‹ Mémoires de ce qui s'est passeé dans la chrétientéChapitre 11 sur 22 · T. 64. II · texte numérisé non relu

T. 64. II

l(3ft [1676] MÉMOIRES

pour les contributions, ou au chagrin de demeurer prisonniers dans la ville , on convint àe fixer la neutralité à deux milles d'Angleterre , tout autour de Nimègue. On fit élever pour cet effet des poteaux, et Ton fit défense à tout soldat de les outre-passer, sons quelque prétexte que ce fût.

Il y eut plusieurs difficultés proposées à Touverture du congrès, laquelle il faut rapporter au temps que les deux médiateurs se trouvèrent sur le lieu, au sujet du droit qu'avoient les différens princes d'envoyer des ambassadeurs. On avoit arrêté au traité de Munster que chaque électeur pourroit envoyer tin ministre avec le caractère d ambassadeur; mais que s'ils en envoy oient deux joints en même commission, on accorderoit seulement au premier le titre d'circellence, et les autres cérémonies dues aux ambassadeurs. Nous demeurâmes d'accord de suivre ce règlement au traité de Nimègue ; et l'électeur de Brandebourg y ayant envoyé deux ministres, nous traitâmes seulement le premier di excellence , sans nous mettre en peine des prétentions et des plaintes de l'autre. Les Français suivirent notre exemple ; mais les autres ambassadeurs agirent tout comme ils le trouvèrent à propos, suivant l'intérêt qu'ils avoient de témoigner de la complaisance à cet électeur.

Dès que nous eûmes résolu d'admettre dans le congrès les ambassadeurs des électeurs , les ducs de Lorraine , de Neubourg et de Lunebourg firent paroitre la même prétention. Il y eut grande dispute sur ce sujet; mais lès exemples qu'ils alléguèrent ayant été contestés, ils y renoncèrent, et leurs envoyés arrivèrent quelque temps après à Nimègue.

DU GHÇVAUER TEMPLE. [1676J î63

Nous résolûmes de ne rendre la première visite et de ne donner la main dans nos maitfops à quelque ministre que ce fût au-dessous du caractère d ambas^ sadeur, ni à aucune autre personne qui ne fut comte de TEmpire, ou officier gëtiëral des armées.

Les Français ayant cédé les premiers le rang aux médiateurs, personne ne le disputa jusqu'à l'arrivée des Impériaux. Us ne le cédèrent ni ne le refusèrent ouvertement, mais ils faisoient pàrottré assez claire^ ment qu^ils souhaitôient qu'il y eût cett^ marque de distinction entre les ambassadeurs de TEmpereur et ceux des autres têtes couronnées» Nous prétendimes qu'ils nous dévoient céder le rang aussi bien que les autres ^ mais nous évitâmes d'en venir à aucune décision jusqu'au moment que le traité fût signé, voyant que l'Empereur n'avoit pas intention de le céder, et qu'il étoit clair que s'il le refusoit les autres ambassa^deursrétracteroient, à son exemple^ la cession qu'ils en avoient faite.

Les autres ambassadeurs demeurèrent dans leurs prétentions ordinaires, les Français prétendant que tous leur dévoient céder, et chacun des autres pré'* tendant qu'il ne devoit céder à personne : en quoi les Suédois poussèisnt le point d'honneur avec autant de délicatesse et aussi loin que pas un des autres, même à l'égard des Français leurs alliés.

Les ambassadeurs de Suède arrivèrent vers la miaoût, et nous envojnèrent d'abord notifier leur arrivée^ et ensuite ils firent la même chose à ceux de France» Comme ijs étoient arrivés tard, nous remîmes au len*' demain matin à faire nos complimens, et à demander une heure ; mais les Français firent les leurs le soir

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thêtûe àti cotttté d'Oiettitietn , qui ëtèit lé prt

