‹ Mémoires de CaussidièreChapitre 5 sur 142 · AP1TRE · texte numérisé non relu

AP1TRE

marches de M. Liiigay, son ami, avait obtenu, à ma sortie<des prisons de Douilens, mon permis de séjour à Paris. Plus tard, M. Pinel m’ayant signifié de quitter Paris dans les vingt-quatre heures, attendu que je m’occupais toujours de politique, et qu’on me savait mêlé à des conspirateurs dont on surveillait les démarches, M. Delessert m’avait accordé un sursis de huit jours pour mettre ordre à mes affaires.

Dans ce moment-là, je n’étais véritablement pas en œuvre de conspiration. Toute mon activité était tournée vers la fabrication d’un drap imperméable, qui, après avoir absorbé, par de nombreux essais, la plus grande partie de mes capitaux, ne m’a donné en résultat qu’une perte de soixante mille francs, des dettes et des protêts, et qui m’a laissé enfin à peu près comme Job sur son fumier.

M. Lingay, en cette circonstance, était donc en« core intervenu auprès de M. Delessert pour faire révoquer cet ordre d’extradition, et il me rapporta textuellement leur conférence. On prétendait que, dans un banquet de ré[mblicains, j’avais tenu des propos compromettants, et que, sous saint Napo-‘ /^on, j’eusse été embastillé pour le reste de mes jours : « Et voyez plutôt, aurait ajouté M. Deles»

MbMUlUES DE CAUSSIDIEHE.

« sert, eu montrant un rapport tout (rais, pendant « que vous sollicitez ici la continuation du séjour « de M. Caussidière, il est à la Cour royale de cas- « sation avecdes républicains, qui assistent, comme « lui, au procès de M. Ledru-Rollin. »

Mais je n’eus pas de peine à démontrer que j’avais seulement rempli un devoir de gratitude etd’adection envers mon ancien défenseur à la Gourdes pairs, lequel venait encore de se rendre caution pour moi d’une somme de vingt-cinq mille francs. Rien ne justifiant donc la mesure prise à mon égard, j’avais été autorisé à continuer mon séjour à Paris.

Ce fut, assailli par ces souvenirs, que je pris possession d’un liôtel d’où, quelques heures auparavant, un mandat d’amener avait été lancé contre moi.

Je déposai mon sabre sur le bureau, Sobrier ses pistolets, et nous nous mîmes à l’œuvre sans retard.

Les chefs de la police municipale et les autres employés supérieurs étant absents, M. Coré, caissier do la préfecture, se présenta seul et me fit connaître l’état de la caisse. 11 .s’y trouvait environ 200,000. francs qu’il mit à ma disposition pour les nécessités du service. Je lui répondis que, pour

Dtgilizoa by CjOOgIc

CHAPITBE I.

l’instant, il n’y avait pas besoin (Tardent; mais qu’il ne devait disposer d’aucun fonds sans un visa signé de moi .

L’économe vint à son tour et reçut l’ordre de fermer à clef toutes les pièces du second étage, habité par mon prédécesseur, qui , dans sa précipitation à fuir, n’avait rien emporté.

Je ne pris possession du second étage qu’au bout d’une huitaine de jours, et seulement lorsque les domestiques de M. Delessert eurent enlevé tout ce qui lui appartenait.

M. Delessert m’en remercia, un peu après, par la lettre suivante ;

« Londres, le 29 avril 1848.

« Monsieur le Pi'éfet,

« Je viens d’apprendre, par mes amis de Paris, la bienveillance avec laquelle vous vous êtes exprimé au sujet du très-petit séjour que Madame Delessert a été faire à Passy, et le regret que vous avez témoigné de ce qu’elle ne s’était pas adressée à vous. Permettez- moi de vous en offrir mes remercîments.

« Je le fais avec d’autant plus d’empressement.

10 MÉMOIRES DE CACSSIDIERE.

que c’est pour moi une occasion de vous dire combien j’ai été sensible à tous les bons procédés dont vous avez usé envers nous , en permettant avec tant de bonne grâce, la sortie de la préfecture de police, des effets, chevaux et autres objets qui nous appartenaient personnellement, à ma femme et à moi; je suis heureux, Monsieur le préfet, de vous exprimer ma gratitude bien franche et bien cordiale.

