‹ Mémoires de Céleste MogadorChapitre 20 sur 26 · ROBERT · texte numérisé non relu

ROBERT

.l'étais, par un heureux hasard, délivrée pour le moment de toute inquiétude matérielle. Je pouvais, pendant quelque temps, vivre de mes rêves et me bAtir des chAteaux. en Espagne.

Le temps me parut si long, jusqu'à quatre heures, que, pour l'abréger, je descendis au magasin.

J'avais écrit, quelques jours avant, à mon ami en Hollande. Je trouvai en revenant du souper une lettre de lui ; il m'envoyait deux mille francs à loucher chez un banquier, rue d'IIauteville. Avec ces deux mille francs et mes trois cents francs de la veille, j'étais bien riche.

Je me mis à la porte ; un encombrement de voitures barrait le passage. Un joli phaéton, attelé de deux beaux clievaux noirs, attendait pour tourner rue Geoffroy-Marie ; les chevaux impatientés se cabraient, un des domestiques sauta en bas.

— Laisse, laisse, disait le jeune homme qui tenait les rênes.

Il calma les chevaux et dégagea sa voiture avec infiniment d'adresse.

Quand je le vis hors de danger, je traversai la rue pour monter chez moi; mais les forces me manquèrent en arrivant. Robert allait me demander à la concierge, il m'aperçut.

— Eh I bonjour, ma chère enfant, avez-vous bien dormi ?

Puis, me regardant :

— Comme vous êtes pâle I est-ce que vous êtes malade ?

— Non» mais j^'ai eu peur quand je vous ai vu, au tournant du faubourg Montmartre, pris dans toutes ces voitures ; vos chevaux se tourmentaient.

11 se mit à rire, et m'offrit le bras pour remonter chez moi.

J'étais gênée près de lui ; je ne voulais pas m'abaisser, pourtant je me croyais si au-dessous de lui, que je n'osais me mettre en face; ma gêne

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élail d'aulaiil plus ridicule qu'il était sans l'açon, aimable, galant.

— Je ne viendrai plus avec mes chevaux, me dit-il, puisque je vous ai fait j)eur ; je ne connaissais pas bien ce quartier, je demeure vue de Grenelle Saint-Germain. Je suis venu rarement rue Geoffroy-Marie ; mais, si vous le permettez, j'y viendrai souvent.

J'étais réservée dans mes réponses; si perdue qu'elle soit, ou qu'elle ait été, la femme qui aime trouve dans son passé un souvenir de jmdeur, de pureté; je l'aimais.

J'aurais voulu me relever un peu à mes yeux , cela n'était pas })Ossible : la scène de la veille, les injures qui m'avaient été dites, avaient rappelé avec plus de force à ma mémoire et mon nom et ma vie; je n'avais rien à donner, rien.

Je restai pensive.

— Je vous gène peut-être? me dit-il en se levant pour sortir.

— Non, non, restez encore.

Il y avait une prière dans ces quel(|ues mois. Il se rassit et commença à causer.

— Savez-vous, Céleste, qu'il y a longtemj)s que je vous connais? Je vous ai vue souvent l'i l'Hippodrome, et chaque fois j'admirais votre adresse et votre courage.

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Cela me lit du bien de penser qu'il m'avait trouvé un mérite.

Du courage! oui j'en avais eu, car j'avais horriblement peur des chevaux.

Quand je montais à cheval, un tremblement nerveux secouait mes membres et je me disais, comme ce grand général, qui frissonnait quand il entendait le feu : « Tremble, tremble, misérable carcasse ; si tu savais oii je vais te mener tout-àriieure, tu tremblerais bien davantage. «

Je ne savais pas alors que tous ces efforts me seraient plus que payés par un mot de lui.

— Voulez-vous dîner avec moi ce soir?

— Oui, si vous n'avez rien de mieux à faire.

— Tenez-vous prête à six heures.

11 vint me prendre avec une de ses voitures; c'était un joli coupé doublé de soie bleue, si petit (jue nous y tenions à peine tous les deux. Je m'enfonçai dans le fond de la voiture.

