CHAPITRE SEGGKD
Le prince étoit prêt dWlçir e^ ^inpiag9« ^ et il me dit qu'il youloit, avant qn<e de partir, me parler en particulier et à loisir; et qu^ pour'ce^^ffet il me piioit que ce fût dans le jardin de HQiUslardiek. Nous arré^ tâmes Tbeure, et nou3^ npus y tropvâlnesr II me dit que je croirois aisément qim'^tant rmiiqUe de tonte aa famille , ses amis ra¥:pie]|t pre^s^ plnsieinrs fçis de se marier, et -qu'ils lui avoi^nt propose diveroes pei^ sonnes; qu'il savoit bien que c'étoit un6 chose qui devoit se &ire un jour, mais qu'il avpit toujours ré-»mis à y penser tout de bon après la fin de la guerre; qu'outre ses amis , les députés des Etats commen-f çoient à l'en solliciter de plus en plus tdus les jours, parce qu'ils voyoient bien que la guerre pouvant continuer, et peut-être parce qu'ils y avoient plus d'iur térêt que les autres ; qu^il avoit été oblige de leur pro^ mettre qu'U y penseroit plus sérieusemef^t qu'il ne l'avoit fait, et qu'il étoit donc résolu de $e marier, maia cjue le choix d'une personne lui p^roisjsoit fort diffir cile ; qu'il n'avoit aucun penpbant pour toutes pelles c[u'on lui avoit proposées en France oti e» Allemagne, ni en aucun endroit^ excepté ppur h proposition qu'on lui avoit faite en Aipgleterre : ndaîs qu'avant de faire aucun pas vers ce côté-là il vouioit avoir )npn avis sur deux points , qu'il ne me demanderoit poui^ tant pas si je ne lui promiettois de lui Tfépe^re tm ami, ou tout au moins comme une ipefsenin^indilTc^
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rente , et non pas comme ambassadeur du Roi. Sur l'assurance que je lui donnai de faire ce qu'il souhaitoit, il continua, et me dit qu'il m'avouoit que pendant la dernière guerre plusieurs personnes considérables en Angleterre n'avoient cessé de solliciter les Etats, et lui-même en particulier, à se déclarer les chefs des mécontentemens que la conduite de la cour pendant tout le cours de la guerre avoit fait naître ; qu'il savoit fort bien que cette guerre étoit contre le sentiment de la nation, et qu'elle auroît pu avoir de dangereuses suites pour la couronne si elle n'ayoit pas fini comme elle avoit fait ; que toutes ces personnes, qui se déclaroient si fort ses amis, étoient extrêmement opposées à la proposition qu'on lui faisoit de se marier en Angleterre ; que leur raison étoit qu il perdroit par là l'estime et le crédit qu'il y avoit, parce qu'on croiroit qu'il auroit donné dans les desseins de la cour, qu'on estimôit si difi^réns de ceux de la nation , et particulièrement au sujet de la religion 5 qu'ils croyoient de plus que le gouvernement ne seroit pas long-temps sans trouble et sans désordre , à moins qu'il ne changeât bientôt de mesures , à quoi on ne voyoit pas beaucoup d'apparence ; que c'étoit sur cet article qu'il me demandoit mon avis. Le Second étoit au sujet de la personne et de l'inclination de la jeune princesse : il dit que bien qu'il ne voulût pas passer dans le monde pour un prince qui entrât dans toutes ces particularités , cependant il ne feroijL point de façon à m*avouer, sans aucune affectation , qu'il y entroit plus que persôinne du monde, et à un tel degré, que toutes les circonstances' de la fortune et de l'intérêt ne l'enga-
DU CHEVÀLIjSR TEMPLE. [1676] l4l
geroient jamais 3an$ celles de la, pensonne^ et particulièrement au sujet de Thumeur et de rinclination^ qu'il ne seroit peut-être pas un mari trop comr mode pour une femme, et qu il ëtoit sûr au moîiis qu'il ne le seroit pas pour la plupart des femmes des cours de ce siècle ^ que s'il en rehcontrok une qui Im donnât du trouble et de Tinquiëtude, il nele pourroit pas supporter, en ayant assez à souffrir d'ailleurs, selon toutes les apparences ^ et qti'ajH'ès tont il a^v^oit résolu de prendre la ipeUleure f emme qu -il pourro^ trouver : qu'il vouloit aussi qu'elle eût-de la dîsposi^ tion à vivre bien avec lui, x^e qui dëpendoit de sob humeur et de son éducation ; et que si je savois quelque chose de particulier sur cela à l'égard de! la prinr cesse Marie , je l'obligerois de le lui dire franchémenit. Je répondis à Son Altesse que j'étois fort aise de la voir dans le sentiment de se marier^ que c'étoitce qu'il devoit à sa famille et à ses amis, et que j'étois encore plus ai$e de ce que son inclination le déterminoit vers l'Angleterre ^ que je crbyôis que c'étoi^ autant ses intérêts , que ses autres amis anglais croyoient que a'étoit, contre^ que le Roi et Son Attesse pouvoient se fai|^ plus de bien ou plus de ins^l l'un à l'autre que d'autres princes ne pouvoient fàire^ que c'étoit un grand pas pour être d'un degré plus proclie de la couronne, et même, suivant toutes les apparences, pour eiv être le premier héritier v qu'il falloit que ses pi:étendvtô amis en Angleterre vissent plus clairement que i9Pi, pour crmre que le Roi fôt dans les dangers ^t dsins les circonstances qu'ils s'ipmaginoient^ que la courpune d'Angleterre étoit tovh dée suF des fou^mei^ Men plus fermes que dans le
