‹ Mémoires de ce qui s'est passeé dans la chrétientéChapitre 12 sur 22 · MÉ1K»K£S · texte numérisé non relu

MÉ1K»K£S

pat s'empéciier d^ §me ijueiqùe rëfkction^ «â de nous dire iqu^îi ne i$e souveÀOttt pas qme les deux rois 4Ja Nord euasefit jamais«dispiitë la pFéséanee aux trois a«H très ^ands rois de h dl4?é tientë ^ que la mainère d^nt les .Etats-géaënaiix agiasotent at^ac enx ëtok fort différente, iet t{ue .les ministres »de Suè^e ^eit ide Danenarck n'ovoient jamaâs Jait de «diffioiikë de signer les actes.i^fes oenix deFffftBoe,id'ABgleterpe>et(d'iEspagne. PerscMuie ju^ignare , je pense , que GustaFe-rAdolpfae aété ie premier des vois dn Nord qui a prëiendu qae toutes les têtes ûourqnnëes létoient égales : al dit un jour à M. de ^Gramont, ambassadeiar de Franoe à la eour de Suède, cpie quant à Ini il ne reocmnoissoit d'antre difSéfe^e •entre les rois que celle fde leur mérilie. dette prétention ne iùt pas beinneoup eonteâlëe à ceipûnce, à cause^des grandes ^qualités qu'il .a^oit, et du grand !succès de ses armesi; mais dqpnis ce temips^à «es successeurs a^^ant préfeenda la . J^éme dbeise , «t les roisside Daneonarok les ayant limites, il en iest arrive imîUe di^Uites , et Taffaire ^est defmeiif ée Indécise. A la qr^éiiitë ies Français ont prétendu, avec plus ide }3uruitq][ie les autres, la première place après rEmpeDeQn*, mais personne n^a eneore consesità à la leur <^ëder,iexoepftéil0S'Espagnol6, ipii acunècentmieiax il y a quelque tenips (donner Je (pas à Ja Fd?anoe, iqpie dlentner dans mne guevre ipilils in'ëtoienl; ipas ^bl 'état de iSKMklehir. Ils 'ont eu tant âe boute de cette ibi*blesae , qu'ils nWt pas voulu l^ouer^ etc«est«cetqui les a obligés d'appuy^r autant «qu'ils l'ont pu la tfgné- -lention d'égalité «entre les télés courosunées. fls <en ^nnènentrune f^te preuye au çongrèsiideiKiiiiègiie, sur le différend qui arriva entre leur ambassadeur et

DU CHEVALIER TE^JPLE. [1676] l8!^

celui de Danemarck pour la première place daas le$. asse^iblëes des çonf^dërë^ : ,4op P:Ç,4w Roftq^ilJ^o çp^r sentit qij'ils Toussent chapup pjt? tour , et que le sort décidât qui comnenoerpit le prepiier de ^occuper. Les a«ibass;pideurs de F^auiC.e prëtendivônt qvie Jle^ ai];ibassadeurs qiii arriyerofept dap^ )a suitç serpieQt obliges 4^ lî^ur rendre yisite imm^diaten^e^t ^prè^ qu'ils Tauroient reiidue aui^ jpiëdiaiçurs ; m^is les ^ipistr^s de Suè4^ <e^ ^e PaA«wrçk^e refusèrent, ai^ssi })ien que .ceux de l'Ei^pereur, lesquels après avoir J•e^d^ visite auit p^diateurs la rendireyv^ ensuite aux amli^s^di^rs qui^tpi^nl; allës chez e\ix }(a3 preipiers, sans sie ^l.ettre en peine de la prëtention de ceux de France. Jj'Einpereur prit avantage de ce que les Français ausçi î)ien qi;ie les autres avoient cë(}ë le rang au^ jO^ëdiateiirs, iÇ}; il fit difEcultë de le faire, quoiqu'il ^e le refusa p^s ouye^teiuent ; en quoi il sie distingua des autres têtes çpuronnëes. P^^ou^ ëyitjçij^ aus^ soigneu^einent qu'il npus ëtoit possible d'en yenir à a\icune décision ^ mais un jour que les allies se dévoient assembler chez l'ambassadeur de Çs^emarck, il s'en fallut pei^ qi^e l'affaire ne fut dëcidëe. Le comte de Kinski s'ëtpi|: r^iidu d^^ns la salle des conférences avant que le chevalier Jenkiiis etjaoi y fussions arrivés. Nous entrâmes, et après Ip salut ordinaire j'allai prendre la première place, et je me mis devant ma chaij^e, attendant que les autres ministres fusser^t prêts à s'asseoir 5 mais mon collègue ne fijt pas si diligent que moi, ^oit^'il fût engagé dans de trop longs compliQie^s , spit "qu'il ypulut éviter des contestations : ce q|ii donna temps ai^ comte ^e Kii^ski, qui Qlpit uatarellement fort brusque , de prendre la se-

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conde place , et de se trouver par consëqueat entre le chevalier Jenkins et moi. Je vis par 1^ que bien que les ministres de FEmpereur me cédassent la place d'honneur, cç n'ëtoit pourtant pa$aen qualité d'ambassadeur du Roi *, de sorte que j'aimai mieux demeu* rer debout pendant toute la conférence , faisant semblant de ne songer pas à m'asseoir, afin d'empêcher par là que cette affaire ne fut décidée.

Le prince ^'Orange m'écrivit ^ne lettre vers la fia de décembre, par laquelle il me prioit instamment d'aller passer quelques jours à La Haye , sachant que le Roi m'avoit permis de le faire quand jei^le trouve-' rois à propos. Comme ma présence n'étoit pas nécessaire à NimèguCi je partis pour La Haye, et j'y arrivai lé dernier jour de l'année^ et le lendem$|in, premier jour de l'an 167^, j'allai rendre mes devoirs à Son Altesse, Les progrès du traité, la froideur des parties, le;s détais volontaires des Impériaux et des Espagnols, et l'aversion que le Danemarck et le Brandebourg avoient pour la paix, furent les sujets de notre conversation, et nous conclûmes qu'ij y avoit peu de succès à attendre de ce congrès. Le prince me demanda ensuite si depuis qu'il ne m'avoit vu le Roi m'avoit commimiqué quelque chose de particulier à l'égard de la paiic : je lui dis qu'il m'avoit écrit quelquefois, et qu'il me .marquoit dans sa dernière lettre qu il jugeoit bien, par les discours que le prince m'avoit tenus, qu'il n'avoit aucun penchant à la paix, et qu'il en étoit fâché, parce qu'il croyoit que le prince agissoit contre ses intérêts aussi bien que contre les siens ; qu'il avoit tâché de pénétrer l'intentioQ de la France^ mais que si elle ne vouloit pas se tlë^

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clarer davantage, et que Son Altesse en fit de ménié. Sa Majesté agiroit seulement en qualité de médiateur dans les formes ordinaires* Le prince me répondit que le Roi paroissoit bien indifférent sur cet article; que Sa Majesté dévoit considérer qu'elle seule pouvoit faire 'la paix, et qu'elle n'ignoroit pas à quoi^ aboutiroient les formalités du congrès de Nimègùe; qu'en son particulier il soubaitoit la paix pour beaucoup de raisons, soit parce que le Roi la soubaitoit aussi, et que Sa Majesté croyoit qu'elle leur étoit avantageuse à l'un et à l'autre, soit parce que les Etats estimoient qu'elle seroit non-seulement à leiir avantage , mais qu'ils en avôient absolument besoin ; qu'il né diroit pas cela à toute autre personne qu'au Roi et à moi , parce que si les Français lé savoient ils seroient plus difliciles sur les conditions de la paix ; que l'Espagne et l'Empereur y avoient moins d'inclination que sur la fin de la dernière campaigne*, que les nouveaux ministres de ces deux Etats y paroi»soient encore moins disposés que les précédens, de sorte que' de tous les alliés il n'y avoit que les Etats qui soubaitassent sérieusement la fin de la guerre; q«e poar lui il seroit toujours de leur, sentiment, et qu4I la désiroit avec beaucoup de passion, mais qu'il ne savoit pas comment on pourroit faire la paix avant le commencement de la campagne ; que si on entroit lUie fois en action , ils seroient tout de nouveau comme sur une mer, et contraints d'aller où le vent les voudroit pousser; que si Sa Majesté avoit dessein de faire la paix, et qu'elle voulût lui communiquer f rancbement les conditions sur lesquelles le Roi croiroit qu'elle se put faire, il tâcberoit, avec la plus

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^andfs ^inçériU du mpncibe, de le^ftir^ rémsir, pourvii qia*(Q}los xie fttÂ$^i)t p»6 fu^xrûfm k^m himnem et ^nj, m%4r&\$ de iSQ» pays,

XI we pm 4'écrÂre dïf^eqtem^nt w R^i ee <{ui V^ toit p^^ dan# pe di^pQmr^9 $Acbaat cfua jSaMaj^^stë m'^Foit oan^^eujftsiept permis de lui écrire de cette imnièm^ mai» m^me cammwdé da le &ire toutes les

fois qtji^ jç Je çr<)ipois jiéc^^m»^ Je ¥Â^ d^x jpurs aprè^ le piapisip#n$âce FagiBi, a^ suivit 4^ q^lques ;aâair^^ puWiquçis qm ^^gardoieïlt ppn ^pba^s^d^ à I^a Haye, d^^qii^jyies j'a^f^s jcouft^ h »oia ^ mw s^- (cr^aire. ]LfOrisiqiie jie lui eus dit oe xp^e j'ay^is k dire «ur 4îe aiMj^e il w^ ^fimwiA^^ $i jVvois ^apporté ayec

moi la pai)c 4e Nimègue : je lui r4pondi^ qu^ pui^ qu'il .étoit si pieu i^fornxé de ç^ qiû se pa^^^it 9^ çqagr,è* , je Ji^ diroi^ qw les Hollandais ^giçspiç^t ^n ^Wles ^ens 5 q^e., pour pWiger l«ep alliée ^ ^ie r? n^e à Niîuèg^, Us aivoieiit déclaré qu'ils e^tri^^oieut (^ nég^atiQu après le premier jour 4e iipyiea^re, quaod hien les ministres 4es çoufédérés n'y ^e^oi^nt ^as; qu'après ce terme expiré Us a^oi?fît.iliFoifiT^ à

re4ir»e aux pleins ppui^pir^s qu'w avoiit produits ; qu'ils len ayoi^ut demandé de uouy^aw.^:^ qu'ils ayoiwt Jfoit «courir les médiateurs p^udant 4^uk mois pour Qeitte laffaire, .et ftnfiiU qu'ils ayoiçiut si bie^ fait qup les muistres de TEmpereur et d'Espague ^tî^ie^t à la yu^ ,de Pfimègue-, qp qui, > mon sentimeut, étoU le J^ 4e jtoutes leurs 4ifl[içultés. 1^ P^eusiounaire me. répoiudijt, d'uu ag: triste et sérieux, que je pe cpunoissois pas les Hollandais , <ou l'é^tat de l<^urs i^Sa^es 4^- 4mis (jqip 'i\\m ipitfé La ïteye, w W^u q»^ j^ fei-

.aois seimblaut 4(^ ue tes pas Qou^oîitre ; qu'ils sauhûr-

DU ghëvauea TJSMPI4E. [1677] ^^7

toieot iiQu-seuleiiieat la paix, mab mêva^ qu'elle leur ëtoît absolument AécejS3adre^ qu'ils eeroient déjà ein- \sés en négwutioiif si h$ Fvm^m avoient edûbé de^ pleins fommTs eu boune fbruie , ou :s'Us avoieut ypulu Rengager 4'^u produire 4e uouveauji^ -^ qu'ils u'insîsteroient pas sur la paix suivant les préleations de leujs atUiés, et^u'il ue r^pondoit pas que les Eta^ 9» fissent un tmt4 partioidifîr^ Je iui dis que ceiUe a&ire étgi^ de si grande icons(éque»iee « que j'Mqis assuré qm'Us y penserni^nt encore un an ayant que de la faire. Il apprpcba poiur lors sa ^diaise de moi, et convuença à ine parler ayec plus 4e >cbaleur et de passion que ,sa santé x^e 1m deyoit permettre : il 4iae (Ut premièrement «qu'ils y ^y;oient dëjà pensé assez loi^Ttemp^^ et qu'apr^ès av,oir sérieusement examiné toutes >d»o^es ils ^'létoient ^petçus que le mal était «ans i:emède^ qu'ik étoient obligés k l'Espagne 4e pe ^'^e.si'étoit engagée dans cette guerre pour sauver la JBLoUUude, qitoique la Flandre y fût beaucoup intéressée; nwis .qu'ils n'avoient pas été ingrats à ce bienfait 9 jpuisqu'ifc avoient continué la guerre pendaj:xt trois ans., >s«eulement pour l'intérêt des Espagnole ^r qui'outre cela ils 2s!étoie,nt de plus engagés de la jDOUtinuer encore ufte ^utre .ann.ee , et qu'ils le feroient^aussi^ei leurs alliés .ayoieut fait de leur côté ce qu'ils aypient promis de faire. Que les Espagnols témoignoient pa,r leur conduite qu'ils étoient résolus à périr ^ qulils aT^iemt renvoyé la flotte hollandaise qui 4toit en Sicile .sans lui payer les sommes dont Ss éhcôjent conyewis, et qrfils iivoient souffert travail - Jhament ^p<ç les Xtats la payassent à sion retour^ ^que les Eta^ ne .pouvoient pas retirer un sou d'une grajode

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somme d'argent qu'ils avoient dëboursëe pour les provisions , et pour les autres dépenses de la campagne dernière, quoique cet argent eut ëtë destine pour fournir les magasins en Flandre la campagne suivante, sans quoi leurs troupes ne pourroient pas se mettre en marche dans un pays où ils savoient bien que les E$pagnoIs ne leur avoient rien prépare ; qu'ils avoient représenté plusieurs fois à l'Espagne la nécessité qu'il y avoit d'entretenir et de bien payer un certain nombre de troupes réglées pour défendre leurs villes, pendant que le prince se mettroit en campagne avec l'ar-^ mée de l'Etat pour empêcher les sièges, mais que l'Espagne n'âvoit pas fait un mot de réponse sur ce sujet; qu'ils avoient ensuite prié les Espagnols de recevoir dans leurs places un nombre suffisant de troupes des princes allemands leurs alliés, afin d'être en état de les défendre, mais qu'au lieu de cela ils les avoient envoyées hors de leurs pays •, que les Etats avoient toujours dit à l'Empereur qu'à moins que son armée n'entrât en France, ou qu'elle ne forçât les Français à détacher un grand nombre de leurs troupes de Flandre pour donner une bataille , les Pays- Bas espagnols seroient infailliblement perdus la campagne dernière, ou au plus tard dans la campagne suivante, à moins que les troupes impériales ne prissent leurs quartiers d'hiver en Alsace , ou du même côté du Rhin-, mais qu'à Vienne l'on ne s'intéressoit pas plus dans la conservation des Pays-Bas que la Hollande s'intéressoit dans celle de la Hongrie, et que d'ailleurs les officiers impériaux trouvant mieur leur compte à prendre leurs quartiers d'hiver en ^ lemagne qu'à les prendre dans un pays ruiné comme

