ASSASSINAT GAZES
«Au secours! au meurtre! à l'assassin! » Tels étaient les cris qui retentissaient sur la route de Neuilly, Je 9 octobre 1835, vers neuf heures du soir, par un temps obscur et pluvieux. Un homme tombait frappé de quatre coups de poignard, et quoiqu'il eût appelé plusieurs fois à l'aide, bien qu'il eût pu, malgré ses blessures, se traîner jusqu'aux plus proches maisons et frapper aux portes, les habitants, croyant qu'il s'agissait de quelque ivrogne, ne s'émurent aucunement de ses cris. Quelques instants après, un omnibus vint à passer ; le conducteur, entendant des gémissements, fit arrêter la voiture, et trouva ce jeune homme étendu parterre, murmurant ces seules paroles : « Je suis bien malheureux ! je suis blessé à mort! » Il le releva doucement, le transporta dans sa voiture et le déposa ensuite dans dans la boutique du marchand de vins Cotinet.
A peine cet infortuné eut-il été placé sur une chaise, qu'il expira sans avoir pu prononcer un seul
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mot. Sa chemise, ses vêtements, la chaise même étaient inondés du sang qui s'échappait en abondance de ses blessures, < I < > n t une à la poitrine, une sur L'épaule droite, une troisième au côté gauche el une quatrième dans le dos.
Aussitôt que la préfecture de police fut informée de ce crime, le chef du service de sûreté se rendit sur les lieux pour commencer un<- enquête. Il ne trouva -m- la victime pour tout renseignement de son identité, qu'un bulletin des diligences de llouen portant sans autre désignation le nom de Gazes. G' bulletin fut immédiatement envoyé à la préfecture avec un rapport; le chef de la police municipale me le remit en m 'enjoignant de faire tontes les démarches nécessaires pour découvrir l'assassin.
Conformément à ces ordres, je me mis à l'œuvre et je ne lardai pas à savoir qu'un individu du nom de Gazes, ouvrier armurier, demeurait rue de Valois- Batave, numéro 5. J'appris ensuite «lu propriétaire de cette maison que son locataire, garçon fort sage et fort rangé, n'avait pas reparu depuis trois jours, ce qui no lui était jamais arrivé.
— Au surplus, ajouta- t-il, Gazes occupe une chambre conjointement avec un de ses camarades nommé Dublé, aussi ouvrier armurier . mais celui-ci ne rentre que le soir à neuf heures, et si vou3 avez quelques renseignements à lui demander, il pourra probablement vous satisfaire.
Mais -ni travaille ce Dublé ?
— Je l'ignore.
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Je me trouvais donc réduit à attendre jusqu'à neuf heures du soir l'arrivée fort problématique d'un g itçod qui pouvait faire en route quelque rencontre et ne rentrer qu'à minuit ou même pas du tout. Cette dernière réflexion ôtant tout frein à mon impatience, j'allai au Palais-Royal au cabinet de lecture de la galerie d'Orléans, je pris les adresses des armuriersarquebusiers, et me voilà parti, courant de boutique en boutique, d'atelier en atelier, demandant partout si on ne connaissait pas un nommé Dublé, demeurant rue d<- Valois-Batave, uuméro 5.
— Attendez donc, me répond un employé de l'armurier de la rue du Coq-Saint-Honoré, je le connais, il doit travailler au tir de FAllée-des- Veuves.
Et, toujours courant, je me dirigeai vers les les Champs-Elysées, au tir indiqué, où je trouvai Dublé en train d'arranger une paire de pistolets.
Je crus ne devoir adresser à ce jeune homme aucune question relavive à l'assassinat de son camarade dans la crainte de commettre une indiscrétion qui aurait pu entraver le succès de l'affaire ; d'ailleurs, j'ignorais complètement ce qui se passait à Xeuilly. Aussi dis-je à Dublé que M. le procureur du roi désirait le voir à l'instant pour lui demander quelques renseignements au sujet d'un jeune homme qui, la veille, avait été arrêté porteur d'armes pro hibées qu'il prétendait tenir d'un de ses amis nommé Dublé.
L'trmuri^r me suivit sans difficulté, mais, au bout
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d'un moment, il me demanda quelles étaient les armes saisies sur ce jeune homme.
— Ce sont des pistolets de cavalerie.
— Et vous dites qu'il me connaît?
— Il prétend être fort intime avec vous.
— Connaissez-vous son nom ?
— Non. Je l'ai bien entendu prononcer, mais je ne me le rappelle pas.
— Ah ! mais comment est-il ?
En réponse à cette demande, je lui bâtis un signalement de ma façon. Tout en causant de la sorte, nous arrivâmes à la préfecture de police; mais, au lieu de le mener au cabinet du procureur du roi, je le fis conduire par deux agents à Xeuill y pour y être confronté avec le cadavre, qu'il reconnut. A son retour à Paris, Dublé fut écroué au Dépôt; le lendemain, aux questions qui lui furent adressées, il déclara très franchement que son camarade était parti pour Rouen ou le Havre, après lui avoir confié qu'il ne faisait ce voyage que pour sauver l'honneur d'un de -es amis, qui l'avait à plusieurs reprises chargé '!<■ toucher des traites chez les banquiers, et en dernier lieu chez N. Lebœuf, rue Sauteville.
— J'ignore le nom de cet ami, ajouta Dublé, je sais seulement qu'il doit être employé à la poste ou aux douanes, qu'il a un frère officier, el qu'il demeure en garni, rue des Vieux-Augustin»; le numéro m'échappe, mais je reconnaîtrai bien la maison si l'on vriit m'y conduire.
Le chef du service, Dublé el moi montâmes en