i4a , [i6^6J MÉMoiliËS
temps p^asëy^ qfie èe qui ëtoit atfivé d^ns lé dernlei* règne Taydit encore plus affermie^ en un mot, que je croyois le^ peuples d'Angleterre meilleurs sujets que le Roi même ne )^s estimoit : quHI étoit cependant au fMMivofr de Sa Majesté d'être aussi bien avec son peuple qu'elle le v6ddroit; et que quand il ne lé seroit pas, il pourroit avec un peu de ménagement passer s6n rëgne en paîl , quoique peut-être ce ne fût pas ftrec tant de magnificence et de gloire qu'il pourroit faire s'il donnoit dans les sentimens de son peu{^ : que si la cbur avoit de^ desseins diflférens de ceux dé Son Altesse^ ses prétendus amis lui feroient plus d^hônneur de croire qu'elle fet'oit embrasser les ^iens à' la côtH*, plutôt qûè de croire que la cour l'attirât dahs sei setitifMeiis; et que d'ailleurs les plus séditieux^ homtnes d^Àngleterre auroient bien de la peine il trouver un méchant edté à ce mariage. Que pour le seclond article je me savois pas grand' chose, mais que j'avois toujotira ouif parier k ma lemme et à ma sœur à l'avantage de la prtnce$se^ et que je leur avois oui dire plusieurs fois qu'elles retliarquoient en elle toutes 4es belles qualités qu'on pouvoit remarquer dans une princesse s^ jeune; ijuë d^ailleùrssa gouvernante, qui étoit leur amie particulière, leur en avoit fait miUe ^ogesv ^l que j'étois as$uré qu'elle avoit été bien lélevée^ ^rce que sa gouvernante en avoit pris beaudoup de s^n, et qu'elle en étoit (6tt capable.
Après deux heures de conversation sur ce sujet, le prince conclut cpi'il poursuivroit ce dessein, et qu'il écriroit au ftï^i et au duc pour ayoiir leur approbation, et la liberté de passer en Angletéire à la fin de la campagne^ que i^a JPemme , qui s^ en retour-
DU GHEVAI1E& T|:MPL1£. [1676] l^i
noit pour mesiafiairesipaitienlières, perEcircdt ;svâ<jh«ix Jetires ; et qu'il la jpriermt' de tâtber^ peucboit^ le séjour qu^dle y fèroh, de t'inforaieb, le pkis^partieillièrelnènt qu'il lui seroiî possible^ derhumenr et àcs inclinations de la jeune piriiioessei ; / ; /
Deux ou tsrois jducs après , le prince porta faiHmâlBÎe ses lettres à ma fenune, et pbrth îromédiateBtent après pour Tarmée. Ma» femiiie partit! a^cÉiM peut l'Angleterre ayec ces dépêches^ et tnoi: je me prëpatot à me rendre àNimègue, ou les ambassadeurs de Hollande etneo-
suite ceux dé France^ét6ientrd^':arritésv «t qui étoietit ceux des deux principËimi piirti» énfi^gë» datis la guerre» ;
Quelque^ joUrs avawt tjée je partissev Du Mpulin rencontra mon chapelain dans le Fôofhput; Il Im. dit €(u'il étoit si mal, qu'il saydit bien qull ne y^vroit pals long^-temps; mais qU'il ne pouvoit pas mourir traoquitlemeiit sans m'avéîr deitlandë pardon de tant de choses fausses et injurieuses qu'il ayoit dites de (midi depuis ma dernière ambassade^ qttdi(|^'il eât poUr moi auparavant toute l'estime imagînable< U pria mon «chapelain que puisque j'aVois refuse de le ypif v il me denuoidât pardion pour lui , comme pour un kotnaie mourant Ce Du ftloulin avéit été en grande faveur auprèe de milbrd Atlingtoh pendaiil la triplé alliance^ mabëtanblombë en sa disgrâce dès le momenit qu'on eut pris d'autres mesures à la cour d'Angleterre y il alla en Hollande ^ et fut fait secrétaire du prince. U acquit beaucoup sa faveur et sa confidence pietidMt k dernière guerre, et les méconlens d'fA^nglelerre Se servirent de lui à La Haye pour faire leurs prop<^îtioQs; enfin Buiord AcUngton fit tdiîs «bs ««libriis^ et
l44 [^^7^] HiMOIRES