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TAIsace, ces raisons, selon tonte apparence, avoient oblige Tarmëe impériale de repasser le Rhin, et de renoncer par ]k à tous les avantages de la campagne dernière, et aux espérances de la suivante; que, manque de magasins, deux ou trois fortes places frontières de Flandre seroient prises le printemps prochain^ avant que 1^ Impériaux fussent en campagne *, que si Cambray, Valencieûnes et Mous étoient pris, tout le reste du pays se révolteroit, à cause des misères qu on y avoit déjà souffertes, et qu^on y souf-. friroit encore par une plus longue guerre; que le prince ne seroit pas en état de marcher au recours de ces places, faute de provisions, à travers un pays désolé; que bien qu'il y pût aller, il ne pouyoit pas raisonnablement hasarder une bataille ou tenter le secours d'une place pendant que les troupes espagnoles seroient si foibles, et Farmée de France au contraire si forte, n'ayant aucun ennemi sur le Rhin qui Tobligeât à faire marcher des troupes de Ce côtélà^ que les amis du prince ne pôuvoient pas souffrir qu^îl allât en campagne pour voir prendre des villes en sa présence , ou pour voir peut-être perdre toute la Flandre, pendant qu'on espéroit qu'il la défendroit; que quoique ce fût uniquement par la faute des Espagnols, ils ne laisseroient pourtant pas de l'en blâmer, aussi bien que ses ennemis étrangers et ceux qu'il avoit dans le cœur du pays , qui seroient ravis d'en avoir l'occasion; que d'un autre côté la France leur offroit tous les avantages qu ils pou-' soient souhaiter, comme la restitution de Maës-* ^richt, un règlement de commerce, et tout ce que le prince voudroit demander pour sa famille : que

igo [1^77} MÉMOIRES

M. dTEstrades lecr ëcmoit tcKiti» les semaines des lettres extrêmement pressantes sni^ «ce sujet, afin de les engager à une paix pajrtieulîère. Le Pensionnaire ajouta que le pins grand éh^grin qu'il pfit avoir sermt de faire un traite particulier ; que cependant SE ne voyôit aucun moyen de Téviter, et qu'il ne connoissoit personne dans toute la Hollande qui ne fât de même sentiment que lui sur ce sujet-, qu'en me parlant de cette manière il ne me regardoit pas comme un ambassadeur, mais comme un ami dont il demandoît le sentiment* qu'il m'avoit dit leur fort et leur foible, et qu'il seroit fort aise de savoir ce que je croyois qu'ils pussent faire dans ces fâcheuses conjonctures, et dans l'accablement de leur Etat par une si longue guerre. Je répondis à ses civilités par des complimens, et je m'eiccusai de donner mon avis à une personne qui étoit si capable de prendre les mesures les plus avantageuses à l'Etat. Je lui demandai cependant ce qu'il croyoit que deviendroit la Flandre après que la Hollande auroit fait une paix particulière avec la France, parce que les autres Etats voisins étoient autant intéressés dans le sort des Pays-Bas es* pagnols que les Hollandais mêmes. Il me répondit que la Flandre seroit perdue dans une campagne ou dans deux tout au plus tard , mais que vraisemUablement la première l'emporteroit ; qu'il croyoit que Cambray, Valenciennes, Namur et Mons seroient pris en une campagne *, qu'après la perte de ces places les autres villes ne voodrdient pas se défendre, et même ne seroient pas en état de le faire, excepté Anvers et Ostende, pour lesquelles ils pourroient peut-être prendre quelques mesures avec la France , sur le pied

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des offres que je savais cfûii les t^rsitiçaiis aivoieiil fâite^^ à M« de Witt en 1667 , lorsqu'ils attaquèrent là Plaindre. Je lui demandai comment il ei'oyoit que la Hol^ lande péurroit subsister après la perte des Pays-Bas espagnols y et si elle ne seroit pas pôu? lors à la di»crëtion des Franeais. Il me pria de croire que s'ils pouvoieffit espérer de sauver la Flandre en continuant la guerre ^ ils ne soÉgeroient jamais à une pait parti-» oilîère; mais que si elle devoit être nécessairement perdue ^ les Etats aimoient beâncodp mieux que ce f&t par la paiié^ parce qu'ils ménageroient par là Tar-^ gént du peuple et l'honneur du prince^ qu'après que. la Flandre seroit perdue , il faudroit que la Hollande vécût avec les Français d'iuie manière qui les persuar dât qu'il leur étoit plus avantageux de conserver cet Etat que de le détruire ^ qu'il n'y avoit point de choix à faire, mais qu'il falloit prendre ce parti comme un dernier remède } qu'il s'étoit flatté de quelque res-^ source dans l'espérance que les Espagnols changeroient de conduite ^ ou que les forces de l'Empire sur le Rhin pourroieht obliger les Français à ùàre la paix à des conditions raisonnables \ que même il avoit tou* jours cru que l'Angleterre alloit crier halte aux Français à chaque pas qu'ils faisoient^ et il ajouta que bien ^e peUtHÎtre nous ne fussions pas fâchés de voir la; moitié de la Flandre perdue ^ il ne pouvoit pas croire. que nous souffrissions qu'elle lô f&t entièrement, non fAua que la Sk^ile^ à cause de notre commerce daui^ îai mer Méditerranée 3 que le Roi ayant eu en main la paix depuis, deux ans, il l'auroit pu faire s'il l'avoift Voulu^ et aux conditions ^u'il auroit trouvées raisoor nables- et sûres pour ^es voisins et pour lut; que tout

le monde savait que la France n'étoit pas en état de refuser les conditions que le Roi lui proposeroit, quelles qu'elles fussent, ou de s'engager dans une guerre contre TAngleterre unie à tous les autres confédérés ; que le moindre semblant pour le faire croire aux Français seroit assez pour les déterminer à la piaix -, que lés Etats avoient fait représenter cela en Angleterre depuis long-temps par M. Van-Beuninghen , et qu'ils avoient offert de s'en rapporter à la décisioh du Roi , et d'accepter toutes les conditions qu'il leur voudroit prescrire ; mais qu'ils n'avoient jamais eu un mot de réponse, et que leur proposition avoit été reçue avec la plus grande froideur du monde , bien que beaucoup de gens crussent que nous devions nous y intéresser un peu plus : que cela l'avoit obligé plus que tout le reste à penser à une paix particu^ Hère *, qu'il confessoit qu'il falloit éprouver toutes choses , jusqu'à ce qu'on trouvât la plaie incurable ; qu'il savoit fort bien ce que je voulois dire quand je lui avois demandé comment les Etats prétendoient subsister avec la France après que la Flandre seroit. perdue ', mais qu'après tout il y avoit apparence qu^ les Français tourneroient plutôt leurs armes du côté d'Italie et d- Allemagne , ou peut-être contre l'Angle— terre ^ que contre la Hollande : que ce n'étoit point; l'intérêt de la France de détruire ou de conquérir cette république, mais plutôt de la conserver en quelque dépendance de cette couronne ; que les Français ti^ reroient beaucoup plus d'avantage des flottes hoUan-* daises que de quelques pauvres villes de pécheurs auxquelles ils seroient réâuits, si l'on entreprenoit quelque chose sur leura libertés et sur leur religion ;

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tfae le roi de France avoit vu leur pays, qu'il le cdnnoissoit fort bien, et qu'il avoit dit plusieurs fois qu'il aiiDOit mieux avoir ee peuple pour ami que pour sujet : mais qu'après tout cela si je voulois conclure que leur Etat devoit tomber dans vingt-quatre heures, il étoi t pourtant raisonnable de différer sa ruine jusqu'au tlerhier moment, et qu'il valoit mieux que' cela arrivât au soir qu'à midi.

Le Pensionnaire prononça ce discours avec tant de chaleur et devëhëmence, qu'il ne put pas le continuer. Je lui dis que cette affaire ëtoit de trop grande conséquence pour être terminée par nous deux^ après quoi je le quittai , en lui souhaitant assez de santé pour pouvoir ménager les affaires dans une conjonc^ ture si délicate.

J'allai le lendemain voir le prince, et je lui rapportai ce qui s'étoit passé entre le Pensionnaire et moi. Je lui demandai ensuite si Son Altesse l'avoit vu depuis, ou si elle en savoit quelque chose. Le prince lue t^pondit que non ; de sorte que je lui fis le détail fie tout notre discours , et je lui rapportai particulièrement que le Pensionnaire avoit conclu qu'il ne voy oit pas le moyen d'éviter une paix particulière, et qu'il ne connoissoit personne dans toute la Hollande qui ne fût de même sentiment que lui sur ce sujet. Le prince m'interrompit là-dessus, et dit : <( Et moi y en ^ connois un, et c'est moi-même, et je l'empêche- €< rai aussi long-temps que je pourrai; mais si quelque «i malheur m'arrivoit, ajouta-t-il, je sais que la paix Cl seroit faite dans deux jours. » Je voulus savoir s'il ^toit de même sentiment que le Pensionnaire à l'égard ciesévénemens de la campagne suivante : il me répon- T. 64« i3

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dit que les apparences ëtoient mauvweâ, vmlî» que les campagnes ne finissoient {ias toujouirs comme elles commencoient v qn'U pouvoit arriver des accidens qœ personne ne pouvoit prévoir, et que s'ils en venoient ifne fois à une bataille ^ il n* j avoit point d'homme qui put répondre de Tévénement ; que le Roi pouvait fûre la paix s'ilf vouloit avant que la campagne commençât^ mais que si les Anglais avoient asse^ d'indiffiérenee pour laisser passer cette occasion , il étoit r^lu en son particulier de tenter fortune *, qu'il avoît vu ce m^ tin-là un vieillard seul dans un petit bateau^ qui ra^ ntoit de toute sa force ccmtre le courant d'une écluse^ qu'après avoir gagné avec bien de la peine le lieu ou il souhaitoit d'aller, le courant l'avoit entraîné $ qu'il avoit tourné son bateau le mieux qu'il avoit pu , et que pendant qu'il l'avoit regardé il avoit eu trois ou quatre fois le même sort que la première « Le prince conclut qu'il y avoit beaucoup dç rapport entre les affaires de ce bonhomme et les siennes, et qu'il devoit agir comme te vieillard avoit fait, sans savoir pourtant ce que ses efforts produiroient<

Je fis savoir en cour exactement ce qui s'étoit passé dans ces conversations «, j'écrivis directement au Roi ce qu'il y avoit de plus particulier, et le reste aux secrétaires d'Etat. J'ajoutai à tout cela que j'étois de sentiment que si Sa Majesté continuoit à n'interposer seulement que les offices d'une médiation dans les formalités ordinaires^ et que la maison d'Autriche et les alliés du Nord parussent si opposés à la paix qu'ils avoient paru jusqu'alors^ îl en arriveioit infailliblement que les Français et les Hollandais etitrelt>ient en des négociations particulières^ ^ que toutes les i^r*

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eQiistaii€e& que je pGrtnroi& remarquer me faosoient juger qu'ik seroîent bieixtôt d'accord, et qu'une paix WBuât caoelne en deux jours entre cea deux nations, qttnd les HoUandaîia seroient tout^à-&it lassés des longue^&de leuirs aHiés, et de leur mauvaise foi à Yé^ ^nrd du ti^itë, ou quand rinclination violetite que lé peuple a^oil pour la paix contraindroit le prince de se eonfonn^ au sentiment des Etats, sur cet article \ cpue je n'ëtois cru oUigé d'ajouter ma pensée à tout ce que je mandois , afin que Sa Majesté pût aroîr loutes^ les lumières nécessaires dans une conjoncture si délicate et si dangereuse. Le Roi mé fit réponse de aa propre main dans une longue lettre , par laquelle il EiiaOi't de grandes plaintes contre la conduite de qnel*ques ministres des allies en Angleterre, qui caba** loient avec les niembres du parlement pour porter Vesh frit du peuple contre la paix -, qu'ils aroient si bien réus^, qu'il étoit fort difficile et presque impossible i Sa Majesté de faire quelque démarche envers la France pour une paix générale , à moins qael'ambas^ ^deur àe» Etats ne lui présentât un mémoire pour le presser de la part de ses maîtres de le faire , et de dé- (iarer que si Sa Majesté ne "vouloit pas s'en mélei^, k Flandre seroit entièrement perdue.

Le secrétaire d'Etat Williamson m'écrivit, pour torete réponse à ce que je lui avois mandé au sujet du discours* du Pensionnaire et dés seutimens que j'avois e«ir ces conjonctures, que le Roi et les seigneurs du comité pour les affaires étrangères étoiént surpris (|uie je crusse que les Fiançais fussent si prêts de faire uufc polx'particuft^e lorsque les HoUandaus la vondroient^ et qu'ion ne se souvenoit pats que ce que mon collègue

igÔ [^677] MÉMOIRES

ou moi avions écrit de Nimègue eût aucun rapport â cette pensée. Cela m'obligea de lui communiquer les fréquentes conversations que j'avois eues sur ce sujet avec M. Colbert, et que le Pensionnaire m'avoit fait voir plusieurs lettres de la part du maréchal d'Estrades, et d'une autre personne de Maësiricht de laquelle il se servoit^ ce qui me persuadoit que ce ique j'avois écrit avoit des fondémens légitimes. Cependant il ne me fit aucune réponse sur cet article , Hen que j'eusse cru être obligé de donner cet avis en qualité d'ambassadeur en Hollande , quand bien celle de mé^ diateur à Nimègue ne m'y auroit pas engagé.

Le prince et le Pensionnaire furent d'avis que l'on devoit donner ordre à M. Van -Beuninghen de faire la déniarche que le Roi souhaitoit-, mais ils me prièrent d'écrire encore une fois à Sa Majesté pour savoir son sentiment sur les conditions de la paix, et le prince ajouta que si l'on attendoit davantage il seroit trop tard, à cause que le temps d'entrer en campagne seroit proche. Je priai là-dessus le prince de considérer qu'il pourroit gagner tout au moins trois semaines dé temps, s'il vouloit dire le premier ses sentimens au Roi j au lieu que s'il falloit écrire à Sa Majesté pour savoir les siens, lui récrire encore pour lui communiquer ceux du prince, et attendre ensuite sa- dernière réponse, on perdroit bien du temps inutilement; outre que le Roi prendroit avec plaisir, comme une marque de confiance, que Son Altesse sefut expliquée la première. Le prince, après avoir un peu-pehsé, me dit que pour témoigner à Sa Majesté la^ confiance qu'il vouloit toujours avoir en elle, il né leroit aucunedifficulté de s'expliquer le premier ^ bien qu'il eût plu —

sieurs raisons pour ne le pas faire ; que si le Roi avoit dessein de finir cette guerre , il falloit qu'il le fît sur le pied du traité d'Aix-la-Chapelle, et qu'il auroit un prétexte légitime en, ce qu'il avoit été lui-même l'auteur et le garant de cette paix-, qu'on ne proposeroit 4'autre échange que celui d'Ath et de Charleroi pour Aire et Saint-Omér, et qu'il croyoitque ces deux dernières places étoient beaucoup plus importantes aux Français que les deux autres, à moins qu'ils ne déclarassent ouvertement qu'ils ne finissoie^t cette guerre que dans le dessein d'en compiencer une autre qui leur facilitât la conquête entière de la Flandre 3 que ces conditions entre la France et l'Espagne étoieiit suffisantes^ et qu'à l'égard de l'Empereut et de la Hollande, U falloit que l'Empereur rasât Philisbourg qu'il venoit de prendre sur la France » et que les Français rasassent Maëstricht qu'ils avoient pris sur les Hollandais^ e^u'ainsi toute cette guerre passât comme un tourbillon qui avoit cessé , après avoir menacé beaucoup, et fait fort peu de remuemens au monde.

Je fus surpris d'entendre sur-le-chs^mp des propositions si courtes et si décisives, et qui sembloient devoir facilement réussir si Sa Majesté les vouloit appuyer* Je jugeai par là quje le prince avoit une connpi^sance consommée de l'état des affaires de l'Europe , et que le jugement qu'il en venoit de faire étoit le plus décisif qu'il auroit pu donner après, les plus longues délibérations. Je lui fis pourtant remarquer qu'il ne s'étoit pas expliqué au sujet de la Lorraine et de la comté de Bourgogne^ et je lui demandai s'il croyoit que les Français, après les grandes acquisi-' tionsqu'ils avoient faites depuis cette guerrç, et celles

qa'ib f>ouT0tetit encore espérer, voalusseM rendre ce (fu'ik pofisëdotent à moins d'vm équivalent. Le prinice répondit q^ie ces deuit articles étoient expK- <\nés par les conditions du tmilé d'Aiic ; que la Fmnce ii'BT^it prétendu ôter la Lormine qu'au dernier ^dkie sieoienent^ que l'Espagne ne pôuvoit céder la «omtié de Bourgogne qu'eiT échange de plusieurs places en Fbndre; que cek tmineroit le trailë en loi^eur, et ^roit naître un si gmnd nombre à» difficultés, qU*oii ne pourroit les terminer avant la campagne. A l'égatrd de la ^c<mde question qtre je lui avois faîte , U té^ pondit qu'il ne croyoit pas que les Français conseti** tts^ntè cette restitution, i moins que le Hoi n%ftei^ posât vigoureusement son autorité^ que si Sa MajesM 4e vouloit faire , îi étoit assuré que l'affaire rétissiroH ^omme il la souhai^ok ^ mais que 'si elle ne le vonloit pas, îi fallèit continuer h guêtre , et s'en reniett?re k to Providence ; que tous les alliés en seroient uises , et Hjfk^'û croyoit Im-méme que le ministère de don 7uan d'Autriche chaugeroit entièrement la face des affaires du «ôté de l'Espagne; que, quoi qn*il en arrivât, il ne falloit qu'une seule ville bien défendue , on nne vigoureuse bataille, pour changer entièrement: h, scène >, qu'il avouoit que le plus grand plaisir qae le ftoi lui pût faire seroit de le tirer de cette geww avec honneur, et à des conditions raisonnables ^ msais que si Sa Majesté souffroit que les Français en oBKs^ sent d'injustes , il aimoit mieux hasarder tout que de les accepter. Que le Pensionnaire et d'autres pou* voient me dire ce qu'ils voudroient à l'^rd de fe pmx partfcaltère avec fa France , mais qu'il m'assuroM que la HoUande ne laferoit jamais tant qu'il *vivre*t,

DU GHSTAUfiR TEBCFLË. [1677] 199

i^t qu 'il seroât en état de Terapécher ^ qu'il Tonloit bien me confier qu'il se citJycat assez p^jesanit pour le &ire^ qull savoit font bien que s'il venoit à mourk, la pai& seroit faite le lendemain^ mais que si cela aav riyoit il (endroit que d'autres y prissent garde, et que peut-étsne que les An^is y seroieM les plus iuir léi^essës.