ambassadeur en (3ôiintilisftlon. Il lëui* dotina txne l

pour le léndëtuàih âU màfciii -^ et à tios secrëtairëft

y allèrent environ dam le métne tistup^^ iiriè pot

près-midi. Nous leur rendîmes dôttC timté ; et to

tiôus indistiotis que k première tisite detôit être

due aux média teuk'd préfërablement à tous hê au

quoiqu'ils ne Teussènt pas faite les premiers ^ lék

ba^sadéurs dé Btfède, après quelque délibérai

tlou^ la rendirent avaUt d^Uèr chez le» AUibâMat

de France , qui les avoient visites les premiers ; et

les ambassadeurs qui vinrent dàâ» la suite <^érvj

le même ordre pendant tout le tèihps que j'y deme

Voilà lés seul^ points du cërëmonial qui furent

Mis péndatit tout le Cours dé cette atôèmblëè, etc

un autre qui nous regardoît ett partaculiér. Nouî

lîlàrâmes que nous ne dînerioné avec aucun artib

deur jusqu'à Ce c(ue la paix fut Mtè , voulant p

éviter l'embarras d'être sans cesse en féMin^ ou

le chagrin dé s'èh excuSeTi Mais chacun de UoUi

noît labié ouverte trbié jours de la semaine^ en r<

vaht deut autres pour nos affairés à camé de la pi

et un autre pour aller à la promenade. Cependant

laieutà ambassadeurs, malgré notre déclaration,

reUt souvent à notiié teble, fet particulièrement i

de France , quoiqu'ils lémôigUassent être Un pei

chés du règlement que nous avions (bit à Cél ég

mais, pour rëcompeAser les. uns %t les autres ^ i

partageâmes lés sohrëes pat tour chez tousle^ am

sadeurs où il y aVôit des damesv Ott s'y diveitissôil

dan^ et au jeu, et on y feisoit quei^Hes soupet»

ger$ , et des collations. J'éu^ toujours part dàn^

DU CHEVALIER TEMPLE. [1676] lÇ5

cês dWerlisaemena , Qt mon çoUèg^ie ii'y a89i^a jamais; oe qnîfit dire que h médiation étqil: Jonjpuris sur pied

pour Élire sa fonction , parce que j^ r^e qoqchois toujours tard »t me levoi^ de mêm^ 9 m U^p qne mpn colique se couchoit k huit b6Ur^^ à^ ^oir, çt étoit debout à quatre du matin ; et, à dire la yérité, jamais gens ai différens en bumem* et en m^^ni^res n'ont^ été jointe eu ni4mie commission, ^t ne 3^ squ^tAieux ac^ cordés que nous.

n se pasisa fort p^ d'affaires au leongrès jusqu'à Vuvivée des ministres de TEmperen^. U e3t bien vrai que ceux de France avoient dem^n44 aiudience di^s que je fus uîivé à Nimègue, et avoient Q0ert de remettre leurs |dein3 pouvoirs entre nos mains , ne dontant point, dijsoiçntrils , que le^ minîstrps de Hollande ne fussent pr^ de faire h méoiQ çko^> Nou3 fîne» fart aux ambassadeurs des ^tat$ de Qâtte ou-* ^ vertupe : ils répondirent que ceux de France ppnvoient agic comme ils le trouveroient k propos , mais qu'ils ne croyoi^nl pas que cette démarche pnt ga^ gner du temps , puisqu'il^ n'avoiept pas prdfe de fa^re ce pas sam» en avoir premièreaient concerté avep leurs allies \ et que quand bien les minist,res de F^ancç f emettroieat Içurs pleins pouvoirs e^tre nos m^^ins^ i|^ ne pouvoieot pas pour eu^ produire alfr^ les leurs ^ ai £akire les r<$flexion/S nécessaires sur ceux des Fran- ^ cais. Les ambassadeurs de Fran^ &e servirent de .cette occasion fKmr presster extrémemientpeni^ de HpDandç i S((^iciter leurs alliés de se rendre i^essamment ai^ iieu du traité , et de leur déçlarier qu($ ^ jJ,s ne s'y rç^doiefit pas «n peu de iemps, iU ^n^trerpient len néf^ciation sans eux . Us ajoutèrent au^i que leur, mai-

tG6 ['^^7^] MÉMOIRES

tre a voit résolu de les rappeler, en cas qtt'on diiTërât plus long-temps le congrès. Les ministres de Hollande s'excusèrent de ce retardement, et Tattribuèrent aux diificultës que la cour de France avoit faites sur les passe-ports, qui nMtoient pas encore expédies à quelques-uns de leurs nouveaux allies; mais cependant ils promirent qu'ils donneroient avis aux Etats des instances èes ministres de France, et qù'ik tâche-»^ roient de les disposer à fixer un temps auquel ils ordonneroient à leurs ambassadeurs d'entrer en négociation, eii cas que les ministres des alliés ne fussent pas arrivés à Nimègue.

Dans cette affaire , et dans quelques autres qâi se passèrent entre les ambassadeurs de France et de Hollande , nous portâmes aux uns et aux autres dans leurs maisons les propositions et réponses qu'ils se fàisoient de bouche seulement : ce qui dura j[wqu'à ce que le congrès fût complet, et qu'on eut niarqué la maison de ville de Nimègue pour le lieu des conférences. On convint, avec beaucoup de difficulté de part et d'autre, qu'il y auroit deux chambres pour les deux partis opposés, et une pour les médiateurs : il n'y eut pas un point qui nous donnât tant de peine à régler que celui-là ; de sorte que cette affaire étant finie, nous en reçûmes quelque soulagement, mai^ aucun avantage. Les Français avoient paru, dès 1er commencement du congrès, opposés à ce que Pou. traitât par écrit, et que Ton marquât un lieu pour les^ conférences*! publiques, parce qu'ils voyoient kiem^ que cela tendoit à entretenir l'unioii des alliés dan» le traité aussi bien que dans la guerre; au lieu que i^ but de la France étoit de rompre cette union par 1^