emlplôya taules ses scdKcitàtions , pendant qn'il ëtoit à La Haye , pour le faire chasser du service du prince. Je 'Teçus ensuite des ordres sur ce sujet , et je les exë- <€utai, non pas sans peine et san» difficulté. Il n'y a voit pas long-temps qu'il ëU>it sorti de chez le prince lot^u'îl trouva mon chapelain; de sorte que je ne saurois dnre sll mourut de chagrin de ce fâcheux revers, ou de la rësc^tttibn q[ue le prince a voit prisé de se marier en • Angletierre , ou bien enfin de pul monie, comme ses amis le pablioient : mais je sais bien dû n^oins qu'il mourut peu de temps après, et avec lui ^finirent les intrigues d'un parti d'Angleterre, lequel pendant quelque temps Tavoit occupé lui et sies amis. Après que je me fus <y barrasse de l'échange des passe- ports^ qui m'avoit retenu pendant quelque temps, je partis de La Ifeiye au commencement de juillet, pour me rendre à Nimègue, où les ambassadeurs de France et de Hollande étoietit déjà^arrivés. Ils pressoient extrêmement ma venue , parce que le chevalier Jénkins s'excusoit toujours sur mon absence, .et qu'il ne voidoit faire avfôùn office de médiateur jusqu'à ce que je fusse arrivé, se contentant seulement de faire les visites ordinaires. Les observations que j'avois faites sur les diflférentes dispositions des partis au sujet du congrès dont j'allois faire l'ouverture me fdonnoient lieu de croire qu'il ne se termineroit de lIongHtemps^ mais que les succès des armées et les .événemens de celte campagne y contribueroient plus fipie.toiiite autre chose. Les Français avoient apporté depuis quelques mois foute la facilité qu'Us avôient pu pour former le congrès , et ils avoient témoigné bemcoiip de diligence à içnvoyer leurs ambassadeurs
DU GH£YALI£R TEMPLE. [1676] l45
sur les lieux, soit qu'ils crussent qu'ils ne pouvaient pas espérer de circonstance plus heureuse^our faiire la paii: à leur avantage que celle où ils ëtoient, soit qu'ils eussent en vue , par leur diligence et par la lenteur de quelques allies , de pouvoir faire une paix particulière avec quelques-uns d'eux qui y faisoient paroitre dé la disposition, et qui paroissoient étrelas de la guerre. Ceux de la maison d'Autriche étoient chagrins comme tous ceux qui perdent le sont d'or* dinaire , et faisoient voir beaucoup de lenteur et peu d'inclination pour le traité. Les Allemands attendoient un grand succès de leurs armes cette campagne , et les Espagnols se flattoient de l'intérêt que Sa Majesté Britannique avoit dans la conservation de la Flandre, et de la part que le parlement avoit témoigné de prendre dans leurs afiaires ; de sorte que les uns et les autres croyoient qu'il arriveroit quelque changement qvi donneroit lieu à leurs prétentions, qu'ils auroient eu mauvaise grâce de proposer dans l'état où se trouvoient alors leurs affaires. La Suède souhaitoit la paix de bon cœur , ayant plus d'espérance de regagner par ce ^noyen-là ce qu'elle avoit perdu , que par la continuation de la guerre. Le Danemarck et le Brandebourg , au contraire , vouloient à toute force continuer la guerre, dans l'espérance de chasser entièren^ient les Suédois d'Allemagne, parce qu'ils étoient fort foibles, et qu'ils ne pou voient être secourus par la France que de quelque somme d'argent. Comme les Etats dé Hollande n'avoient d'autre but que de sortir avec honneur d'une guerre qui ruinoit leur commerce et qui consumoit leur argent, ils soubaitoient la paix; mais ib n'osoient se séparer de T. 64. 10
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leurs alliés, n'ayaot pas assez de confiatice en TAngleterre ni en la France pour s'appuyer sur Fun ou sur Tàutre de ces Etats après que la paix seroit faite. U y avoit un but général dans les conseils des deux partis : les Français tâchoient, d'un côté, à rompre la grande union des alliés, en faisant des avances à plusieurs d'eux en particulier pendant le cours du traité^ les confédérés , de l'autre , faisoient leurs efforts de la conserver non-seulement pour continuer la guerre , mais même après que la paix seroit faite. Bien que plusieurs puissances eussent offert de rece* voir le Roi pour arbitre aussi bien que pour médiateur dans leurs différends, et que par conséquent Sa Msyesté pût être l'un et l'autre , elle nous ordonna de faire simplement l'office de médiateurs , et de préve^ nir que les parties ne remissent leurs différends à sa décision : de sorte que , tout bien considéré , il étoit facile de prévoir que les congrès aboutiroient seule* ment à dôs formalités,, et qu'il n'y auroit que les événemens de la campagne suivante qui déterminassent les deux partis à quelque conclusion.