Je pranb à Son Altesse d'écrire directement au Roi tout jce qu'élis m'ayoît dit^ et je le fis aussi. Le prmee partit le jour suiranl; pour Dieven, qiii n'est qu'à site iieoes de INimègne , et je lui donnai parole de l'y ai^ ler tr«ou«Fer dès que j'aunâs reçu réponse de Sa Ma** jesté. Je mpposrte au long ee qui se passa entie le prince , le Pensionnaire et moi dans cette conjono^ ture ., parce que ces discours découvrent n<m-^eule<^ m^Ht le^ véritables sources de Ja paÂK :qiti fut ensuile coiidioe , mais parce qu'ils ropr^ésenjbent encore iipeift étoîiânt les îMéréts de la plupart des princes cfarétievs, seloa lesentiment de deus^ personnes <pii^ après M- de Wittt, la$ O0t iBÔeux entendus qu'aucun mâjne que j'ai^ c^niiiU dans le cours de mes «emplois.

Après que le prince £ut parti , |'eus esicori^ une ^tre içonfârenoe avec le Pensionnaire : il me dit fipji'il permsdioit to^joAurs dan^ le sejaitiment qu'il faUott «a yepir à une pai^ particulière 4 4|u'il avoitdéjà dit aux miiûstres dç TEmpeneur que sk la^oour de Viienue m prenoit pas, avant la fin du mois de février suÂ^Kani^, les mesures que les Etats lui proposcâent» iis^sencôent Ciontraints d'entrer en traité avec la France ^ que ei don Emmanuiel de Lyra ne les a voit pas assurés >i|ue TEspagi^ avoit fait faire actueUemeut des remises pour }e paiement de 'h dépense ifue les floUandais

aOO [^677] MÉMOIRES

avaient faite la campagne dernière pour l'entretien de leurs %Ltes dans la mer Méditerranée et dans la mer Baltique , il& n'auroient pu s'empéeber de faire la paix cet hiver même. Je lui dis que le prince étoit d'un autre sentiment que lui-, qu'il m'avoit dit que pendant qu'il vivroit il* ne se feroit jamais une paix particulière, au moins s'il pouvoit l'empêcher; et qu'il à voit ajouté qu'il croy oit avoir assez de pouvoir pour cela. Le Pensionnaire me dit que cette circonstance né lui donnoit pas moins de chagrin qu'au prince; mais que Son Altesse ellerméme pourroit être forcée à cette paix par la mauvaise copduite des alliés, par les mauvais succès de la campagne, et par les muti* neries du peuple, qui n'y paroissoit déjà que trop dis» posé à Amsterdam, à cause des délais du traité de Nimègue : que la révolution qui venoit d'arriver en Espagtie contre la Reine régente témoignoit assez ce <[ue pouvoit la populace animée , et que le prince conhoissoit trop bien l'humeur de celle de Hollande pour s'opposer trop à ce qu'elle vouloit; que le Roi pouvoit, s'il le vouloit, faire une paix générale; et que peut-être l'Empereur et l'E^gne pourroient engager les Hollandais dans une autre campagne, en prenant les mesures que les Etats leur avoient proposées; mais que si ces deux choses venoient à manquer ^ il fàudroit nécessairement en venir à une paix particulière. ^

Pendant mon séjour à La Haye, lequel fut d'environ iin mois, mon collègue crut s'apercevoir d'une négociation particulièrement entre les ambassadeurs^ de France et M. Beverning, sans la communication de^ médiateurs, ni des ministres des alliés. Cela leur fit

DU CHEVALIER TEMPLE. [l 67 7] l^oi

soupçonner quelque traité particulier, et ]es obligea

d'en donner avis à la cour d'Angleterre. Le Roi donna

ordre en même temps qu'en cas qu'il y eût déjà une

paix particulière conclue à Nimègue entre la France

et la Hollande , ou sur le point d'être conclue , qu'on

protestât en son nom contre cette paix. Le chevalier

Jenkins étoit fort embarrassé là-dessus, et il m'écfivit

à La Haye le lo de janvier. Il me mandoit qu'il soup-

çonnoit la chose , mais qu'il ne s'attendoit pas de la

savoir qu'après qu'elle seroit faite, et qu'il doutoit

fort que la protestation que nous ferions contre eût

de bonnes suites. Il me prioit de lui écrire mes sen-

timens là-dessus, et de les faire savoir en cour le plus

tôt qu'il me seroit possible.

J'écrivis effectivement à milord trésorier et au secrétaire d'Etat Coventry, et je leur dis franchement que je ne comprenois ni le dessein ni la raison de l'ordre que mon collègue avoit reçu au sujet de la protestation qu'il devoit faire à Nimègue ^ que si une paix particulière entre la France et la Hollande paroissoit à la cour aussi dangereuse que je savois qu'elle le paroîtroit au peuple , le Roi pouvoit l'empêcher, et que cela^étoit encore en son pouvoir 5 mais que si cette paix étoit une fois conclue, je ne voyois pas que notre protestation pût produire d'autre effet que d'irriter les deux parties, qui deviendroient encore plus unies par le chagrin que nous témoignerions de les voir hnen ensemble : que d'ailleurs je ne voyois pasleprétiexte que nous pouvions avoir pour une telle protes^ tiatioB; qu'à la vérité les parties avoient accepté la xnédiation du Roi pour une paix générale, mais qu'auoune d'elles n'avoit promis à Sa Majesté de n'en faire

aoa [1^7] MiMoiREs

plaide particulière sans sa médialîon^ que, suppose qu'ils Teussent Êdt^ je ne coinprenois pas pourquoi le méiiie intérêt qui les obiîgeoît de rompre avec tous leurs alliés ne les rendroit pas aussi hardis à l'égard d'an médiateur^ que comfiae le meilleur conseil que le Ex>i pouToit prendre étXHt d'empêcher cette pati: paificulière , Sa iVJ ajesté déçoit aussi , le plus tôt qu'il seroU possible^ faire savoir s9l résolution k la France \ mai^ que quand la chose ^seroit faite je ne voyoîs pas jun grand suj^ de nous plaindre, et eneorp moins moyen de nous venger^ et qu'agissant de cette amnière, ilsembloitque nous attendissions d'être frappés pour avoir lieu seulement de crier : qu'il vdloit mîeuic, à mon sens, chagriner une des parties avant la pati particulière , que de les chagriner toutes deux après qu'elle seroit faite : et que si nous devions manquer de compkisance à leur égard, il valait mieux cpie*c@ fut en &isant une paix générale qu"^ protestant coiir tre une particulière.

Lorsque je partis de Nimègue pour La Haye, 1^ chevalier Jenkins ni m'od n'avions point soupçonné que les Français et les Hollandais fussei^tea quelque négociation secrète , ei; par conséquent nous n'en avions jamais rien écrit en cour^ de sorte qu'elle ne voulut pas <H*oire ce que je mandaiensuite dé La Haye sur ce su^et : mais (es lettres de «les collègues ayant confirmé mes soupçons, la cour ne doula plus qu'il n'y eût une telle négociation sur pied. L'ordre cpie le Rot envoya à mes coliques de protester contre ié" moignoit tant de ressentiment, que je ne doHitM prnnt que Sa Majesté ne déclarât inoessannitteiist aiut deux partis ses véritables sentimens sur iescondiiMib

DU CHEVAUER TEMPLE. [1677] ^^

ée Jâ paix générale ; et je «avois fort bien , (fan autre côté, que ni les nns ni les autres ne les pDuvoient lefuser, si le Roi voaloit se déclarer positivement, et sfirtoQt étant appuyé du prince. Mais les oonseils de lïotre cour balançoient tellement entre T^nvie de mvK tout ati moins en bonne inteliigence aTec la Fratice, «et la crainte dHrriter le parlement en le protogei^t si sou¥ent, que lotit ce que nous faisions sur ee sujeC u'étoit que des oontradictions perpétuelles donft personne ne pouvoit comprendre le sens, et sur lesq^àefles les puîs^nces engagées dans la guerre, aussi bien <fOie les deux partis qui étoient dans la €lia7]fâ)re des communes, se trompèrent presque toujours.

Le vingt-cinquième jour de février, je reçus la réponse du Roi i mes dernières déplîches, c'est-à-dire sur les expositions du prince. CoinÊme Son Altesse é^abtà^ Dieren, et que oe lieu n'étoit pas beaucoup élmgné du droit chemin de Nimègue , j'y passai pour lui communiquer ce qu'elle contenoit. Le tout se ré<^ duiseit & deuic chefe : Sa Majesté offroit d'entrer a*?ee les ElQfte dans une alliance défensive la plus étroite ifu'ils pourroient souiiaiter, afin de les assurer «contre htcrainte qulls avoient des armes de la France après que la paix seroit faite ^ et le reste étoit plutôt des Tei»aiiques sur les conditions de paix proposées par le prince , «que les sentimens du Roi à cet égard. Sa Majesté idisort qu'eUe croyodt que la France pourroit Tendre Ath, Charleroi, Oudenarde , Condé et «ouebâîn , en échange de Cambray, Aire et Saint-Omer^ •epBLè «e plan étoit tout ce qu^elle pensoit qu'il fût pos- «ibJe 'tf obtemr de la France , quoique ce rie fat pas *(Mit «e qtfon devoit souhaiter.

1oJ\ L^^n] MÉMOIRES

Tobservai que le prince changea de couleur quand je nommai Cambray et les autres villes : il écouta cependant avec attention tout ce que j Vvois à dire, aussi bien que les raisons subtiles dont le chevalier Joseph Williamson se servoit pour appuyer le plan de Sa Majesté. Il disoit entre autres choses que la Flandr^ auroit par là une double frontière qui la mettroit à couvert, et que cela seul dévoit plus importer au Roi et aux Etats que tout le reste. Après que j'eus cessé de parler, le prince me dit que le dîner étoit prêt, et que nous parlerions de cela plus ^u long Taprès-midi. Il sortit; mais comme il fut près de la porte il se retourna vers moi , et me dit que bien qu'après dîner il eût dessein de m'entretenir sur ce sujet, il vouloit bien cependant, sans y penser davantage, me déclar rer qu'il mourroit plutôt que de faire une telle paix.

Dès que nous eûmes dîné, nous nous retirâmes dans sa chambre, où il me dit que j'avois troublé son dîner, et qu'il n'attendoit pas de Sa Majesté un pareil retour, pour la confiance qu'il lui avoif témoignée. Il me fit remarquer que l'offre que le Roi faisoit de Talliance étoit contenue dans une lettre écrite de la main de Sa Majesté, mais que les conditions de paix venoient seulement du secrétaire d'Etat; qu'il sembloit, par le style dont elles étoient écrites, que ce ministre le prenoit pour un enfant qu'il falloit nour^ rir de crème fouettée ; que puisque les propositions avoient été devant le comité pour les affaires étrangères, il étoit assuré qu'elles avoient aussi été devant Tambassadeur de France ; que les conditions qu'on m'avoit envoyées étoient de sa façon, et qu'elles étoient cent fois plus rudes que celles qu'on auroijt

DU CHÈVAUER TEMPLE. [1677] ^^5

pu avoir directement de France. Il les lut encore , et me dit que cela vouloit dire, en bon français, qu'il fàlloit que TËspagne cédât la comté de Bourgogne, le Cambrésis, Aire et Saint -Omer, qui vaioient deux autres provinces en temps de guerre , le tout seulement pour les cinq villes ci*dessus nommées 5 mais qu'en un mot il falloit risquer tout puisqu'il y étoit engagé, et qu'il n'y avoit pas moyen de sortir d'affaire autrement. Je dis au prince que j'espérois qu'il écriroit au Roi ses sentimiens sur cesf conditions, et qu'il y peniseroit un peu plus avant que de le faire. Il me répondit qu'il écriroit à Sa Majesté ce soir-là même, mais qu'il n'entreroit dans aucun détail , ne jugeant pas que cela en valût la peine, et qu'il s'en remettoit à moi. Son Altesse me pria ensuite de faire savoir au Roi que les propositions que je lui avois envoyées de sa part étoient fort sincères 5 qu'il s'étoit relâché autant que la sûreté de son pays et de ses alliés, et son honneur, l'avoient pu per- Hiettre^ qu'il n'étoit pas assuré que l'Espagne voulût accepter les conditions qu'il avoit lui-même prO'poséesj mais qu'il étbit sûr qu'elle aimeroit mieux perdre toute la Flptndre par la guerre que dé consentir à celles du Roi, et que pour lui il. ne les proposeroit jamais; que si* on laissoit la Flandre ^lans l'état que Sa Majesté disoit , la Hollande ni l'An- ^eterre même ne pourroient jamais la défendre <:ontre une autre invasion 5 que cela > le déterminoit entièrement à l'avis des Eispagnols , qui croyoient que s'il falloit nécessairement que la Flandre fût perdue , 41 valoit mieux que ce fût par la guerre que par la paix; que lorsque cela arriveroit la Hollande ne pour^

^o6 [1677] lléliOIRE&

rok éditer d'être daas une entière dépendance de la France, et qu'ainsi Talliance que Sa Majesté faisait offrir aux Etats ne serriroit de rien, parce qu'ils ne voudroient pas , après la perte de la Flandre y que leur pays fut le théâtre d'une guerre contie laquelle ni lalliance du Roi ni leurs propres forces ne pour* roient le défendre» Il conclut que si Sa Majesté Yovh loit le ûxet de cette guerre avec booneur , soit par aflEection pour lui ^ soit par égard à l'intérêt que sa couronne deyoit prendre dans cette affaire y il auroît tuie parCsiite tecomiotssance de ce serrice ; mais qiit ù le Roi ne le vouloit pas, il falloit continuer la guerre, quelque cbose qui en pût arriver; et que pour lui il aîmeroii mieux charger mille homutôs avec cent seulement, quand H seroit assuré d'y périr ; que d'entrer en négociation ée paix sur de par reilles conditions.

' J'écrivis au Roi tout ce qui s'étc»! passé dan» eetle entrevue , et je m'en retournai à Niraègue.

Les alliés a voient conçu beaucoup d'ombrage da voyage que j'avois fait à La Haye , et ils soupçoo^noient que c'étoit pour négocier quelcpie paix par^ iiculière entre k France et la H.oHandév Cependant le prince et le Pensionnaire témoignèrent peu d^en** presaement à les satis&ire sur cetarticde^ Ils se ser^vii'ent seul^Bietit de cette occasion pour leur faire savoir qu'on ne pensoit point encore à un tel traité; mais qu'à la fin les Etats y sermendt contraints , à l'Empereur et l'Espagne ne prenoient pas les me^ sures qui leur arvoient été propulsées de k part de la Hollande. Cette déclaration produisit quelque effet à Vienne 7 mais fort peu à Madrid et en Flandre,

DU CHRVAUBR TEMPLB. [1677] *^

commâ on Wen a^rçot au cominmioement da prùitemps.

