CHAPITRE XI
; politiquement et socialement depuis le 24 février ;
« L’assemblée des détenus politiques convoquée extraordinairement,
« Considérant que des républicains ne peuvent se livrer à la joie lorsqu’ils portent le deuil dans leur cœur;
«i Décide, à l’unanimité, qu’elle s’abstiendra d’assister à la fête du 4 4 mai .
« Les membres de la commission •
«Caones, Geoffroy, Kersausic, Pei.levillain, Rosières, Flotte, Huber , Biette, Dcgrospré.
« Membres supplémentaires :
u Caisse, Raymond. »
Enfin, l’ajournement de la fête était commenté de mille façons et vivement critiqué.
Le fait est qu’une des causes principales du retard, c’est que les préparatifs n’étaient point terminés. Trois jours auparavant, je me trouvais au ministère de l’intérieur, lorsque les citoyens Courtais et Higonnet vinrent annoncer à M. Ledru-Rollin que rien ne serait prêt pour la date indiquée, et lui présenter le devis approximatif des dépenses. Le ministre se ré-
DEUXIEME l'AHTlE.
cria sur l’énormité des frais, alléguant le devoir de ménager les fonds de l’État. Il ajoutait que cette fête était un embarras véritable ; mais qu’on ne pouvait plus la supprimer, attendu le grand nombre de citoyens qui arrivaient déjà de toutes les provinces pour y assister. Faute d’activité et de prévoyance, le temps avait manqué. 11 fallut bien céder à la nécessité, et la fête fut remise au 21 . Néanmoins, la peur y entra pour quelque chose.
S’il a été dépensé, comme on le dit, près d’un million, pour eette fête qui n’engendra que division au lieu de concorde, on aurait mieux fait d’en réduire la somptuosité ornementale, et d’acquitter la dette du gouvernement provisoire envers les ouvriers.
Le dimanche, 14, les délégués des départements se réunirent au palais National, et se concertèrent sur la conduite qu’ils devaient tenir par suite de ce renvoi au 21 mai.
Ils nommèrent des commissaires chargés de demander explication au ministre de l’intérieur. Ceux-ci, après avoir fait antichambre pendant trois heures, commençaient à manifester leur impatience , lorsque le nouveau ministre, M. Recurt, se montra et leur dit qu’il ne pouvait prendre sur lui de fixer la fête
CIIAPITKE XI.
au mardi, 16, ainsi qu’ils le désiraient, mais qu’il allait en référer à la commission exécutive, et qu’il leur rendrait réponse sur la place Vendôme.
Ils attendirent là encore vainement plusieurs heures ; et, ne recevant aucune réponse, ils envoyèrent une seconde commission dans la cour du ministère de la justice, ^>our y délibérer. Le citoyen Flocon, qui descendait au même instant, essaya de calmer l’irritation que tous ces délais avaient produite ; il n’y réussit point, et fut même saisi au collet par plusieurs d’entre eux.
Alors arriva le citoyen Reeurt, qui offrit aux délégués, comme dédommagement, quatre représentations gratuites dans divers théâtres de Paris. La plaisanterie étant très-mal reçue, le citoyen Reeurt ajouta qu’il y aurait une revue le mardi suivant; que les délégués y seraient appelés pour fraterniser, et qu’on distribuerait des drapeaux.
Dans la soirée du même jour, se prépara pour le lendemain une nouvelle manifestation en faveur de la Pologne. La plupart des délégués de la province se promirent de s’y rendre.
Ces incertitudes et ces retards irritèrent les masses et soulevèrent les plus étranges conjec-