B J’ai l’honneur de vous prier de recevoir mes sentiments de haute considération-,

B Gabriel Delessert. *

Le capitaine de la 11* légion, dont j’ai déjà parlé, et l’adjudant Caron, commencèrent l’organisation d’un service militaire auquel vinrent s’adjoindre quelques amis et bon nombre d’insurgés, armés plus ou moins régulièrement. Des factionnaires furent posés ; des patrouilles se renouvelèrent toute la nuit ; et des visites faites dans les souterrains et conduits qui ont leur point de départ dans les bâtiments de la préfecture, me convainquirent qu’aucun danger invisible ne nous menaçait.

Le chef des exprès ou porteurs de missives fut

CflAPITRK I. 71

appelé et dut se mettre à ma disposition. En temps ordinaire, sa brigade se compose de 18 hommes ; je la portai à 24, vu l’urgence.

Le service des sapeurs-pompiers ne fut pas sus- |)endu. Un incendie au Palais*Royal fut promptement éteint, grâce au zèle intelligent et dévoué de ce corps d’élite.

Tout le temps, jusqu’au lendemain matin, fut employé à ces mesures de première nécessité. Sobrier avait partagé mes travaux; et, de concert avec lui, j’avais fait paraître la proclamation suivante :

« Au nom du peuple souverain.

« Citoyens,

« Un Gouvernement provisoire vient d’être installé : il est composé, de par la volontédu peuple, des citoyens F. Ârago, Louis Blanc, Marie, Lamartine, Flocon, Ledru-Rollin, Recurt, Marrast, Albert, ouvrier mécanicien.

€ Pour veiller à l’exécution des mesures qui seront prises par ce gouvernement, la volonté du peuple a aussi choisi pour ses délégués au département de la police, les citoyens Caussidière et Sobrier.

« La même volonté souveraine du peuple a dé-

Digilized by Gt)Ogle

MÉMUiRKâ ne cAUSsiniËRe.

Higné le citoyen Étienne Arago à la direction générale des Postes.

€ Gomme première exécution des ordres du Gouvernement provisoire, il est ordonné à tous les boulangers et fournisseurs de vivres de tenir leurs magasins ouverts à tous ceux qui en auraient besoin.

« Il est expressément recommandé au peuple de nepointquilter ses armes, ses positions, ni sonattiliide révolutionnaire. Il a été trop souvent trompé par la trahison ; il importe de ne pas laisser de possibilité à d’aussi terribles et d’aussi criminels attentats.

« Pour satisfaire au vœu général du peuple souverain, le Gouvernement provisoire a décidé et effectué, avec l’aide de la garde nationale, la mise en liberté de tous nos frères détenus politiques; mais en même temps, il a conservé dans les prisons, toujours avec l’assistance on ne peut plus honorable de la garde nationale, les détenus constitués en prison pour crimes ou délits contre les personnes et les propriétés.

« Les familles des citoyens morts nu blessés pour la défense des droits du peuple souverain, sont invitées à faire parvenir, aussitôt que possible, aux délégués au département de la police, les noms des

CHAnTRR I.

victimes de leur dévouement à la chose p»d)lique, afin qu’il soit pourvu aux besoins les plus pressants.

a Les délégués au département de la police,

« Gaussidière et Sorrier. »

lendemain, presque tous les chefs de division et chefs de bureau se rendirentà leur poste. Quelques-uns demandèrent une entrevue qui leur fut accordée sur-le-cbamp. J’invitai ces messieurs à redoubler de zèle dans leurs fonctions, le gouvernement du peuple ayant besoin du dévouement et de l’activité de tous ses agents.

— Si quelqu’un de vous, ajoutai-je, se rend coupable de trahison, il sera fusillé sur-le-champ, dans la cour de la préfecture.

C’est la seule menace révolutionnaire que j’aie faite, pendant ma gestion de troismois, et jen’eusse point hésité à l’exécuter, si j’y avais été forcé. Ne devais-je pas me considérer comme entouré d’ennemis ou de gens mal intentionnés, qui accepteraient dillicilement le nouveau maître que venait de leur imposer la force populaire?

D’un autre côté, je m’efforçai, dès ce moment, à conquérir l’estime, si non la svmpalhie, des divers

U MfiMOIRCS DE CAUSSIDIERE.

employés de la préfecture, les traitant toujours avec convenance et affabilité, quels que fussent leur rang et leur position. Je recommandai expressé* ment, dans tous les bureaux, la même convenance, digne d’un gouvernement républicain, à l’égard des personnes qui viendraient à la préfecture pour affaires. La République incomprise et calomniée devait se montrer grande, forte et généreuse. Elle devait surtout rehausser le citoyen pauvre, qui a le plus besoin de sa bienveillance et de sa protection.