Je trouvai, à moA retour à Nimègoe^ que le comte de Kiuski y étoit arrivé en mon absence : c'ëtoit tm homme qui ftvoitde fort belles quditëS) comme une ioiaginatioa vive et un esprit pénétrant f maïs comme il n'avcHt jamais passé par un semblable emploi, it étoit fort eiiael et foit. scrupuleuic dans sa conduite, et par conséquent trè»rpointîllettx ; ce qui Tavoit en^ gagé à son arrivée dans beaucoup de difficultés sur les cérémonies des viriles à Tégard de mes coUégttes et des ambassadeurs de France : de sorte que peu-* dant tout le traité il n'y eut at»cune visite entre ce comte et les Français^ mais j'eus le boiiheur de remettre une bonne intelligence entre les médiateurs et lui* Je trouvai au«i qu'il y avoit une négociation secrète entre les ambassadeurs de France et de Hollande^ et que c'étoit AL Olîvencrantz^, second ann bassadeur de Suède, qui la ménageoit, sans la parti*' cipatîon de mes collègues-, que M. Beveming témoignoit un empressement extrême pour la paix sans avoir beaucoup d'égards pour ses alliés^ disant qu^il avoit ordre <k» Etats de pousser l'afiaire autant qu^il lui seroit possible ; que ces ambassadeurs étoient con-« venua de la forme et du nombre des pleins pouvoirs ^ et que pour cet effet les médiateurs sèroient priés de dresser un formulaire de préambule ou préface dont toute» les parties se serviroient, et qui contiendroit seulement que tels et tels princes, par un sincère désir pour la pait , avôient encore telles et telles* per^ sonnes à Nimègue, qui étoit le lieu qui àvoit été

choisi par l'intercession du roi de la Grande-Bre-»

ao8 . [1677] MÉMOItlES

tagne ; que les médiateurs dresseroient aussi un acier d'obligation qui seroit signé par tous les ambassâ-> deurs, par lequel ils s'engageroient de procurer de nouveaux pleins pouvoirs dans soixante jours après la date de l'obligation, laquelle demeureroit entre les mains des médiateurs ; que les titres seroient insérés dans ces nouveaux pleins ipouy oirs bàndjidej suivant le style ordinaire de la chancellerie de chaque cour-, et que tous les. ambassadeurs signeroient un autre acte par lequel ils dédareroient qu'on ne pour-^ roi,t tirer à l'avenir aucune conséquence des titres qu'on auroit oubliés, ou dont on se seroit servi dans les nouveaux pleins pouvoirs.

Je trouvai aussi que tous les alliés étoient cotiye-»^ nus de ces articles par la médiation de mes collègues, après qu'ils eurent été concertés par les ministres de France et de Hollande ^ que ces ambassadeurs se visitoient souvent, et qu'ils avouoient publiquement que c'étoit pour faciliter le progrès du traité; que les Hollandais commençoient à parler de finir un traité provisionnel avec les Français aussitôt que les actes au sujet des pleins pouvoirs seroient entièrement dépéchés; que cependant ce traité n'auroit lieu qu'après que la paix générale seroit conclue, mais que dès qu'il seroit fini ils emploieroient leurs bons offices entre leurs alliés et les Français.

M. Hyde a voit augmenté le nombre des médiateur» en mon absence. Ce gentilhomme avoit été envoyél'année précédente en Pologne, afin d'assister au hoir», du Roi au baptême d'un enfant de Sa Majesté Polonaise, et il devoit en revenant passer par Vienne ^ pour faire des complimens de condoléance à l'Empe—

DU CHEVALIER TEMPLE. [1677] 20q

reur sur la mort de rimpératrice; mais ayant trouvé l'Empereur reraarié , il y passa m^ag^mVo. Il arriva à Nimègue peu de jours ajprès que j'en fus parti, et après y avoir demeuré quinze jours il me vint tiroliver à La Haye. Il me dit quten passant par Rotterdam il avoit trouvé des lettres de la cour, avec une'èommission d'aller résider quelque temps à Nimègue en qualité d'un des ambassadeurs médiateurs, afin diB pouvoir informer le Roi avec plus de certitude de l'état et du progrès des affaires du traité. Il ajouta qu'il étoit énoncé dans cette commission qu'il étoit à Nimègue; mais que comme elle n'étoit arrivée qu'après qu'il en^toit parti , il étoit en doute s'il devoit s'en servir ou non ; et il me pria de lui donner mon avis s'il devoit s'en retourner à Nimègue, ou partir incessam-^ ment pour Angleterre. Je compris aisément que le but de cette commission étoit d'introduire M. Hyde dans cette sorte d'emploi, et de lui donner connoissance de la manière dont on s'y goùvemoit : ainsi je lui conseillai de s'en retourner à Nimègue. Il le fit, et il y demeura quelque temps 5 mais il s'excusa dé ménager aucune conférence, et de faire les dépêches: de sorte que sa modestie, et le grand âge et les infirmités de milord Berkley, furent cause que le chevalier Jenkins et moi demeurâmes chargés de toute la fatigue de cet emploi. Nous tombâmes d'accord d'écrire alternativement leâ dépêches à notre cour et aux princes, ou à leurs ministres; ce qui fut toujours régulièrement observé pendant totft le temps que je demeurai sur les lieux* J

Lorsque j'arrivai à Nimègue j il y avoit encore quél- <iues difficultés à régler qui avoient retardé la dé- T. 64. ï4

210 [l^??] ^l^OiliES

pdcba ^es plein» poiitom. Les Françt» àvoient biea consenti de fbairnir de non¥eaux pleins pouvoirs povr fErapereur, TEspagne, le Danemarck et k HoUande^ chaçan sëpacëment ; mais ils refusoient d'en procorer nn pareil pour le Brandebourg, comme ils aroient fait pocff ces autres puissances* Les nmiistres de ce prince insistoient sur ce sujet ^ et les Etats avoient de si grandes obligatiims à cet électeur, que leurs ambassadeurs furent contraints d'apptiyet ses ministres en cela. Ce n'étoit pourtant pas sans répugnance, soit qu'ils crussent que la France n'y consentiroît pas, soit qu'ils prévissent que les autres princes d'AUema^pM, non-seuleoMnt les électeurs, mais encore ceux des maisons de Lunebourg et de Neubourg ^ qui ne ce* deat aux électeurs que la préséance, ne manqueroient jamais de prétendre la même chose , et qu'ainsi ceUe affaire pourroit avoir des suites désagr^bles. Mais^ pour distinguer les ministres de Brandebourgs ils s'avisèrent de nous alléguer que ce prince étant le principal chef dans la guerre contre la Suède , il i^ poui^it pas être considéré seulement comme allié de l'Empereur ou des Etats,

L'ambassadeur de Danemarck demeuroit ferme dans la résolution qu'il avoit prise de ne recevoir point le ^in pouvohr des Français s'il n'étoit en latin, qui, eekrn lui t devoit être la langue commune entre les deux couronnes; et il protestoit qu'à moins de cela il alloit donner le sien en danois* Les ambassadeurs cle France répondirent que c'étoit une nouveauté, pour ne pas dire une impertinence ; et que si on leur ùisoit voir un exemple que dans toutes les affaires qui s^étoient passées entre les deux couronùes les Fnn-

DU GHEYALIER TEMPLE^ ['677] îll r

çaift n0 a'ëloi^nt pas toojotti's sands de Jft langue fmnçabe ût IfS DiUob ^e la latine ^ ils toUsentoiani que raoftbaaaadeclr de DanemaFck dcoom^ &&& ptein pouvoir ndn-^settlement en danois^ mais eti€ore en bë-^ breti s'il Youloit. Le minîstre de DàneinÂrck répondit qii'U w pouvoit pas adljégoer tous les exemplee SM ee sujet ^ mais que si par le passé il y eu avoît eu de m^UYais^ il étoit ten^to d'en établir de ncravefinit qui &j#sént bons ; que son maître avoit pins de droit que se» prédécesseurs , sa couronne ayant été déeli^ 9ttece$siye ^ au lieu qu'auparayant elle n'éuAî qu^éle^ ti^e; et qull étoit plus id)8olu dans ses Etats que pas un autre roi de la chrétienté ne Tétote dans les sietis^. U ajOt^ que ses ordres étoient positifs sur cet arti-* de , et ^'il ne pouvoit pas agir à moins qu^on nef lui accordât sa prétention.

, Ces deux points principalement empêchèrent pendant un mois que Farticle des plein» pouToirs ne fit entièrement conclu ^ mais enfin nous obligeâmee les ambassadeurs de France de s'engager à proeurer de noUYcaux pleins pouvoks pour Félecteur de Brande^ bourg, sur Fassurance que les minières de HoHaode 110116 donnèrent de ne demander rien de semblable peur le reste des princes de TEmpire, leurs alliés; et ^n'en cas que quelque»«uns formassent la même pré« teiattion, et q^ la France les refusât ^ ils ne laisse^ Toientpes d'entrer en traitée L'ambassadeur de Dane* marck royamt cpie pas im des confédérés n'appuyoit m n*approuvoit ce qu'il ffrétendoit au sujet du limn gage^ renonça à sa prétention, et réussit fort mal en estte occasion dans le dessein qu'il avoit d'établir le

principe de l'égalité entre les têtes couronnées.

U étoit arrivé un autre incident pendant mon absence qui avoit fait naître beaucoup de brouilleries* Les alliés avoient commencé leurs assemblées dans la maison du comte de Kinski , espérant par là de diriger les résolutions générales, et d'empêcher que l'ailiance ne se rompît. Les ambassadeurs de Hollande , qui croy oient être plus intéressés dans la paix que les autres confédérés , témoignèrent du ressentiment contre là conduite et l'intention que ce comte faisoit paroître aux conférences, dans lesquelles, disoientils, il vouloit être le seul dictateur. Ils ne vouloient pas cependant le contredire ouyertement dans sa maison; c'est pourquoi ils s'en allèrent à la maison de ville, et choisirent une chambre pour y tenir leurs conférences avec leurs alliés. Les ambassadeurs de France s'en offensèrent, et prétendirent que les ministres de Hollande ayant entrepris de disposer de la maison de ville sans le consentement des autres ministres, ils avoient violé la neutralité qui devoit durer pendant que l'assemblée seroit là. Les Hollandais répondirent que les chambres qu'ils avoient prises n'appartenoient point à la ville, mais aux nobles de Gueldre ; qu'ils n'avoient pris que le bas , et que tout ce qui étoit en haut étoit encore à la disposition des médiateurs, et qu'ils en pouvoient ordonner comine ils le trouvéroient à propos pour l'usage commun des parties. Les Français ne furent point satisfaits de ces raisons, et menacèrent de rompre le congrès. Nous fîmes tous les efforts possiBles pour apaiser ces différends , et pour cet effet nous obligeâmes les alliés à consentir de ne s'assembler plus dans la maison de ville jusques à ce que nous eussions dressé des propo^

sitions dans }es formes pour prier les parties que, pour leur commodité et pour leur soulagement, elles voulussent s'assembler dans une salle de la maison de ville, ou tout au moins que les deux alliances prissent chacune une chambre , pendant que nous nous assemblerions dans une autre, afin d'être prêts à faire l'office de notre médiation. Cet expédient fut accepté, et nous marquâmes les chambres pour nous et pour les parties^ mais nous fûmes obligés d'en marquer deux différentes pour les ambassadeurs de France et pour ceux de Suède , parce qu'ils ne voulurent jamais céder les uns aux autres, ni tirer au sort, comme avoient fait ceux d'Espagne et de Danemarck.

Il restoit une autre difficulté qui regardoit particulièrement le Roi. Les Français, les Espagnols et les Impériaux avoient insisté à l'énvi les uns des autres que dans les nouveaux pleins pouvoirs il fût fait mention de la médiation du Pape, aussi bien que de celle de Sa Majesté. Les Hollandais et les Danois avoient absolument refusé de traiter sur des pleins pouvoirs où il seroit parlé en aucune manière de la médiation du Pape. Nous avions aussi représenté corn-* bien il y avoit de différence entre la médiation du Roi qui avoit été acceptée par toutes les parties, et celle du Pape qui n'avoit été reçue que par quelques princes , et pour laquelle les autres puissances témoignoient tant d'aversion, qu'elles ne vouloient pas souffrir qu'il en fût fait la moindre mention dans les pleins pouvoirs ^ que c'étoient les médiateurs de la part de Sa Majesté qui avoient proposé le lieu du traité , fait l'échange /des passe-por.ts , formé le congrès , et mépagé toutes les i^égociations depuis si long-temps, sans

U étoit arrivé un autre incident pendant mon absence qui avoit fait naître beaucoup de brouilleries* Les allies avoient commencé leurs assemblées dans la maison du comte de Kinski , espérant par là de diriger les résolutions générales, et d'empêcher que Talliance ne se rompit. Les ambassadeurs de Hollande , qui croy oient être plus intéressés dans la paix que les autres confédérés , témoignèrent du ressentiment contre là conduite et Pintention que ce comte faisoit paroltre aux conférences, dans lesquelles, disoientils, il Youloit être le seul dictateur. Ils ne vouloient pas cependant le contredire ouyertement dans sa maison; c'est pourquoi ils s'en allèrent à la maison de ville, et choisirent une chambre pour y tenir leurs conférences avec leurs alliés. Les ambassadeurs de France s'en offensèrent, et prétendirent que les ministres de Hollande ayant entrepris de disposer de la maison de ville sans le consentement des autres ministres, ils avoient violé la neutralité qui devoit durer pendant que l'assemblée seroit là. Les Hollandais répondirent que les chambres qu'ils avoient prises n'appartenoient point à la ville, mais aux nobles de Gueldre ; qu'ils n'avoient pris que le bas , et que tout ce qui étoit en haut étoit encore à la disposition des médiateurs, et qu'ils en pouvoient ordonner comme ils le trouvéroient à propos pour l'usage commun des parties. Les Français ne furent point satisfaits de ces raisons, et menacèrent de rompre le congrès. Nou» fîmes tous les efforts possifiles pour apaiser ces différends, et pour cet effet nous obligeâmes les alliés à consentir de ne s'assembler plus dans la maison de ville jusques à ce que nous eussions dressé des propo*

DU CHEVALIER TEMPLE. [1677] ai3

sitions dans les formes pour prier les parties que, pour leur commodité et pour leur soulagement, elles YOtdussent s'assembler dans une salle de la maison de ville , ou tout au moins que les deux alliances prissent chacune une chambre , pendant que nous nous assemblerions dans une autre, afin d'être prêts à faire Toffice de notre médiation. Cet expédient fut accepté, et nous marquâmes les chambres pour nous et pour les parties^ mais nous fûmes obligés d'en marquer deux différentes pour les ambassadeurs de France et pour ceux de Suède , parce qu'ils ne voulurent jamais céder les uns aux autres, ni tirer au sort, comme avoient fait ceux d'Espagne et de Danemarck.

Il restoit une autre difficulté qui regardoit particulièrement le Roi. Les Français, les Espagnols et les Impériaux avoient insisté à l'ënvi lés uns des autres que dans les nouveaux pleins pouvoirs il fût fait mention de la médiation du Pape, aussi bien que de celle de Sa Majesté. Les Hollandais et les Danois avoient absolument refusé de traiter sur des pleins pouvoirs où il seroit parlé en aucune manière de la médiation du Pape. Nous avions aussi représenté com-» bien il y avoit de différence entre la médiation du Roi qui avoit été acceptée par toutes les parties, et celle du Pape qui n'avoit été reçue que par quelques princes , et pour laquelle les autres puissances témoignoient tant d'aversion, qu'elles ne vouloient pas souffrir qu'il en fût fait la moindre mention dans les pleins pouvoirs 5 que c'étoient les médiateurs de la part de Sa Majesté qui avoient proposé le lieu du traité , fait réchange /des passe-por.ts , formé le congrès , et méfiagé toutes les i^égociations depuis si long-temps, sans

U étoit arrivé un autre incident pendant mon absence qui avoit fait naître beaucoup de brouilleries* Les allies avoient commencé leurs assemblées dans la maison du comte de Kinski , espérant par là de diriger les résolutions générales , et d'empêcher que l'alliance ne se rompît. Les ambassadeurs de Hollande j qui croy oient être plus intéressés dans la paix que les autres confédérés , témoignèrent du ressentiment contre là conduite et l'intention que ce comte faisoit paroître aux conférences, dans lesquelles, disoientils, il vouloit être le seul dictateur. Ils ne vouloient pas cependant le contredire ouyertement dans sa maison; c'est pourquoi ils s'en allèrent à la maison de ville, et choisirent une chambre pour y tenir leurs conférences avec leurs alliés. Les ambassadeurs de France s'en offensèrent, et prétendirent que les ministres de Hollande ayant entrepris de disposer de la maison de ville sans le consentement des autres ministres, ils avoient violé la neutralité qui devoit durer pendant que l'assemblée seroit là. Les Hollandais répondirent que les chambres qu'ils avoient prises n'appartenoient point à la ville, mais aux nobles de Gueldre ; qu'ils n'avoient pris que le bas , et que tout ce qui étoit en haut étoit encore à la disposition des médiateurs, et qu'ils en pouvoient ordonner comme ils le trouvéroient à propos pour l'usage commun àe9 parties. Les Français ne furent point satisfaits de ces raisons, et menacèrent de rompre le congrès. Nou» fîmes tous les efforts possifiles pour apaiser ces différends, et pour cet effet nous obligeâmes les alliés k consentir de ne s'assembler plus dans la maison de ville jusques à ce que nous eussions dressé des propo*:

DU CHEVALIER TEMPLE. [1677] ai3

sitions dans les formes pour prier les parties que , pour leur commoditë et pour leur soulagement, elles Yotdussent s'assembler dans une salle de la maison de ville, ou tout au moins que les deux alliances prissent chacune une chambre , pendant que nous nous assemblerions dans une autre, afin d'être prêts à faire Toffice de notre médiation. Cet expédient fut accepté, et nous marquâmes les chambres pour nous et pour les parties^ mais nous fûmes obligés d'en marquer deux différentes pour les ambassadeurs de France et pour ceux de Suède , parce qu'ils ne voulurent jamais céder les uns aux autres, ni tirer au sort, comme avoient fait ceux d'Espagne et de Danemarck.

