TENTATIVE DE VOL CHEZ LE CURÉ DE ST-MERRY
Saint-Martin vers les boulevards; chemin faisant, Smerkins remarqua qu'il n'y avait point de lumière au quatrième étage de la maison n° 111 de la rue Saint-Martin; supposant alors que les locataires étaient absents, nos deux voleurs entrèrent dans la maison en se baissant de manière à n'être point aperçus du portier, ils montèrent l'escalier à pas de loup. Arrivés à la porte du logement, ils essayèrent mais en vain d'ouvrir la serrure avec de fausses clefs puis ils firent plusieurs pesées avec une pince en fer, sans pouvoir réussir à jeter la porte en dedans; et vingt minutes après ils sortaient de l'allée et suivaient tranquillement, la rue Saint-Martin; mais, lorsqu'ils furent arrivés à la rue Royale, je chargeai mes deux agents de s'emparer de Chat, me réservant d'appréhender Smekins, que je pris par derrière dans mes bras; je l'enlevai de terre, je l'emportai ainsi au poste des Arts et Métiers occupé par la garde nationale. Les deux misérables furent fouillés, mais on ne trouva sur eux qu'un paquet de fausses clefs et une pince en fer dite monseigneur.
Chat fut condamné à cinq ans de travaux forcés et Smekins à quinze ans de la même peine et M. le curé de Saint-Merry l'échappa belle !
M. DELESSERT, l'RKFET DE POLICE
M. Gabriel Ddessert, qui était préfet du département d'Eure-et-Loir, fut appelé, le 10 septembre I83G, à remplacer -M. Gisquet dans les fonctions de préfet de police.
La renommée et ses antécédents L'annoncèrent somme un galant homme, jouissant d'une juste réputation de droiture, d'honnêteté et de probité donl rien ne devait le taire dévier. D'une politesse exquise ••I d'une aménité extraordinaire, franc dans les paro les, lovai dans ses vues, intègre dan- -a conduite, çistrai éclairé, excellent administrateur, il j><<sédait une activité extraordinaire et chaque jour on oyail parcourir à cheval, suivi d'un domestique,* les rues <\>' la capitale, signalant de- contraventions, des embarras Bur la voie publique H stimulant par -i présence le zèle, quelquefois refroidi, des agents subalternes. Il voulait que tous les employés placés ordres apportass mt dan- l'exercice >\>- - fonctions l'urbanité qui chez lui caractérisait
si bien l'homme du monde, mais il n'en pouvait être ainsi dans tous les degrés de la hiérarchie du personnel actif, et notamment pour le corps des sergents de ville. En effet, il est excessivement difficile de trouver des sergents de ville ayant toutes les qualités nécessaires pour ces fonctions, car pour bien remplir cet emploi, qu'on a tant décrié et qu'on décriera tant encore, il faudrait posséder un discernement profond, un jugement sain et prompt, H surtout n'être jamais accessible à la colère. Or, (jnel est l'homme qui, se trouvant continuellement en contact direct avec la population ouvrière et les petits marchands de la rue, se trouvant appelé par la nature de ses fonctions à réprimer maints petits abus, maintes atteintes au repos ou à la sûreté générale, devant signaler maintes contraventions aux lois ou aux règlements de police, et par cela même s'aliéner l'esprit des parties contrevenantes, qui souvent manifestent leur mécontentement par des paroles peu convenables, quel est l'homme, dis-je, qui ne se laissera pas un peu emporter par la colère? quel est l'homme qui, ayant la force morale, représentant le droit public, dépouillera toute susceptibilité et se laissera impunément offenser par celui qui se trouve au contraire sous le coup de la loi; partant de là, et n'écoutant que les perfides conseils d'un mouvement de colère, il n'y a plus qu'un pas à faire pour arriver à l'abus de la force, du pouvoir dont l'agent est investi; alors le contrevenant qui, avant tout, possède s'a dignité d'homme, repousse les me-
naccs de l'agent par un geste énergique ou en élevant la voix au même diapason de colère que celle de son interlocuteur, et alors, je l'avoue, les conséquences en sont très fâcheuses pour le délinquant qui est arrêté et condamné à quelques jours de prison, et, pendant ce temps, la famille de ce malheureux, privée du travail de son soutien, manque du nécessaire. Il résulte de ces quelques considérations que le soin le plus particulier devrait être apporté dans le choix des représentants subalternes de la force publique ; que les candidats ne devraient être nommés qu'après un examen sérieux et un essai de leurs qualités personnelles, et encore, cela suffirait-il ? et trouverait on assez d'hommes parfaitement justes, toujours doux, affables, polis, ne gardant dans leur cœur, ni colère, ni rancune, et enfin assez fermes pour répartir à tous une justice impartiale? Ah! je le crois, un parfait sergent de ville est bien difficile à trouver! et cependant, il en faut, car ils sont utiles quand même.
