‹ Mémoires de ce qui s'est passeé dans la chrétientéChapitre 16 sur 22 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

[1659] JuA paix ëtoit faite entré la France et l'Espagne (0; ]e mariage du Roi ëtoit achevé après beaucoup de difficultés^ et le cardinal Mazarin^ tout glorieux d'avoir donné la paix à la France , sembloit n'avoir plus qu'à jouir de cette grande fortune où son bonheur l'avoit élevé. Jamais ministre n'avoit gouverné avec une puissance si absolue , et jamais ministre ne s'étoit si bien servi de sa puissance pour l'établissement de sa grandeur.

La Reine mère (a), pendant sa régence, lui avoit laissé toute l'autorité royale , comme un fardeau trop pesant pour un naturel aussi paresseux que le sien. Le Roi (3), à sa majorité, lui avoit trouvé cette autorité entre les mains , et n'avoit eu ni la force ni peutêtre même l'envie . de la lui oter. On lui représentoit les troubles que la mauvaise conduite de ce cardinal avoit excités comme un effet de la haine des princes pour un ministre qui avoit voulu donner des bornes

(i) La France et P Espagne : Le traité des Pyrénées, conclu le 7 novembre iCSg. — (a) La Reine mère ; Anne d'Autrithc. — (3) Le Roi t Louis mv.

à leur ambition *, on lui faisoit considérer le ministre comme un homme qui seul avoit tenu le timon de l'Etat pendant l'orage qui l'avoit agité, et dont la bonne conduite en avoit peut-être empêché la perte. Cette considération, jointe à une soumission sucée avec le lait, rendit Iç cardinal plus absolu sur l'esprit du Roi qu'il ne l'avoit été sur celui de la Reine. L'étoile qui lui donhoit une autorité si entière s'étendit même jusqu'à l'amour. Le Roi n'avoit pu porter son cœur hors de la famille de cet heureux ministre^ il l'avoit donné , dès sa plus tendre jeunesse, à la troisième de ses nièces, mademoiselle de Mahcihi-, et s'il le retira quand il fut dans un âge plus avancé , ce ne fut que pour le donner entièrement à une quatrième nièce qui portoit le même nom de Mahcini (0, à laquelle il se soumit si absolument, que Ton peut ^re qu'elle fût la maîtresse d'un prince que nous avons vu depuis maître de sa maîtresse et de son amour. . '

Cette même étoile du cardinal produisoit sçule iin effet si extraordinaire. Elle avoit étotiiffé dans la France tous les restes de cabale et de dissension : la paik générale avoit fini toutes les guerres étrangères j le cardinal avoit satisfait en partie aux obligations qu'il avoit à la Reiiie par le mariage du Roi qu'eue

ilYDe Mancini: Le cardinal Mazarin avoit cinq ni^es : ï° Marie, qai fut alliée en i65i an duc de Vendôme et de Mercœur, et qui mourot en 1657 à vingt-et-un ans; 2*> Olympe, mariée en 1657 à Engène-Màttricede Savoie, comte de Soissons; 3° Marie, q^i épousa Laurent Colonne, connétable du royaume de Naples'j 4^ Hortei^se, qui éponsaen 1661 le dac de La Meill<eraye , lequel prit. le nom et les armes de Mazarin; 5** Marie-Anne, qui fut mariée à Godefroy-Maurice de La Tour, duc de fiouillQn.

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aypit $i ardemment souhaité, et qu'il avoitfait, bien qu'il le crût coi^traire à ses intérêts.

Ce mariage lui ëtoit même favara&le, et Tesprit doux et paisible de la Reine (0 ne lui pouvoit laisser lieu de craindre qu'elle entreprit de lui ôter le^ gou^ venxement de l'Etat; enfin on ne pouvoit ajouter à son bonheur que la durée, mais ce fut ce qui lui m^nqu;». -

La moEt interrompit une félicité si parfaite ; et , peu de temps après que l'on fut de retour du voyage où lar paix et le mariage s'étoient achevés , il mourut (3} au bois de Vincènnps, avec une fermeté beaucoup plus philosophique que chrétienne.

IL laissa par sa mort un amas infini de richesses. Il choisit le fils du maréchal de La Méilleraye (3) pour lliéritier de son nom et de ses trésors : il lui fit épôu- $er Hortepse, U plus belle de ses nièces, et disposa en sa faveur de tous. les établissemens- qui dépendoient du Roi, de la même manière qu'il disposoit de son propre bien.