Il restoit une autre difficulté qui regardoit particulièrement le Roi. Les Français, les Espagnols et les Impériaux avoient insisté à l'ënvi les uns des autres que dans les nouveaux pleins pouvoirs il fût fait mention de la médiation du Pape, aussi bien que de celle de Sa Majesté. Les Hollandais et les Danois avoient absolument refusé de traiter sur des pleins pouvoirs où il seroit parlé en aucune manière de la médiation du Pape. Nous avions aussi représenté com-* bien il y avoit de différence entre la médiation du Roi qui avoit été acceptée par toutes les parties, et celle du Pape qui n'avoit été reçue que par quelques princes, et pour laquelle les autres puissances témoignoient tant d'aversion, qu'elles ne vouloient pas souffrir qu'il en fût fait la moindre mention dans les pleins pouvoirs ^ que c'étoient les médiateurs de la part de Sa Majesté qui avoient proposé le lieu du traité , fait l'échange des passe-por.t$ , formé le congrès , et ménagé toutes les i^égociations depuis si long-temps, sans

U étoit arrivé un autre incident pendant mon absence qui avoit fait naître beaucoup de brouilleries* Les allies avoient commencé leurs assemblées dans la maison du comte de Kinski, espérant par là de diriger les résolutions générales , et d'empêcher que l'alliance ne se rompit. Les ambassadeurs de Hollande , qui croy oient être plus intéressés dans la paix que les autres confédérés, témoignèrent du ressentiment contre là conduite et l'intention que ce comte faisoit paroltre aux conférences, dans lesquelles, disoientils, il vouloit être le seul dictateur. Ils ne vouloient pas cependant le contredire ouyertement dans sa maison; c'est pourquoi ils s'en allèrent à la maison de ville, et choisirent une chambre pour y tenir leurs conférences avec leurs alliés. Les ambassadeurs de France s'en offensèrent, et prétendirent que les ministres de Hollande ayant entrepris de disposer de la maison de ville sans le consentement des autres ministres, ils avoient violé la neutralité qui devoit durer pendant que l'assemblée seroit là. Les Hollandais répondirent que les chambres qu'ils avoient prises n'appartenoient point à la ville, mais aux nobles de Gueldre; qu'ils n'avoient pris que le bas, et que tout ce qui étoit en haut étoit encore à la disposition des médiateurs , et qu'ils en pouvoient ordonner comme ils le trouvéroient à propos pour l'usage commun des parties. Les Français ne furent point satisfaits de ces raisons, et menacèrent de rompre le congrès. Nous fîmes tous les efforts possifiles pour apaiser ces différends, et pour cet effet nous obligeâmes les alliés à consentir de ne s'assembler plus dans la maison de ville jusques à ce que nous eussions dressé des propo*

DU CHEVALIER TEMPLE. [1677] ai3

sitions dans les formes pour prier les parties que, pour leur commodité et pour leur soulagement, elles voulussent s'assembler dans une salle de la maison de ville , ou tout au moins que les deux alliances prissent chacune une chambre , pendant que nous nous assemblerions dans une autre, afin d'être prêts à faire l'office de notre médiation. Cet expédient fut accepté, et nous marquâmes les chambres pour nous et pour les parties^ mais nous fûmes obligés d'en marquer deux différentes pour les ambassadeurs de France et pour ceux de Suède , parce qu'ils ne voulurent jamais céder les uns aux autres, ni tirer au sort, comme avoient fait ceux d'Espagne et de Danemarck.

Il restoit une autre difficulté qui regardoit particulièrement le Roi. Les Français, les Espagnols et les Impériaux avoient insisté à l'ènvi les uns des autres que dans les nouveaux pleins pouvoirs il fût fait mention de la médiation du Pape, aussi bien que de celle de Sa Majesté. Les Hollandais et les Danois avoient absolument refusé de traiter sur des pleins pouvoirs où il seroit parlé en aucune manière de la médiation du Pape. Nous avions aussi représenté com-* bien il y avoit de différence entre la médiation du Roi qui avoit été acceptée par toutes les parties, et celle du Pape qui n'avoit été reçue que par quelques princes , et pour laquelle les autres puissances témoignoient tant d'aversion, qu'elles ne vouloient pas souffrir qu'il en fût fait la moindre mention dans les pleins pouvoirs^ que c'étoient les médiateurs de la part de Sa Majesté qui avoient proposé le lieu du traité, fait l'échange, des passe-por.ts, formé le congrès, et ménagé toutes les i^égociations depuis si long-temps, sans

ai4 [^^77] MEMOIliBS

qu'uieun ministre du Pape eût pa?u , et sans qu'il sât s'il seroit reçu en cas qu'il vint, et par qui sa médiation seroit acceptée. Enfin on convint que dans les pleins pouvoirs il ne seroîtfait mention que de la médiation du Roi; de sorte que n'y ayant plus aucune difficulté à régler, tous les actes furent signés vers la mi-février, et remis entre nos mains , après quoi nous en fîmes rechange entre lés différentes parties.

4près que toqs les prélijpdinaires furent réglés , les parties nous remirent de concert leurs propositions ou prétentioiis. Les Français ne demandcient à VEm-r p^reur et à Télecteur de Brandebourg que l'entière resititution du traité de Munster : ils demandoient à l'Espagne la cessioq de toutes les conquêtes qu'ils avoient faites , alléguant, pour fonder cette prêtent tion, que les Espagnols avoient violé la paix. Ils ne demaadoient rien ^uï Etàts-généraux, mais au cou-» tf aire ils leur offroient de renouer amitié avec eux , et de consentir ii un règlement de commerce. L%mpereur, de son c6té, demandoit que la France rendit à lui, i l'Empire, et à tous ses alliés, tout ce qu'elle avoit pris sur eux pendant cette guerre , et qu'elle fît réparation de tous les dommages qu'ils avoient soufferts. Les Espagnols demandèrent la restitution de tou|es les places qu'ils avoient perdues, et un dédommagement de toutes les pertes qui leur avoient* été causées de la part de la France dépuis i665. Le» Hollandais demandoient à la France la restitution de Maëstrîcht, un règlement de commerce-, qu^elle nt- , satisfisiction au prince d'Orange au sujet de sa prin-^ eipai]fté 5 et qpe de part et d'autre on renonçât entièrement à toutes^ sortes de prétentions. Et à t'égarcS

des dommages qu'ils avoient r^us ^ ils direct qu'ils eu feisoient un sacrifice k la paix publique , pourvu que Ton donnât satisfaction à leurs alliés.

Les demandes des rois du Nord et desprinces d'Ak lemagne ëtoient si étendues, que je ne les rapporterai point. Je dirai seulement qu'elles se réduisoient à ceci : que tous ceux qui avoient fait des conquêtes prét^ndoient les garder entièrement, et que tous ceu:c qui avoient perdu dans cette guerre prétendoient la restitut^n de tout ce qu'on leur avoit pris , et la ré* paration des dommages qu'ils avaient s^ouiferts. Le comte de Kinski remit aussi entre nos mains les prétentions du duc de Lorraine, scellées comme les autres; mais nous ne les ouvrîmes pas, parce que les ambassadeurs de France nous dirent qu'ils n'avoient pas reçu de leur cour des contre-^Nrétentions sur le duc de Lorraine, et qu'ils croy oient que c'étoit à cause qu'il n'avoit point paru de ministre au congrès de la part de ce prince. A la vérité ils n'avoient jamais dé* claré leurs prétentions contre la Lorraine depuis la mort du dernier dite , et il auroit été très-difficUe à leurs ministres et à leurs avocats , quelque habiles qu'ils fussent, de les pouvoir dresser : c'est pourquoi ils trouvèrent à propos de l'éviter , et remirent cet mr-* ticle à un autre temps qu'ils seroient en état de pr&r scrire les conditions de la paix , au lieu d'en traiter.

Ces propositions firent juger à tout le monde e^ que les gens éclairés avoient jugé auparavant, qu*OQ ne devoit point attendre la paix par ce traité dans lc)s circonstances oà étoient les affaires , et qu'il n'y au-r roit que le$ événemens de la guerre qui pussent dé-r terminer les parties à que^ue conclu^on.

2l6 [1677] MÉMOIRES

J'allai le 224 février 1 voir le prince à sa maison de Soësdick, qui n'est qu'à une journée de Nimègue, suivant ujjte lettre que Son Altesse m'avoit fait l'honneur de m'écrire pour m'en prier. U ny avoit que huit jours que je lui avois écrit par ordre du Roi, et c'étoit^sur cela que le prince vouloit m'entretenir. Je lui dis / ce que cojitenoient les lettres que j'avois reçues. U me demanda si elles étoient de la main du Roi j ou si elles venoient seulement de ses ministres : je lui répondis que c'étoit le secrétaire d'Etat Williamson qui m'avoit écrit par le commandement du Roi. Le prince mre dit alors quil savoit d'où elle^s venoient, mais que cependant il me prioit de lui faire voir ce qu'elles contenoient. Ces lettres marquoient que le Roi s'étoit aperçu que le prince n'avoit pas compris sa pensée ; que les conditions dont Sa Majesté > parloit n'étoient pas des propositions, puisqu'elle ne se croyoit pas obligée d'en faire, et que même elle n'avoit. pas d autorité pour cela, mais seulement une marque de la confiance qu'elle avoit au prince; que l'échange de Cambray étoit proposé comme une chose qu'on devodt souhaiter, parce qu'au lieu de cinq places dont le prince demandoit la restitution, il faudroit, par le plan de Sa Majesté, que les Français en rendissent six ; que cela seroit une espèce de double frontière à Bruxelles, et laisseroit par conséquent la Flandre en un état plus sûr que celui que le prince proposoit 5 et que c'étoit pour cela que le Roi prioit le prince d'y penser un peu plus sérieusement, et de ne. pas témoigner à cet égard tant d'indifférence et de froideur qu'il en marquoit par sa dernière lettre , sans essayer ce qu'on en pourroit

tirer. Le secrétaire d'Etat ajoutoit à toutes ces réflexions que si le prince avoit quelques propositions à faire à la France, le Roi les lui proposeroit promptement, et de la manière la plus avantageuse qu'il le pourroit.

Pendant que je lisois cette lettre , le prince eut à peine la patience d'en entendre la lecture. Le style du chevalier Williamson lui étoit toujours si désagréable, et tout ce que je venois de lire lui paroissoit si artificieux, qu'il le reçut d'abord avec indignation et avec mépris, au lieu d'y faire les réflexions qu'on lui demandoit. U me dit que. ces mots àe froideur et à^ indifférence venoient de milord Arlington -, que la double frontière pour Bruxelles étoit de la crème fouettée du secrétaire, qui n'é toit bonne que pour les enfans^ et que tout le reste étoit de la façon de l'ambassadeur de France , qui vouloit continuer un traité particulier avec lui par le moyen du Roi, pendant que son maître iroit en campagne. U répondit en termes fort clairs qu'il avoit assez pensé k cela , et qu'il n'avoit plus rien à dire sur ce sujet ^ que la dernière fois qu'il m'avoit entretenu à La Haye il croyoit qu'on auroit.pu obtenir des conditions plus avantageuses que celles qu'il proposoit , si le Roi avoit voulu les demander à la France , soit par affection pour lui ou pour l'intérêt de sa couronne ^ qu'il étoit fort fâché de trouver les sentimens du Roi si éloignés des siens, et que s'ils venoient à changer il seroit bien aise de le savoir : mais qu'il regardoit présentement la campagne Comme commencée, et qu'il croyoit qu'à ce moment-là ie canon jouoit devant Valençiennes-, qu'il ne voyoit plu3 aucune espérance de la paix , mais qu'il s'atten-

21 8 ['677} MÉmOlRES ^

doit à une langue guerre , à moins que la Flandre ne fât perdue , et que si cela arrivoit il falloit que les Etats traitassent sur les conditions les plus aTanta-* geuses qu'ils pourroient ; qu'il s'attendoit k un fort mâchant commencement de campagne, à y faire lui^ même une triste figure, et à porter le blâme des fautes que les autres feroient ; mais que si l'Empereur ém-soit ce qu'il aToit promis , la campagne pourroit finir autrement qu'elle n'ayoit commencé ; que quand on étoit à la grand'messe on y ëtoit , voulant dire , je pense, par là, que lorsqu'on y est il &ut attendre qu'elle soit dite , à cause que la foule est si grande qu'on n'en sauroit sortir •, qu'il remercîoit le Roi de l'offre qu'il lui faisoit de faire savoir à la France les propositions qu'il voudroit faire, mais que cela n'avoit jamais été sa pensée, et que s'il avoit eu ce dessein-là il auroit aisément trouvé un chemin plus court; que son intention avoit été seulement de faire confidence à Sa Majesté de ses sentimens au sujet de la paix , dont il eût souhaité lui être entièrement redevable; mais que si le Roi Vouloit faire àû roi de France d'autres propositions , il le devoit faire de la part de toute l'alliance , et non pas de la sienne.

Après cette conversation, le prince partît ince^ samment pour La Haye ; et moi je retournai à Niniègue, où toutes les négociations demeurèrent entièrement en suspens jusque vers la fin du mois d'avril - M. Stratmann, un des ambassadeurs de l'Empereur , et M. Christin , un des ministres d'Espagne , arrivèrent environ ce temps-là ; mais ce dernier et do^ Pedro Ronquillo ayant prétendu les mêmes honneur^ que les ambassadeurs, bien qu'ils n eussent que 1^

DU CHEVALIER TEMPLE. [1677] 2ig

titre de plënipotèntiÉires, et ayant été refusés par les Français et par les Suédois, ils demeurèrent incognito jusqtfà Parrivëe dû marquis de Batbacès.

M. Stratuiann fit notifier en tiiéme temps , à ce qu'il dit, son arrivée à tous les ambassadeurs : celui de Danemarék et ceux dé Suède lui rendirent les |>remièeèt vMtèsly et ensuite ceux de France. Ce ministre ia reiidiÉ premièrement aux médiateurs, ensuite aq\ ministres de Suède , celui de Danemarck étant hor^ de ville*, après qm>i il envoya demander une heure à ceux de France : mais le maréchal d'Estrades répondit que M. Stratmann ayant manqué de respect au Rdi leur maître, ils ne vouloient point recevoir de visite de sa part. Là-dessus messieurs Kinski et Stratmann nous prièrent de demander aux ambassadeurs de FrÉbce pour quel sujet ils refnsoient leur visite, parée qu'ils ne pouvoient pas s'imaginer le prétexte qu'ils en avoient, à moins, dirent-ils, que la France ne prétende la préséance sur toutes les autres couroniies, et qu'en conséquence de cette prétention ses ambassadeurs ne se soient attendus que nous leur rendrions la première visite , bien que les ministres des autres rois nous aient visités les premiers. Ils souhaitoient de tout leur cœur que les Français voulussent avouer que c'étoit pour cette raison , parce qu'ils espéroient que cela lés brouilleroit avec nous et avec les ministères de Suède, qui n'aurions pas manqué de nous déclarer contre cette prétention. Mais les Français, quelque instance que nous fissions, se tinrent toujours à leur première réponse, que M. Stratmann avok manqué de respect au Roi leur maître , qu'il l'avoit fait à plusieurs égards, et qu'il savoit bien lui-

même en quoi; qu'ils ne vouloient pas entrer plus avant en matière sur cet article, et qu'ils ne vouloient point absolument recevoir sa visite.