traite , puisqu'elle n'avoit pu la rompre par les armes, et de tâcher par ce moyen de faire une paix partiçu-r lière avec quelques uns des alliés. Pendant ce tempslà les confédérés se servirent de tous les prétexte^ imaginables pour retarder Tarrivée de leurs ministres au congrès , et ils agiœnt toujours de cette manière tant qu'ils espérèrent d empêcher les Hollandais d'enw trer en traité sans eux ^ ce qu'ils crurent pouvoir faire jusqu'à la fin de la campagne. Ils attendotent que les événemens qu'elle produiroit leur donneroient lieu de prendre des mesures plus justes pour la paix, et ainsi ils tâchoient de différer les négociations; en quoi ils réussirent si bien, qu'aucun ambassadeur n'arriva àNimègue avant le mois de novembre, quoique nous, ceux de France, de Hollande et de Suède y fussions depuis fort Jongrtemps.

Cependant les succès de la campagne, qu'on avoit crus absolument décisifs pour déterminer les parties à la paix, ne furent pas tels qu'on avoit attendu -, mais ils furent aussi avantageux à la France que désavan-r t^geux à 1^ Suède. Les Français, à force d'argent, et par le bon ordre qu'ils faisoient observer, avoient toujours leurs magasins pleins en hi^^r; de sorte qu'ils pôuvoient se meXipe en campagne d^ns le printemps d'aussi bonne heure qu'ils vouloient, sans craindre la rigueur du temp pour leur infanterie , ni être obligés liVttendre l'herbe pour leur cavalerie. Les Espagnols au contraire, faute d'arge^^ et de bon ordre, l^ssoient leurs troupes en Ffendre dans* un si pitoyable état, cju'ellés étoient incapables d'agir pour qtfelque entrepfîse soudaine ; et ils ne pouvoient non plus fournir ^es provisions aux Allemands et aux Hollan^i^k, qui

l(>S D^?^] MÉMOIRES

ppuYoienl venir à leur secours» Leutts plaoes ëloient mal fortifiées^ et encore plus mal défendues \ de sorte que le roi de France , & la tête d'une belle et nooi^ breuse armée, prit Coudé en quatre jours, au mois d ayril 1676 ^ avant que pas un des confédérés fut en campagne ; et il envoya ensuite au mois de mai ie doc d'Orlëans avec une partie de Tannée pour assiéger Bouchain. C'e^t une petite [dace, maîsasse2 bien for-* tifiée, et fort considérable par sa situation pour la dé^ fense des Pays-Bas espagnols^ Le Roi, avec l'élile de ses troupes , se saisit d'un poste si avantageuic , quHl pouvoit empêcher le prince dX)ratige de secourir ia place ) et de donner bataille s$ins un désavantage vi* sible.

Le prince surmonta cependanl toutes les difBicultés de la saison; et, malgré le manqtâe de provisions «t des magasins, U fut environ la mi^mai en vue du Tàr* mëe de France. Les deu& armées demeurèrent quelques jours ftiisant face Tune à T&ulre , et se mirent plusieurs fois en ordre de bataille. Ils ne trouvèrent pourtant jamais à propos les uns ni les autres de la commencer, soit qu'ils ne voulussent pas hasarder sans nécessité ou inns àvai^age une action aussi îm* portante que celle-là devoit être , du que les Frane^iç se contentassent de prendre Botichain, qui ne po«ivoit pas tenir sans être see<mru. Le priace d'Orange voul4At «fpendant donner bataille; mais les Espagnols l'en emi^chèrent , parce qu'ils voy oient bien cfïie s'ils la pcrdoient toute la Flandre Ôtôit a;bsolnnient éperdue. Les armées continuèrent en vue Tune de l'aMre, jtïs(|<i'à ce >que Bouchâiû se fût rendu. Le prinee »fen ^touttia pour feire rafraîchir son armée , fearassé^ par

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les longaes et pénibles marches qu'elle avoit faites ^ et le roi de France s'en retourna à Versailles, laissant son armëe sous le commandement dii maréchal de Schom* berg, avec ordre d'observer les mouTemens des en^ Bemis. Le prince entreprit le siège de Maëstricht de concert avec les Espagnols et les princes allemands du Bas*Rhin. C'ëtoit la plus forte place qu'eussent les Hollandais lorsque les Français Tavoîent prise, et de* puis cetemps4à on n'avoit rien épargné pour y ajouter toutes les fortifications qui avoient paru nécessaires. Il y avoit d'ailleurs une garnison de huit mille hommes choisis^ et Calvo, qui é toit un Catalan fort résolu (O, commandoit dans la place en l'absence du maréchal d'Estrades!^ qui en étoit le gotiverneur, et qui étott pour lors à Nimègue«