Le Roi en agréa néanmoins la disposition, aussibien que celle qu'il fit en mourant de toutes les charges* et de tous les bénéfices qui étoieht pour lors ^ donner. Enfin après sa mort son ombre étoit encore la maîtresse de toutes choses, et il paroissoit que le Roi ne pensgit à se conduire que par les sentimens qu'il lui avoit in$piré$.

Cette mort donnoit de grandes espérances à ceux qui poùvoi^ent prétendreau ministère : ils croy oient,

(i) La Reine : Marie-Thérèse d'Autriche, fille de Philippe iv , roi d'Espagne.— <2) fl mourut : Le 9 mars 1661. — (3) La MeîUeraye : Depuis duc de Mazarin.

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avec apparence, qu'un roi qui venoit.de se laisser gouverner entièrement , tant pour le.s choses quiregardoient son Etat que pour celles qui regardoient sa personne , s'abandonneroit à la conduite d'un ministre qui ne voudtoit se mêler ^ue des affaires publiques , et qui ne prendroit point connoissance de ses actions partiéulièreSé^

Il ne pouvoit tomber dans leur imagination qu'un homme pût être si dissemblable de lui-même , et qu'ayant toujours laissé l'autorité de roi entfe les mains de son premier ministre, il voulut represMlre à la fois et l'autQrité de roi et les fonctions dé premier ministre»

Ainsi beaucoup de gens espéroient quelque part aux affaires, et beaucoup de dames, par des raisons à . peu près semblables, espéroient beaucoup de part aux bonnes grâces du Roi. Elles avoient vu qu'il avoit passionnément aimé mademoiselle de Mancini , et qu'elle aVoît paru avoir sur lui le plus absolu pouvoir qu'une maîtresse ait jamais eu sur le coôur d'un amant ; elles espéroient qu'ayant plus de charmes elles auroient pour le moins autant de crédit, et il y en avoit déjà beaucoup qui prenoient pour modèle de leur fortune celui de la duchesse de BeaufortCO.

Mais, pour faire mieux comprendre l'état de la couif après la mort du cardinal Mazarin, et la suite des choses dont nous avons à parler, il faut dépeindre en peu de mots les personnes de la maison royale , les ministres qui pouvoient prétendre au gouvernement dé l'Etat, et les dames qui pouvoient aspirer aux bonnes grâces du Roi. . ,

(1) Duchesse de Beaufart 1 Gabriellc d'Estrees, maîtresse de Henri ir.

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La Reine mère, par son rang, tenoit la première placé dans la tnaison royale, et, selon les apparences; elle devoit; la tenir par son crédit ; mais le mêftie naturel qui lui avoit rendu l'autorité royale un pesant fardeau pendant qu'elle étoit tout entière entre ses mains l'empêchoit de songer à en reprendre une partie lorsqu'elle n'y étoit plus.. Son-esprît avoit paru inquiet et porté aux affairés pendant la vie du Roi son mari^ mais dès* qu'elle avoit été maîtresse et d'ellemême et dii royaume , elle n'avoit pétisé qu'à mener une vie douce , à s'occuper à ses exercices de dévotion, et. avoit tétooigné une assez grande indifférence pour toutes choses. Elle étoit sensible néanmoins à l'amitié de ses enfaiis : elle les avoit élevés auprès d'elle avec une teadresse qui lui donnoit quelque jalousie des personnes avec lesquelles ils chérchôiént leurs plaisirs. Ainsi elfe étoit contente pourvu qu'ils eussent l'attention de la voir , et elle étoit incapable de se donner la peine de prendre sur eux une véritable autorité.

La jeune Rehie étoit une personne de vingt-deux ans, bien faite de sa personne, etqu'on pouvoit appeler belle, quoiqu'elle ne fut pas agréable. Le peu de séjour qu'elle avoit fait en France , et les impressions qu'on en avoit données avant qu'elle y arrivât, étoient cause qu'on ne la connoissoit quasi pas , ou que du moins on croyoit ne la pas connoître , en la trouvant d'un esprit fort éloigné de ces desseins ambitieux dont on avoit tant parlé. On la voyeit tout occupée d'une violente passion poiir le Roi, attachée dans tout le reste de ses actions à la Reine sa bellemère, sans distinction de personnes ni de divertisse-

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niensy et sujette à beaucoup de chagrin, à capse de Fextréme jalousie qu'elle avoit du Roi.