Pendant que ces petites affaires servoient à amuser le congrès, les principaux points du traité se mënageoient en campagne. Les Français avoient bloque Cambray et Valenciennes vers la fin de février; ils avoient d^ailleurs pendant Thiver rempli leurs magasins de toutes sortes de provisions pour Fentretien de leurs forces : de sorte qu'ils furent en état d'entrer en Flandre et dans l'Allemagne de l'autre côté du Rhin. Ce fut dans ce pays-là particulièrement qu'ils exercèrent les plus cruels ravages qu'on pôuvoit pratiquer, brûlant et ravageant tout d'une manière si extraordinaire, qu'on n'avoit rien vu de semblable depuis le commencement de la guerre. Les alliés portèrent plainte au Roi contre cette nouvelle et barbare manière de faire la guerre ; Sa Majesté employa tous les offices envers la France pour empêcher qu'on n'agit si cruellement pendant qu'on traitoit de la paix par sa médiation : mais l'affaire étoit faite , et les Français avoient réussi dans ce qu'ils s'étoient proposé, qui étoit de ruiner entièrement le pays, afin que les troupes impériales n'y trouvassent aucune chose pour subsister si elles vouloient entrer en Alsace, et que par ce moyen rien ne les empêchât d'employer toutes leurs forces en Flandre, avant que les Hollandais fussent en état de se mettre en campagne pour secourir les places qu'ils avoient dessein d'at-taquer.

Le roi de France mit le siège devant Valenciennes au commencement de mars, et malgré la rigueur d^

la saison il prit la place le 17 du mois. De là il se mit en marche avec une puissante armëe , et assiégea Cambray, pendant que le duc d'Orléans assiégeoit Saint-Omer avec un autre corps de troupes. Cambray se rendit par capitulation, après cinq jours de tranchée ouverte^ mais la citadelle se défendit encore quelque temps.

Cependant les Etats ayant reçu Targent que l'Espagne leur devoit, et voyant que les Français cherchoient seulement à les amuser par le traité pendant qu'ils exécutoient le dessein qu'ils avoient contre la Flandre, résolurent de continuer la guerre encore une campagne. Le prince d'Orange les avoit pressés si viyement sur l'observation de leurs traités, et leur avoit si bien représenté le grand intérêt qu'ils avoient dans la conservation de la Flandre, qu'il leur avoit fait prendre cette résolution. Sur le premier mouvement des Français , le prince avoit donné les ordres nécessaires à son armée, et pressé l'Espagne de tenir les siennes prêtes à le joindre; il avoit aussi, avec une peine incroyable, pourvu à la subsistance de ses troupes en Flandre, de quoi les Espagnols ne s'étoient pas mis en peine. Cependant, malgré toute sa diligeace et tous ses soins, il ne put pas arriver assez à temps pour secourir Valenciennes ni Cambray. Le prince voyant que ces ^exxyi places étoient prises, marcha droit à Saint-Omer , résolu de faire lever le siège , et de donner bataille avec les troupes des Etats seulement, les Espagnols n'ayant pas été en état de le. joindre. Le duc d'Orléans ayant eu avis de la marche des Hollandais , laissa un petit corps de troupes à la garde des tranchées , et s'avança avec le reste

1k1% \l&T]\ MÉBIOIRKS

de son année ponr donner combat au f)rince. U fut joint en chemin par le maréchal de Luxembourg avec un gros détachement de Tarmée du Roi , qui n*avoit gardé avec lui que le nombre de tr^Nipes qui lui étoient absolument nécessaires pour continuer le ' siège de la citadelle de Cambray. Les armées se rein contrèrent à Mont-Cassel , et combattirent avec bèau*coup de bravoure*,. mais, après une vigoureuse dispute, les premiers régimens de rinfanterie hoUan^ daise commencèrent à plier, et à tomber en désordre. Le prince y accourut, les rallia plusieurs fois, et les ramena à la charge : cependant il fat emporté Im» même par les fuyards , qu'il ne put jamais arrêter. Il en fat si outré , qu'il coupa le visage d'un de ces là* d^es, criant à haute voix : « Coquin, je te marquerai « au moins, afin de te faire pendre* n^ Ni paroles^ si coups, ni menaces, ni exemples, ne furent oapaUes de donner courage à des gens qui l'avoient déjà perdu : de sorte que le prince fut contraint de céder au tor>^ rent, et de se laiisser emporter vers le reste de ses troupes, qui Êiisoient ^gicore ferme. U les joignit; et ayant rassemblé une partie de celles qui avoient été rompues, il fit une retraite qui ne fut guère moins honorable qu'une vict<Hre, et qui contribua beaucoup^ de l'aveu même de ses ennemis, à augmenter cette) grande réputation qu'il s es^ acquise avec tant de jus^ tice. On attribua entièrement à la conduite et à la valeur du prince le salut du re^te de l'armée hollan^ daise , après la déroute de leurs premières ti'oupesé. Cette action fut bientôt suivie de la reddition de Saint-Ointer et de la citadelle de Caiid>ray , qui capi^ tulèrent le olo d'avril. Les Espagnols perdirent par la

DU CHEVAUER TEMPLE. [1677] ^aî

prise de ces deux places les meilleures frootièi^s de 1^ Flandre de ce côtë*là y comme ils avoient perdu dans la dernière guerre les meilleures qu'ils avoieni de Tautre, savoir Ath et Charleroi. Ils perdirent aussi Tespërance de lever des contributions sur les terres de France , qui jusque là avoient fait la plus grande {ttftîe de la subsistance des troupes espagnoles ^ et il ne leur resta plus de place frontière considérable que Namur et Mons du côte de terre , et Ostende et Nieu* port dti côté de la mer. Les autres places des Pays- Bas espagnols ëtoient de grandes i^illes dont on ne pouToit pas attendre de résistance quand les Français trouverôient à propos de les attaquer, et qu'ils se verroient en état de pouvoir épargner assez de monde pour les garder lorsqu'ils s'en seroient rendus maîtres. Les babitans de ces villes étoient en grand nombre \ et d'ailleurs ils avoient une haine si invétérée contre le gouvernement de France , qu il n^auroit pas été possible de conserver ces places sans de fortes garnisons , à moins que par une entière conquête tous les Pay»-Bas espagnols ne fussent devenus français^ ^fc que pour lors ces villes eussent servi de frontière contre les Hollandais et les Allemands , et de th^tre à la guerre, comme sont toutes les nouvelles con-' quêtes.

Les Espagnols croyoient que l'Angleterre et la Hollande ne souffrîroient jamais cela ; et il semblott qu'ils eussent abandonné le destin de la Flandre an soin de ces deux Etats, avec une résignation qui convenoit mieux à de bons chrétiens qu'à de bons politiques. J'ai toujours remarqué , par ce que j'ai vu moifliéme et par ce que j'ai lu dans, les histoires, qu'il n'y

Îàîi4 [^677] MÉMOIRES

a point d'ordinaire de raisonnemens si faux que ceux qu'on fait sur la conduite des princes et des Etats, par les choses qui nous paroissent ëvidemment être le véritable intérêt de leur pays. U faut considérer que les intérêts de ceux qui gouvernent sont toujours différens des intérêts de ceux qui sont gouvernés; qu'il y a des gens qui sont naturellement paisibles, qui n'ont d'autre passion que de conserver ce qu'ils ont; qu'il y en a d'autres, au contraire, qui sont inquiets et turbulens , qui veulent avoir ce qu'ils n'ont pas, et qui se servent pour cela de moyens injustes et violens, s'ils n'en ont pas de légitimes : de sorte que je n'ai point trouvé de meilleure méthode, pour juger des véritables résolutions d'un Etat, que de s'appliquer à connoître le tempérament, l'esprit et l'humeur des princes, et des principaux ministres qui ménagent les affaires. Les Espagnols ne suivoientpas ce principe, et raisonnoient suivant l'intérêt, de chaque nation. Ils savoient que la Hollande sauveroit la Flandre si ellele pouvoit, et que l' Angleterre le pouvoit faire si elle le vouloit; et ils croy oient qu'à la fin elle y seroit obligée par son intérêt, et par l'humeur du peuple. Don Bernard de Salinas, envoyé d'Espagne en Angleterre , et Fonseca qui y résidoit en qualité de consul, contribuoient beaucoup à nourrir leur cour de ces espérances. On peut dire avec justice qu'ils fomentèrent fort adroitement les divisions et les emportemens qui parurent pour lors dans le parlement,; sur*la crainte qu'on eut que les Français ne fissent l'entière conquête de la Flandre et de la Sicile. L'affaire fut poussée si loin, que le parlement présenta une adresse au Boipour

lui représenter le progrès des armes de îa France, et pour le supplier de les vouloir arrêter avant qu'elles^ fussent plus dangereuses à l'Angleterre (St à leurs autres voisins. Don Bernard de Salinas dit à quelques membres des communes que cette adresse avoit tellement irrité le Roi, qu'il avoit dit que cettx qui eh étoient les auteurs étoient une bande de coquins; Cela fit grand bruit dans la chambre des communes, et le Roi prit cela comme un effet de la malice de Salinas, ou tout au moins comme un dessein d'animer la chambre des communes ; c'est pourquoi il lui ordonna de sortir du royaume dans un certain temps; Cependant le parlement fit une autre adre^e sur le même sujet, pour prier le Roi de faire une ligue offensive et défensive avec les Etats-généraux^ afin de s'opposer aux .progrès des armes de la France. Sa Majesté prenant cette prière comme un attentat sur ses prérogatives , fit une rude réponse , et prorogea le parlement jusqu'à l'hiver suivant.

Cependant les Français eurent tant d'égard aux murmures qui s'étoient élevés en Angleterre sur le soupçon qu'on y avoit qu'ils avoient formé le desseiii de faire une entière conquête de la Flandre, qu'après s'être emparés de ces trois importantes places (0 ils dispersèrent leur armée , et le Roi s'en ^retourna à Versailles. Dès qu'il y fut arrivé , il écrivit à Sa Majesté que pour faire voir qu'il n'avoit point intention de conquérir la Flandre , mais qu'il étoit au contraire dans le sentiment de faire une paix générale , il consentoit à une trêve , malgré les grands avantages qu'il avoit et les grandes armées qu'il tenoit sur pied,

(f) Trois importantes places : Valencienncs, Saint-Oraer et Cambray.

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pQiMTiji que les Suédois ses aJliés y voulussent consenti? : de quoi il prioît Sa Majesté de s'infonaer ellemême ^ puisqu'il ne lui éloit pa» possible de le faire, n'aydnt pas 1^ liberté d'envoyer des courriers enSuède. lies ^ambassadeurs de Fra»ace puUièrent le contenu de celte Jiettre parmi tous les ministres desalUés^ mais cela ne fut pas reçu de la manière qu'ils avoient espéré, et jugèrent tous qije c'étoit un artifice grossier. M. Beverning lui-même , quoique le pl|i& ardent pour la paix, prit cette offre en fort mauvaise part. Il dit Oltvert^ment à ce sujet que les Erançais mjéritpient d*étre loués en ce qu'ils ne négligeoient aucune oc-* casion imiportante, non pas même un amusement ; que les Français avoient donné leur coup, et qu'ils vouloient empêcher les confédérés de donner le^ leurs; que la condition du consentement de la Suède étoit un moyen fort aisé d'éviter la trêve si les alliés Taceeptoient;; que cette trêve ne pouvoit pas se faire, parce que la Flandre ayant perdu toutes ses place» frontières, elle pourroit être emportée dans un raomeat à la première invasion *, que les villes dont les Français s'étoient emparés deviendroient pendant la trêve entièrement fraifeçaises, et que par cwséquesl il seroit plus difficile de les regagner ou par la paii ou par la guerre; que pour kii il souhaitait la paiiE, malgré les raisonnement politiques de M. Van-Beuninghen et des autres ministres des CQnfédérés en Ai>gleterre; et<{ue nonobstant leurs intrigues, et ce qu'ils disoient sui ce sujet, il étoit assuré que le;Roi ne s'enr gageroit jamais dans la guerre pour sauver quelque ville de Flandre. Cette persuasion Jui Jaisoit embrasser tous les moyens qu'il croyoit propres pour avan-

cer la paix • et lui fit faire , an sentiment de qiielitjtiésuns, plus d'avances que sa commission ne portoit, lesquelles d'ailleurs étoient fort mal concertées avec les dëmarches des alliés. Il nous apporta vei^s la miavril un projet de traité de comitterce entre les Etats, la France et la Suède, et nou^ pria de le vouloir communiquer aux ministres de ces deux couronnes; ce que nous fîmes seulement pour la forYne, sachant Ûen qu'iMedr avoit déjà été communiqué parléis attibassadeurs de Hollande même. Quelques jours après ils entréreal en conférence sur ce projet dans la Wâtson des ambassadeurs de France, qui ne parurent pas beauccmp éloignés de ii^e que les Hollandais détnàndoient pour leur commerce \ ce qui faisoit pourtant à leur égard la plus grande difficulté du traité.

Sur la fin d'avril 1677 , les ministires des alliés nous apportèrent leurs réponses par écrit aux propositions dÉrlfl France; et ils offrirent de les remettre entre nos mains lorsqtie nous les assurerions que les ambassadeurs de France et de Suède seroient prêts de donner les leurs. Nous communiquâmes à ces ministres la proposition des alliés; mais ceux de France refusèrent positivement de répondre par écrit , et ils alléguèrent pour justifier leur sentiment l'exeînple du traité de Munster, et ^e d'ailleurs il étoit à craindre qu'on n'en vînt aux injures et aux invectives dans les écrits; ce qu'il éloit bon d'éviter. Les alliés persistèrent pendant quelque temps, saïis vouloir se désister de donner leurs réponses par écrit; mais enfin ils consentirent les uns et les autres à l'expédient que nous proposâmes : ce fut que chaque parti nous dicteroit ce qu'il siurdit dessein de dire à l'autre ; que nous en mettrions

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DU CHEVALIER TEMPLE. [1677] %^g

tranchâmes net sur cet article; nous leur déclarâmes que nous étions résolus de n'avoir aucun coiàmerce avec le nonce du Pape, soit dans les fonctions de hotre* charge ou dans les affaires de cérémonie -, et que les' ordres de notre cour étoient si précis sur ce sujet,qu'il n'y avoit aucun milieu à prendre. Le jour suivant , messieurs Colbert et d' A vaux vinrent exx cérémonie nous communiquer l'arrivée du nonce , et nous dirent qu'il avoit dessein de nous faire la première visite s'il étoit assuré d'être bien reçu. Nous leur répondîmes ce que nous avions déjà répondu aHx ministres de Suède et deDanemarck; et bientôt après tous les ministres des princes protestans à Nimègue suivirent notre exemple , et résolurent de n'avoir aucun éommerce.avec le nonce.

Environ dans leimême temps, les parties consenti-^ r€fnt à répondre par écrit aux- propositions les uns des autres, et de les mettre entre nos mains pour en faire l'échange. B y eut bien de la peine et nous employâmes bien du temps pour les obliger à cela, et encore ne voulurent-ils pas s'engager à suivre la même méthode à l'avenir. Cette réserve n'étoit pourtant p^s fort nécessaire; car j'estime que cette démarche fut la seule qui se fit pour un trai,té général , auquel ces réponses n'avoient pas plus de rapport que les propositions mêmes.

Le marquis de Balbacès, premier ambassadeur d'Espagne, arriva le dernier jour de mai 5 et presque dans le même temps milord Berkley s'en retouri^pi en Anglesterre, où il mourut, après avoir langui le reste de l'été.