Cependant l'ouverture de ce congrès pouvoit fort bïien être appelée l'aurore de la paix : ce qui me fait ressouvenir d'une prophétie, qui est la seule de son espèce que j'aie jamais crue digne de quelque réflexion; encore ne la rapporterois-je pas, si M. Colbert ne me l'a voit montrée dès que je fus arrivé à Nimègue. Je me souvins alors que je l'avois vue en 1668 entre les mains de milord Arlington, qui me dit qu'elle étoit fort ancienne, et qu'elle avoit été trouvée dans quelque abbaye d'Allemagne. La voici en ses propres termes : Lilium intrabit in terram leonis^ feras in brachiis
DU CHSVilUER TBMPtE. [1676] l^*}
gerens/ aquUa moi^bit alas, et in auxilium vemet filius homims ah austro : tune erit ingens bellum per totuni terranim orbem; sed post quatuor annos pa^ elucescety et salus eritfilio homims undè exitium putabatur. Ceux qui voudront ajouter foi à ces sortes de prophéties par la suite des ëvénemens doivent convenir que par^em^ il faut entendit le^ léopards des armes d'Angleterre 5 ^^t filius homims ^ le roi d'Espagne ; que le congrès de Nimègue , qui commença précisément qiiatre ans après I^ commencement de là guerre , est cette aurore de la paix dcmt parle la prophétie 5 et que le salus fiUi hominis, dont die parle en dernier lieu , signifie que l'Espagne a été sauvée par les Etats-généraux et par le prince d'Orange, desquels elle devoit attendre sa ruine* Mais j'ai un grand penchant à croire que de toutes les prophéties qui courent dans le monde , les unes doivent leur naissance à 1 invention de quelques gens rusés et subtils, d'autres aux songes de quelques enthousiastes; et que le sens qu'elles renferment, au moins s'il y en a, est enveloppé dans quelques expressions mjsté^ rieuses qui peuvent recevoir diverses interprétations. Il y a d'autres prophéties qui viennent de l'oisiveté de quelques grands esprits, qui, faute d'occupation, tâchent de se divertir en écrivant des choses à l'aventure pour amuser le monde sur rien ; il y en a d'autres enfin qu'on fait passer pour vieilles quand les événîe^ mens sont arrivés, ou quand ils sont si vraisemblables que les gens tant soit peu éclairés les peuvent aisément conjecturer. Les hommes ont généralement tant d'ipp cliaation à croire les prophéties^ et s'appliquent avec tant de subtilité à l'ordre des paroles pour y trouver
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le sens qa'ils y cherchent, que je m'ëtonne qu'il y en ait si peu qui aient leur accomplissement parmi le grand nombre de celles de la première espèce dont je viens de parler. Je ne saurois assurer que celle que j'ai rapportée soit de la dernière espèce ou non*, mais je puis bien dire que , dans le temps que cette prophétie fut 'donnée à milord Arlington par un Français, le dessein d'entrer en ligue avec la France et en guerre contré la Hollande étoit non-seulement projeté en Angleterre, mais même forj avancé , par les intrigues que M, Colbert avoit dans notre cour, où il étoit pour lors ambassadeur, et par la violente inclination de milord Clifford. De sorte que le même jour que le parlement donna au Roi une grande somme d'argent pour lui témoigner combien il étoit satisfait de la triple alliance conclue en 1668, ce seigneur, en sortant de la chambre des communes dont il étoit pour lors un membre, ne put pas s'empêcher de dire, à un de mes amis qui sortoit avec lui, que nonobstant cette grande joie il ne se passeroit pas long-temps que nous n'eussions une autre guerre contre, la Hollande. Voilà deux prophéties : je laisse à un chacun la liberté de juger laquelle des deux est la plus claire et la mieux inspirée.
Nimègue e»t situé sur le penchant d'une montagne, sur la rivière du Wahal, qui arrose la basse ville et la sépare du Betaw, qui est un pays plat et bas, situé entre le Wahal et le vieux Rhin, qui en font une île. C'étoit autrefois la demeure de c€s peuples que les Romains appelèrent Bataves, qui étoient si braves et si jaloux de leur liberté, que les Romains les prirent en alliance lorsqu'ils subjuguèrent tous les
DU CHETALÎER TEMPLE. [1676] ^49
autres: habitans des provinces des Gaules et d'Aile* iQagne voisines de ces peuples. Betaw et Wahal ëtoient les vieux noms allemands, que les Romains changèrent en Batavia et F^afialis^ comme Clèvès et Cologne sont des noms latins changés eaallemand. Betaw,, ^i^ vieux allemand, signifie terroir gras 5 comme Velow , qui est un grand pays de bruyère de l'autre côté du Rhin, signifie terre infertile. Je ne puis pas déterminer siNimègue vient àe Neomagus^ ^ OM Neomagus de Nimègue^ mais il paroît, par le vieux château qu'on y voit encore, et par plusieurs restes d'antiquités qi^on y a trouvés, que c'étoit une colonie romaine. Cette ville est située en bon air, environnée de trois côtés dé grandes plaines de bruyère toujours sèche, bien bâtie, et habitée par de bonnes gens.
Quoique les magistrats eussent envoyé sur mon chemin pour s'informer du temps que j'arriverois, je ne voulus pas le leur déclarer. Je leur en fis mes excuses^ et je refusai les cérémonies qu'on voulôit faire à mon arrivée, afin de prévenir par là que les autres ambassadeurs n'en prétendissent, et d'éviter les troubles et les désordres qui arrivent dans ces occasions. Cependant je ne pus pas empêcher qu'on ne me fit quelque civilité qui faillit à me coûter plus cher qu'elle ne val(^it. La rivière de Nimègue est fort rapide au milieu du courant qui est proche des mu^ railles de la ville-, mais du côté du Betaw elle est fort tranquille , parce qu'elle s'étend fort au large sur ce terrain plat. On passe le courant dans un bac si spa-< deux, qu'il contenoit mes deux carrosses à six chenaux, un chariot chargé de mes coffres, huit chevaux^
l5o U^7^] MÉMOtBES
dé selle, et en auroit pu encore contenir davantage.
