CHAPITRE ni
MygnanimiU de U réyolution de FéTrier, LouM^Philippa et iM ministree. — Mandats d'amener contre MM> Guizot et Duchatel.
— Le citoyen Perrot de Chezelles. — Mandata contre les autres ministres. — Dénonciations. — Le rêve d’or. — SeinUjual et M, Lamartine. — Premiers décrets du GouTemement provisoire.
— Pauvres et riches. — Patrouilles et voleurs de nuit. — Forçats libérés et filles publiifues. — Les brigades de sûreté. — Or« ganisation des Montagnards, -r Leur uniforme. La garde en sabots. — Suggestions deBlanqui. — L’ordre avec le désordre.
— Promesses de Février. — Les prisons de Paris. — Sainte- Pélagie, la Force, la Roquette. — Le régime cellulaire qt U rér forme pénitentiaire. — Les cogdamnés politiques ep liberté. —
— Fête à la préfecture. — La République rose. — Les réactionnaires. — La préfecture transformée en justice de paix. Défiance et courage.
Lr révolution de Février, magnanime comme toute# les révolutions populaires, n’eiterça aucune vengeance contre les anciens oppresseurs de la France, On avait laissé partir le roi et les prinçes, sans s’inquiéter d’eux. On donna aussi aux minis-
96 MÉMUIRË6 UE CAtSSIDIERE.
très le temps de se sauver et de gagner la frontière en toute sécurité.
Seulement, le 27 février, je reçus, du gouverneur de l’Hôtel de ville, des mandats d’amener contre les sieurs GuiEot et Duchâtel, à la requête du citoyen Perrot de Chezelles, conseiller près la cour d’appel de Paris, remplissant les fonctions de juge d’instruction, lequel avait rendu la justice avec non moins de zèle sous Louis-Philippe et le ministère Guizot.
Le 1“ mars, à la requête du même Perrot de Chezelles et du citoyen Delahaye, des mandats furent aussi lancés contre :
Le sieur Hébert, ex-ministre de la justice et des cultes;
L’ex-duc de Montebello, ex-ministre de la marine;
Le sieur Trezel, ex-ministre de 1a guerre ;
Le sieur de Salvandy, ex-ministre de l’instruction publique ;
Le sieur Dumon,' ex-ministre des finances;
Le sieur Cunin-Gridaino, ex-ministre de l’agriculture et du commerce ;
Et enfin, le sieur Jayr, ex-mini.-^tre des travaux publics.
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r.HAPlTRE m.
Bien des dénonciations me furent faites contre ces hommes, dont il m’eût été facile de contrarier la fuite ; mais, comme le peuple, je rêvais d’or , et ne voyais de compensation à nos misères passées que dans les institutions généreuses que semblait nous promettre la République.
Hélas ! la République a-t-elle tenu ses engagements?
« Tant qu’il y aura un pauvre dans l’État, disait « autrefois Saint-Just, vous n’aurez point fait une « véritable République. »
« Tant qu’il y aura une vérité en dehors de vous , « a dit récemment M. Lamartine , tant qu’il y aura « entre les mains de vos ennemis des vérités que « vous ne vous assimilerez pas, vous ne pourrez pas c dormir tranquilles. »
Déjà, nous pouvons reconnaître la justesse de ces paroles. On nous a arraché les libertés conquises en Février ; on nous refuse l’application de droits dont on feint de reconnaître le principe ; et déjà, nos oppresseurs , malgré leur cent mille baïonnettes et leur bourgeoisie, malgré l’état de; siège et l’esclavage de la presse, ne peuvent s’endormir sûrs de leyr lendemain.
Le Gouvernement provisoire publia, en ces pre-
98 MÉMOIRES DK CAUSSIDIERE.
miers temps, quelques décrets, bien accueillis par le peuple; et, de mon côté, je cherchai tous les moyens de ramener l’ordre matériel, en même temps que l’harmonie morale, et d’assurer ainsi la révolution.
Je fus alors bien secondé par toutes les classes de citoyens. Un commun accord semblait diriger tout le monde. Pendant que la circulation se rétablissait dans les rues, que le balage avait repris son cours sur la rivière, que les marchés s’approvisionnaient, pauvres et riches s’étaient faits soldats de la sûreté publique. De nombreuses patrouilles sillonnaient les rues de la capitale durant toute la nuit, et empêchaient les voleurs d’exercer leur coupable industrie. Néanmoins, un pareil état de choses ne pouvait durer. Les citoyens, écrasés de t fatigue, se relâchaient peu à peu de leur surveillance volontaire ; il fallut songer à l’organisation d’une force régulière et permanente, qui pût être portée immédiatement, soit dans les prisons, soit sur les lieux où des collisions dangereuses menaceraient la République.
Je voyais surgir les réclamations de tout genre; les malfaiteurs et les forçats libérés n’étaient plus' soumis à une surveillance suffisante ; la licence
CHAPITKE III.
des filles publiques élait sans borne; eofin, plusieurs directeurs de prison demandaient mon concours pour réprimer l’insubordination , et les projets d’évasion qui fermentaient parmi les détenus.
Je m’occupai donc de réorganiser la police, et des brigades de sûreté dont je.parlerai plus tard, en même temps que je formais le corps des Montagnards, composé en partie d’ouvriers sans travail, et qui, tous, avaient donné des preuves de civisme et de courage sur les barricades.
Plusieurs patriotes connusfurent de suite ciiargés de recruter, pourl’opganisation delà Gardedupeuple. Le premier titre exigé pour en faire partie, était un certificat d’écrou d’ancien détenu politique ; le deuxième, un certificat de combattant de Février; le troisième, enfin, un congé et un certificat de bonne conduite, constatant que le candidat était un ancien et honorable militaire.
11 fut entendu que tous les grades, jusqu’à celui de capitaine inclusivement, devraient être le résultat de l’élection.
Quatre compagnies furent immédiatement créées. La Montagnarde, la compagnie de Saint-Just , la compagnie de Février, et la compagnie Morisset.
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lüO MEMOIRE» DE CAUSSIDIERE.
Ces quatre compagnies, d’environ six cents lioinines, furent renforcées plus tard de compagnies formées dans les casernes de Tournon et des Gélestins, et portées, sous le nom de garde républicaine, tant à pied qu’à cheval, au cliifîrede 2,700 hommes environ.
Cette garde primitive ne reçut, qu’à partir du 1" avril, une solde régulière de 2 fr. 25 c. par jour, pour chaque citoyen, quel que fût son grade.
L’uniforme fut d’abord une cravate et une ceinture rouges; on y ajouta ensuite une blouse bleue. Je lis faire en même temps une distribution de souliers et de bottes à ceux qui étaient dans la plus grande pénurie ; et certes, ce n’était pas inutile, car, durant plusieurs jours, bon nombre d’entre eux montaient la garde en sabots.
Pendant six semaines, la plupart de ces braves citoyens couchèrent sur des lits de camp, ou plutôt ils étaient sur pied, nuit et jour, et ne firent jamais défaut aux différents services qui leur furent imposés. Ils nommaient leurs chefs et exerçaient en général la justice entre eux. J’ajouterai que, dans les premières semaines, je n’ai pas eu une seule punition à infliger.
Leur esprit d’indépendance les poussait souvent