Le 7 de juin, les ambassadeurs de Hollande nous apportèrent le projet d'un traité entre eux et la France,

îi^ \ 0^77] MÉMOIRES

digéH en articles suivant toutes les formalités^ et nous dirent que , dans une conférence qu'ils avoi^t eue sur ce sujet avec les ambassadeurs de France, i)s étoient à peu près convenus de tous ces points, et que tout au moins il n'y en avoit que deux au siyet du commerce qui ne fuss<^t pas entièrement réglés; mais qu'ils croyoient les terminer entièrement dès queies ministres de Frani» auroient reçu réponse de l<^ur jSQUr sur leur dernière dépêche , et qu'au^tdfc que leur traité seroit fini ils emploieroient leurs offices, en tipe leurs alliés et les Français/Tous les arti^* çle^ evfine les Français et les Hollandais furent effisctivemçjQt oQncius au commencement de juiUet, et M. Beverning commença dèsJors à^ faire TolOSce <te médiateur, et même quelque chose de plua; il poussa i^si^Uiés à la paiic d'une manière &rt pressante çt un pQU rude, et avec plus d'jempressement» au sentiment de quelques-uns, que ses maîtres ne le lui avoieiit or^ douM^ à quoi il y avoit quelque apparence , puisque h^ Çt$ts prétendoient toujours être attachés à leurs alliés. Cependant M. Beverning disoit publiquemont que Van^Beunliflghen et les ministres d'Espagne à la cour d'Angleterre en imposoiept à tous leurs amis en Hollande, en les flattant de T^pérance que le Roi entreroil dans la guerre , ou tout au moin» qulii pver* scriroit aux parties un plan de. paix* Beverning na croyoit ni l'un ni Fautre, et préliendoit être moralement-assuré de^son opinion, sur quoi il fondoât la nécessité df la paix.

Lq duc de Zell commença pour lors à faire des dîf-* ficultés sur les cinq mille hommes qu'il avoit promis aux alliés, ej. refusa de les envoyer à moins de qi^l—

DU CHEVALIHl TëML>LË. [1677] lîî

ques nouvelles stipulations^ Les Fran^iis oSnt^tit dans le même temps une garantie à la maison de Lu** nebourg pour toutes les conquêtes que ces princes avoietit'faites sur la Suède dans le dueli^ de l^ré^e, pourvU' qu'ils voulussent embrasser la neutralité \ ce qui donna de grands t>mbrages aux alliés aussi bieîi qu à la Snèàt , et leur fit craindre que la France et la maison de Brunsvdck ne fussent sur le point dé pren-^ dre quelques mesures particulières. Les Hollandais, d'un autre côté, se trouvèrent fort eitibarràssés sur des avis qu'ils reçurent de Vienne et de Madrid que don Juan d'Autriche traitoit d'une paix particulière avec les Français , et qu'une des conditions éloît que l'Espagne céderoit 4 la France les Pays-Bas , él que les Français renonceroient au fioussillon et à la St^ cile. Les confédérés firent lànJessus de grandes in»* stances en Angleterre pout obliger le ft^ à rappeler ^es troupes qui étoient encore au service de la France, parce qu'ils attribuofent la plus, grande partie des succès des Français en Allemagne à la bfavoure do9 troupes anglaises \ mais Sa Miajesté s'en excusa sur la qualité de médiateur, el sur ce qu'elle avoit un plus grand nombre de troupes au service des alliés qu'il n'en avoit en France. Cette réponse fit perdre aux <^il£édérés l'espérance qu'ils avoient eue jusqu'alors que le Roi relèverait leurs at&ires languissantes,^ et ils la regardèrent comme un triste présage de œ qu'ils defoient attendre de ce côté-là à l'avenir* Le» grandes espérances qu'on irvoit conçves des actions que les Impériaux àvoient promis de faire sur le Rhin cette campagne commencèrent «Ussi à s'évanouir, parce cpie leurs troupes ne trouvèrent aucune subsis-

aSa [1677] MÉMOIRES

tancé dans les pays que les Français avoient ravages au commencement de Tannée , pour prévenir la marche des Allemands. Le prince d'Orange ayant observé toutes ces circonstances , et voyant que, selon toutes les apparences, la campagne se passeront sans action en Flandre, puisque les Français ne vouloient pas en venir à une bataille , et qu'il n'étoit pas en état d'entreprendre un siège à la vue de l'armée de France, qui pourroit venir au secours, il jugea que les alliés n'avoient plus d'autre ressource que l'Angleterre : c'est pourquoi il y envoya M. de Benting, pour prier le Roi d'agréer qu'il y fît un voyage dès que la campagne seroit finie. Sa Majesté répondit fort civilement, içais elle témoigna qu'elle souhaitoit que le prince songeât premièroment à faire la paix, et qu'il différât son voyage jusqu'à ce qu'elle fut conclue.

Vers la mi-juin, mon fils me vint trouver à Nimègue , et m'apporta des lettres.de milord trésorier, par lesquelles il me marquoit que lé Roi m'ordonnoit de passer en Angleterre pour prendre possession de la charge de secrétaire d'Etat. 11 ajoutoit que M. Coventry avoit offert à Sa Majesté de s'en démettre moyennant dix mille livres sterlings; que là-dessus le Roi avait dit qu'il en paieroit cinq mille pour moi^ et que je* donnerois le reste-) que cependant il ne doutoit point que le Roi ne fît encore quelque autre chose , afin de m'aider à payer cette somme. Je fis incessam* ment réponse à r&ilord trésorier, pour remercier Sa Majesté de la bonté qu'elle avoit pour moi ^ mais je ni'excusai en même temps d'accepter cette offre, : j'alléguai que je n'étois pas en état de compter une si grosse somme ,'parce que mon père vivoit encore , et

qu'il jouissoit de tout le bien de la famille ; et que du moins je priois Sa Majesté de différer jusqu'à ce qu'on vît le tour que le traite prendroit. Le 2 de juillet, le sieur Smith ^ un des messagers du Roi (0, arriva à Nimègue, et m'apporta, pour réponse à mes lettres, un ordre du Roi par lequel Sa Majesté m'ordonnoit de me rendre incessamment à bord d'un yacht qu'elle avoit envoyé expressément pour moi , afin de me passer en Angleterre. J'obéis, et je partis de Nimègue sans aucune cérémonie, sous prétexte que quelques aiFaires m'appeloieat en Angleterre ; mais je ne dis le sujet de mon voyage qu'à mes meilleurs amis.

Le Roi me fit plusieurs questions sur mon voyagé et sur le congrès, et il me querella agréablement sut la grande dépense que nous lui faisions pour rien. Il me demanda aussi des nouvelles du chevalier Jenkins, comment je Tavois instruit, en quelle estime il étoit parmi les ambassadeurs, et plusieurs autres choses divertissantes sur ce même sujet. Après quelque temps de ôonversation, Sa Majesté dit que je savois fort bien pourquoi elle m'avoit ordonné de venir 5 qu'il y avoit loi^-temps qu'il avoit ce dessein-là ; mais que cependant je nedevois pas l'en remercier, puisqu'il ne connoissoit personne que moi qui fût capable d'occuper ce poste. Je répondis au Roi que ce qu'il me disoit étoit fort à mon avantage , mais que c'étoit un méchant compliment à ma nation, et que je croyois qu'elle ne méritoit pas ce reproche^ que j'étois persuadé qu'il avoit plusieurs personnes qui étoient ca-

(1) Messagers du Roi : On appelle ainsi des gens attaches aux bureaux des secrétaires d'Etat, c|ui servent d^hnissiers et de courriers p#ur exécuter les ordres des secrc'taiics.

î34 [^677] MÉMOIRES

pables de remplir cet emploi , et quelque autre que ce fut-, et que j'en pourrois nommer deux sur-lechamp qui ëtoient plus capables d'être secrétaires d'Etat que moi. Le Roi me dit en riant : « Miez- « vous-en à Sheene-, je vois bien que nous ne pour-. « rions avoir raison de vous que vous n^ayez été là ; « et quand vous vous serez reposé, revenez-vousa en ici. » Je 'ne l'ai jamais vu de meilleure humeur qu'il étoit alors, et je n'ai point trouvé de conversation plus charmante que la sienne cpiand il vouloit se familiariser. Il avoit l'imaginatioii fort vive , l'esprit agréable , une connoissance des choses extrêmement étendue, et le jugement plus solide qu'on ne Tauroit cru , vu la manière libre et naturelle avec laquelle il agissoit. Tout son but étoit de passer sa vie dans un repos et dans une tranquillité perpétuelle ; il auroit souhaité aussi que tout le monde eût voulu faire de même , et il auroit été ravi de voir tous ses sujets contens, et d'être en état de ne refuser jamais à personne ce qu'on lui demandoit. Mais, tf un autre côté, la facilité de son tempérament lui faisoit embrasser les sentimens de toutes les personnes en qui il avoit de la confiance , quelque différens qu'ils fussent de Ceux qu'il avoit eus auparavant -, il étoit d'ailleurs fort sujet à* s^ défaire des gens qu'il employoit lorsqu'il s'imaginoit qu'ils l'avokmt engagé dans quelques embarras : de sorte qu'il ne paroissoit rien de stable ^ ni même aucun but certain ni réglé , dans toute la conduite de ses affaires. Cependant on peut dire avec justice qu'il avoit toutes les qualité pour s'attirer l'amour et l'estime de tous les hommes, et que jamais prince n'a eu moins d'orgueil et de vanité, et n'a été si ennemi de

^ la flatterie, dont le seul soupçon lui rendoit les gens insupportables. Son humeur, dont je viens de parler, lui fit liégliger plusieurs occasions de rendre sa couronne plus glorieuse qu'elle n'étoit; et il semble que, malgré son indifféreace à cet égard , tout conspiroit à lui présenter les momens les plus favorables qu'il {m>u^ voit souhaiter pour se rendre le plus glorieux prince du monde. Cette négligence donna lieu aux desseins s^inbitieux d'un prince voisin -, et il est certain qu'il doit sa grandeur et le bruit qu'il a fait dans lé monde au:K soins et aux artifices dont on se servoit pour mé-> nager l'esprit facile du Roi, et à l'indifférence qu'il ayoit pour la guerre, s'il m'est permis de parler ainsi»

Je deme^urai deux jours à Shéene, et pendant ce temps-là quelques amis de M. Coventry firent si bien qu'ils le portèrent à déclarer qu'il ne se démettroit pa$ de sa charge , à moins que le Roi ne lui donnât permission de nommer une personne pour lui succéder dtns ja place de secrétaire d'Etat, et duquel il pût recevoir tout l'argent qu'il vouloit avoir pour sa démissioi;^ , sans que le Roi en demeurât chargé d'une partie^ Lorsque je vins en cour, le Roi me dit dans son Ci^liinet ce qui s'étoit passé le jour auparavant en^e lui et M. Coventry sur ce sujet. Sa Majesté me dit qu'elle n'entendoit point ce qu'il vouloit dire, ni le fin de cette affaire 5 que c'étoit Coventry lui-même qui lui avoit proposé sa démission, sous prétexte que sa santé ne lui permettoit plus de remplir cet emploi ^ qu'it étoit convenu du prix qu'il en vouloit, et qu'il avoit arrêté toutes choses avant que j'eusse reçu ordre de paFtâir : mais que présentement i] avoit changé de langage, et quil disoit quil ne quitteroit pas son^m«

a36 0^77] MÉMOIRES

ploi si on ne lui donnoit la permission de nommer une personne pour lui succéder, et qu'il ne croyoit pas. avoir rien fait qui pût obliger le Roi de l'en chasser. Sa Majesté ajouta qu'elle étoit résolue de le prendre à sa parole, et quelle lui avoit déclaré que c'étoit sa volonté , et qu'il y pensât. Je représentai là-dessus au Roi combien M. Coventry avoit été fidèle au Roi son père, et à lui-même 5 les grands services qu'il lui avoit rendus dans la charge de secrétaire. d'Etat 5 combien il lui eri pourroit rendre encore dans la chambre des communies, où il avoit beaucoup de crédit, et où Sa Majesté en pourroit avoir besoin, à cause du mauvais état de ses revenus-, d'ailleurs combien cette action seroit contraire à son inclination naturelle et à sa coutume : que pour moi en particulier je prendrois comme une marque de bonté si Sa Majesté vouloit différer ce changement jusqu'à ce qu'on pût voir le train que prendroit le traité ou la guerre -, et que cela m'obligeoit de la supplier de ne forcer pas un habile secrétaire d'Etat à quitter son emploi, pour en prendre un autre qui ne setoit pas si éclairé , et qui y avoit même de la répugnance 5 et que M. Coventry demeurât dans ce poste jusqu'à ce qu'il parût plus disposé à s'en défaire. Le Roi me dit qu'il corisentoit à laisser dormir cette affaire pendant quelque temps, ne doutant pas qu'un de nous deux ne changeât bientôt de sentiment.

Cependant le sujet de mon voyage fut divulgué : milord Arlington et plusieurs autres personnes me demandoient quand. on m'en pourroit féliciter, et déjà on comme nçoit à m'importuner pour avoir des emplois sous moi. Cela me rendit la cour insupportable^

et redoubla Tamour que j'avois pour la campagne , où je demeurois le plus qu'il m'étoit possible. Je venoîs pourtant quelquefois en cour, et Sa Majesté m'honora plusieurs fois de sa conversation dans son cabinet, sans autres témoins que le duc ou milord trésorier; mais le plus souvent nous étions seuls. Ces conver^ sations rouloient ordinairement sur la paix, et sur lé voyage du prince d'Orange en Angleterre. Le Roi témoigna beaucoup de désir pour le premier article, mais non pas pour le second, à moins que la paix ne fat auparavant conclue. U dit que le parlement ne seroit jamais en repos, ni favorable à ses desseins, pendant que la guerre dureroit ; qu'il s'étoit mis dans la tête de l'y engager malgré qu'il en eût; qu'il prenoit pour prétexte le bien public et les dangers qu'il y avoit à craindre de la France , et qu'il y avoit peutêtre plusieurs personnes entre les membres qui le composoient qui agissoient effectivement par cei motifs; mais que ces divisions et ces emportemens avoient été fomentés par des chefs de parti qui, ayant toujours en vue leur propre avantage, le vouloient engager dans la guerre et l'y laisser, à moins qu'ils ne pussent disposer des emplois à leur fantaisie; qu'il ne pouvoit pas se résoudre à se mettre si fort à leur merci qu'il y seroit s'ils l'avoient une fois engagé dans la guerre; que d'ailleurs il s'apercevoit que plus elle dureroit, et plus elle seroit au désavantage des con« fédérés; que la Flandre achevoit de se perdre tous les jours; que la conduite de l'Espagne perdroittout infailliblement, et que c'étoit ce qui lobligeoit à désirer que le prince fît la paix pour les Espagfaols, s ils étoient assez insensés pour ne la pas faire eux-mêmes ;

que s'il pouvoit convenir des conditions avec le prince, « il éloit assuré que la paix se pourroit faire. ^