Pour compléter le portrait de M. Delesserl il me sutfira d'ajouter qu'habitué à vivre dans la région où la fortune et l'honorabilité marchent de pair, il manquait de cette expérience qui ne B'acquiert que lorsqu'on s'est trouvé en contact avec presque toutes les classes de la société; ses excellentes qualité- le portanl àjuger les autres d'après ses propres sentiments, son caractère liane et loyal ne lui permettait guère de se mêler aux manœuvres détournées qu'on est quelquefois obligé d'employer lorsque l'on veut
préserver un gouvernement des attaques d'un parti contraire, ou déjouer les projets d'individus qui, sous de faux semblants de liberté et pour satisfaire leurs passions ou leurs intérêts particuliers, cherchent à porter le trouble dans la société, la division parmi leurs concitoyens et le deuil au sein des familles; aussi lorsqu'il s'agissait d'aborder les roueries de la politique, il devenait insuffisant pour les intérêts qu'il avait à défendre. Je ne citerai qu'un exemple : Le 12 mai 1839, un grand nombre d'individus armés se réunirent vers une heure de l'après-midi, rue Bourg-l'Abbé, se formèrent en plusieurs groupes et parcoururent ainsi plusieurs quartiers, en désarmant les postes sur leur passage. Tout cela se faisait à Tinsu du préfet de police. Je puis d'autant mieux affirmer le fait, que j'étais présent lorsque la première nouvelle de cet événement parvint à la préfecture de police; il était environ trois heures de l'après-midi, je me promenais dans la cour de l'hôtel en causant avec M. Jennesson, commissaire de police du quartier du Palais de justice et Allard, chef du service de sûreté, lorsque nous vîmes accourir tout essoufflé le brigadier Dumez, du sersice de sûreté, qui, haletant d'une course précipitée et le front couvert de sueur, s'écria en s'adressant à moi :
— Comment vous êtes là à vous promener tranquillement? vous ne savez donc pas ce qui se passe dans l'intérieur de Paris?
— Non! dites-le?
— Je viens aV ehei m<>i fil demeurai! roe na Our- , j'ai vu une trouj..- d'hommes armés de fasQs l'euiftiereT du poste de h rue Maueonseîl, il- m
suivent ri vnnt a 1 1 ,1 1 f 1 1 1 T la | ' f< ■!<■«• I 1 1 f. j .
.1"' connaissais hume/ pour être i;m! soi! peu .1 1.i inûste r\ -'.•iii;i\ ;mi sans cause, peut-être 1 r.ni 1 .1 i~- j»* pas ajouté à son discours tonte ta foi qu'il méritait) Mais en ce moment nous entendîmes plusieurs détonations : c'était le poste du l'a lai- de justice qu'on attaquait. Aussitôt tes portes de l'hôtel furent née», chaque agent s'empara d'un fusil, mais, pré caution inutile, aucune tentative ne fut faite contre la préfecture de police. L'opinion publique se prononça avec force contre la police qui s'était ainsi laissé surprendre en plein jour. La presse, «le son côté, attaqua avec véhémence le préfet de police, il v eut plus, il l'ut question en haut lieu de remplacer M. Delessert dans ses fonctions il-- préfet de police; mai-, après avoir l'ait beaucoup <le bruit, l'affaire resta dans le statu quo, -i ee n'esl que la ganta municipale, jusqu'alors composée de quinze cents hommes, lui portée à trois mille.
l»ar suite de ces événements, la police poiRique, qui, jusqu'à cette époque, a va il été divisée entre te chef <lu eabinel du préfel <~\ le chef de la police municipale, fui centralisée entre les main- du secrétaire général, qui lui donna, par son activité incessante ei sa bonne direction, l'impulsion <pii lui avaii manqué jusques-là; le service fut organisé surine nouvelle base, une surveillance sévère s'étendit
comme un réseau sur les hommes politique-, et grâce à l'habileté du chef et à l'intelligence des agents, le règne de Louis-Philippe, si fécond en insurrections, put arriver jusqu'en février 18 i8, sans encombre pour sa politique et sans échec pour son pouvoir.