Ce bateau est fait d'une manière si singulière «t en
même temps si commode^ que je m'étonne de n'en
avoir jamais vu de semblable : c'est la seule force du
courant qui donne contre le bac qui lui fait insensi**
blement traverser la rivière, et sa course est dirigée
par un gros câble qui s'étend d'un bord à l'autre , et
qui passe par une poulie du bateau; de sorte que plus
le courant est violent, et plus tôt on le passe. Là où la
rivière commence à n'être plus profonde, et le cou^'
rant à se ralentir, on trouve un pont de bois long en-*
viron de deut cents pas, fortifiai entretenu, sans
garde ^fous, et dont les planches sont déjointes et
branlantes en {dusieurs endroits. Lorsque mes car««
rosses partirent sur ce pont , le canon de la ville com^
mença à tirer, et continua tant que je fus sur la ri-^
vièr^. Mes chevaut furent si épou^ntés de ce gtabd
bruit, et de celui que les planches faisoient sous leurs
pieds, que je craignis qu'ils ne m'emportassent dans
i 'eau *, mais par l'aide de mes domestiques , qui avoient
mis pied à terre pour les conduire, nous gagnâmes
hetiréuseinent le bac ! de sorte que n'y ayant plus
aucun danger à craindre, nous traversâmes facilement
de l'autre côté de la ville. < J'allai descendre chez le
chevalier Jenkins , où je demeurai jusque sur le soir^
afin de n'être pas troublé ce jour-là de visites ei de
cérémonies.
Le jour suivant, lés ambassadeurs de France et M. d'Avauix me rendirent visite , dans kquelle il ne se passa que des complimens ordinaires. Mais le ma^ réchal d'Estrades et 1V^« Coibert, que j'avois connus particulièrement dans mes précédentes ambassades à
DU GHEYAUER TBMPLE. [1676] l5l
Aix-Ja-^Chapelle et à La Haye, Yonlurent, dans les premières visites séparées qu'ils me rendirent, entrer en matière avec moi sur certains points qui me donr nèrent jieu de découvrir le dessein de la France dans ce traité, et pourquoi elle avoit fait paroitre tant d empressement à former le congrès , et à faire trouver à Nimègue ses ambassadeurs avant que ceux des alliés fussent en chemin pour s'y rendre. Ils me diluent ian et l'autre qu'ils avoient un ordre exprès et partît caiier du Roi leur maître de m'assurer de Testime que Sa Majesté Très-Chrétienne avoit pour ma 'personne , et de s'adresser uniquement à moi pendant tout le «ours de cette négociation, bien qu'un des médiateurs vînt de résider à sa cour ; qu'ils savoient fort bien que j'avois la confiance du Roi mon maître aussi bien que celle de ses ministres ; et qu*ayant formé moi'-méme «H quelqm manière ce congrès, et réglé tous. les préliminaires , il n'y ayoit point d'autre main capable de le finir que moi , de soi^e qu'ils présageoient que j'en auroîs toute la gloire : que je devois compter que le Roi leur maître y apporteroît toute la facilité possible; mais qu'après les grands succès de ses armes,. et les armées formidables qu'il avoit par mer et par terre , on ne devoit pas attendre qu'il cédât ce qu'il avoit conquis:; que, d'un autre côté, ils savoient fort bien que quoique les Etats eussent une forte inclina-^ tion f>our la paix , l'emportement et les demandes etftra'^gantes de leurs alliés les engageroient aussi longtemps qu'ils pourroient dans la guerre, à moins que le prince d'Orange n'interposât son autorité, lequel avoit tant de pouvoir sur les con£édéirés, ipi'ils ne doutoient point de leur consentement à toutes les cou-
iSa [ [1676} MÉMOIRES
dilions que le prince leur voudroit proposer ; de'sorle que pour amener ce traité à une heureuse fin il faK loit que Son Altesse convînt particulièrement avec la France des conditions , et qu^ensuite ils les feroient agréer de concert dans le cours de la négociation ; que pour la faire réussir le prince pouvoit se servir de l'inclination que les Etats témoignoient publiquement, ou bien faire une paix particulière en cas que les demandes déraisonnables des alliés empêchassent eu retardassent la générale \ que Télecteur de Bavière s'étoit servi de cette voie dans la paix de Munster, et qu'il avoit pris des mesures secrètes avec la France pendant tout le cours du traité, bien que ses intérêts fussent «gités en public avec ceux des autres alliés^ qu'il devoit là grandeur de sa miaison à cette démarche, et au support qu'elle avoit toujours reçu de France depuis ce temps4à; que si le prince d'Orange vouloit agir de la même manière à Nimègue, il pourroit faire la même chose et pour lui et pour sa famille*, que pour ce qui regardoit le prince en son particulier, le Roi leur maître leur avoit ordonné de l'assurer qu'il auroit la carte blanche, et qu'il n'a voit qu'à dresser telles conditions qu'il voudroit 5 que quoiqu'ils eussent d'autres moyens de faire cette ouverture au prince, ils «voient ordre de ne la faire que par moi, si je m'en -voulois charger \ qu'ils savoient fort bien la confiance que le prince avoit en moi, et combien il déféreroit à mes sentimens au sujet de l'intérêt de ses alliés et du sien i propre -, et que si je voulois prendre cette «affaire à cœur, outre l'honneur que j'aurois d'avoir adonné ^loi seul la paix à la chrétienté , je pourrois at-
DU CHEYAUER TEMPLE, [l 676] l53
tiendré tout ce que je voudrois de la bonté et de là générosité du Roi leur maître.