Monsieur, frère unique du Roi, n'ëtoit pas moins attaché à là ReiuQ sa mèrev Ses inclinations étoient aussi conformes aux occupations des femmes que celles du Roi en étaient éloignées^ il étoit beau et bien fait, n^iaisr d'une beauié et d'une taille plus convenables à une princesse qu'à un prince : aussi àvoitràl plus«ôngé à'faire admirer sa beauté de tout le monde, qu'à s'en servir^pout se faire aimer des ïenimes, quoiqu'il fût contiimellement avec elles. Son aitiour^propre sîembloit ne le rendre capable que> d'atlachemént poiir lui-mérpe.

Madame de Thi^ngès<0, fille aînée du duc de MortQmart , ayoit paru liii plaire plus que 1^ autres; mais leur ^commercé éto;t plutôt une confidence libertine qu'une véritable galanterie. L'.esprit du prince étoit naturellement doux, bienfaisant et civil^ capable d ^tre prévenu, et si susceptible, d'impressions , que les personnes qui l'approchoient poiivoient quasi répondre de s'en rendre maîtres e^ le prenant par son foible. L^ jalousie dominoit en lui ; mais cette jalousie le (aisoit.jdus souffrir que personne , la douceur de son humeur le rendant incapable «des actions violentes que la grandeur de son r^ng auroit pu lui permettre. .Il est aisé de juger, par ce que nous venons de dire , qu-il n'avoi)t .nujle part aux affaires , puisque sa jeunesse, ses inclinations, et la domination absolue du cardinal, étoient autant 'd'ob;sitacles qui l'en éloignbient.

(i) De Thianges: Mademoiselle de Rochecho d'art, sœUr aiiiéc de ma- 4umc de M,ontufi|).an.

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Il semble qu'en yonlàht décrire la maison royale je devois commencer par celui qui en est le chef: mais on ne sauroît le dëpeiridre que par ses actions*, et celles ' que nous ayons tuéà jusqu'au temps dont nous venons de parler étoient ^ ëloignëës de celles que nous avohs vues depuis, qu'elles ne poûrroient guère servir à le faire connoître. On en pourra juger par ce que ndus avons à dire : on le trouvera sans doute un des plus grands rois qui aient jamais ëtë, un des plus honnêtes hommes de son royaume, et l'on pourroitdire le plus J)arfàit, s'il h*ëtoit point si avare derésprit que lé Ciel lui 4 donne, et qu'il voulût ie. laiçser paroître tout entiet, sans le renfermer si fort dans la majesté de son rang.

Voilà quelles ëtoient lés persoiines qui composaient là maison royale,. Pour le ministère, il ëtoit douteux entre M. Fouquet, surintehdant deâ finances, M. Le Tellier, secrëtaire d'Etat, .et M. Colbert (0. Ce troisième avoit eu, dans les derniers temps, toute la confiance du cardinal Mazarin : on savoit que le Roi n'agissoit ericpre que,.selôn les sentimens et les mémoires de ce ministre, mais l'on ne savoit pas précisément quels ëtoient les seiltimens et les mémoires qu'il avoit donnéis à Sa Majesté. On ne doutoit pas qu'il n'eût ruiné la Reiiie mère dans l'esprit du Roi, aussi bien que' beaucoup d'autres personnes ; mais iOji ignoroit celles quHl y avoit établies.

M. Fouquet, peu de témp^ avant la mort du cardinal, àvoit été quasi perdu atlprès de lui pour s'être brouillé avec M. Côlbert. Ce surintendant ëtoit un homme d'une étendue d'esprit let d^une ambition san&

(i)Co/&ei*t: Depuis contrôleur général des. Hnances. .

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bornes, civil, obligeant pour tous les gens de qualité, et qui se servoit des finances pour les.acquérir et pour les embarquer dans ses intrigues, dont les desseins étoient infinis pour les aiSaires aussi bien que pour là galanterie.

M. Le Tellier paroissoit plus sage et plus modéré, attaché à ses seuls intérêts , et à des intérêts solides, sans être capable de s'éblouir du faste et de Téckt comme M. Fouquet.

M. Colbert étoit peu connu par diverses raisons, et l'on savoit seulement qu'il avoit gagné la confiance du cardinal par son habileté et son économie.

