‹ Mémoires de Céleste MogadorChapitre 4 sur 26 · M K MOIRES · texte numérisé non relu

M K MOIRES

— Bon ! vous voilà coiiimo un maiulie à hal.ii, me dit-il; enfoncez-vous dans votre selle ; le cor|»s droit sans raideur les coudes au corps, la tète en face; serrez les doigts sans dureté... bien! et n'ayez pas peur, vous avez un bon cheval.

11 lui frappa sur le cou ; puis, passant près d'un monsieur, il lui dit :

— Ah ! c'est que celle-là, c'est mon élève ; elle va bien, mais il n'y a que deux mois qu'elle apprend.

Ce compliment me fit plaisir, mais ne put empêcher mon cœur de battre à m'étouffer.

Le rideau s'ouvrit ! Dans la crainte que l'on ne pût dire que j'avais l'air elïronlé, je baissai les yeux à en loucher.

Arrivées au but, on nous rangea en ligne cl on nous cria :

— Parlez !

Mon cheval m'emporta comnfe le vent, la respiration me manqua; je me couchai sur son cou, comme font les jockeys; je lui lis un ajipel de la voix, il se lança plus torl... ,1'allais passer mes coni|iagnos, pcul-clre i-aguei' la coui'sc! cctU' idé»' me transjiorta. .le jclai mon cheval sur la corde dans un touriiaiil... je coupai celle qui me serrait de |»lus près, je la passai! .le fus si contente que, fiaiis la craintr de \(iii- une ,nilre i:ai:iier ^iir iiku.

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je fermai les veux, je rendis tout à mon tlieval et je lui appliquai l'éperon dans le flanc gauche. J'entendais dire :

— Elle a gagné !

Puis applaudir! Je serrai les genoux davantage. Je fis un tour de plus ; on m'arrêta pour me donner le bouquet : j'avais gagné!

La France était à moi... Je marchais en avant des autres ; on m'applaudissait. Mon cheval, qui avait été attaqué durement, faisait mille gambades que je suivais avec assez de souplesse pour qu'aux bravos se joignissent des compliments sur ma tenue à cheval. J'étais radieuse en rentrant. Mon professeur partageait ma joie.

Une fois descendue, mes compagnes me clierch('rent querelle. Elles prétendaient que j'avais manqué de les renverser, que l'on ne devait pas couper.... Je crois qu'elles avaient raison, mais je les envoyai ])romener.

Je regardai mon cheval ; il avait une tache de sang au côté. Je lui en demandai tous les pardons du monde... je lui montrai mon bouquet et lui donnai des raisons que je lui lis conqirendre avec force morceaux de sucre.

J'allai m'habiller pour la chasse; j'avais un joli costume, et j'étais, j'en conviens, assez contente do in<»i.

Il '2.

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Je montais un cheval d'école qu'on a{>pelail Abouhir , je le faisais caracoler le plus que je pouvais.

On lâcha le cerf. Je prenais mon rôle au sérieux et je riais avec les seigneurs qui étaient rangés au milieu, en attendant que les piqueurs et valets de chiens eussent lancé et découplé les chiens.

Cette chasse eut un genre de succès auquel n'avaient certainement pas songé les organisateurs de la fête. Quand les chiens , qu'on tenait enfermés depuis plusieurs jours, se virent en liberté, au lieu de s'élancer sur les traces du cerf, ils se mirent à courir de droite et de gauche, en commettant des actes d'inconvenance dont le bas de nos robes et les jambes de nos ciievaux portèrent les traces. Le public parisien, qui voit tout et s'amuse de tout, s'aperçut tout de suite du contretemps qui faisait le désespoir des piijueurs.

On riait à se tordre. Knfin, on mit le cerf à la piste, et les chiens sur la voie.

Le cerf, fatigué, revint sur ses pas à travers les chiens. Ce fut lui qui les courut ! On a[)plaudit plus fort que jamais.

Je sortis après la représentation, [ihis trumilih.intc (pi'un i^riH'ial v.iinipirur t\i\U:< une uraiule

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bataille, .le tenais mon bouquet dans mes bras pour que tout le monde le vît bien.