Ce fut avec ces dispositions fraternelles, que les bureaux de la préfecture s’ouvrirent le 25 février, sauf la division des passeports, pour laquelle j’attendis le bon plaisir du nouveau gouvernement.

Je me fis rendre compte de l’état des approvisionnements en grains et farines. Quoiqu’il fùtsatisfaisant, j’envoyai quelques amis à Étampes et à Blois, pour y faire de nouveaux achats ; ce qui nie permit de baisser la taxe du pain, le deux mars suivant. Celte mesure détruisait victorieusement les terreurs semées par les alarmistes.

Une ordonnance, qui parut le 25 février, facilita également aux boulangers les moyens de se procurer du bois pour opérer la cuisson du pain.

ciAriTKB I. n

Des ordres furent donnés pour prévenir les accidents que pourraient occasionner le trop plein des canaux d’égouts. Il fallut aussi s’occuper de réorganiser l’éclairage, généralement impossible durant les premiers jours.

IjQ 26 au soir, une fièvre violente s’empara de Sobrier, mon collègue et mon ami. Plusiéurs nuits passées sans sommeil avaientépuisé ses forces. J’ai rencontré peu d’hommes d’aussi facile concordance et aussi désireux de bien faire. Je dus à ma constitution robuste et à l’habitude d’un court sommeil, de résister à des travaux sans fin, et peu en rapport avec mon tempérament, qui exige beaucoup de gymnastique et le grand air.

Quoique chaque minute amenât son œuvre, je fis contracter l’habitude d’exécuter immédiatement les affaires, en pressant la lenteur bureaucratique, si désespérante pour les particuliers et presque toujours si nuisible à l’intérêt général.

Cependant, les barricades restaient en permanence. Une juste défiance maintenait les insurgés à leur poste. Les longues artères qui conduisent à ce vaste réservoir des approvisionnements de Paris, appelé le Marché des Innocents, se trouvant interceptées, il fallut obvier au plutôt à cet in-

n MÉMOIRES DE CàtISSIDIERE.

oonvénient, et rendre à la population les moyens de subsistance qui lui faisaient défaut. On avait déjà facilité le départ et l’arrivée des postes.

Je mandai quelques chefs de barricades, et les invitai à rétablir la circulation des grands lignes , leur annonçant que les villes principales envoyaient à chaque instant leur adhésion au gouvernement de la République, accueillie partout avec enthousiasme. Je les rassurai sur les moyens d’une surveillance active, et contre toute tentative des ennemis de la Révolution.

Le lendemain, grâce à leur bonne volonté et à leur concours, presque toutes les barricades avaient disparu, et l’on put s’occuper de l’assainissement de la ville. Une ordonnance parut alors, dans laquelle je recommandai la propreté de la voie publi- (]ue et la liberté de circulation.

Il fallut aussi songer au pavage des rues. Ceux qui n’ont pas vu ces monceaux de pavés, accumulés par le génie révolutionnaire, ne peuvent s’en faire une idée. Ingénieurs et paveurs furent mis en réquisition, et l’on s’aperçut bientôt d’une amélioration notable.

Le repavage me rappelle une petite aneodote, que d’estimables gens, peu bienveillants à mon

CHAPITIIE 1.

é"ard, avaient dénaturée en la présentant sous de fausses couleurs. Voici le fait :

Cuni, un de mes camarades de captivité à Doul* lens, arrivait à Paris. Sa première visite fut pour moi. 11 vint en costume d’artilleur, et il attendit, jusqu’àdeux heures du matinenviron, que je fusse libre de causer avec lui. Je lui offris alors de l’accompagner jusqu’à son hôtel, rue Beauregard, voulant en même temps visiter les divers quartiers Saint-Denis, qu’on me disait négligés. On m’avait parié de flaques d’eau stagnante, et j’étais désireux de voir par moi-même comment on exécutait mes ordres.

J’avais la tête lourde, fatiguée d’un travail de 18 heures, et, par conséquent, un immense besoin de prendre l’air. Nous nous acheminâmes donc , en devisant des affaires du jour, jusqu’à la hauteur de la rue du Petit-Carreau, où nous rencontrâmes une patrouille de garde nationale , commandée par un lieutenant dont je n’ai jamais su le nom.