Voilà la substance dé ce que l'un et l'autre me dirent dans plusieuiji visites particulières. J'observai cependant que M. Colbert étoit chargé de quelques instructions plus particulières, surtout à mon égard, que son collègue, quoique M. d'Estrades me témoignât particulièrement qu'il avoit une joie extrême d'entrer en cette négociation avec moi préférablement à tous les autres , ajoutant qu'il avoit plusieurs moyens de le faire avec le prince même aussi bien qu'avec les Etats, par le grand nombre d'habitudes que je savois qu'il avoit faites en Hollande pendant tout le temps qu'il y avoit demeuré.
Je répondis que j'étois fort obligé à Sa Majesté Très-Chrétienne de la bonne opinion qu'elle avoit de moi \ et à eux en leur particulier de lui en avoir donné une idée si avantageuse , n'ayant pas moi-même l'honneur d"être connu d'elle ; que je ne ferois jamais aucun méchant usage de cet honneur, et de la confiance que le Roi leur maître me témoigneroit, quand bien je ne pourrois pas en faire.un bon ^ qu'ils sa voient aussi bien que moi combien Sa Majesté Britannique souhaitoit de procurer la paix^ mais que plusieurs raisons l'avoient obligée de nous donner des instructions pour procurer seulement une paix générale, sans faire aucun ipas pour en faire quelque particulière entre les parties -, que si le prince d'Orange prenoit quelques mesures secrètes avec la France avant le traité générai, cela ressembleroit beaucoup à une paix particulière et séparée de ses alliés, et qu'ainsi je ne
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pourrois pas m^en mêler sans un ordre exprès da Roi; que d'ailleurs je leur avouois que j^ ne croyois pas qu'il produisit beaucoup d'effet quand bien je le recevrois, et qu'ainsi le meilleur s^vice que je leur pouYois rendre ëtoit de leur dire sincèrement tout c^ que je sa vois et ce que je croyois des dispositions du prince à Tëgard de cette grande affaire, afin qu'ils pussent conjecturer ce qu'ils dévoient attendre de lui ; que j'ëtois assuré qu'il ne souhailoit pas moins la paix que les Etats ; que la foible conduite de l'Espagne et les divisions des conseils de l'Empire ëtoient d'assez grands motifs pour l'y porter, quand il n'y seroit pss oblige par d'autres circonstances qui ëtoient trop connues pour en parler 5 que le prince savoit fort bîeo qu'il n'y auroit aucune difficulté sur les conditions entre la France et la Hollande , et que toutes celles qui naitroient sur le traite viendroient de la part des allies, qui n'ëtoient entres dans cette guerre que pour la défense des Provinces-Unies; que les Etats avoient engagé leur foi et Jeur honneur par divers traités conclus avec les confédérés , qfai les empôchoient de penser à une paix particulière 5 que dans tous ces traités Thonneur du prince ëtoit particulièrement engage, parce que tous les confédérés avoient déclaré qu*ils se confioient plus en sa personne que dans les résolutions ou dans les actes des Etats; que s'il se poùr voit trouver quelque expédient pour tirer Son Altesse de cette guerre avec honneur, et d'une manière que ses alliés fussent satisfaits , j'étois sur qu'il l'accepteroit avec la plus grande joie du monde; mais que je ne croyois pas qu'on le portât jamais à rompre avec les confédérés contre sa parole et ses traités, à moins
DU CHEVALIER TEMPLE. [1676] « l55
que la guerre ne le réduisît à la dernière extrëmité , ou que d'autres nécessités ne Vy contraignissent. Qu*à l'égard de ses intérêts particuliers, j'étois persuadé que le prince feroit peu d'état des offres qu'on lui feroit, quelque avantageuses qu'elles fussent; et que deux ou trois villes pour servir de frontière à la Flandre espagnole auroient plus de force sur lui que tout ce qui le regardoit en particulier à Orange et dans la comté de Bourgogne. Que je croyois qu'il prendroit en mauvaise part toutes les propositions particulières qu'on lui feroit, de quelque part qu'elles vinssent-, mais que je lui dirois cependant , la première fois que je le verrois, tout ce qui s'éloit passé dans cette conversation î qu'au sujet de la déféreftce qu'ils croy oient que le prince auroit pour mes sentimens, je pouvois les assurer que je croyois qu'il n'en avoit, ni pour les miens, ni pour ceux des autres, qu'autant que les raisons qu'on lui alléguoit l'emportoient dans son jugement; qu'il avoit assez de sens pour se gouverner , et que je ne doutois point qu'il ne s'en fiât toujours à luimême, quoiqu'il pût prendre les avis de quelques autres personnes.