— Vous avez peur d'être vue? me dit-il.

— Oui, pour vous.

Nous dînâmes chez Deffieux. Je fus triste : cet amour me faisait l'effet d'une vision qui allait s'envoler et me replonger dans la nuit; plus Robert était aimable, plus je craignais de voir la vision s'évanouir.

Il vint me reconduire ; nous passâmes la soirée

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chez niui ; je lis un grand effort; je l'aimais tro|i pour lui mentir. Je lui racontai tout ce que j'avais fait, tout ce que j'avais été.

— D'autres vous l'auraient appris, lui dis-je, des ennemis; vous auriez peut-être regretté une bonne parole, une caresse. Je vous aime Robert; je vous aimerai longtemps; un reproclie devons me ferait mal. Je voudrais ressaisir le passé, mais c'est impossible. Voulez-vous le présent ?

Sa réponse fut un bon baiser. 11 me sembla qu'une autre femme venait de s'éveiller en moi.

Le quartier que j'habitais lui déplaisait ; il me trouvait trop loin.

— Si j'étais plus près, me disais-je, je le verrais plus souvent.

Je me décidai à louer un appartement place de la Madeleine, je donnai le magasin à ma mère.

J'étais si impatiente de me rapprocher de Robert, qu'au risque de faire une grosse brèche dans ma fortune, je payai deuv termes, alin de déménager aussitôt que mon logement serait i)rèl.

Robert jouait quelquefois ; il donn;! une soirée à quelques amis, dans un appartement qu'il avait rue Bleue; Lagie y vint avec moi ; le souper était magnifique. On parla plusieurs fois, pendant ce souper, d'une femme appelée Zizi, qui était à la

campagne ; on en riait : on me regardait, je ne comprenais pas.

— Quelle est donc celte Zizi? demandai-je à Lagie.

— C'est sa maîtresse ; nous sommes chez elle : il l'a envoyée à la campagne.

La tête me tinta. On venait de se lever de table, je fus droit à Uobert et je lui demandai si ce qu'on venait de me diie était vrai, si j'étais chez sa maîtresse.

— Pas précisément, me dit-il. Il est vrai qu'une femme que je connais depuis longtemps, avec laquelle je ne puis rompre de suite, demeure ici : mais vous êtes chez moi. Mon intention est de la quitter ; mais en la quittant, je veux me conduire avec délicatesse, et je lui laisserai tout ce qui est ici.

On avait commencé ii jouer et l'on jouait gros jeu.

Je restai longtemps sans voir, sans entendre, al)îmée dans une seule pensée : il avait une maîtresse! Depuis quinze jours, il ne me donnait que ses heures perdues.

J'étais, je ne pouvais être pour lui qu'un caprice, un feu follet, dont il ailaitjeter les cendres au vent.

Il fallait rompre, je n'en avais pas le courage;

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U\clier d'oublier à tout prix. Robert perdit beaucoup d'argent ; j'en fus contente, l'n de ses amis disait près de moi :

— Il est l'ou, ce Robert! Je ne sais connnent il peut faire : il doit beaucoup, son père est jeune; il sera ruiné avant d'hériter.

Gela me lit plaisir. L'n secret i)ressentiment me disait que sa ruine le rapprocherait de moi.

Le lendemain, il y avait des courses à Versailles; on ne se coucha pas. A six heures du matin, un break allelé de quatre chevaux était à la porte, avec d'autres voitures, que ces messieurs avaient demandées.

Une calèche restait vide.

— Voulez-vous venir? me dit R()l)ert.

J'avais envie de refuser, mais je n'en eus pas

le courage.

Je montai malgré moi pour le suivre des yeux: les courses finies, il vint me dire adieu ; il partait pour Saint-Germain, où il avait affaire. Mais il me promit une visite pour le lendemain.

Ses amis, qui savaient à merveille quelle sorle d'affaire l'attirait h Saint Germain, voulurent lui faire une [ilaisanterie et nous invilèrenl, Lagie cl moi, à dîner ii Saint- Germain.

J'étais trop avancée pour reculer.

Nous arrivâmes au pavillon Henri iV.