Le prince fit ouvrir la tranchée sur la^n de juillet ; et le^ siège fat poussé avec tant de vigueur , et on doni^ des assauts sa terribles pendant trois semaines, que fon feisoît des gageures à Nimègue, dans lesquelles on donnoit beaucoup d'avantage, que Maëstricht seroic pris dans un certain temps. Nous ne reiq^trquâmes jamais que le maréchal d'Estrades voulût ga^r lecontraû^e, ni qu'il crût que la place se défendit aussi bien qu'elle fit. Le prince, ou Je rhingrave qui étoit desftiné pour être gouverneur de la ville comme son père l'avoit été , étoient sans cesse aux atiaqoes, et ils se servirent avantageusement du courage intrépide des troupes anglaises : tous les ouvrages de dehors furent emportés avec un grand car-

(i) i'^ort néso^u^ Au commencement du sk'ge, C«lvo d'il aux liigé* uîciirs : « Messieurs , je n'^entends rîen h la défense iVunç pince : lont ca àc qite jcsaiK , «Test <{no )o ne vciix <pas me ««ndre. »

nage d'un côte et d'autre ; mais les assiégés opposoient sans cesse aux assiégeans de nouveaux retranchemens , et ils faisoient tout ce qu'on peut attendre de l'art ef de l'industrie d'un brave capitaine, et de la bravoure de vaillans soldats. Le prince, qui s'exposoit en toutes occasions comme un simjJe soldat, reçut, environ la mi-août, un coup de mousquet dans le bras; et l'armée s'en étant aperçue, perdit courage dans le même moment. Le prince l'ayant remarqué, porta la main à son chapeau, et en fit plusieurs tours du même bras qui avoit été blessé , afin de montrer que le coup n'étoit que dans la chair seulement, et que l'os n'avoit point été rompu. Cela ranima les troupes, et le siège continua avec la mé^e vigueur, sans que la blessure du prince l'empêchât dé se trouver aux attaques. Mais une cruelle maladie ayant attaqué l'armée , elle fut beaucoup plus affbiblie par cet endroit-là que par tous les assauts qu'elle avoit donnés à la place. Les Allemands ne vinrent pas avec le secours qu'ils avoient promis, et dans l'espéranCe duquel on avoit entrepris le siège \ et le rhingrave , qui après le prince étoit le ressort qui faisoit agir toute l'armée , ayant été blessé , et contraint de se faire porter dans un château voisin où il mourut dé ses blessures, l'ardeur des troupes commença à se ralentir, et le siège ne fut plus poussé avec la même vigueur. Cependant le maréchal de Schomberg ne doutant pas que Maëstricht ne fît une vigoureuse résistance, avoit assiégé et emporté Aire , et venoit au secours de Maëstricht à travers les Pays-Bas espagnols avec une pui^ santé armée. Le prince ayant fait assembler le conseil de guerre à l'approche des Français, il y fut résolu de

lever le siëge *, ce qui finit la campagne dans les Pays- Bas. Le prince d'Orange commença dès-lora à perdre les espérances qu'il avoit conçues de cette gueipre , après avoir expérimenté sonvent la foiblesse des trou-^ pes lespagnoles , et Tirrésolution perpétuelle dés Allemscnds.

Pendant ce temps-là Tarinëe impériale prit Philis* bourg sur la fin de septembre 1676. Cette place fut obligée de se rendre faute de provisions, contre Fo^ pii^ioa de presque tout le monde , qui avoit cru que les Impériaux ne prendroient jamais ceUe ville, et que Maëstricht au contraire seroit obligé de se rendre au prince d'Orange.

Le$ affaires du Danemarck et du Brandebourg . ëtoient en fort bon train : ils avoient remporté Ta-yantage sut les Suédois en toutes les rencontres qu'il y avoit eu pendant la campagne^ de sorte que la Suède perdoit extrémenient vite ce qu'elle avoit possédé depuis si long-temps en Allemagne. Les troupes impériales au contraire, quoique renforcées de celles de plusieurs princes d'Allemagne , ne firent aucun progrès dans les conquêtes qu'elles avoient projetées vers le Haut-Rhin, et elles furent contraintes, à l'approche des troupes de France, de repasser ce fleuve pour prendre leurs quartiers d'hiver dans l'Allemagn^ ce qui prouva bien clairement le peu de succès quHls avoient eu cette campagne.

