DEUXIÈME PARTIE
machine. La lettre arriva la veille de l’attentat. Il est évident que si elle eût été examinée, on aurait pris des mesures immédiates pour le prévenir.
Ce fut bien plus tard qu’on retrouva cette dénonciation, lorsque Boireau, emprisonné, en fit la déclaration verbale : ce qui lui valut sa grâce auprès de Louis-Philippe.
Un pareil fait, sans parler de bien d’autres, prouve la nécessité d’une vérification scrupuleuse de tous les rapports.
Le préfet de police doit être avare de son temps, et ne pas se laisser encombrer par les solliciteurs. Il ne faut point les entretenir de vaines promesses. A la vérité, ils ne sont pas toujours aussi nombreux qu’après une révolution.
Après le 24 février, il en surgit une armée.
Que de gens qui s’étaient battus et avaient sauvé la patrie ! Ceux qui avaient le moins de droits étaient d’habitude les plus acharnés et me volaient des heures précieuses.
Quant aux prisons, il faut stimuler le zèle des inspecteurs. Au lieu de prendre à la lettre les rapports qu’on leur adresse, ils doivent pénétrer dans le vif des choses, examiner les aliments , combattre l’humidité , et surtout
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organiser le travail. On peut fort bien éviter la baisse du prix des produits qui sortent des prisons, et qui causent une concurrence fatale à l’ouvrier libre ; mais il est indispensable qu’un travail régulier chasse l’oisiveté si pernicieuse aux détenus.
Je fus visiter les jeunes condamnés de la Roquette, pendant la suspension de travail ordonnée par le gouvernement provisoire, sur les réclamations de différents corps d’état.
Ces enfants, qui sont condamnés au régime cellulaire le plus absolu, avaient tous l’air morne et triste.
Le directeur m’expliqua que la suspension des travaux les rendait ainsi.
Lorsqu’ils s’occupent, dit-il, ils ont plus d’animation, et sont assez gais. S’ils devaient rester quelques mois de plus sans travail, ils tomberaient tous malades; plusieurs d’entre eux le sont déjà depuis quelques jours.
En effet, la pire souffrance en prison, c’est l’inactivité.
Je me rappelle combien le temps me semblait long pendant que j’étais au cachot, où je ne pouvais me livrer à aucun travail. Les privations physiques n’étaient rien auprès de l’atonie morale dans laquelle se plongeait mon