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Robert, en m'ai)ercpvant, se sauva : ceux qui m'avaient accompagnée se mirent à rire.

— Pourquoi donc se sauve-l-il ainsi?

— Ah ! me dit Georges, qui riait comme un enfant, c'est qu'il est entre deux feux: Zizi est ici; mais ça ne fait rien , vous dînerez avec nous ; je vais dire que vous êtes ma maîtresse.

L'idée de jouer cette comédie me dégoûta de moi-même.

Me cacher devant cette fenmie comme une voleuse! mendier un regard, attendre une caresse dérobée aux droits d'une autre, cela me semblait impossible!

Je regrettai amèrement d'être venue.

On prévint Robert que j'acceptais, que je savais tout. Il vint me serrer la main; elle resta raide et froide dans la sienne.

On se mit ci table, je n'avais pas l'aim, mais une soif ardente; ma gaieté tournait au cynisme.

Robert me regardait, j'abanchinnais ma main, mon cou à mon voisin qui m'embrassait.

Il vint se mettre en face de moi, iixa son regard sur le mien et m^ fit signe de sortir. J'obéis, toujours malgré niQ»,

Il était lenip.s j'allais éloulïer.

Il m'emmena ilans le fond du jardin, me tU r^s seoir et me dit en me prenant les mains :

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— Qu'ave/.-vous donc, Céleste? Vous paraissez vouloir me lorturer à plaisir. Hier vous m'aimiez, vous le disiez au moins ; si vous ne m'aimez plus, après l'amour ne peut-il rester un peu d'intérêt, d'affection? Si vous en avez pour moi, ne vous prodiguez pas ainsi.

— Que voulez-vous donc que je fasse. N'avezvous pas une maîtresse? voulez -vous que je pleure devant elle ? Je suis libre, je veux m'amuser, vous oublier... Je fondis en larmes...

— M'oublier 1 pourquoi ? est-ce ma faute si avant de vous connaître j'avais une liaison? vous ai-je fait venir ici, et, enfin, puisque vous y êtes, ne me suis-je pas tenu éloigné de cette femme? Je ne lui ai pas dit un mot. Restez, vous verrez que ma chambre est loin de la sienne; je vous aime, et je ne l'aime pas. Je né puis la quitter brutalement, sans motifs ; attL-ndez!

11 m'embrassa, et tout fut oublié.

Pourtant la nuit, j'écoutai si sa porte ne s'ouvrait pas, Zizi resta à la cauipagne et je le ramenai ^ Paris sans le perdre de vue. J'avais peur de l'avoir fc\ché; je l'aimais trop, je devais le fatiguer.

Il aimait le monde, et allait souvent au bal, ou A des parties de jeunes gens; je lui en voulais de ne pas me sacritier ces plaisirs.

Un jour le comte de S... vint m'inviter pour un

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bal, donné tous les ans aux Frères-Provençaux par le Jockey-Club ; il me fit promellre d'y aller. J'avais accepté, pour avoir une occasion de faire enrager Robert.

Ce jour-là, précisément, il m'avait prévenue qu'il avait une partie chez un ami. Je crus qu'il me mentait ; j'offris de lui sacrifier mon bal s'il voulait rester; il refusa.

J'attendis, espérant qu'il se raviserait ; on sonna, je fus ouvrir: c'était le comte de S... qui venait me chercher avec un de ses amis. Ils me déclarèrent qu'ils ne partiraient pas sans moi. Je mis dix minutes à ma toilette et je les suivis.

C'était la première fois qu'on m'invitait à ce bal. N'y allait pas, en fait de femmes, qui voulait. On n'invitait que des actrices, des femmes entretenues; toutes s'y déchiraient à belles dents.

11 en est de cette classe comme de l'autre ; les prix seuls diffèrent. Quand les reines en titre voient arriver une concurrente, elles lui jettent la porte au nez, elles en disent pis que pendre.

Si on leur avait dit d'avance : «Nousavons invité Mogador,))ellesseseraientsoulevées en disant «Fi! l'horreur 1 nous n'irons pas; » mais on.n'avuit rien dit ; c'est un bouquet qu'on leur réservait, fatigué de leur ridicule vanité.