Un f Qui vive? » bien accentué, provoqué sans doute par l’uniforme de Cuni, et suivi d’un « Passez au large ! » nous lit prendre la rue Bourbon- Villeneuve, où nous nous arrêtâmes pour nous dire adieu. Je me disposais à retourner à la préfecture,

78 MÉMOIRES UE CAUSSIDIERE.

lorsque la patrouille revint, en nous demandant si nous avions des laissez-passer. Je montrai le mien, formulé ainsi : Laissez passer le citoyen préfet de police, Caussidière. — Signé : Lt secrétoire de la préfecture de police.

Crurent-ils à une mystification, ou eurent-ils quelque défiance? c’est ce que je ne pris pas la peine d’analyser ; toujours est-il qu’ils m’enjoignirent de les suivre. Arrivés au poste de la rue Mauconseil, trois de ces messieurs acceptèrent de me reconduire jusqu’à la préfecture. Chemin faisant, je fus reconnu par un officier, qui crut à une escorte d’honneur, tandis que je rentrais prisonnier.

 la grande porte de la Préfecture, le lieutenant voulut se retirer avec ses hommes, mais je l’invitai à entrer, et. Une fois dans mon cabinet, je leur dis :

— Vous êtes mes prisonniers maintenant, et vous ne me quitterez pas ainsi.

Un huissier apporta deux bouteilles de vin avec des biscuits. Après avoir trinqué à la République :

— Vous vous êtes vengé noblement, me dit l’un d’eux en se retirant !

Ainsi, parce que j’avais répondu par une politesse à une exagmtion maladroite de service, on

CHAPiXaE 1. T9

en inféra que j’avais été ramassé ivre par la patrouille ! Braves gens! qui ne vivez que de calomnies, je vous souhaiterais, si j’étais votre ami, d’avoir toujours la tête aussi calme et aussi saine que je l’ai eue pendant l’exercice de mes fonctions.

Péu à peu, les édifices et jardins publics furent rendus à la circulation, les passeports délivrés de rechef, et aucune mesure restrictive et détentatoire ne fut prise contre les oppresseurs de la veille.

Comme tous les vrais démocrates, j’avais déposé ma haine aux Tuileries, et je repoussai les dénonciateurs qui ne manquèrent pas de se présenter en foule aussitôt mon installation. 11 s’agissait bien d’autre chose, ma foi, que de faire courir après M. Hébert ou ses complices; il fallait établir l’unité entre toutes les classes de la société, et s assurer de leur concours franc et dévoué au gouvernement de tous par tous. \usâ, cherchai-je à m’entourer d’une certaine force qui pût, comme je le démontrerai plus tard, en donnant du poids à 1 autorité dont j’étais investi, me permettre d’éviter l’emploi de moyens violents pour amener l’exécution de mes ordres.

Dès les premiers, jours je fus admirablement secondé par mes amis et par quelques camarades.

80 MÉMUIKES UE CAUSSIUIEKE.

Sauf l’affaii'e Delaliodde el un incident que je vais raconter, je n’eus à déplorer qu’un petit nombre d’actes d’insubordination.

C’était le 29 février; Louchet, qui remplissait les fonctions de capitaine d’armement, s’était aperçu qu’une carabine de prix manquait. J’avais aussi à me plaindre de la disparition d’un pistolet et de divers effets. Rassemblant alors mes officiers improvisés, je leur dis :

— Il y a un voleur parmi vous , il faut le découvrir. Laissez aller et venir comme d’habitude , mais observez.

Une demi-heure après, le voleur était trouvé, arrêté, convaincu. C’était un ancien habitué de l’hôtel, où il donnait des leçons d’escrime à M. Pinel. A la faveur de son uniforme de garde national, il faisait du zèle et s’introduisait partout. Outre les armes et autres objets qu’il emportait, et qui furent retrouvés à son domicile, il avait engagé le domestique de confiance de M. Delessert à cacher l’argenterie, lui donnant à entendre qu'elle n’était pas en sûreté sous la garde des' républicains de service à la préfecture. Il faut dire que toute l’argenterie en question était évaluée à 100,000 fr.