Le 20 septembre 1837, deux routiers, suivant la route de Paris à Reims, trouvèrent, non loin du village du Bourget, un pistolet à la détente duquel était attachée une ficelle ensanglantée. A quelque distance, dans la petite rivière qui sépare les départements de la Seine et de Seine-et-Oise, plusieurs personnes, dans la même journée, voyaient un cadavre flotter sur l'eau; elles s'empressèrent d'en donner avis à l'autorité qui le fit repêcher. C'était le corps d'un jeune homme dont le crâne avait été fracturé par deux coups de feu et le visage couvert de blessurea faites avec un instrument piquant et tranchant des deux cotés. Une somme «l'argent assez forte était cousu'- dana la blouse du malheureux noyé qui fut porté à la Morgue. Lea médecine déclarèrent, <-n faisant L'auto paie, que, vu l'état des poumons, la victime respirait encore Lorsqu'on l'avait jetée à L'eau. Le poinl essentiel pour me mettre Bur La piste des ;i — ;i — in~ était <!•• connaître l'identité de ce malheureux, je me livrai donc activement aux recherches;
bientôt j'apprenais qu'il se nommait Isidore Joubert, âgé de vingt-deux ans, garçon maçon, demeurant rue du Mûrier-Saint-Victor, et que peu de jours avant sa mort il avait commis un vol considérable en argent au préjudice d'un de ses oncles qui habitait les environs de Reims, qu'il était revenu à Paris pour changer son argent en or, puis, qu'il était tout à coup disparu après avoir passé avec deux de ses camarades, les nommés Gilbert et Rodolphe, plusieurs jours au milieu des orgies, des dépenses les plus folles et les plus exagérées. Ces circonstances me donnèrent à penser que les deux camarades de débauche de Joubert étaient ses assassins. Je me mis aussitôt à leur recherche et je ne tardai pas à apprendre qu'ils fréquentaient habituellement le cabaret du sieur Gautruche, rue Jeannisson n° 1, où à quatre heures du soir Gilbert fut arrêté. Le marchand de vin me déclara que Rodolphe lui avait laissé en dépôt une somme de 240 francs et que probablement il reviendrait pour chercher son argent. D'après ces renseignements et d'autres que j'avais obtenus d'une fille publique, je me décidai, en l'absence du chef du service qui était au camp de Compiègne, à établir quatre surveillances : 1° chez Gautruche ; 2° dans la maison de tolérance de la femme Joseph, rue Jeannisson; 3° chez la femme Marie, maîtresse de maison même rue 17, où Rodolphe venait presque chaque jour; 4° chez une blanchisseuse de la rue du Plàtre-Saint-Jacques, où il avait du linse.
MÉMOIRES DE GAKtE*
Il semble an premier abord que ce raste syst( m< ^observation et de surveillance devait assurer le succès de l'opération, et pourtant il n'en fut rien, car c'est tout le contraire qui arriva.
Un soir, en me rendant ru«- Jeannisson pour m'a surer que les agents étaient bien à leur poste, je remarquai dans cette rue deux individu- vêtus de blouse et à la mine suspecte, qui regardaient avei soin autour d'eus : puis un instant après, ils entrèrent dans la boutique du sieur Gautruche et demandèrent deux verres de vin sur le comptoir; pendant qu'on les servait, ils jetèrent les yeux dans la salle, comme s'ils cherchaient quelqu'un et en même temps comme s'ils craignaient d'être surpris. Je les fis suivre par deux agents, mais l'obscurité était si grande, qu'au détour d'une rue ceux-ci les perdirent de vue.
Les agents, désappointés, vinrent nie faire pari de leur insuccès et m'apprirent que, dan- la journée, ils avaient apereu plusieurs individus rôdant danla rue et regardant attentivement la maison de la femme Joseph. Ces circonstances ne- firent penseï que les filles publiques ou leur- souteneurs avaient prévenu l'assassin que des agents étaient placés en embuscade pour opérer son arrestation dans te cas où il se présenterait pour retirer son argent. Je m< hâtai de prendre de nouvelles dispositions afin d'inspirer confiance à Rodolphe el de le faire venir chez le marchand de vin. Pour mettre ce projet à exécution, j'allai dan- lies deux maisons de tolérance au moment où toutes les filles étaient réunies pour le
dîner ; alors je donnai à haute voix, en leur présence, l'ordre aux agents d'abandonner immédiatement la surveillance, prétextant que d'après de nouveaux renseignements il me suffisait de ne pas perdre de vue la blanchisseuse de la rue du Plàtre-Saint-Jacques, où Rodolphe avait laissé son linge, et j'ajoutai comme péroraison : 11 faudra bien qu'il vienne le chercher, et on l'arrêtera!
Je me rendis ensuite près du sieur Gautruche dont la maison avait été plusieurs fuis signalée pour des infractions aux règlements de police : des contraventions lui avaient été déclarées, il en avait gardé rancune à la police et semblait peu disposé à. la servir. Je lui fis remarquer qu'il rendrait un grand service à la société s'il voulait me prêter son concours pour opérer l'arrestation de Rodolphe qui n'était après tout qu'un meurtrier et qui n'avait aucun droit à son indulgence ou à sa pitié. J'ajoutai que d'ailleurs la police lui saurait gré de sa coopération et lui en tiendrait bon compte à l'occasion. Enfin mes raisons le convainquirent tellement qu'il me donna sa parole d'arrêter l'assassin s'il se présentait pour réclamer ses 240 francs.
Ainsi que je l'avais prévu, ma combinaison eut un plein succès : Rodolphe, averti par ses acolytes que les surveillances étaient levées, vint à cinq heures du matin chez le marchand de vin réclamer son argent, mais celui-ci se rendit maître de l'assassin et envoya chercher les deux inspecteurs que j'avais mis en permanence au poste du Ghàteau-d'Eau
432 MKM01RES DE CANLBB
Comme on le voit, ce fut en cessant toute espèce de surveillance que je m'emparai de ce criminel <]iii sans cela aurait peut-être échappé à La justice.
Gilbert, atteint d'aliénation mentale, ne passa point en jugement, Rodolphe seul fut condamné à mort.
La soif des plaisirs et de la débauche avait fait de ces jeunes gens, âgés chacun de vingt-deui ans, trois voleurs d'abord, puis deux assassins et une victime.