Après cela toutes les puissances engagées dans la gue.cre commencèrent à penser plus sérieusement au traité qu'elles n^avoient fait jusqu'alors. Le prince d'Orange me pria, par une lettre qu'il m'écrivoit, de me rendre à Soësdyk, proche d'Amersfort, à nm

T7? [l^7^] MÉMOIRES

joura^e de Nimègu^, où il souhiitoit 4^ m'enilftf^ tenir. l\ fit de grandes plaintes, et sans do^ite avee lieaucoup de raison, de la conduite des alliés, de ia foibleisse on plutôt de Tintitilité des trou|>es espar ji^oles en Flandre, manque de paie et de bon ordre, et de ce que les Impériaux agissoient sans dessein sur le Rhin, et selpn les ordres qnî leur yenoieitt de Vienne, où la jalousie des ministres faisoit faire mille fausses démarches aux généraux; ce qui avoit été' cause que la carn pagne s'étoit passée avec peu de succès , may^ré les gnandes promesses qu'ils aToient imites d'entrer en Franee ou en Lomiine. Il se plair gnit encore des ducs de Lunebo^rg, qui avoi^nt manqué d'envoyer leurs troupes à Maôstrîcht, «tqui ayoient eiopéché par là la prise de cette place, piree que la maladie a^oit fait emporter un grand munbrd de ses soldats. Il ajoutan qn'il commeneoità désespéser du succès de la guerre, et qu'il seroit fort aise d'ap^ prendre quelque bonne nouyelle du trsûlië de ¥1^ mègue , dont il s'informa particulièrement. le lui dis le peu de progrès qu'on y avoit fait, à cause die la lentear que les alliés iémo^noieitt à en¥43yer leurs ministres pour former le congrès; le peu de sueeès qu'on en devait attendre à cause des prétentions dét raisofmables des deux partis , particulièrement de li| France ,. qui pr'étendoit garder tout ce qu^elle ^4M^ conquis, et dé l'Espag^oe, qui vouloit 'recouyœr tof|t ce qu'elle avoil: perdu ; que le Roi lûon «aitre qe se vouloit mêler de la paix qu'en quatilé de médiateur, et que nos ordi^es ^toient seulement de porter la fA^ rôle des uns aux amtpes, si <l'<ëvitef G^oigneweinent — que les pa^rties «ne nemissent leurs différends à ia dé^ —

DU CHEVALIBft TEMPLE. [1676] 1^3

cision de Sa Majesté : de sorte que je croyok que la guerre seule ëtôit capable de faire la paix, ce <)ui arriTereit enfin , soit parde qu'on se lassèroit de h guerre^ dû que quelqu'un deâ partis ne âereit plus en état de la soutenir^

Le priticè demeura d'a<^ord de ce que je disois^ et liie dit que les ëyënemens de la guerre dëpelidrcH^t abMlument de la conduite qu'on ti^droit à Mi^rid et à Vienne avant le commencement de la campa^e «uivànte^ et que si elle étdit aussi infrud tueuse q^e celle qu'on venoit de faire ^ il ne croyoit pas que les Etats voulussent continuer la guéfre plus long-témp»* Je lui rappoi'tai le discours que M; Colbért m'aVoit tenii à mon arrivée à Nim^gué touchant Son Altesse^ Le prince tne répondit froidement qu'il avoit d^à appris la même chose pur une autre voie dont le ma^* réchal d'Eâtràdes s'étoit servi auprès du pensioilnaile Fàgel) mais qtie cethc qui lui faisoient de telles pro^ po6iti<^ns le coimoissoient fort peu; qu'on trouiMit seulement le moyen de sauver son honneur eh ren<» dant l'Espagûe satisfaite ^ et qu'on verroit pour Idrs qiie )ses intéiréts paf^tieuliers ne retarderoient pas la |)atx d'un moment.

Après avoir pria congé du prince, je retournai k Nimègue. J^ trouvai que les ambassadeurs de France s'efiipressoient Ibrt d'entrer en négociation^ G'ëtoît sans doute sérîéuieniènt^ paf ce qu'ayant remporté de ^rmids avantagés k càmpâigne dernière > ils étaient iBkk état d'insister s^r leurs prétentions, ^t de de^ tn»nder qu'on leur accordât i^uns conquêtes ^ ils fai^ aoient en cela à peu près commie les jouèui^s ^ qui après àv<iir gagné cherchent à ee retirer, si on ne les