Le Roi fl'appeloit au conseil que ces trois personnes ; et l'oii attendoit à voir qui l'emporteroit sur les autres, sachant bien qu^^s n'étoient pas unis, et que quand ils l'auroient été il étoit impossible qu'ils le demeurassent.

Il nous reste à parler des dames qui étoient alors le plus avant à là cour, et qui pouvoient aspirer aux bonnes grâces du Roi.

La comtesse de Soissons (0 auroit pu y prétendre par la grande habitude qu'elle avoit conservée avec lui, et pour avoir été sa première inclination. C'étoit une personne qu.'on ne pouvoit pas^ appeler belle, et qui néanmoins étoit capable de plaire. Son esprit n'avoit rien d'extraordinaire, ni de fort poli^ mais il étpit naturel et agréable avec les personnes qu'elle connoissoit. La grande fortune de son oncle l'autorisoit à n avoir pas besoin de se contraindre. Cette liberté qu'elle avoit prise , jointe à un esprit vif et à un naturel ardent , l'avoit rendue si attachée à ses pro-

(i) De Soissons ; Nièce du cardinal Mazarin.

DE MADAME HENRIETTE. ^[1659] . ^Sï

près volontés, qu'elle étoit incapable de s'assujétir qu'à ce qui lui ëtoit, agréable.. Elle avoit naturellement de l'ambition, et, dans le^ômps où le Roi l'avoit aimée , le trône ne lui avoit point paru trop audessus d'elle pour n'oser y aspirer. Son oncle , qui l'aiinoit fort, n'avoit pas été éloigné du dessein de l'y faire monter^ mais tous les faiseurs d'horoscopes l'avoient tellement assuré qu'elle ne pourroit y parvenir, qu'il en avoit perdu la pensée, et l'avojt mariée au comte de Soissons. Elle avoit pourtant toujours conservé quelque crédit auprès du Roi , et une certaine liberté de lui parler plus hardiment que les autres •, ce qui faisoit soupçonner assez souvent que , dans certains momens , la galanterie trouvoit encore place dans leur conversation.

Cependant il paroissoit impossible que le Roi lui redonnât son cœur. Ce prince éloit plus sensible en quelque manière à l'attachement qu'on avoit pour lui , qu'à l'agrément et au mérite des personnes. Il avoit aimé la comtesse de Soissons avant qu'elle fût mariée 5 il avoit cessé de l'aimer, par l'opinion qu'il avoit que Villequier (i) ne lui étoit pas désagréable. Peut-être l'avoit-il cru sans fondement; et il y a même assez d'apparence qu'il se trpmpoit, puisque, étant si peu capable de se contraindre , si elle l'eut aimé elle l'eût bientôt fait paroître. Mais enfin, puisqu'il l'avait quittée sur le simple soupçon qu'un autre en étpit aimé , il n'avoit garde de retourner à elle lorsqu'il croyoit avoir une certitude entière qu'elle ^imoit le marquis de Vardes (2).

(1) f^illeguier : Depuis dup d'Aiïmont. — (a) De P^ardes : Du Bec- Çrépin , marquis de Vardes , capitaine des ccnt-suisscs.

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• Mademoiselle de Mancini.CO était encore à la cour quand son oncle mo^irut. Pendant sa vie, il avoit conclu son mariage avec le connétable Colonne; et Ton n'attendoit plus que celui qui devoit Tépoùser au nom de ce connétable, (lour la £aire partir de France. U étoit aifËcile de démêler quels étoiefnt ses sentimens pour le Roi /et quels sentimeiis le Roi avoit pour eUe. 'Jl Tavoit passionnément aimée, comme nous avons déjà dit *, et , pour faire comprendre ju&qu^où cette passion lavoit mené, n.ous dirons en peu de mots ce qui s'étoit passé à la mort du cardinal.

Cet attachement avoit commencé p.endant le voyage de Calai», et la reconnoissance Tavoit fait naître plutôt que la beauté : mademoiselle de Mancini n'en avoit àucun§ ; il n'y avoit nul charme dans sa personne, et très^peu dans son esprit, quoiqu'elle en eût infiniment : elle Tayoit hardi, résolu,, emporté, liber|:in, et éloigné de toute sorte de civilité et de politesse.

