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ASSASSINAT DHERMANCE DEC II lit" S.
Voici ua criminel qui se sépare complètement des types ordinaires, un voleur à l'àme charitable, au cœur bon, humain, aimant à soulager la misère de ses propres deniers, sachant profiter, pour faire le bien, des nombreux hasards de sa triste vie, et, disons-le, pour le faire avec discernement, finissant toutefois par porter sur l'échafaud une tète que la société a maudite, que l'humanité a réprouvée et que la justice a flétrie en lui gravant sur le front le mot : Assassin !
Jadin tenait, en 1833, avec sa concubine, la fille Rosalie G***, un café rue Saint-Germain l'Auxerrois. Quels que soient les bénéfices attachés à cette industrie, quelles que fussent les chances de succès qu'une clientèle nombreuse pouvait lui offrir, jadin était loin d'être satisfait de sa position; aussi joignait-il aux ressources qu'elle lui procurait les bénéfices de la profession beaucoup plus lucrative de voleur.
Serrurier expert, habile ouvrier, il excellait dans
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la fabrication des fausses clefs. En outre, une rare prudence lui assura Longtemps l'impunité. Qn jour, cependant, moins heureux que d'habitude, il fui arrêté en flagrant délil de vol à l'aide de fausses clefs, avec les circonstance - aggravantes d'escalade ••I d'effraction dan- une maison habitée. Traduit devant la cour d'assises, il s'entendit condamner à «li\ ans de travaux forcés.
Le jour même de l'arrestation de Jadin, la tille Itosalie demanda au parquet <lu procureur «lu roi l'autorisation d'aller voir son amant à la Force. Le sieur H***, commis d'ordre, à qui elle s'adressa sous le nom de femme de Jadin, fut touché de sa douleur, de ses larmes. B*** était jeune, la fille Rosalie élail fort jolie; aussi B*** Lui fit accorder La permission qu'elle sollicitait, et, en échange de sa complaisance, il obtint bientôt la récompense qu'il désirait, cardes relations intimes et suivies s'établirent entre eux. Malheureusement, B***, avec L'inconséquence des amoureux, ne sut pas séparer sa vie publique de sa vie privée, et bientôt sa nouvelle maltresse fut au courant des secrets les plus intimes du travail qu'il taisait chaque jour au Palais dejustice.
Grâce à ces renseignements, que Rosalie reportail fidèlement à Jadin dans sa prison, celui-ci fut instruit qu'il existait à Bon dossier judiciaire une uote de police constatant qu'à une époque antérieure il avait été condamné à dix jours de prison pour voies de fait. Or cette cote, qui par elle-même ne présentait aucun caractère sérieux offrait cependant une particularité
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remarquable qui pouvait être extrêmement préjudiciable àl'innculpé. Jadin y était qualifié A' ouvrier serrurier; cette profession, coïncidant avec te chef d'accusation de fabrication de fausses clefs, pouvait donner une nouvelle force aux preuves et témoignages déjà recueillis. Il devenait donc très important pour Jadin de faire disparaître ce document; aussi ce fut vers ce but que tendirent tous ses vœux et toutes les intrigues de sa concubine.
B*w*, circonscrit par la fille Rosalie dans un cercle incessant de prières, de menaces, de séductions, ne put en sortir qu'en lui remettant la pièce accusatrice, qui fut aussitôt portée à Jadin dans sa prison t't détruite par lui. Toutefois, craignant qu'on ne vint à s'apercevoir, de cette soustraction et qu'on l'en rendit responsable, B*** en demanda un duplicata à la préfecture sous le prétexte que la première copie avait été égarée. Le duplicata demandé fut expédié par le sieur Benoît, employé aux sommiers judiciaires, mais le mot accusateur d'ouvrier serrurier se trouva retranché sur cette deuxième copie. On ignora toujours si cette omission était un oubli ou une préméditation du sieur Benoit, mais l'opinion publique pencha vers cette dernière hypothèse, car, peu de temps après, il se suicida.
Le procès de Jadin s'instruisit, et la cour d'assises le condamna à dix ans de travaux forcés. Mais la fille Rosalie détermina son amant à faire des révélations pour obtenir la faveur de ne pas aller au bagne et de faire son temps dans les prisons de Paris, où il aurait
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moins à souffrir et où elle pourrait facilement aller If voir. Daua cette intention, elle lit connaître ellemême à la (mlicr toutes Les particularités de la soustraction de La noie, ce qui provoqua d'abord la révocation de B***, puis son arrestation. Jadin, de son coté, révéla à la police qu'il était l'auteur du vol de crut vingt-quatre couvert- d'argent et décent dixhuit timbales de même métal, commis La nuit, à l'aide d\\scalade et de fausses clefs dans le pensionnat Muron, rue de La Pépinière, et il désigna comme ayant été ses complices les nommés Richard et Liékens; puis il ajouta que les précautions à prendre, les dangers à éviter, les empreintes des clefs, en lin toutes les indications nécessaires pour commettre ce vol avaient été données par son beau-frère, le sieur G***, professeur dans cette institution.