oblige à continuer. Les ministres de Suède se preS'soient encore plus que les autres d'entrer en traite, ayant perdu entièrement Tespërance de réjparer par la guerre les pertes qu'ils avoient faites en Allemagne. Les Hollandais souhaitoient la paix avec impatience , voyant que la France ne faisoit aucune difficulté sur ce qui les regardoit en particulier, et qu'elle faisoit offrir par ses émissaires^ particulièrement à Amsterdam , tel règlement de commerce qu'ils pourroient souhaiter, la restitution de Maëstricht; et toute la satisfaction que le prince d'Orange pouvoît prétendre pour les pertes qu'il avoit faites daàs la guerre. Le ï)anemarck au contraire et le Brandebourg étoient diamétralement opposés k la paix , ayant déjà englouti en espérance tout ce que la Suède possédoit en Allemagne ; et quoiqu'il semblât que l'Empereur n'eût rien à prétendre , après la prise de Philisbourg , que la restitution de la Lorraine, et que les villes d'Al^ sace fussent remises au même état qu'elles avoient été laissées par la pai^ de Munster, cependant le Da*nemarck et le Brandebourg étoient si fort enchaînés avec l'Empire et l'Espagne, qu'ils résolurent de ne faire aucun pas dans le traité que d'un commun consentement, et de concert. Les Espagnols savoient bien le triste état de leurs affaires en Flandre et en Sicile : cependant, sur un dessein qui se tramoit à la cour de Madrid pour éloigner la Reine régente du ministère afin d'y mettre don Juan, ils avoient conçu l'espérance de revenir des grandes maladies que la division de leur conseil et le mauvais ménagement — de leurs finances leur avoient causées. D'ailleurs leurs^ ministres en Angleterre les assuroient que le Roi m

DO eUEYALIER TEMPLE. [167G] I^S

souffiriroit jamais la perle entière de la Flandre, ou que son parlement Fengageroit dans la guerre. Toutes ces différentes raisons portoient les alliés à témoigner peu d'empressement pour le congrès*, il y en ayoit même quelques-uns d'eux qui ny pensoieiU presque point : de sorte qu'il n'y avoit que les ambassadeurs de France , de Suède et de Hollande qui se fussent rendus sur les lieux. Mais sur la fin de septembre ceux de France nous déclarèrent que leur maître ayant considéré les avances qu'il avoit faites pour la paix , et la lenteur des confédérés , ou plutôt le peu d'envie qu'ils avoient d'entrer en négociation, il avoit résolu de rappeler ses ambassadeurs , à moins que ceux des principaux alliés ne se trouvassent à Nimègue dans l'espace d'un mois.

Nous communiquâmes cette déclaration aux ambassadeurs de Hollande , et eux la communiquèrent à leurs maîtres, lesquels^ après quelques conférences avec les ministres de leurs alliés, résolurent qu'ils entreroient en traité particulier avec la France , si les ministres de leurs alliés ne se trouvoient à Nimègue le premier de nojvembre. On ne déclara pas d'abord si c^ëtoit vieux style ou nouveau style ] mais dans la suite, après quelque dispute, il fut déclaré qu'on avoit entendu se servir du vieux, à cause que le nouveau n'étoit pas reçu dans le lieu du congrès*

Cette résolution des Etats fit grand bruit parmi leurs allies, quoiqu'il n'y eût pas grand danger pour ce quMls craignoient, y ayant autant de moyens de prolonger le traité après que leurs ambassadeurs seroient artiviés, qu'il y en avoit auparavant. Cependant cette résolution eut tant d'effet,, que les princes confédérés

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firent partir leurs ministres pour fîimègue* L'Eûipe^ reur dépécha le comte de Kinskî, et TEspagne don Pedro Ronquillo ^ qui résidoit pour lors à la cour d'Angleterre en qualité d'envoy^i; mais comme ils U'ëtoient pas les chefs de leurs ambassades, ni char^ gës des instructions les pïus particulières, ils n'asoient pouvoir que de régler les préliminaires. Le Toi de Danemarck envoya M. Heug, qui né noos apporta pas plus de nouvelles des préparatifs du comte Antoine, qui devoit être le principal ambassadeur de K^tte couronne, que le comte de Kinski et don Pedro Ronqnillo nous en avoient appris de ceux de Tëvéque de Gurck et du marquis de Balbacès, les principaux nilibassadenrs des cours de Vienne et de Madrid.