Après ces conversations , M. Colbert, durant mon^ séjour à Nimègue , me fit plusieurs attaques de cette espèce , .et quelquefois il se contentott de dire quelque petit mot dans le discours, pour voir si je voudroîs entrer plus avant en matière sur ce sujet : mais le maréchal d'Estrades changea d'abord de batterie , et tourna tous ses efforts contre le pensionnaire «Fagel, par l'entremise d'une personne de Maestricht, fai vu la plupart des lettres qu'il lui écrivit sur ce sujet t elles contenoient les offres les plus avantageuse^
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au prince qu'il fût possible de faire *, et cependant Son Altesse les reçut de la manière que j'avois prédit;
Après les premières visites des ambassadeurs de France et de Hollande, qui ëtoient les seuls arrives à Nimègue, les magistrats de la ville nous rendirent visité, et nous dirent que les Etats leur avoient ordonné de remettre le gouvernement de la ville entre nos mains , et d'agir pendant tout le cours du traité suivant les ordres que nous médiateurs trouverions à propos de leur donner. Nous leur répondîmes que Sa Majesté vouloit que nous ne nous en mêlassions en aucune manière; mais qu'au contraire nous remettrions entre les mains de la justice <^dinaire de la ville ceux de nos domestiques qmi commettroient quelque crime, afin qu'ils fiissent punis suivant leur faute, sans que nous voulussions les faire évader ou les protéger contre les lois, en vertu des droits et privilèges du caractère dont Sa Majesté nous avoit revêtus.
Après cela nous nous appliquâmes à proposer quelques réglemens pour conserver la tranquillité, et pour prévenir tous les désordres qu'une si grande assemblée que celle-là devoit être , selon toutes les apparences^ . pouvoit causer dans une ville si petite que Nimègue, et dont les rues sont extrêmement étroites. Nous songeâmes aussi à fixer l'étendue de la neutralité aux environs de la place, afin que la compagnie qui s'y rendroit pût se divertir et se promener. A l'égard du premier point, nous donnâmes certains articles par écrit aux ambassadeurs de France et de Hollande^ et nous les priâmes d'y vouloir consentir, ne doutant point que tous ceux qui viendroient ensuite ne se conformassent aux réglemens dont ils seroient convenus»
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auparavant avec nous, à notre prière. Les voici en français y dans les mêmes termes que nous les leur donnâmes. Ce fut de cette langue que nous nous servîmes dans toutes les conférences, et dans laquelle la plupart des actes de ce traite furent écrits.
I. Que, pour éviter les inconvéniens qui pourront arriver par le grand nombre de trains dans dés rues si étroites et entre des coins si incommodes, les ambassadeurs médiateurs proposent de ne faire les visites , même de cérémonie , chaque ambassadeur qu'avec deux pages et quatre laquais, et un eàrrosse à deux chevaux ; et de n'aller à aucune placé de conférence, ou autres lieux publics , avec plus d'un page et de deux laquais à chaque ambassadeur.
. II. Qu'en cas de rencontre de carrosses dans les lieux trop étroits pour le passage de l'un et de l'autre, chacun, au lieu de s'embarrasser pour le pas, y ap portera toute sorte de facilité, et s'arrêtera le premier quand il sera le premier averti que le passage est trop étroit^ et fera place, en cas que de son côté cela se trouve le plus facile.
ni. Que les laquais ne porteront épée, bâton ni baguette par les rues , ni les pages que la baguette seulement.
IV. Que les ambassadeurs, sur aucun crime commis par aucuns.de leurs domestiques contre la paix publique, renonceront à la protection desdits domestiques, et les remettront aussitôtentre les mains de la justice de la ville, la priant et l'autorisant de •procéder contre eux selon les règles ordinaires. - V. Qu'en cas de quelque insulte ou querelle faite
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par aucuna de leurs domeatiquea contre ceux d'aucon autre ambassadeur ou ministre public , les ambassadeurs remettront tels domestiques entre les mains de la partie offensée, pour être punis selon sa discrétion.
Les ambassadeurs de France reçurent ces articles avec beaucoup d'approbation , et nous complimentèrent sur le dessein et la manière dont ils étoient OQuçus. Ils nous dirent qu'ils étoient prêts de consentir à tout ce qu'ils contenoient, excepté au second article, parce que le Roi leur maître leur avoit commandé de maintenir en toute rencontre le rang que TEspagne ayoit cédé à la France par traité : de sorte qu'ils ne pouvoient pas s'arrêter ou faire place aux ministres de cette couronne, quoiqu'il^ consentisilsent de le faire à l'égard de ceux de Brandebourg, k moins d'avoir de nouveaux ordres de leur maitre. Nous ré*pondîmes que nous ne doutions pas que les ambas*sadeurs de l'Empereur ne se conformassent pour cette bonne fin à la règle générale -, et que pour nous nous l'observerions pour donner exemple , bien qu'en qualité de médiateurs personne n'eût droit de nous disputer le rang.