!Pend^r^t une dangereuse maladie (^) que le Roi avoit eue à Calais, elle avoit témoigné une affliction si yiolente de son nwJ , et Tavoit si peu cachée , que lorsqu'il commença à se mieux' porter tout le monde lui parla d^ la douleur de mademoiselle de Maticipi ; pQUt-être dan^ la suite lui en parla-t-eUê ellemême. Enfin elle lui fit paroitre tant de passion, et rompit si entièrement toutes les contraintes où là Reine n^ère et le cardinal Ja tenoient ,' que Ton peut dire qu elle contraignit le Roi à Taimer.

(i) Mancini t Marie Mancini. — (3) Dangereuse maladie : La petite veVolc

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Le cardinal ne s'opjpçsa pas d'abord à ceMè passion^ il crut qu'elle rie pouvoit êlre que conforme à ses intérêts : mais comme il vit dans la suite que- sa nièce ne lui rendoit aucun compte de ses coiiyersa-* tiOfis ayêc le Roi, et qu'elle prenôit sur ^on esprit tout le crédit qui lui étoit possible , il commença à craindre «qu'elle ri^y en prît trop, et voulut apporter quelque diminution à cet attachement. Il vit bientôt qu'il s'en étoit avisé trop tard : le Roi étojt entièrement abandonné à sa passion, et l'opposition qu'il fit parôître ne servit qu'à aigrir' contre lui l'esprit de ,sa nièce , et à la porter à lui rendre toutes sortes de maiivais services. . * .^ \ '

Elle n'en rendit pas moins à la Heine dans l'esprit du Roi , soit en \xn décriant sa conduite pendant la régence , ou en lui apprenant tout ce que la médisance avoit inventé contre elle. Enfin elle éloignoit si bien de l'esprit dû Roi tous ceux qui pouvoient lui. nuire , et s'en rendit maîtressç si absolue , que , pendant le temps que l'on commençoit à traiter la pai? et le mariage, il deiàanda au cardinal la permiission de l'épQuser, et témoigna ensuite par toutes ses actions qu'il le ^ouhaitoit.

Le cardinal^ qui sa voit que la Reine ne pourroit entendre sans horreur la proposition de ce mariage, ef que l'exécution en eût été très-hasardeuse pour lui, se voulut faire un mérite envers la Reine et envers l'Etat d'une chose qu'il croyoit contraire ^ ses propres intérêts.

Il déclarai au Roi qu'il ne consentiroit jamais à lui laisser faire une alliance si disproportionnée ^ et que

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s^il la faisoit de son autorité absolue , il lui demanderoit à rheure même la permission de se retirer hors de France.

La résistance du cardinal étonna le Roi , et lui fit peut-être faire des réflexions qui ralentirent la violence de son amour. L'on continua de traiter la paix et le mariage ^ et le car4inal, avant que de partir pour aller régler les articles de l'un et dé l'autre-, ne voulut pas laisser sa nièce à la' cour : il résolut de l'epvoyef à Brouage. Le Roi en fut aussi affligé que le peut être un amant à qui l'on ôte sa maîtresse ; mais mademoiselle de |dancini, qui ne se contentoit pas des mpuvemens de son cœur, et (Jui auroit voulu qu'il eût témoigna son amour par des actions d'autorité , lui reprocha, en lui voyant répandre des larmes lorsqu'elle monta en carrosse, qu'// pleuroit^ et qu7/ était /e TTiaiïre. Qes . reproches ne l'obligèrent pas à le vouloir être : il la laissa partir, quelque affligé quil.fût^ lui promettant néanmoins qu'il ne consentiroit jamais au mariage d'Espagne , et qu'il n'jibandonneroit pas le dessein de l'épouser.

Toute la cour partit quelque temps après pour aller à Bordeaux , afin d'être plus près du lieu où Ton traitoit la paix. •

Le Roi vit mademoiselle de Maûcini à Saint-Jeand'Angely : il en parut plus amoureux que jamais daiis le peu de momens qu'il eut à être avec elle , et lui promit toujours la même fidélité. Le temps, l'absence et la raison le firent enfin manquer à sa promesse \ et quand le traité fut achevé il Talla signer à l'île de la Conférence, et prendre l'infante d'Espagne des mains

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du l^oi son père, pour la faire reine de France dès Je lendemain.

La cour revint ensuite à Paris. Le cardinal, qui ne cràignoit plus rien , y fit aussi revenir ses nièces. :

Mademoiselle de Mancini ëtoit outrëe de rage et de diésespoir : elle trouvoit qu'elle avoit perdu en même temps un amant fort aimable, et la plus belle couronne de l'univers. Un esprit plus modéré que le sien auroit eu de la peine à ne pas s'emporter dans une semblable occasion : aussi s'étoit-elle abandonnée à la rage et à la colère.