Après plusieurs discours sur ce sujet qui durèrent presque un mois, le Roi me dit qu'il souliaitoit que je fisse un voyage vers le prince pour tacher encore de le persuader à faire cela , et pour Tassurer que si ïoïL étoit convenu de cette affaire , il seroLfc ravi de le voir en Angleterre. Le duc et le grand trésorier me pressèrent aussi extrêmement sur cet article; mais, dans une longue conférence que j'eus avec eux à ce sujet, je leur représentai combien de fois j'avais été inutilement employé auprès du prince pour k même dessein ; que je Favois toujours trouvé inébranlable, et que j'ëtois assuré qu'il le seroit encore, à moinsf que le Roi ne lui proposât un autre plan que celui qu'on lui avoit déjà proposé , qui mit pltis b Flandre et sou honneur à couvert ^ que j'avois déjà fait tous mes efforts pour cela , et que je ne pourrois que répéter ce que j'avois plusieurs fois dit, suivant les ordres qui m'en avoient été donnés ; que les réponses du prince avoknt toujours été les mêmes ^ et que cela avoit Éaiit croire à quelques-uns de mes bons amis en cour que j'éqrivois plutôt mes propres pensées que ceUesr de Son Altesse -, que Sa Majesté feroit mieux de faire son* der Tesprit du prince par une autre personne,, afin de voir si ses réponses seroient les mêmes -, et que si elles ëtoient différentes, elle connoltroit au moins que je Tavois mal servi. Le Roi me dit q^ie comme c'étoît une affaire de coufiance entre le prince et lui , elle dêvoit être ménagée secrètement, et qu'il n'avoit personne à M envoyer que moi seul. Je répondis que si Sa IVfajesté me le vouloit permettre j'en nommeroîs

t)U CttEVALIBR TEMPLE. [1677] ajf)

tin : elle me le permit, et je nommai M. Hyde. J'ajoutai que ce gentilhomme ayant déjà assiste au congrès de Nimègue en qualité de médiateur, il pouvoit prendre le prétexte d'y retourner pour y faire lajnérae ronetion pendant mon absence , et se servir de cette occasion pour passer au camp du prince d'Orange; qull pourroit dire à Son Altesse ce que le Roi lui or* donneroit , savoir ses dernières résolutions sur la paix, et se rendre ensuite à Nimègue pour ne donner pas d*ombVage aux alljés- que ce voyage ne feroit pas tant de bruit que le mien en leroit; qu'on en pou* , voit juger par les lettres du chevalier Jenkins,^^ où il ëtoit expres^ment marqué que M. Beverning avoit souhaité qull ne se fit aucun pas dans le traité pen-^ dant mon absence , ayant appris que je ne tarderais pais long-temps en Angleterre , et que Sa Majesté en- Verroit par moi le plan qu'elle avoit fait de la paix. Le duc donna d'abord dans la proposition d'envoyer M. Hyde, et le Roi et le grand trésorier en convinrent aussi après quelque contestation; sur quoi il fut irésoki qu'il partiroit le plus t-6t qu'il seroit possible. Q. partit, et trouva le prince dans son camp. Son Altère ne fut pas moins inflexible cette fois-là sur les conditions de la paix que le Roi proposoit, que je l'avois prévu; et on jugea bien, par les lettres que M. Hyde écrivit au sujet de cette conférence, que j:'avois raisonné fort juste sur cette matière. Ce gentilhomme continua sa route droit à Nimègue, et il m'écrivis: une lettre sur ce qui s'étoit passé entre le prince et lui, dans laquelle il me marquoit qu'il n'av<>it jamais vu tant de fermeté dans aucune personne. Je savois d'ailleuiïsque le voyage de M. Hyde seroit

24o [^677] MÉMOIRES

d*un grand soulagement au chevalier Jenkihs, qui, pour me servir de ses propres termes, ëtoit dans une perpétuelle agonie depuis qu'il étoit seul. Il se dëfioit si fort de son jugement , que , quoiqu'il eût la meilleure intention du monde de bien faire les choses, il ne savoit bien souvent comment s'y prendre, faute de résolution^ et il étoit aussi embarrassé des petites pointilleriés dans les visites et dans les cérémonies qui accompagnoient cette ambassade, que s'il avoit été accablé de grandes affaires. Il étoit d'ailleurs exposé à l'aversion du secrétaire d'Etat Williamson, qui, par le ressentiment de quelque diflférend qu'il avoit eu autrefois avec lui à Cologne , ne laissoit échapper aucune occasion de censurer sa conduite, et d'épiloguer sur ses lettres devant le Roi et le comité du conseil pour les affaires étrangères. Il arriva environ ce, temps-là que les ambassadeurs d'Espagne ayant reçu une nouvelle commission , parurent pour la première fois en public : ils le notifièrent aux Impériaux, qui leur rendirent incessamment visite, et deux heures^ après les Espagnols leur rendirent la même civilité v après quoi ils envoyèrent, suivant les formalités ordinaires, avertir les niédiateurs premièrement, et ensuite tous les autres ambassadeurs. Le chevalier Jeukins se trouva embarrassé , parce qu'il avoit ordre de prendre le pas devant les ministres de l'Empereur aussi bien que devant les autres ambassadeurs, et de ne le céder à personne en cas de contestation. U avoit aussi ordre que quand il se rencontrèroit des difficultés sur les cérémonies qui ne pourroient pas souffrir qu'on attendît de nouveaux ordres , de consulter les autres ambassadeurs, et particulièrement ceux de

DU CHEVALIER TEMPLE. [1677] !k^l

France et de Suède, -qui poussent d'ordinaire ie point d'honneur plus loin que les autres ; et enfin de se gouverner le mieux qu'il lui seroit possible par les exemples. U dëKbëra avec ces ambassadeurs s'il devoit visiter les* Espagnols , puisqu'ils avoient premièrement averti les Impériaux : et il fut conclu quïl leur ferait demander s'ils avoient en cela regarde les mi- ^ uistres del 'Empereur comme amba^adeurs en général, ott bien s'ils avoient fait cette démard>e à leur égard à casuse de la proximité de sang^ui est entre les deux maisons d'Autriche-, que s'ils répondoient qu'ils avoient regardé les Impériaux comme ambassadeurs de l'Empereur , il ne devoit pas les visiter , à eause qu'ils avoient manqué de respect pour les médiateurs, auxquels tous les autres ambassadeurs avoient ^dé ^ oe qu'ils n'auroient pas fait si l'Empereur l'eûf refusé, et qu'il se fût voulu distinguer des autres têtes -couronnées : mais que si les Espagnols répondoient que c'étoit seulement à cause de la proximité de sang qui étoit enti-e les maisons d'Autriche, ni lui ni eux n'y dévoient trouver à redire, puisque ces deux coiironoes avoient fait la même chose à Munster sans que les médiateurs s'en fussent offensés, bien qu'ils fussent i!i)Onces du Pape, avec lesquels par conséquent il o'y avoit point de dispute. Les Espagnols ayant dé- <:îaré par écrit au cfievalier Jenkins que ce qui s'étoit passé entre eux et les Impériaux étoit à cause de la parent^é , et sur le même pied qu'au traité de Munster, il leur rendit la visite, et reçut les leurs. Le secrétjaÀve d'Etat Wiiliamson représenta au Roi que c'étoit* mine désobéissance à des ordres positifs, et qu'il avoit €îédé aux Impériaux-, sur quoijl lui écrivit une rude T. 64- 16

a4« [*^77] MÉMOIEES

lettre , et lui fit des eensures fort aigres. Je me troti-» vai en cour peu de temps .après , et je tâchai de justi^ fier rintention et le procédé de moii collègue : je fis voir qu'il avoit suivi positivement ses ordres; qu'il .^voit consulté les autres ambassadeurs ; qu'il s'étbit conformé au meilleur exemple ^ qui étoit le traité de Munster 5 que s'il avoit rompu avec les Espagnols sur cet article^ il auroit provoqué les Impériaux à décla^ r^r ouvertement qu'ils ne vouloient pas céder aux médiateuris : sur quoi les autres ambassadeurs n'au-* roient jamais manqué de révoquer la concession qu'il» avoient faite , et ainsi on auroit mis en compromis oa peut-être 4)erdu la place d'honneur qu'on avoit ac— cordée à la médiation du Roi. J'eus le bonheur de satisfaire Sa Majesté et ses ministres sur ce sujet, et: j'obtins un ordre pour faire expédier un pardon k mon. collègue, car c'est ainsi qu'on voulut appeler cette &veur ; de quoi ce gentilhomme témoigna autant de re* connoissani^e que si sa faute avoit été bien grande.

On ne fit aucun autre progrès dans le traité pendant le reste de l'été, et l'affaire du duc de Lorraine exerça seule les médiateurs. Tous les alliés en corps pressèrent les Français à répondre aux prétentions que ce prince avoit fait délivrer par le pré^dent Canon 5 mais eux ne pouvant plus se servir de la même excuse dont ils s'étoient déjà servis, formèrent une autre difficulté pour éluder les instances des alliés, et déclarèrent qu'ils ne pouvoient pas répondre au ministre du duc de Lorraine jusqu'à ce que les agens de l'évêque de Strasbourg eussent été reçus dans le congrès. L'Empereur témoigna ppur'cela une répugnance invincible , et protesta qu'il n'entreroit jainais

en traité avec Un de ses vassaux : de sorte qu'il se passa inutilement plusieurs conférences sur ce sujet, dans lesquelles les ambassadeurs de France commencèrent à insinuer aux médiateurs que leur maître n'airoit jamais eu dessein qu'on considérât dans le traité Taffaire de la Lorraine que comme un accessoire.

li'évêque de Gurck et le comte Antoine , l'un principal ambassadeur de l'Empereur, et l'autre du roi de Danemarck, arrivèrent à Ni mègue au mois d'août. Le premier fut d'abord visité par les Espagnols, et il leur rendit incessamment leur visite^ après quoi il envoya notifier son arrivée aux médiateurs et à tous les autres ministres. Ni les uns ni les autres ne firent de difficulté sur cette affaire , parce qu'il déclara ce que les. Espagnols avoient déjà déclaré sur le même sujet, que les premières visites entre les ministres des deux maisons d'Autriche étoiént des visites d'affection et de parenté, et non pas de cérémonie. Le comte Antoine, à son arrivée, tomba dans des difficultés dont on ne put jamais voir la fin : il eut dessein d'envoyer avertir premièrement les médiateurs, <^mme tous les autres ministres avoient fait-, mais les Impériaux en ayant eu le vent, lui envoyèrent dire qu'ils attendoient qu'il rendit la première civilité à l'Empereur 5 et ce fut dans cette occasion qu'ils déclarèrent ouvertement leur prétention , au préjudice de l'honneur qu'on avoit jusque là accordé à la médiation du Roi. Le comte Antoine se trouvant un peu embarrassé, envoya M. Hoeg, son collègue, pour informer les médiateurs de cet incident, et pour les prier d'y trouver quelque expédient 5 mais ils s'en excusèrent sur les ordres positifs qu'ils avoient de pré-

tendre les premières notifications. Les Danois ne Voaloient désobliger le Roi ni l'Empereur : de sorte qne ne trouvant aucun tempérament dans celtie affaire, bien que lès ministres de France et de HoIIailde en eussent proposé plusieurs, le comte Antoine résolut de laisser cette dispute à décider, et de ne recevoir ni tie rendre a^^une visite. U ne laissa pourtant pas d'assister régulièrement aux conférences des ^alliés , de jouer, et de prendre sa partdaiis les autres divertissemens qui se faisoient toutes les fois chez les ambassadrices. Il se ménagea de cette manière pendant les sept ou huit mois qu il demeura à Nimègue. Au reste, è*étoit une personne généralement fort estimée, qui possédoit d'aimables qualités : il avoit les manièresnobles et la conversation charmante-, il ne eédoit aucun ambassadeur en magnificence, et son équipâg et celui dn marquis de Balbacès se firent plus Tetnar quer que tous les autres.

Sur la fin de juillet, le prince d'Orange fit un tentative sur Charleroi : il l'avoit concertée aupara vaut avec le duc de Lorraine, qui fit mine d^entre en Champagne afin d'attirer les forces de France d ce côté-là, et de les empêcher de s'opposer au des sein du prince. Son Altesse avoit espéré de prendra cette place par surprise ^ mais il trouva une bonn garnison sur ses gardes, et la ville autant fortifié qu'il étoit possible. U campa devant, et l'auroit as^ siégée dans les formes si le duc de Lorraine avoit pu faire diversion , et empêcher l'armée de France de marcher au secours. Mais M. de Louvois ayant laissa au maréchal de Créqui assez de troupes pour s'opposer au duc de Lorraine, ii assembla avec une ex-

mj CHEVALIER TEMPLE. [1677] ^4^

fréme diligence une puissante armée pour secoQfir Charleroi. Le prince filas^inbler un conseil de guerre â rapproche des Françaîa, pour délibérer si on devoit ^piitter les lignes et aller donner combat à Tarmée de France , ou bien lever le siège. Le dernier fut résolu et exécuté, et ainsi finit la campagne en Flandre. Cette retraite fit naître plusieurs murmures secrets parmi les alliés, aussi bien qu'en Hk)llande; et on souficonna que le prince avoit abandonné son dessein, sur quelques intrigues entre le Roi et lui. M. de Benting avoil fait le voyage d'Angleterre sans que personne en sût le sujet , et milord Ossory étoit arrivé au camp précisément le jour avant que le conseil de guerre où la levée du siège fut résolue eût été assemblé ; ce qui iit croire à plusieurs que ce seigneur avoit apporté d'Angleterre quelques nouvelles qui déterminèrent le prirfce à cette résolution. Je n'ai jamais pu cependant 4écouvrir que milord Ossory eût d'autre but dans ce voyage que l'espérance de voir une bataille (ce qui avoit toujours été son inclination favorite ) , quoique peut-être milord Arlington se fût proposé de 3e conserver par le moyen de milord OssoryJa faveur, du prince, lorsqu'il vit que presque toutes les afiaires de la chrétienté roulôient sur la personne de Son Altesse. Environ ce temps-là le congrès de Nimègue parut en danger de se rompre , à «c^use d/une résolution 'en^ortée des ambassadeurs de Suède. Us avoient insisté fortement, dès le commencement du traité,; pour .avoir la liberté d'envoyer des courriers à leur cour par les terres du Danemarck 5 mais les Danois l'avoient toujours refusé, ài'exemple de la France, qui n'a voit -jamais voulu accorder cette liberté aux Espagnols.

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Cette dispute s'ëtoit passée en divers messages, dont le^ médiateurs avoient ëtë chargés réciproquement par les parties ; et les alliés des deux côtés s'y étoient également intéressés. Cette matière avoit été agitée quelquefois avec beaucoup de chaleur, et quelquefois d'une manière assez languissante ; on Tavoit laissée quelquefois entièrement tomber, et puis on Fa voit reprise : de sorte qu'un an s'étoit passé sans qu'on fut venu à aucune conclusion sur cet article. Mais environ ce temps-là les ministres de Suède vinrent trouver les médiateurs pour leur demander encore une fois leurs offices envers les ambassadeurs de Danemarck, et pour leur déclarer que, sans cette liberté qu'ils demandoient pour leurs courriers , il leur étoit impossible de donner les avis nécessaires à leur cour, et d'en recevoir les ordres ; faute de quoi ils seroiétit obligés de quitter l'assemblée. Les Suédois, persistèrent pendant, quelque temps si positivement dans cette résolution , qu'on croy oit qu'elle aurpities suites dont ils menaçoient^ mais leur fougue ayant eu trois semaines pour se dissiper, et les ambassadeui^s de Hbllande s'étant engagés pour expédient' de fkire tenir sûrement en diligence les iépèches à là cour de Suède, les ministres de cette couronne se calmèrent peu à peu , et allèrent leur train ofdinaire. Peu de teijfip^ après les ambassadeurs de France changèrent entièrement de langage à l'égard des affaires de» la Suède : ils les avoient traitées avec beaucoup d'indifférence, et ils s'en soucioient si peu, qu'ils dirent à M.* fieverning que leur maître ne ViOudroit pas céder une ville eu Flandre, quand il ne faudroit que cela pour remettre les Suédois en posses-

sion de ce qu'ils avoient perdu. IM^is pour lors ils pu- Jouèrent que la France ne feroit jamais la paix que les Suédois ne fussent entièrement rétablis dans tout ce qu'on avoit pris sur eux , et l'on disoit publique-* ment que ces deux couronnes avoient fait une nou-* velle alliance à Paris sur ce sujet. Quelques-uns crurent aussi que c'étoit 4^ concert entre les minisires de ces deux couronnes que les Suédois 4)ubliër^t que les. Français avoient dessein de rompre cette assemblée, et d'entrer en traité à Rome avec l'Espagne par la juëdiation du Pape *, et que tous ces discours éloient un effet de la crainte qu'ils avoient que le Roi ne changeât de mesures, soit par l'ombrage que les conquêtes de la France lui pouvoient donner, ou bien par les vives sollicitations de son parlement. Mais ce tourbillon ayant passé, tout devirrt calme à Nimègue, et M. Olivencrantz partit vers la fin d'août pour se rendre on Suède.

On avoit pendant tout ce temps^là différé l'examen

des affaires, dans la pensée que le Roi me dépêche*

roit bientôt avec le plan de la p^i qu'il avoit dessein

de faire ; et l'on ne doutoit point que les parties ne

l'acceptassent, quel qu'il fût, tant oèi avoit d'égand*

des deux côtés pour la volonté de Sa Majesté et pour

sa puissance. Cependant on peut dire que le vayage

du prince d'Orange en Angleterre , qui se fit vers la

fin dfe septembre 1677, fut ce qui arrêta entièrement

les-iiiSaiFes^du congrès; I# traité changea de face^ et

tout le monde détourna ses yeux de Nimègue poup

les porter vers Londres , dans l'attente de ce qui y afc

loit être conclu.

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