Cependant les Hollandais commencèrent à presser leurs alliés, à se plaindre de la lenteur qu'ils témoignoientpour entrer en traité, et à chicaner sur les «grands secours d'argent qu'ils étoient obligés de don^ ^er à ^nt de princes leurs alliés pour continuer une guerre à laquelle leur intérêt et leur ambition les |>OttS8oiént, quoique peut-être ils s'y fussent d'abord «ngagés pour la défense de la Hollande , de laquelle dépendoit leur propre conservation. Sur quoi les mi* liisti^es des Etats prirent la liberté de dire publique*^ metit et en diverses compagnies, à Nimègue et à La Haye , que leurs maîtres ne donneroient aucun argent aux alliés la campagne suivante , à moins qu'ils n'agissent rondement et sinx^èrement dans le traité, afin de pouvoir mettre les Français dans le tort, pour me servir de leurs expressions. '

Les àmbassadeiirs de^^uède nous avoient oiTert, aussi bien que ceux de.Fnnce, de remettre leur^

pleins pouvoirs entre nos mains ^ mais les HolUndais s'excusèrent toujours ^ur leurs allies , jusqu'à ce que ]e premier de novembre fût passe. Ce fut alors que les ministres de France les pressèrent si vivement en conséquence de la résolution des Ëtats, que les am»* bassadeurs de Hollande consentirent à remettre les leurs ^ de sorte qu'après plusieurs difficultés on convint, d'un commun accord, que le vingt-et-unième jour de novembre les pleins pouvoirs seroient portés chez nous médiateurs par les ambassadeurs, à telle heufe que nous marquerions; qu'ils seroient remis entre nos mains; que nous en communiquerions les originaux réciproquement à chaque ambassadeur dans leur maison , et que nous leur en laisserions copie si^ gnée par nous»

La chose fut faite comme on Tavôit projetée-, et le jour suivant les ambassadeurs de Hollande nous ap-* portèrent plusieurs exceptions qu'ils avoient été obli^ gés de faire à l'égard de diverses expressions contenues dans les préfaces des pleins pouvoirs des ambassadeurs de France et dé Suède ^ qui étoient ^ disoient^ ils^ plus propres pour des manifestes que pour des pleins pouvoirs d'entrdr en négociation , particulière-* ment celles qui parloient de la justification des causes de la guerre , et de la défense du traité de Westphalie* Mais la plus grande difficulté qu'il y avoit regar-^ doit une cUilse du plein pouvoir des Français, où il ëtoit parlé de la médiation du Pape. Les Hollandais dirent que leurs maîtres ne pouvoient pas y consentir, comme autrefois ils avoient refusé de le faire au traité dé Munster. Quoique peut-être lés ministres de Hollande eussent dessein en quelque manière de ga<- T. 64. i^

gner dti tempo pôUr leurs allies p^t leurs exceptions, elles ëtoiént cependant (conçues avec tàtit de bon sens et exprimées si judicieusement, qu'il pàfoissoit que M. feeVemiiig joigiloit un génie subtil et pénétrant à la grande expérience qu'il àvoit datis les afiaifes ; et j^ajouterai qUé dans tbut le courâ de mes emplois je n'ai point trouvé d^ambassadeur si habile que lui.

Les ambassadeurs de France et dé Suède répondirent aux exceptiotts des ministres de Hollande par d'autres exceptions (Ju'ik firetit ii leui^ pleîti pouvoir ^ mars ils oflTrirent éû même temps d'entrer eu ttatté pendant qu'on régleroit èette àffkire. Les ambassadeurs de Hollande acceptèrent cette proposition, à (Condition que ceux de Fraude s'éhgagôroiént à produire de nouveaux pleins pouvoirs où il n'y eût aucune des exceptions qu'ils avoient faites, bfTratit de taire la même fcliose à l'égîard des leurs. Après bien des difficultés sur cet article, ils convinreht éUfin quHls prieroietit lè^ médiateurs de dtèsser un formulaire des pleins pouvoirs dont toutes les parties se pussent servir. Nou^ lé fîmes, et il fut approuvé de tous. Les Français firent pourtant quelque diffiéulté au sujet de la médiation du Pape , de laquelle on ne pàrloit pas • ils fireiit aussi quelques tentatives pour voir si nous voudrions consentir qu'on ne parlât poiut du tout de celle du tloi , puisqu'on ne pàrloit pas de celle du Pape. iNous déclarâmes que nous ne pouvions pas le faire , parce que le congrès étoit un effet de la médiation de Sa Majesté , sans l'intervention de celle dû t^ape -, que la médiation du feoi avôit été acceptée par toutes les parties , et que celle du Pape ne l'avoit pas été-, et qu''au contraire plusieurs s'étbîént opposés à

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te qii!iL en fiM paitlé dans les pleins pouvoirs. Entoile , sur de noFuteamx ordres ^e nmis reçûmes de la cour" touchant cette dispute, neus déclarâmes que bien cfue» Sai Majesté ne prétefliâât pas exclure amtcune autre médiatîon daiik les parties se voudroient servir, le Roi ne pooYoit ni agir conjointement avec Be Pape, ni souffrir qoe ses ministres eussent anevin commecee' avec eeur qne ce pape pourront avoir à Nknègué.