Lorsque j'entrai , ce fut un hourra général :les

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femmes se letnincliaient dans les coins, les lioinmes vinrent à moi; on eut de la peine à me trouver un vis-à-vis. Sans une bonne fille qu'on ajipelle Brochet, cl qui se souvint qu'avant d'avoir vécu sous des lambris dorés elle avait été blanchisseuse, j'aurais dansé en face de deux hommes; les autres femmes étaient scandalisées , elles s'étaient groupées et chuchotaient ; j'entendais:

— Mogadorl uneécuyèrede l'Hippodrome! une femme qui a dansé dans un bal public!

Elles ne savaient que cela sur mon compte et me trouvaient indigne d'elles.

Ces dédains m'auraient mise en fureur, si jo n'avais été convaincue que la jalousie y était pour quelque chose. J'avais de quoi me consoler: les hommes les plus distingués, les jeunes gens le mieux nés furent charmants pour moi et me dédommagèrent largement du mépris de ces dames.

Dans le nonijjre, cejiendant, il y en avait une qui se montra moins aristocrate. Elle me plut beau- ( oup ; on l'appelait Chouchou. Elle avait infiniment d'esprit ; j'étais assise i)rès d'elle, elle me lil toute sorte d'amitiés et me dit:

— Cela me fait mal de voir toutes ces pécon s faire leur t^te connue cela. Tenez, regardez- moi ces deux sœurs: il y a un an, elles étaient tiop heureuses de partager le souper et le iiclil lit en ùv

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d'un pauvre garçon qui les avait ramassées sui' les quais. Elles sont entrées dans un théâtre où on leur donne une lettre à porter, afin qu'elles puissent montrer leur jeunesse. Pour se faiiv des illusions, il faut qu'elle aient la mémoire joliment courte. Voici la Verveine! elle minaude derrière son éventail pour cacher ses mauvaises dents]; elle était, il y a quatre ans, domestique, passage des Panoramas. Je me la rappelle encore, avec ses sabots, lavant la boutique le matin ; elle se persuade sans doute à elle-même qu'elle est une fille de grande maison.

Chouchou était en verve : elle continua long temps et me fit la biographie de toutes ces femmes.

Je la remerciai en moi-même , car il était assez probal)le que j'étais destinée à faire le tour de ce monde, et il est toujours bon de savoir à qui on a affaire.

J'avais espéré rendre Robert jaloux en allant ;\ ce bal; mais j'avais perdu ma peine: il me (h' manda si je m'étais anuisée.

Je lui dis (pie oui.

Deligny était de retour de la campagne, il aj)prit ma nouvelle liaison. Comme il avait du cœur, il ne revint plus, mais il souffrit beaucoup.

Un jour que J'étais allée à Enghien avecRobevl. nous entendîmes un grand bruit dans une salle au premier. Geniol, qui me connaissait, vint me prier de m'en aller. 11 me dit que Deligny était en haut avec plusieurs de ses amis; qu'il m'avait aperçue dans le jardin avec Robert; qu'il avait bu, plaisanté, mais qu'il venait de tomber dans des attaques de nerfs; qu'il cassait tout.

— Partez, me dit Geniol ; c'est un bon garçon, il vous aime toujours, évitez une scène.

Je voulus aller le voir, Robert me retint, nous partîmes. J'avais le cœur serré et je fus triste toute la soirée.

Le lendemain , j'envoyai savoir de ses nouvelles.

On répondit qu'il était malade.

Après avoir fait de grands efforts pour m'oublier, voyant qu'il n'y réussissait pas, il s'engagea et partit pour l'Afrique.

On m'a souvent reproclié ce départ; on a dit que j'avais été cause de sa ruine. Cette dernière accusation est bien injuste : je ne lui ai jamais rien demandé; s'il eût suivi mes conseils, il aurai! été plus économe.

Et quant à son départ pour l'Afrique, ce fut uii bonheur pour lui, il trouva une glorieuse carrière. Au surplus, il m'a jugée moins sévèrement que le

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monde, qui s'attendrissait sur son compte. Quand il revint en France, sa première pensée fut de venir me serrer la main. C'était un brave garçon! aussi résolu qu'affectueux.

