprises de la part des plaignants qui, prenant alternativement l'un des accusés pour l'autre, établirent par cela même sa non-culpabilité en reportant toute la responsabilité des faits sur une même tète. Ce quatrième prévenu, nommé X***, fut mis en liberté par la Chambre d'accusation. Les trois premiers comparurent devant la cour d'assises de Versailles et furent condamnés à mort pour fabrication de fausse monnaie ; mais une décision royale vint commuer cette peine en une détention perpétuelle qui bientôt fut réduite à quinze années. Deux moururent à la prison d<> Melun, le troisième obtint une remise de plusieurs années de sa peine et fut mis en liberté.

Des anciens trucqueurs Gervais, Morel, Durand, Camus, Lavie, Saint-Charles, Lantibolle, Hubert, Labourée, La Perruche, Lebijoutier, Henry, Prosper et X***, un seul, le dernier, se trouve dans une position très confortable, car il s'est amassé une dizaine de mille francs de rente en vendant des billets à la porte d'un de nos théâtres.

Jusqu'en 1829, il n'y eut à chaque théâtre qu'un petit nombre de marchands de billets; mais, à partir de 1830, le métier prit une extension extraordinaire, car, à l'aide du désordre produit par la Révolution, des repris de justice, des voleurs à la tire, à l'américaine, des souteneurs de filles publiques, des désœuvrés de la dernière espèce vinrent se livrer à cette industrie parfaitement en rapport avec leurs habitudes de paresse et d'extorsion dont ils donnèrent

tOfi MÉMOIRES DE CAN1

bientôt une preuve des phis palpables : Le dimanche - .!<> is;;i se trouvait le 13 février, jour anniversaire de la m"! i du «lue de Berry (1820 : ce soir-là, il v avait bal à V( Ipéra, où j'étais «l'1 Bervice ; les journaux Légitimistes avaient annoneé qu'un service funèbre serait célébré le 1 î février en commémoration il.- i,i mort de ce prince. Le lendemain matin, Lorsque le bal l'ut terminé h la salle évacuée, l'un des commissionnaires '|ni avaient passé La unit a la porte du théâtre vint me prévenir que plusieurs marchands de billets venaient de se diriger vers L'église Saint- Germain l'Auxerrois, pour prendre pari à une manifestation anti-légitimiste qui devait avoir lieu à L'occasion d'une messe dite par I'- curé 'I'1 cette paroisse |".mi- Le repos de l'âme de la victime de Louvel. Je m»' transportai aussitôt à cette église où ]>■ trouvai deux ou trois cents personnes qui faisaient un tumulte épouvantable h qui, au miliev de cris et d'imprécations, déchiraient V- tableaux, abattaient les statues «•! renversaient les vases sacrés qui étaient ensuite < 1 <• i »■ »~« ~ au Louvre. Ce rassemblement, oa plutôt ••••il'' cohue était composée rf*mdividus qui ne se ressemblaient ni par leur langage, ni par leurs allures, ni par leur toilette; cependant les pardessus ri Les paletots, qui étaient en grand nombre, se ni i riaient très bien avec les blouses, comme les chapeaux avec tes casquettes ; Les premiers, c'est-à-dire ceux qui portaient paletot <■! pardessus n'étaient venu- la qu'avec le dessein de briser les ornements de L'église, pour faire obstaek a La cérémonie religieuse qu'ils

regardaient comme un défi jeté par le parti légitimiste à leurs opinions politiques surexcitées par cette bravade jusqu'au paroxysme de l'exaltation. Les autres étaient des émeutiers de profession qui avaient passé la nuit au cabaret et qui n'étaient accourus à cette manifestation que pour prêter leur concours à la dévastation de l'église, dans l'espérance de pouvoir satisfaire leur cupidité et leur propension à s'approprier le bien d'autrui.