Lui-inéme, il avait aidé le doinesti(|ue à cacher

CBAPITRt I.

toute la vaisselle dans une armoire qu’il venait ensuite ouvrir par un moyen de profession ; mais il fut arrêté avant d’avoir pu faire sa razzia complète. On ne trouva chez lui que deux plats , qui furent restitués par le parquet ainsi que les armes.

Je ne puis dire combien la découverte de ce vol m’avait contrarié, et combien je fus heureux, plus tard, 'd’apprendre que le malfaiteur n’était pas un républicain de la veillé, comme on les a appelés 1e lendemain.

Je dus alors, en attendant mieux, faire adopter un brassart et un ceinturon rouge à ceux qui étaient de service militaire à la préfecture. Lé brassart désignait un grade.

Cette couleur rouge offusqua beaucoup de gens timorés, qui s’attachent toujours plus à la forme qu’au fond. Il fallait bien un signe distinctif pour éviter les méprises et les introductions frauduleuses au milieu de nos hommes. Le rouge, symbole de l’unité, ne voulait pas dire qu’on fût sanguinaire. Hors l’action du combat , j’ai toujours rencontré de l’humanité et de la douceur dans le caractère des républicains, tandis que tel qui s’enveloppe do blanc, cache souvent, sous celte couleur 1. «

8^ MÉMülRKS DE CAUSSIDIERE.

candide, de tristes et cruelles passions. Lisez l’his’ toire.

Quoi qu’il en soit,' je n’ai jamais regardé à la couleur ou à la position de fortune des citoyens, quand il s’est agi de leur rendre justice. Je n’ai jamais oublié ce précepte : Tous les hommes sont frères.

A quoi donc eût servi de ressusciter cette noble et belle devise, trop souvent voilée par la tyrannie : Liberté, Égalité, Fraternité?

Trois mots qui correspondent à République démocratique et sociale.

Il fallait donc, pour arriver à une bonne solution, consulter souvent le cœur et la tête, afin d’y puiser d’utiles et saintes inspirations,

Le drapeau aux trois couleurs de 1 ancienne République fut décrété et rétabli sur tous les édifices publies.

Je prescrivis aux marchands de n acheter et vendre des armes, équipements ou munitions, qu après avoir inscrit sur des registres spéciaux les noms et adresses des vendeurs et des acheteurs. Il fallait aussi opérer des recherches pour retrouver et, conserver les chevaux de 1 ancienne garde municipale, qui étaient eq fourrière à droite et à gauche.

Digilized by Googïe

i:hapithk 1.

Par suite de démarches actives, ^9 elievuux lurent ramenés dans les écuries des casernes, et purent servir, plus tard, à monter la garde républicaine«

Un assez grand nombre de gardes municipaux, prisonniers dans la caserne des Minimes, ne recevaient que la ration de pain, nécessaire pour subsister- J’y fis ajouter la ration ordinaire des militaires. Au reste, peu de jours après, ils furent libres.

Par mes ordr^, on établit encore un ordinaire pour les citoyens qui, depuis le 24 février, tenaient le service à la préfecture,

Le troisième jour de ma prise de possession comme délégué, une vingtaine de commissaires de police des quartiers environnants vinrent recevoir des ordres. Je fis entrer ces messieurs, qui eurent l’air de me prendre pour Sancho Pança dans son île. Chacun d’eux me soumettait les besoins et les désastres de son quartier. Tous parlaient à la fois et cherchaient à m’étourdir. Je devinai leur manœuvre, et, les passant en revue d’un regard, je leur intimai l’ordre de parler seulement quand je les interrogerais ;

— Je sais de quoi vous êtes capables, leur dis-je.

J’espère que, pour beaucoup d’entre vous, l’avenir fera oublier le passé. Une nouvelle ère commence. Soyez conciliants et humains. Aidez>moi à rétablir l’ordre; et surtout n’oubliez pas que votre premier devoir est de sévir contre le vol et le pillage, sous quelque forme qu’ils se présentent. A défaut de sergents de ville, vous invoquerez l’assistance des postes, dispersés dans vos quartiers respectifs; j’ose croire qu’elle ne vous fera pas défaut. Surveillez les repaires, et laissez la politique de côté; elle ne pourrait vous attirer que des désagréments.

Ces messieurs se retirèrent en silence, protestant de leur dévouement, dont, pendant quelque temps, je n’eus guère lieu de m’a|)ereevoir.

Page 1