A son retour de M..., il était accouru chez moi. Je lui avais dit tout franchement ma liaison avec Robert. Il ne me fit pas de reproches. 11 ne s'en prit qu'à lui-même.

— C'est ma faute, me disait-il, je n'ai pas su me faire aimer.

Ses yeux bleus étaient pleins de larmes ; il me dit en me quittant :

— Je n'ai que ce que je mérite ; de pauvres filles m'ont aimé, je les ai fait souffrir. Elles me disaient : « Ton tour viendra. » Elles avaient raison, vous les vengez. Adieu, Céleste; lâchez d'être heureuse; je n'aimerai jamais une autre femme (\ue vous. Plus tard, dans longtemps, vous reviendrez peut-être à moi. Quoi qu'il arri\e, mon cœur vous sera ouvert; adieu.

11 s'était sauvé.

Je ne l'avais plus vu que le jour où Geniol m'avait dit : « Partez, il ne peut supporter votre présence. »

Je parlais souvent de lui. Kobert aurait voulu m'arracher ce souvenir qui le rendait jaloux*

îr)] IMKiMOlUl'S

Je m'en étais aperçue, el pour exciter l'amour de Robert, je revenais sans cesse à ce souvenir.

Le cœur est ainsi fait.

On est heureux d'avoir une victime à sacrifier à ^on idole ; c'est une barbarie générale qui existe dans tous les mondes, dans toutes les classes. Nous qui n'avons pas de vertu à donner à celui que nous aimons nous lui donnons un trophée des cd'urs qui souffrent pour nous. Le cœur de notre amant s'y attache et grossit la masse pour un autre. Être jeune et jolie ne suffit pas pour réussir à se faire aimer.

Cette moisson est longue à faire; les unes y sont plus habiles que les autres. On dit que nous n'a- \(ins pas de c<i'ur; sijltise el (iérisiim! Il est dans la conformaticin liumaine d'en avoir un de la même matière, pierre, bronze ou marbre! vains mots! Le co'ur ne s'use pas, il change d'émotion, mais bal toujours jus(prà ce que Dieu arrête les battements de cette horloge de la vie. Tout le monde a un cœur et tout le monde n'en a qu'un. Ceux qui aciiètent un baiser et (jui avec leur or donnent leur cœur, oiil-ilsia prélcnlion d'à» lieter des Ames ? Ils les dépravent voilà loul !

Pauvres fous ! une femme peut vendre dix baiseis; elle m- peul donner dix ca'urs. Cessez donc

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de gàler les femmes par le luxe la vanité, la jalousie, et vous verrez qu'elles sont toutes capables (le bons sentiments; que la plus perdue sent remuer son cieur quand elle aime. 11 s'était endormi sous le dégoût ; qu'importe? Il se réveille à cet appel marqué par la destinée.

J'aurais voulu me faire grande comme le monde 'pour que Robert m'aimât. Je mettais ma vie en lui; j'aurais voulu anéantir le passé. Quand je l'attendais, j'étais inquiète, je me faisais mille chimères, je le croyais cliez une autre femme. Les heures passées sans lui étaient de la vie perdue ; quand je le voyais, tout était oublié. 11 était taquin; il s'amusait à voir les progrès de l'ascendant qu'il prenait sur moi. Sans fortune actuelle, il dépensait énormément et faisait des dettes comme beaucoup de jeunes gens de famille.

Je n'étais pour rien dans ses folies.

Depuis le premier jour oi^i je l'avais vu , il m'avait donné une bague; ce que j'aimais en lui, c'était bien lui. Nous sortions quelquefois ensemble le soir; j'étais (ière, heureuse, au point d'oublier le passé, l'avenir. Je me serrais contre lui ; je l'aimais trop pour qu'il m'aimât ou s'en aperçût. Sait-on si l'on aime quand votre maitresse vous attend toujours, qu'elle lit dans votre pensée pour prévenir un désir, qu'elle vous suit

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