Lorsque cette orgie de dévastation fut à peu près terminée, les marchands de billets et leurs dignes acolytes, les blousiers, se précipitèrent dans la maison du curé, et lorsqu'elle fut complètement dépouillée des valeurs, des bijoux et des objets précieux qu'elle contenait, une voix s'écria alors : A l'archevêché ! Ce cri fut aussitôt répète par cette horde de bandits qui se dirigea vers la cité en ramassant sur son passage les désœuvrés qui n'ont rien à perdre et tout à gagner dans les moments d'effervescence populaire ; l'émeute ainsi grossie arriva au palais archiépiscopal, qui fut pillé. Les meubles furent brisés, les papiers et les livres lacérés, puis le tout jeté dans la rivière et lorsque ces sauvages n'eurent plus rien à anéantir, ils imaginèrent, pour assouvir leur rage de destruction, de s'en prendre aux murailles et à la toiture de l'édifice, qui fut entièrement détruit, et, chose incroyable, tout cela se faisait sans opposition, et pourtant le temps n'avait pas manqué à l'autorité, car on avait dévasté, démoli et pillé pendant plusieurs lieures et en plein jour. J'ai toujours ignoré les motifs

MM) irëMOIRES DE CANLEB

qui avaient pu déterminer la préfecture de police, qui était à deux pas, à laisser commettre ces actes de vandalisme, mais, ce que je n'ignore pas, c'est que trois des marchands de billets qui, ce jour-là, n'avaient pas un sou, étaient peu de temps après propriétaires de belles et bonnes maisons ; l'un d'eux est mort il y a quelques années en Laissant à ses héritiers une fortune de deux cent cinquante mille francs.

Je crois devoir faire observer qu'il ne faut pas confondre le marchand de billets avec le marchand de contremarques, la distance qui les sépare est infiniment plus grande que de l'ouvrier au banquier.

In marchand de contremarques est un pauvre hère qui revend vingt sous une contremarque qu'il vient d'acheter 10 ou 15 sous, tandis qu'un marchand de billets qui a le monopole d'un théâtre, traite les affaires en grand avec certains directeurs, auteurs un compositeurs, dont il parle comme s'il- étaient ses anciens camarades de collège ou ses amis intimes. Enfin, c'est une puissance dans le monde théâtral ; il entretient à sa solde plusieurs commis qu'il paye six francs par jour pour faire autour du théâtre le raccolage des amateurs qui viennent au bureau de location pour retenir des places; ces commis sont pour la plupart recrutés parmi les désœuvrés vivant avec de^ filles, <>n parmi (\c> repris de justice. Jr me suis souvent demandé ce que penseront messieurs les directeurs et les auteurs quand Us apprendront que L'individu avec Lequels Us sont journellement en

relations est un repris de justice auquel ils donnent peut-être quelquefois la main. J'ai connu plusieurs marchands de billets qui avaient gagné dans les prisons des chevrons dont ils se gardaient bien de se glorifier, et qui, après leur libération, avaient cherché à se créer une position mixte entre l'honnête homme et le voleur, position qui leur permît de jouer le rôle de fripon d'une manière sinon légale, du moins tolérée ; et, à ce métier qui, si souvent, frise la correctionnelle, ils avaient joint une autre branche d'industrie en se faisant receleurs, et voici comment ils en trouvaient l'occasion :

Un tireur entre dans un théâtre; il vole à la sortie de la salle une tabatière, une montre, un bracelet ; il ne sait que faire, sur le moment, de cet objet qui peut le compromettre, car il ne peut à cette heure aller l'offrir en vente à un bijoutier, on fait généralement peu de commerce à minuit. Quel parti prendre cependant? il lui faut de l'argent! Alors il se tient à peu près ce langage : Voici an marchand de billets que je connais, qui s'est livré autrefois à l'industrie que j'exerce aujourd'hui, c'est donc un frère ; mais si je m'ouvre à lui, il peut me trahir et me faire arrêter. Non ! car, en me dénonçant, il gagnerait cinq francs, tandis qu'en lui laissant pour soixante francs cet objet qui en vaut cent, il gagnera quarante francs et préférera ne rien dire. — Voilà comment, depuis l'origine de leur trafic, des marchands de billets, après avoir été voleurs, sont devenus receleurs.