M. Heug, un des aanbatssadears de Danemarck, mes^ ù^vsÊs Somnitz et Biaspyl, ambassadeurs de grande* bourg, isiiôrd Berkiey, tm des médiateurs, et don Pedro RoKiqmtto, un des ambassadeurs d'Espagne, arrifrèrent à Nimègne au ntoîs de novembre. Le der* luer de ces mânistres demeura incognito ']usqvtk l'sir* rivée du conite de Kinski, lequel, sous pfétextQ de la goutte, demeura à Cologne jusqu'au commencement àe Tannée suivante.

L'ambassadeur d'Espagne étant venu rendre visite à ma femme, et m'ayant rencontré chez elle, se sernt de cette occasion pour entrer en matière avec moi. Il convint avec les Français sur le point qui regardoit b médiation du Pape, et qu'il Mtoit ou que Sa Majesté consentit ^u'on en fît mention dans leurs pleins pimvoirs, ou bien qu'elle voulût souffrir, pour l'amour de la paix, qu'on ne parlât point aussi de la sienne. Les Danois et les Hollandais , d'un autre côté , refusèrent absolument de recevoir aucun plein pouvoir où il fôt parlé de la mé^atièn du Pape. Les ministres de Hollande proposèrent pour expédient que les ministres de cbaqne parti eussent plusieurs pleii^ pouvoirs, afin de traiter avec les différens princes qui étoieut en guerre; mais la France refusa d^accorder

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d*autres pleins pouvoirs que pour les Hollandais et leurs allies^ de sorte que Tannée 1676 finit avant qK ces difficultés fussent levées.

Je ne rapporterai point ici plusieurs incidens qui arrivèrent pendant le eours du traité sur le point d'honneur dans les visites et dans les cérémonies : je regarde ces choses comme des impertinences que ce siècle a attachées au caractère d'ambassadeur, et qui doivent leur naissance à des gens qui , n'ayant aucun talent qui les rendit recommandàbles, ont voulu se faire valoir par une exactitude et uiie délicatesse ridicule sur les cérémonies. D'ailleurs ou en a déjà parlé dans des discours qui ont paru sur ce traité ^ et on en pourra savoir quelque jour la Vérité tout au lohg par les papiers originaux de notre ambassade, qiii sont entre les mains de deux Ou trois personnes; Je me propose seulement de faire voir la suite de ces grandes affaires par les circonstances les plus inïportaiites , et la véritable source de plusieurs grands é vénemens , au lieu de me rompre la tête à rapporter mille chicanes qui amusèrent si long-temps le congrès de Nimègue^

Je ne ferai que deux remarques sur le cérémonial : k première regarde la conduite de TEmpereur à l'égard des ambassadeurs de Brandebourg. Sa Majesté Impériale permit à sels ministi'es de traiter les deux ambassadeurs de Brandebourg comme ceux des têtes couronnées , quoique nous traitassions seulement de cette manière le premier en commission , suivant l'exemple du traité de Munster*, en quoi les Français et les Suédois nous imitèrent pendant tout le cours de celui de Nimègue. Cette démarche de l'Empereur n'étoit pas tant un effet de la complaisance qu'il vou-

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loit marquer à un allie si considérable, comme bien des gens le croyoient, que du dessein qu'il avoit d'appuyer par là la différence du rang d'avec les autres têtes couronnées, que les empereurs ont toujours prétendue ^ au lieu que les rois de la chrétienté leur cèdent bien la première place et le pas, mais non pas cette différence de rang qu'ils prétendent. Il est clair que si l'Empereur poovoit par son exemple obliger les rois à traiter les électeurs comme les autres têtes couronnées, cela fortifieroit extrêmement ses prétentions pour la différence du rang, y en ayant saiis contredit une très-grande entre l'Empereur et les électeurs.

Ma seconde remarque regarde les chicanes sur le point d'honneur , que les ambassadeurs^^e Suède et de Danemarck poussèrent plus loin à Nimègue que tous les autres ministres. Les Suédois étoient si délicats sur cet article, qu'ils ne le vouloient céder à personne^ non m» même aux ambassadeurs de France, quoique cette couronne fût leur alliée , et que d'elle seule ils pussent attendre la restitution des Etats qu'ils venoient de perdreen Allemagne. L'ambassadeur de Danemarck ne cédoit pas aux Suédois en délicatesse ; car lorsque les ministres de France eurent remis leur plein pouvoir en français , celui de Danemarck dit qu'il donneroit le sien en danois, à moins que les Français ne donnassept le leur en latin , qui devoit être la langue commune, alléguant qu'il ne reconnoissoit point de différence entre les têtes couronnées *, que les. rois de Danemarck avoient été aussi puissans que le roi de France l'étoit alors, et qu'ils étoient aussi absolus encore dans leurs Etats que les rois de France dans les leurs. M. Beverning voyant toutes ces chicanes, ne

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