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Xalurellt'iiK'iit, je refusai de le prendre.
Mais mon cliampion n'entendait pas de cette oreille-là. il était décidé à pousser la plaisanterie jusqu'au bout, et à punir le Faucheux par son (•(Mé sensible.
— Apporlpz-moi cela! dit-il au garçon; et il mit les quinze louis sur la table à côté de lui.
Puis se tournant vers moi :
— Ma clière enfant, venez vous asseoir à coté de moi.
.l'v fus bien volonliers.
— Prenez cela, me dit-il ; c'est à vous, vous no pouvez refuser sans désavouer votre champion et me faire une mortelle injure. Ainsi le veulent les lois de la guerre.
— Maintenant, ajouta- t-il en s'adressant au Faucheux, continue tant que tu voudras, au même prix bien entendu. Cependant tu en as beaucoup dit pour tes (luinze louis, et je t'engage à ne pas le ruiner ce soir.
Il paraît qu'il trouva le conseil bon, car il se leva et, me tendant la main :
— Faisons la paix, me dit-il.
il n'y avait plus à hésiter, et je mis ma main dans la sienne d'assez A)onne grAce.
A partir de ce moment, la scène prit une tournure cl laquelle je ne m'étais pas attendue. J'en<!
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une nouvelle preuve, qu'en fait de sentiment, les extrêmes se touchent, et que souvent on est bien près d'aimer les femmes qu'on croit haïr.
Quand on quitta la table pour faire de la musique, danser, chanter, le Faucheux m'attira dans l'angle d'une croisée , et me confessa qu'il ne m'avait fait cette scène ridicule que pour attirer mon attention, et pour avoir un prétexte de se réconcilier avec moi.
Je lui répondis poliment, mais froidement, que s'il arrangeait ainsi les femmes qui lui plaisaient, je ne savais pas ce qu'il pouvait inventer pour ses antipathies.
Il devenait tendre, pressant; il me promettait monts et merveilles.
Je n'avais, quant à moi, aucune envie de me réconcilier à ce point. Je l'écoutais avec distraction, mais, en revanche, je regardais très-attenlivement mon allié, que, pour des raisons à moi connues, j'appellerai désormais Robert, quoique ce ne soit pas son véritable nom.
Celui-ci s'aperçut qu'il était l'objet de mon attention, et il s'approcha de nous.
Alors, par un sentiniciil de coquetterie toute féminine, je me mis à ré|)éter tout haut les paroles tendres que le Faucheux venait de me dire tout bas. Je tenais à me {tarer de ma victoire, et,
pour la bien constater, je répondis au Faucheux :
— Je vois bien que vous revenez à vous-même et je vous crois sincère; aussi, soyez sûr que je ne vous en veux pas. Mais je vous connais d'hier, et je ne vois aucun motif pour prolonger nos relations.
Et je le laissai dans un coin, tout honteux et tout ému de l'aveu qu'il venait de me faire.
11 prit une bouteille de vin de Champagne et la vida presque d'un trait. Je dois lui rendre cette justice que je n'ai jamais vu personne boire autant, sans être malade. Était-ce par fanfaronnade, ou pour se consoler? Je suis convaincue que c'était pour ce dernier motif.
La plupart du temps, ces natures fanfaronnes sont au fond les plus tendres et les plus faibles. Elles font du bruit pour s'étourdir, et les excentricités dont elles amusent le public ne sont qu'une parade. Soulevez le rideau, vous verrez se jouer derrière le drame de leur cœur, souvent bien triste et bien lugubre.
Mais je n'avais rien à donner, j'avais mes pauvres.
Robert ne me (piillait plus (U's veux; de mon coté, je suivais tous ses mouvements; quand il causait avec une femme, j'avais en\ie d'aller me mettre entre lui et cette femme.
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Je m'assis auprès de Frisette et je m'arrangeai de manière à ce qu'elle me parlât de lui.
C'était un homme qui paraissait avoir vingtcinq ans, assez grand, la laille bien prise et bien proportionnée, la tête ronde, de jolis cheveux bruns, la raie blanclie et fine, le front moyen, la figure ovale, les sourcils épais, la moustache forte; ses yeux bruns étaient ordinaires pour la grandeur, mais leur regard était profond, pénétrant; il était élégant de manières, très-recherché dans sa mise, sans avoir cet air raide, emprunté qu'ont beaucoup de jeunes gens.
Son esprit était vif; il me parut d'un caractère un peu violent, mais sachant se dompter, et corrigeant sa fougue par des manières charmantes.
Je l'avais regardé, j'avais vu tout cela; je le regardais toujours.
— Sans lui, dis-je à Frisette en le désignant, je ne sais comment cette dispute aurait fini ; il m'a rendu un grand service. Je ne sais si je l'ai remercié.
J'aurais voulu qu'il vînt me parler... mais il n'en fil rien ; mon cœur faisait autant de tours que lui sans qu'il y prît garde.
On avait improvisé un bal, il ne m'invita pas à danser; pourtant il me regardait.
Le grand beau, mon voisin de table, ayant fini
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par se persuader, sans doute, que ma froideur était un jeu, s'approcha de moi, et, avec le tact qui paraissait le caractériser, il me demanda bruyamment si je voulais me sauver avec lui.
.le me levai sans lui répondre.
Le Faucheux ne me parlait plus; mais devinant ce qiii se passait en moi, il paraissait souffrir.
Cette promenade des yeux et du cœur à la suite de M. Robert me fatiguait. Je fus droit à lui, et lui demandai s'il voulait me reconduire, pour me débarrasser de ces deux messieurs.
— Oui, dit il en attachant sur moi un regard (jui avait l'air de lire ma pensée; oui, dans dix minutes; mais auparavant, je voudrais bien danser avec vous.
On commençait une valse : il me fit tourner sans attendre ma réponse. J'étais sou[)le, il avait le bras nerveux ; il me serra, je sentais les battements de son cceur, je respirais son haleine ; je fermai les yeux, me laissant conduire. J'eus un étourdissement de bonheur qui passa comme l'éclair, mais dont je me souviens toujours.
Je revins à Frisette, toute radieuse.
Elle connaissait Robert, ou venait de se renseigner sur son compte, car elle me dit :
— C'est le comte ***, avec ([ui lu viens de d;MiS('r.
DE CÉLESl'K MUGADOIl iôl
Ce nom était bien beau, bien loin de moi. Je devins triste.
— Venez- vous? dit Robert; je vais reconduire Frisette d'abord, vous ensuite.
— Je suis bien fàcbée de vous donner cette peine.
11 me serra le bras, et me dit :
— C'est un plaisir. Je n'aurais pas osé vous le demander; je ne voulais pas être le troisième à vous persécuter.
Il me promit de venir me voir le soir à quatre heures. Je rentrai chez moi, la tète et le cœur remplis de son image. Insensée que j'étais de désespérer de la vie! A vingt ans! est-ce que c'est possible? La veille, il me semblait que la vie n'avait plus de but pour moi. Triste folie! aujourd'hui, je me sentais renaître à l'espérance; j'entrevoyais de nouveaux horizons, de nouveaux mondes ; mes ailes avaient repoussé !