‹ Mémoires de Canler, ancien chef du Service de sûretéChapitre 73 sur 76 · LES BRETELLES TRICOLORES · texte numérisé non relu

LES BRETELLES TRICOLORES

vous est impossible de vous charger de ma commande, j'éprouverai probablement ailleurs les mêmes difficultés ; je vais donc m'y prendre différemment et voir -'il y a un moyen de m'arranger des bretelles que vous avez en magasin.

Puis il choisit et acheta quelques douzaines de bretelles entièrement blanche-, mais portant visiblement la marque du fabricant. Après quoi, étant allé acheter du ruban bleu et rouge, il rentra chez lui et passa la nuit à garnir ces bretelles qui, avant un bord rouge et un autre bleu, devinrent ainsi tricolores.

Le lendemain matin, il se présenta au bureau de M. B... avec les bretelles; un mandat fut décerné, on fit une perquisition au domicile et dans les magasins de M. Burth. Cette perquisition n'amena, eomme on le pense bien, aucune découverte : mais le fabriçanl n'en fut pas moins arrêté, et peu de jours après relâché, faute de preuves suffisantes.

À quelque temps de là, M. Burth allait au Théâtre-Français, lorsque, arrivé au contrôle, il vit avec surprise l'homme aux bretelles qui causait avec un des employés: D..., de son coté l'apercevant, s'esquiva tout de suite.

Le fabricant, qui nourrissait une secrète rancune contre l'individu qui s'était joué de lui et avait manqué de lui mettre une très vilaine affaire sur les bras -informa auprès du contrôleur quel était cet homme et apprit que c'était l'agent de police D...

Le lendemain, une plainte était déposée au par-

quet, el le procureur du roi commençail nue enquête, qui n'aboutit pas, car autrement il eût fallu poursuivreau criminel un agent secret de la police.

Poiii" satisfaire L'opinion publique qui s'était émue «le cotte manœuvre, dont les journaux, en faisant connaître les moindres détails, avaient mis à jour tout»1 l'infamie, on simula une réparation administrative, on prononçant officiellement la révocation de l'agent D... ; puis, au l»<»ut d'un certain temps, on le réintégra dans ses fonctions, et M. Burtb fui encore une fois joué, car tandis <|u'il se félicitait d'avoir fait chasser son indigne provocateur, 1V\ tailleur ne perdait même pas une seule journée de ses appointements.

L'agent de polie»- T**' s'était abouché avec un nommé S***, ancien militaire, qui demenrait rue Saint-Lazare, 120; ces deux individus, ainsi qu'un troisième portant L'uniforme d'officier des Invalides, se réunissaient chaque jour au Champ de Mars, où T***, après quelques moments d'entretien, remettait ;i >"" une pièce de 5 francs. Alors cedernier se dirigeait vers la barrière Monceaux, et, allant de cabaret ''M cabaret, ne rentrait chez lui qu'après avoir fortement ébréché son prêt journalier. Deux agents, ignorant complètement ce dont il s'agissait, avaient reçu l'ordre de suivre l'habitant «I»' la rue Saint-Lazare, afin de pouvoir rendre compte de Bes actions, el oe le quittaient que Lorsqu'il rentrait à son domicile. Ces manœuvres durèrent une quinzaine de jours ; alors T"" dérlar.-i que S'*' était décidé à tuer

projet d'attentat contre s. m. le roi M9

le roi, et qu'il était temps de l'arrêter. VoiTi à quoi

tendaient ces réunions journalières au Champ de Mars. Le lendemain de ee rapport, l'agent provocateur, le faux officier d'Invalides et S"' arrivèrent comme de coutume à leur rendez-vous; mai- cette fois, au lieu d'y séjourner, il- se dirigèrent vers Plaisance, entrèrent chez un marchand de vins dont la maison avait été choisie à l'avance par T*'\ et montèrent dans un cabinet ayant une pire conliguë de laquelle on pouvait entendre tout ee qui se disait dans l'autre. Les agents qui depuis quinze jours suivaient S*** allèrent se placer dans une pièce située audessus de ce cabinet : mais, curieux, comme loushommes de police, ils écoutèrent à la porte, et bientôt ils entendirent T*** dire à sa dupe :

— Le moment approche, il ne faut plus attendre : nous allons vous louer sur la route de Neuilly une petite maison isolée : un bon cheval sera à votre disposition pour que vous puissiez prendre la fuite après le coup.

