SUR LE CHEVALIER TEIIH>LE
« écrits, ajoute-t4l,^leur sert comme de lustre^ elle « fait voir un caractère plein d'honneur et d'huiha- (( nitë , et souvent on se croit moins çngagë dans la « lecture d'un livre que dans la conversation d'un « homme aimable. » Voltaire, ^i connoissoit la littérature an^aise , le juge plus sévèrement. Temple s'ëtoit engage dans des discussions sur les anciens et les modernes , et avoit prétendu prouver la supériojité des anciens non-seulement dans les lettres , mais encore dans les sciences. A l'appui de son opinion il avoit parle dé plusieurs auteurs framçais, et s'ëtoit exprimé sur eux dé manière à prouver qu'il n'étoit pas en état d'apprécier leurs ouvrages. « Ce qui est étonnant, dit « VoltairCjC'estqu'ayant toute sa vie cultivé les belles- « lettres, il ne raisonne pas mieux sur.nos bqns au- « teurs et sur nos philosophes : il regarde Rabelais « comme un grand homme; il cite les Amoiu:s des « Gaules comme un de nos meilleurs ouvrages.......
« Ci'étoit pourtant un homme savant, un homme de « beaucoup d'esprit, un ambassadeur qui avoit fait « de jprofondes réflexions sur tout ce qu'il avoit vu; a il possédoit de grandes connoissances. Un préjugé « suffît pour gâter tout ce mérite. y> C'est en cédant à des préjugés en politique comme il l'a fait en littérature, que Temple, ainsi que nous l'avons fait observer plus haujt, a déparé ses Mémoires par des diatribes absurdfss contre les Français, et par les louanges ridicules qu'il donne à leurs ennemis. Son caractère d'ailleurs ne lui permettoit guère d'être impartiaL Un de ses amis , qui a écrit l'histoire de sa vie , dit qu'il avoit l'humeur vive et enjouée, mais que la violence de ses passions le rendoit extrêmement inégal^ et que T. 64- 2
l8 lïOTICE SUR LE CHEVALIER TEMPLE.
quand il baïssoit les gens c'étoit ^qu'au point de ne pouvoir les rencontrer sans se troubler, ni parler d'eux sans chagrin.
Le cbevalier Temple avoit eu un fils et une fille^ Sa fille mourut fort jeune. Son fils, qui avoit épouse en France une ricbe héritière, fut mfnistre de la guerre au commencement du règhe de Guillaume niy et se noya volontairement dans la Tamise en 1689(0. Sa perle dut être d'autant plus pénible pour le chevalier Temple , qu'il pouvoit se reprocher d'y avoir contribué : il avoit trop souvent répété devant lui que le sage dispose à son gré de la vie^ eVquHlfaut par^ tir quand il ri y a plus d'espoir de vivre agréable^ ment. Temple, tout en professant cette maxime, supporta la vie a^rès avoir perdu successivement toutes les personnes qui lui étoient chères, et malgré les souffrances cruelles auxquelles il étoit en proie. Son fils, qui n'avoit jamais éprouvé aucun malheur réel, qui avoit devant lui la plus brillante perspective, ayant échoué dans une entreprise qu'il avoit conseillée au Roi , ne sut point résister à un premier chagrin, et se donna la mort.
(1) Il laissa deUx filles : le chevalier Temple , qui avoit consenti à ce cfae soti fils ëpousÀt tine Française, ne vonlat pas que ses petites-filles se mariassent & des Français. Il en fit ane clause expresse de son testament.
A M. ROSENBOOM,