CHAPITRE I
Déjà le ministère de l’intérieur s’était créé une police des clubs, dont M. Carlier était le chef. Ses agents s’y introduisaient en prenant les allures d’ardents patriotes ; ils arrivaient quelquefois jusqu’à être secrétaires, et procuraient les procès-verbaux des séances. Je n’avais pas vu avec plaisir la division de la police, qui ne doit point être fractionnée, et qu’il faudrait plutôt constituer en ministère spécial pour l’intérieur et l’extérieur.
Toutes ces polices distinctes, s’amusant à espionner pour le compte des ministres qui les emploient, font de triste besogne. Je m’en expliquai un jour à M. Lcdru-Rollin, en présence de M. Lamartine, qui me répondit :
— Ce n’est pas un mal, dans ce moment-ci, d’avoir plusieurs polices.
M. Carlier est de la vieille école, c’est-à-dire de la police de provocation. Sa mission principale consiste à lancer des agents parmi les mécontents d’un parti, surtout chez les républicains, pour les pousser aux moyens extrêmes et préparer des journées. La tentative d’émeute bonapartiste, le jour où on attendait le 'prince, ressemblait fort à un de ses tours. Aux abords
de l’Assemblée nationale, quelques-uns de ses agents ont été vus criant: «Vive Napoléon !... »