AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS
« Le Gouvernement provisoire.
« Considérant que la subsistance du peuple doit être une des premières préoccupations de la République;
« Qu’il importe surtout de diminuer les prix des objets d’alimentation qui peuvent ajouter aux forces physiques des travailleurs:
« Décrète:
« Art. I. A Paris, les droits d’octroi sur la viande de boucherie sont supprimés.
« Art. IL Ces droits seront remplacés:
« 1 ° Par une taxe spéciale et progressive sur les propriétaires et sur les locataires occupant un loyer de 800 fr. et au-dessus ;
« 2° Par un impôt somptuaire établi sur les voitures de luxe, les chiens , et sur les domestiques mâles, quand j il y aura plus d’un domestique mâle attaché à une famille.
« Art. III. Le ministre des finances est autorisé à appliquer les mêmes mesures, dans le plus bref délai, aux villes des départements.
« Art. IV. Le ministre des finances et le maire de Paris sont chargés de l’exécution du présent décret.
« Fait en conseil de Gouvernement, à Paris, le 4 8 avril 1848. »
« Le Gouvernement provisoire,
« Considérant que l’octroi établi sur les boissons pèse d’une manière inique sur les diverses qualités de vins ;
« Que cet impôt frappe la boisson ordinaire des travailleurs de 100 p. 100 de la valeur primitive, tandis que les vins de luxe ne payent que 5 ou 10 p. 100 de leur prix vénal;
« Que cette inégalité choquante provoque des fraudes
nuisibles à la santé des travailleurs;
« Décrète:
** Le ministre des finances et le maire de Paris présenteront, dans le plus bref délai, un réglement qui modifiera le droit d’octroi sur les vins: ce réglement sera basé sur le. principe d’égalité proportionnelle, proclamé plus haut, et il aura pour objet de mettre à la . portée des travailleurs une boisson saine et fortifiante, et de punir des peines les plus sévères toutes fraudes qui en dénatureraient la qualité.
« Fait à Paris, en conseil de Gouvernement, le 18 avril 1848. «
En même temps, l’inamovibilité de la magistrature fut déclarée incompatible avec le gouvernement républicain, et plusieurs hauts magistrats du parquet, de la cour des comptes, etc., furent destitués de leurs fonctions, M. Barthe, entre autres.
Soixante-cinq généraux furent mis à la retraite, avec une foule de colonels et d’officiers d’état-major; mais on n’attaqua point, toutefois, les Dupin, les Bugeaud et autres serviteurs émérites de la royauté.
Tout cela dura quelques jours à peine, et avait été enlevé par la menace de la démission de certains membres du Gouvernement, qui commençaient à se sentir compromis par la majorité de leurs collègues.
Ainsi, chose singulière, c’est à l’occasion de la journée la plus funeste à la République, que furent réalisées les mesures les plus populaires; mais c’était une nouvelle hypocrisie qui ne coûtait guère aux meneurs de l’Hôtel de ville, car ils travaillaient, en môme temps, à arrêter la révolution.
On dit que Louis XVÎ, le jour même où il jurait fidélité à la constitution française, conspirait avec les émigrés. On apprendra plus tard que des membres du Gouvernement provisoire conspiraient avec les royalistes, le jour où leur main signait, par prudence, des décrets révolutionnaires dont ils ont voté, depuis, la radiation.