il" MÉMOIRES DE CANLBI

J11 m'empresse d'ajouter que depuis quelqu nées, plusieurs de ces repris de justice on I abandonne les abords '\<>< théâtres, 3oil pour un motif, soit pour un autre, et ont été remplacés par des hommes qui, s'ils ne sont pas très purs sur l'article des mœurs, n'ont du moins jamais en maille à partir avec la justice. Lorsque les marchands honnête* se décideront à oe plus prendre pour associés oa pour connus que des individus sans antécédents fâcheux, les voleurs, l»>- repris de justice ue tarderont pas à disparaître de la porte des théâtres qu'ils salissent de leur présence.

Cette industrie me rappelle une arrestation quia motivé de la part d'un voleur des récriminations qui, sans justifier l'analogie qu'il prétendait établir, n'en sont pas moins une amère critique des us et coutumes 'i certains commerçants.

t'u nommé Cassure, voleur à la /ire, qui avait >Hr professeur dans une institution de la capitale et qui avait des compèresparmi les marchands de billel trouvait un soir an théâtre de L'Ambigu, dans une stalle d'orchestre. Il y avait foule, un jouait Gatpmtda le pécheur; j'étais aui stalles des premières, j'aperçus mon filou serrant de près un vieillard placé devant lui, qui tirait à chaque instant de sa poche une magnifique tabatière en or; craignant que cet objet ne devint la proie de ce voleur et qu'il ne 1»' passât en d'autres mains sans que je m'en aperçu je descendis et lit venir au bureau de police mon individu qui tut immédiatement rouillé, mais, dans ses poches, <mi M'- trouva rien qui pût motiver -"ii arrêt-

tation. Au moment d'être relâché, l'ancien professeur, loin de s'empresser de sortir du bureau, tint à me prouver qu'il avait deviné le véritable motif qui m'avait déterminé à le faire arrêter, et m'adressant la parole avec une ironie chagrine, il me dit : Vous m'avez fait amener ici parce que vous avez pensé que j'avais enlevé Ja tabatière du vieillard derrière lequel j'étais placé : il n'en est rien, mais si vous m'aviez laissé à ma place cinq minutes de plus, il est plus que probable qu'elle serait maintenant entre les mains d'un mien compère, marchand de billet: théâtre et que vous me permettrez de ne pas vous nommer, pour cause. Je ne comprends vraiment pas, ajouta-t-il, pourquoi la police s'acharne après de pauvres diables de voleurs à la tire qui ont bien de la peine à vivre du produit de leurs maigres larcins ; il me semble qu'elle ferait tout aussi bien et peut-être mieux de surveiller ces commerçants qui volent impunément, dans la capitale, sur le poids ou la qualité de la marchandise qu'ils livrent chaque jour aux consommateurs. A ces voleurs là, on ne dit presque rien, parce que ce sont des voleurs patentés; cinquante fois par jour, ils volent, et s'ils sont pris une fois par hasard, on les traduit devant le tribunal de simple police, qui les condamne à un franc d'amende, tandis que nous, pauvres malheureux, si nous dérobons deux sous dans la poche d'autrui, on nous condamne, la première fois à six mois de prison, et la seconde à cinq ans de la même peine et à la surveillance.

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Est-ce la L'égalité devant la justice?

— Votre raisonnement, lui répliquai -je , ne peut excuser vos habitudes et j<- n'ai point à le discuter avec vous. Allez!...

Je le congédiai en réfléchissant que ses observations ne manquaient pas d'une certaine justesse, car, qu'on soit volé de cinquante centimes par un voleur, ou qu'on paye un franc une marchandise falsifiée qui ne vaut pas cela, même que cinquante centimes, ou bien que l'on soit trompé sur le poids dans la même proportion de valeur, pour le volé le résultat est toujours le même, la différence n'existe que dans la peine qu'on applique à l'auteur du fait.

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