‹ Mémoires de Caussidiere expréfet de police et représentant du peopleChapitre 99 sur 209 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Le seul moyen d’arrêter cette mer vivante eût été d’interdire d’abord le passage du pont par une force convenable ; alors les environs du palais eussent été dégagés.

Les quelques gardes postés à l’entrée tinrent le plus possible; mais les flots devinrent si formidables que la grille fut forcée, et l’inondation s’étendit jusque dans la cour intérieure.

Une autre circonstance fit entrer au moins cinq cents hommes d’un seul flot.

Un des soldats de garde dans la cour ayant, par mégarde, laissé tomber son fusil, le coup partit inopinément. Grande rumeur, nouvelle effervescence, et le cri : « On assassine nos frères !» qui de cohorte en cohorte circula jusqu’à la place de la Concorde.

Toute la foule se précipita alors vers la porte du palais, et plusieurs furent littéralement étouffés.

On apprit bientôt que le coup de fusil était un coup de hasard ; mais le peuple disait : La troupe a donc ses armes chargées ?

La salle des Pas-Perdus était occupée par des notabilités de tous les partis qui formaient comme une petite chambre à part, où des orateurs agitaient la foule. Le général Courtais y fut arrêté pendant quelque temps, et vivement

CIIAPITRE Xlt.

provoqué à expliquer ses intentions. Il finit par dire, à haute voix, que si, comme général, on lui ordonnait de faire battre le rappel pour tirer sur des citoyens inoflfensifs et sans armes, il donnerait sa démission..

Après son départ, on fit entrer par la porte du côté du quai une compagnie de cent hommes chargés de faire évacuer la salle des Pas- Perdus ; mais ils furent bientôt forcés de se retirer.

Les mêmes scènes se renouvelaient tout autour de la salle des séances, dont l’intérieur offrit le plus dramatique spectacle.

Pendant le discours de M. Woloswki, on entendit d’abord des cris confus qui se rapprochaient, et le coup de fusil qui fit croire à un commencement de combat. Bientôt le tumulte extérieur domina la voix des représentants, et les portes des tribunes publiques furent enfoncées et envahies; des hommes en blouse, agitant des drapeaux, criaient «Vive la Pologne ! » Plusieurs se laissèrent glisser des tribunes sur les banquettes des représentants. De toutes parts, le peuple pénétrait par toutes les entrées avec une grande violence. Les tribunes encombrées s’affaissaient sous ce poids. Un réservoir d’eau fut crevé et inonda un des corridors. On

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