Rentrée chez moi, je priai mon portier de mettre l'écriteau: je ne pouvais demeurer si loin. Le lendemain, je trouvai un petit appartement, faubourg Saint-Honoré, n" 1, au cinquième ; il y avait une chambre à deux fenêtres sur le devant, une chambre sur le derrière et une cuisine. Je fus assez heureuse pour sous-louer de suite le logement que je quittais et je pus déménager. J'abandonnai ce quartier avec plaisir ; il me semblait que je respirerais plus tranquillement dans celui où j'allais. Je m'arrangeai un petit jardin sur la gouttière, qui avançait d'un pied.

Le genre de vie que j'avais adopté me mettait forcément en contact avec un grand nombre de femmes. Moins par goût que par nécessité, mon existence ressemblait à un kaléidoscope. Les courtisanes sont comme le Juif-Errant, il ne leur est pas permis de s'arrêter. J'avais cessé de voir Denise et Marie. Elles n'avaient pas une existence plus morale que la mienne, mais elles étaient lancées dans d'autres tourbillons. J'avais chaque jour, non pas de nouvelles amies, mais des relations nouvelles.

Je composerais plusieurs volumes avec les portraits et les caractères des femmes i[ui passèrent

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à côlé (le nioi dans la vie ; mais je me restreins autant que je le puis, ne m'attacliant qu'aux souvenirs qui me paraissent présenter quelque originalité, ou qui sont nécessaires à la suite de mon récit.

J'avais connu, au moment le plus malheureux de ma vie. une grande fille qui n'était ni blonde ni brune, ni belle ni laide, ni bonne ni méchante ; je lui donnai un conseil que j'ai toujours pratiqué.

Je ne cherche pas, on peut m'en croire, à me tromper moi-même. Je sais que le vice élégant est toujours le vice; mais j'ai toujours pensé que, même en faisant le mal, il y avait avantage à rechercher la société des hommes bien élevés. Le mieux serait d'être sage; mais quand on ne l'est pas , il est préférable d'être la maîtresse d'un grand seigneur que d'un i)arvenu, d'un homme de bon goût que d'un malotru, d'un honmie d'esprit que d'un sot. J'ai gagné à cette délicatesse, de l)ouvoir, malgré ma déchéance morale, goûter les plaisirs de l'esprit, les jouissances des arts, et de rencontrer ])armi les sonnnités de chaque société des chances heureuses et des amitiés durables, survivant à de trop faciles amours.

ba femme à <pii j'avais donné ce conseil .sul le mettre à prolil. Klle rencontra dans le monde un lidv.'ird <pii, lui trouvant le cou et les hr.i< tr'i|i

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lonfïs, les lui r-oiivril do diamants, pour cacher celte difformilé.

Klle me rencontra, et, sous prétexle que nous étions voisines, me lit monter chez elle, et passa la journée à me montrer ses richesses avec tant de :

— Tu voudrais bien cela, hein? — Si tu avais cela !

— que j'avais le cœur tout gros, sans savoir pourquoi.

Elle avait une grande passion pour les artistes, et passait toutes ses soirées dans les petits théâtres, se laissant lour-à-tour enflammer par un comique, un amoureux, un traître; elle n'était généreuse que pour les arts.

On dit qu'elle laissait tomber un diamant de son bracelet cliez beaucoup de ses préférés.

Elle m'engagea à dîner avec elle et à aller au spectacle le soir; elle me dit qu'elle allait me prêter un chàle, dans la crainte que je n'eusse froid. Cette attention me loucha, et je me dis :

— Décidément, c'est une bonne tille !

.le fus bien vite détrompée. Elle ne pouvait aller au théâtre seule; il lui fallait une compagne. Elle ne pouvait mettre tous ses cliAles à la fois; il lui fallait un manne(pun. Kn voici la preuve:

{•^lle me lit dîner dans un petit restaurant, bouli'vartl duTemple.ll y avait beaucoup d'acleurs; ils vinrent aiq)rès de nous. On nous servit le potage.

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