Le Roi n'avoit plus la même passion pour elle : k possession d'une princesse belle et jeune coiUtne la Reine sa femme l'occupoit agréablement. Néanmoins, compie l'attachement d'une femme est rarement un obstacle à l'amour qu'on a pour une maîtresse, le Roi séroit peut-être revenu à mademoiselle de Mancini , s'il n'eût connu qu'entre tous les partis qui se présentoiéat alors pour l'épouser elle souhai toit ardemment le duc Charles, neveu du duc de Lorraine, et s'il n'avoit été persuadé que ce prince avoit su toucher son cœuF. ^»

Le mariage ne s'en put faire par plusieurs raisons : le cardinal couiclut celui du connétable Colonne, et mourut y comme nous avons dit, avant qu'il fût achevé.

Mademoiselle de Mancini avoit une si horrible répugnance pour ce mariage, que, voulant l'éviter si elle eut vu quelque apparence de regagner le cœur du Roi, malgré tout son dépit elle y auroit travaillé dei toute sa puissance.

Le public ignoroit le secret dépit qu'avoit eu le T. 64. 9 ^5

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Roi du penchant qu'elle avoit témoigne pour le mariage du neveu du duc de Lorraine ; et comme on le vpyoit souvent aller au palais Mazarin , où elle logeoit avec madame Mazarin sa soeur (0, on ne savoit si le Roi y ëtoit conduit par les restes de son ancienne flamme, ou par les étincelles d'nne nouvelle, que les yeux de madame Mazarin ëtoieiit bien capables d'allumftr.

Cëtoit, comme nous avons dit, non-seulem^it la plus belle des nièces du cardinal, mais aussi une des plus parfaites beautés de la cour. U ne lili manquoit que de Tesprit paur être accompli^, et pour lui donlier la vivacité qu'elle n^avoit pas : ce défaut même n'en étoit pas un pour tout le monde, et beaucoup 4e gens trouvoient son air languissant «t isa nëgli* geiice capables de se faire aimer^

Ainsi le3 opinions se portoient aisément à croire que le Roi lui en vouloit , et que l'ascendant du car-* din^l g^r^çrQit'^noore son cœur dans sa famille. il€St vrai que cette opinion n étoit pas sans fondement : l'habitude que le Roi avoit prise avec les nièces da cardinal lui donnoit plus de dispositions à leur parler qu'à toutes les autres femmes -, et la beauté de nadame Mazarin, jointe à l'avantage que donne un mari qni n'est guère ain^able à un roi qui l'est beaucoup, l'eût aisément porté à l'aimer, si M. de Mazarin n'avok eu ce niém,e sçux quie fikous lui avons vu depuis d'^floigjxer $^ fenmie d.e« lieux où étoit le Roi. , Il y zvqIX ^nq^re à h cour un grand nombre de belles dansLes ^ur q^i Je Roi auroit pu jeter lés yeux.

Madame d'Armagnac , fille du ioarëdial de ¥ille-

(i) J*/! fprur • Bortense MuncÎAÎ.

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roy, ëtôit d'une beauté à attirer ceux de tout le monde. Pendant qu'elle étoit fille , elle aVoit donne beaucoup d'espérance à tous ceux qui l'avoieni aimée qu'elle souffrirbit aisément de l'être lorsque le mariage l'aurbit mise dans une condition plus libre. Cependant sitôt qu'elle eut épousé M. d'Armagnac (0, soit qu'elle eût de la passion pour lui, ou que l'âge l'eût rendue plus cilxonspecte, elle s'étoit entièrement retirée dahs sa famille.

La seconde fille du duc de Mortemart, qu'on appeloit mademoiselle de Tonnay-Charente , étoit encore une beauté très-dchevée , quoiqu'elle ne fût pas parfaitement agréable. Elle avoit, beaucoup d'esprit, et une sorte d'esprit plaisant et liatut'èl , comme toils ceux de sa maison.

Le reste des belles personnes qui étoient à la cdur ont trop peu de part à ce que nous avons à dire pour m'obliger d'en parler 5 et nous ferons seulement mention de celles qui s'y trouveront mêlées, selon que la suite nous y engagera.

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