Les trois complices furent arrêtés, un nouveau procès s'instruisit. Richard et Liékens, n'ayant pas contre eux de charges suffisantes, furent acquittés; G***, fut condamné a cinq ans de réclusion et l«- dénonciateur vil s'ajouter a sa première condamnation douze années <l<- travaux foi
Quatre an- plus tard, grâi e .1 ses révélations, aux a rvices qu'il avait rendus à La police >-\ m considération 'i>' sa bonne conduite en prison, Jadin obtint des Lettres de grâce pleine h entière, Dès qu "il fui mis en liberté, ce malheureux, réellement résolu à quitter la triste voie qu'il avail si Longtemps suivie, alla rendre visite au chef de la police de sûreté et le remercia, les larmes aux yeux, de toutes les bontés
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qu'on avait eues pour lui. Il ajouta qu'il avait la promesse d'être constamment occupé par l'entrepreneur des travaux de serrurerie de la Roquette, et que, sûr dp gagner honorablement son pain, il voulait abandonner complètement ses habitudes de paresse, do débauche, fuir ses anciens camarades de perdition, en un mot, il jura que désormais sa conduite serait irréprochable. Et Jadin, employé pendant trois mois à raison de trois francs vingt-cinq centimes par jour dans les ateliers de M. Goutannier, maître serrurier rue de Montmorency, 4, s'y montrait honnête et laborieux ; il commençait même à manifester des sentiments religieux, lorsque malheureusement il rencontra Séguin et Valhin, anciens repris de justice, voleurs émérites avec lesquels il avait travaillé. Il fallut causer, dire quelle était sa vie, ses occupations, ses moyens d'existence; mais ces deux misérables, entendant raconter à leur ancien camarade ses travaux de la veille, ses intentions du lendemain, au lieu de rentrer en eux-mêmes et de rougir de leur existence réprouvée, accueillirent cette confidence par des ricanements atroces, des plaisanteries infâmes. Ils s'efforcèrent de prouver à Jadin que le travail manuel n'était bon que pour les brutes et pour les imbéciles, que ce n'était pas pour trois malheureux francs qu'un homme, un homme capable surtout, devait se ravaler et travailler du matin au soir. Us firent briller à ses yeux quelques bijoux, tinter à son oreille quelques pièces d'or; ils lui rappelèrent ses anciens succès et les orgies qu'ils avaient
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faites ensemble, Réveillant tour à tour m vanité, sa paresse, son amour du plaisir et de la bonne chère, ils
ivim'iM'iviil facilement eu < j u i-l< j n« - heures l'édifice de réhabilitation que quatre années d'emprisonnement, de privations el de luttes intérieures avaient bî péniblement élevé.
Dès ce jour, Jadin abandonna le travail de l'atelier pour reprendre ses anciennes habitudes, et B'enfonça de plus en pius dans le bourbier dont il était momentanément sorti; mais, au milieu de ses méfaits, il eut souvent de ces élans d'humanité qui dénotenl une nature irénéi-eu-e. un « < i'ii r compatissant. Doux faits que je vais citer suffiront pour en donner une preuve.
Un jour, il entre dans nue maison de la place [loyale el monte l'escalier pour chercher une aventure, l'ne porte s'offre à lui; il frappe une seconde fois, et, voyant que le même silence continue, il fail usaii-e d'une fausse clef et pénèhv dans la chambre; mais, à la vue du mobilier, il s'arrête stupéfait : d< mesures eu papier accrochées à un clou lui annoncent qu'il est chez une couturière; un mauvais lit. une commode vermoulue, quelques chaises boiteuses. tel est l'ameublement. Sur la cheminée est une cage avec un Berin dont la mangeoire est presque vide et leverre rempli d'une eau pure et fraîche ; tout annonce la misère, mais tout est propre et rangé. - Dieu me pardonne, s'écrie-t-il, celle que je venais voler est pauvre comme Job ! El fouillant dans Ba poche, il • h tire les deux seules pièces de eim| francs qu'il