‹ Mémoires de ce qui s'est passeé dans la chrétientéChapitre 21 sur 22 · HISTOIRE DE MÀ0AME HËKHIETTE · texte numérisé non relu

HISTOIRE DE MÀ0AME HËKHIETTE

Lettre écrite par M. de Montaigu à Charles ii , roi

éC Angleterre,

Parit, \t i5 )uillet 1G70.

Au Roi.

Sire,

Je dois comine&eer cette lettre en suppliant très-humblement Votre Majesté de me pardonner la liberté que je prends de l'entretenir sur un si triste sujet , et du malheur que j'ai eu d'être témoin de la plus cruelle et de la'plus gé^ néreuse mort dont on ait jamais ouï parler ^ J'eûsri'honneur d'entretenir Madame assez Ion g- temps le samedi, jour précédent de celui de sa mort. £lle me dit qu'elle voyoit bien qu'il étoit impossible qu'elle pût jamais être heureuse avec Monsieur , lequel s'étoit emporté contre elle plus que jamais deux jours aupars^vant à Versailles, où il l'a voit trouvée dans une conférence secrète avec le Roi , sur des affaires qu'il n'étoit pas à propos de lui communiquer. Elle me dit que Votre Majesté et le roi de France aviez résolu de faire la guerre à la Hollande dès que vous seriez demeurés d'accord de la manière dont vous la deviez faire. Ce sont là les dernières paroles que cette princesse me fit l'honneur de me dire avant sa maladie ; car Monsieur étant entré dans ce moment, nous interrompit, et je m'en retournai à Paris. Le lendemain, lorsqu'elle se trouva mal, elle m'appela deux ou trois fois , et madame de Meckelbourg m'envoya chercher. Dès qu'elle me vit, elle me dit: « Vous voyez le triste état où je suis; je me meurs. Hélas, « que je plains le Roi mon frère ! car je suis assurée qu'il « va perdre la personne du monde qui l'aime le mieux. » Elle me rappela un peu après , et m'ordonna de ne pas manquer de dire au Roi son frère les choses du inonde les plus tendres de sa part , et de le remercier de tous ses soins pour elle. Elle me demanda ensuite si je me souve-

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Bois bien de ce qu'elle m'avoit dit , le jour précédant , deé intentions qu'avoit Yotre Majesté de se joindre à la France contre la Hollande : je lui dis qu'oui ; sur quoi elle ajouta : « Je vous prie de dire à mon frère que je ne lui ai jamais « persuadé de lé faire par intérêt , et que te n'étoit que « parce que j'étois convaincue que son honneur et son « avantage y étoient également intéressés; car je l'ai touu jours aimé plus que ma vie , et je n'ai ttûl autre regret « eh la perdant que celui de le quitter. » Elle m'appela plusieurs fois pour me dire de ne pas oublier de vous dire cela, et me patla en anglais.

Je pris alors la liberté de lui demander si elle ne croyoît pas qu'on l'eût etnpoisonnée. Son confesseur, qui étoit présent, et qui entendit ce mot- là, lui dit : « Madame, «t n'accusez {)érsonne ^ et offrez à Dieu votre mort en sacc crifice. » Cela l'empêcha de me répondre ; et quoique je fisse plusieurs fois la même demande, elle ne me ré<pondit qu'en levant les épaules. Je lui demandai la cassette où étoient toutes ses lettres , pour leà envoyer à Votre Majesté ; et elle m'ordonna de les demander à madame dé Bordes, laquelle s'évanouisdant à tout moment y et moiu* rant de douleur de voir sa maîtresse dans un état si dé-> plorable, Monsieur s'en saisit avant qu'elle pût revenir à elle. Elle m'ordonna de prier Votre Majesté d'assister tous ses pauvres domestiques , et d'écrif e à ihilord Arlington de vous en faire souvenir ; elle ajouta à cela : « Dites au « Roi mon frère que j-'espère qu'il fêta pour lui , pour l'a- « mour de moi , ce qu'il m'a promis ; car c'est un homme u qui l'aitoe, et qui te sert bien. » Elle dit plusieurs choées ensuite tout haut en français, plaignant l'affliction qu'elle savoit que sa mort donneroit à Vôtre Majesté. Je supplie encore une fois Votre Majesté de pfardonner le malheur où je me trcJuve réduit de lui apprendre cette fatale nouvelle , puisque de tous ses serviteurs il n'y en a pas un seul qui souhaite avec plus de passion et de siiicé»

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