En ce moment, un commissaire et des agents arrivèrent dans le cabinet contigu pour entendre la conversation de S***, et celui-ci non seulement surexcité parles discours de ses deux interlocuteurs, mai- encore par les nombreuses libations qu'on lui avait fait faire se répandit en menaces violentes contre le roi déclara formellement être bien décidé à attenter à sa vie, à délivrer la France de son tyran.

Ces paroles et d'autres furent soigneusement recueillies et écrites par le commissaire de police, et

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lorsque T'"'. jugeant qu'on en avaîl assez entendu, leva la séance, les trois conjurés sortirent de chei le marchand de vins : mais deui minutes après, tous Irois étaienl arrêtés par des agents et emmenés cha« (•un d'un c<"»té différent.

L'agent T*** <'t le faux officier d'Invalides furent, bien entendu, relâchés; quant â S"", il fui conduit à Brest avec sa femme et embarqué pour le Sénégal

Chaque jour (Je nombreux placards injurieux pour le roi, et contenant des menaces contre sa per- - >nne, étaient affichés dans les faubourgs Saint-Anloine et du Temple, «Irux centres | > < ► j , 1 1 1 « ' u x : la police s en était émue, mais elle avait affaire à forte partie; les coupables n'avaient pu être découverts. Aussi, de guerre lasse, l'administration avait fini par promettre urio récompense à celui des agents qui arrête iiit ou découvrirait l'auteur de ces affiches. Moyen extrême employé généralement quand une affaire est désespérée. Aussitôt la récompense promise, an t secrej fit savoir, par un rapport, <|n'il avait enfin mis la main sur l'auteur de ces pamphlets, et que Bi le soir, ;'i neuf heures, on voulait envoyer «It-iix agents ostensibles chez tel marchand de vins du faubourg du Temple, ceux-ci y trouveraient deux individus, l'un grand et vêtu d'une redingote blanchâtre, l'autre petit et couvert d'une redingote bleue; qu'enfin en suivant ce dernier, il- s'assureraienl que c'était bien lui qui affichait les placards en question.

Exacts au rendez-vous, les agents se mirent en observation ;'i l'heure «lit»' : l'homme à la redingote

projet d'attentat contre s. m. le roi v>\

bleue était seul à une table du marchand de vins; mais quand le grand au vêtement blanchâtre arriva et se joignit à lui, les agent- le reeonnurent parfaitement pour être un agent secret.

Un quart d'heure «e passa en conversation, puis le grand remit à son acolyte, mai- non pas assez adroitement pour qu'on ne s'en aperçût, un paquet d'affiches et tous deux ,-e séparèrent en se disant : Au revoir.

Lepetitfut suivi et arrêté au moment où il apposail le quatrièmeplacard. C'était un nommé L***, mécanicien, demeurant rue Fontaine-au-Roi, vivant avec peine du produit de son travail, et, de plus, l'unique -ou tien de sa vieille mère septuagénaire.

Pendant les débats, ce malheureux, qui ne pouvait nier le délit dont il s'était rendu coupable, chercha, niais inutilement, à se défendre, en alléguant qu'il avait été poussé a afficher ces libelles injurieux par un grand jeune homme qu'il ne connaissait que sous le nom d'Adolphe, lequel lui avait remis ces pamphlets, chez un marchand de vins du faubourg du Temple, pour les placarder. Le tribunal ne pouvait admettre de telles raisons, et le malheureux paya de sa liberté les provocations et les menées de l'agent secret, car les agents ostensibles s'étaient bien gardés de parler de lui, croyant qu'il était autorisé à commettre cette provocation.

L'agent de police A***, ancien militaire, fit un jour la rencontre du sieur B***, ouvrier menuisier, l'un de ses anciens camarades de régiment, et, comme il est

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