Les ambassadeurs de France semblèrent se rendre à ces raisons \ mais cependant ils demandèrent qu'ils pussent en informer leur cour. Ceux de Hollande approuvèrent entièrement les articles, et résolurent de s'y conformer entièrement , à moins que les autres f ambassadeurs ne le refusassent. Environ quinze jours j après, les ambassadeurs de France commencèrent k , changer ^e langage, sur les nouvelles instructiona / qu'ils avoient reçues. Us dirent, à l'égard du premier f
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article, que M. de Pomponne ne trouvoit pas à propos de r^treindre le nombre du train des ambassadeurs , puisqu'il ëtoit suffisamment pourvu par les articles suivans aux désordres qui pourroient arriver; outre que ce seroit en quelque manière égaler les ambassadeurs des plus grands rois aux ministres des plus petits princes, du moins aux yeux du peuple, qui ne jagé de la dignité des personnes que par le nombre des gens qui les suivent; que pour le second article, ils y consentoient avec une apostille qu'on y avoit faite en France , pourvu que cela ne préjudiciât en aucune manière aux droits de pas un prince , et qu^on n'en pût tirer à l'avenir aucune conséquence en autre temps et lieu. Ces réponses nous firent remarquer que les ambassadeurs de France avoient moins de va^* nité que leur cour* Nous nous étonnâmes qu'elle l'a- TouÂt si publiquement, et qu'elle descendît à des circonstances si basses et si petites-, car, bien que la vanité soit une foiblesse ou un défaut dont peu de ^ens soient exempts, c^est celui de tous qu'on avoue le moins; et peu de particuliers, quoique peut-être charmés de voir les rues remplies de peuple qui accourt de tous côtés pour les voir passer, voudront avouer qu'ils y ont pris garde. Cependant nous trouvâmes à propos de consentir à ce que cette cour voulut sur cet article, parce que nous savions que ce n'étoit non plus le sentiment des ambassadeurs de France que le nôtre. li y avoit une raison particulière qai les déterminoit à notre opinion : c'étoit le bruit des grands préparatifs et des équipages magnifiques que le marquis de Balbacès et le comte Antoine fâisoient pour; paroitrè au congrès. Le premier étoit le
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plus riche sujet de la couronne d^Espagne, héritier et descendant du fameux Spinola ^ et le second jouissait de fort grands revenus, étant fils naturel du duc d'Oldenbourg, et le Danemarck lavoit choisi exprès, afin qu'il parût avec grand éclat dans cette ambassade. Les ambassadeurs de France craignoient que leur lustre ne fât terni à l'arrivée de ces deux ambassadeurs, ou bien que cela ne les engageât à des dépenses plus grandes que ce qu'ils rece voient de leur cour, qui remet ordinairement à récompenser à l'avenir ces sortes de services par des emplois plutôt que par. argent comptant. Lorsqu'ils nous communiquèrent la réponse de leur cour, nous dîmes seulement que ce que M. de Pomponne disoit à l'égard du petit peuple étoit au-dessous de la grandeur de son maître et du style d'un grand ministre, et que nous en avertirions les ambassadeurs de Hollande , afin qu'ils pussent retirer le consentement qu'ils avoient donné, puisqu'ils sembloient en avoir fait de même ; que pour nous , nous suivrions les règles que nous avions proposées, et qu'à leur égard ils pourroient faire comme ils voudroient. Ils ne voulurent jamais demeurer d'accord qu'ils les eussent refusées, et dirent qu'ils nous avoient communiqué seulement les réflexions de M. de Pomponne-, mais qu'ils ne pouvoient pas consentir entièrement à ces réglemens sans en avoir premièrement délibéré avec leurs alliés les ambassadeurs de Suède, dont ils attendoient l'arrivée tous les jours. Bien qu'ensuite les réglemens proposés fussent entièrement acceptés, les ambassadeurs de France ne laissèrent pasde faire toujours leurs premières visites avec trois^ carrosses à six chevaux, et avec tout leur train, quL
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s'ëtendoit c|uQ)qiiefois plus loin que la maison du minière qu'ib visiloient n'étoit ëloignëe. Pour nous^ nou^ fîmes toujours les hôtres à deux chevaux , et avec le nombre de domestique» que nous avions proposes ^ mais le reste des rëgiemens fut si bien exécute, que pendant un an que je d^meursai à Nimëgue il n'arriva aucune plainte ni désordre, nonobstant )e prodigieux: nombre de gens qui y étoient.
Nous proposâmes, de concert avec les ambassadeurs 4e France, d'étendre la neutralité à trois lieûeé à la ronde de Nimègue , afin d'enfermer dans cet espace la ville de Clèves, dont j'avois toujours ouï parler comme du lieu la {dus agréable d'Allemagne. Mais comme cette proposition étoit prête à passer, il vint un ordre auK ambassadeurs de France de n'étendre la neutralité qu'à deux lieues de Nimègue, et que même cette étendue seroit sujette aux contributions et à exécution militaire , en cas qu'elle ne payât pas ce q»*elle avoit accoutumé dé payer à la garnison de Mfkëstricbt. Nous jugeâmes que cela étoit impossible, et que les ambassadeurs ni leurs trains ne pourroient pas jouir de cette neutralité avec sûreté, à cause des incursions que les troupes feroient sous prétexte de contribution^ qui donneroient lieu & mille disputes,; Les ambassadeurs de France avaient- permission de sortir de la ville toutes les fois qu'ils voudroient, pour prendre l'air ou pour se divertir : ceux de HoU lapde 0OUS prièrent de leur dire que les Etats ne poa^ voient pas répondre de leur ^reté^ jusqu'à ce qu on fât convenu d'Un pays neutre qui fât exempt de con* tributîon. Enfin après quelque temps , plutètque de s'exposer au danger des partis qui couroient le pays