‹ Mémoires de Céleste MogadorChapitre 5 sur 26 · MF^.MOIRES · texte numérisé non relu

MF^.MOIRES

Je me disposais à manger, lorsque, m'arrètanl le bras, elle rue dit, de sa voix braillarde : — Prends garde, lu vas tacher mon cliAle ! Je devins pourpre. C'était uniquement pour cela qu'elle me l'avait prêté. Je vous laisse à penser si ma reconnaissance s'envola.

Elle n'en persista pas moins à me poursuivre de ses offres d'intimité. 11 lui vint même, pour mieux colorer cette intimité aux yeux du monde dans lequel nous vivions, l'idée la j)lus folle et la plus excentrique : ce fut de me faire passer pour sa sœur; elle me pria de dire comme elle, parce que cela serait un prétexte pour être plus libre : son boyard lui permettrait plus facilement de sortir avec moi.

En réalité, elle s'accrochait à moi pane que je m'appelais Mogador.

Un surnom, coimne M. Véron le fait remarquer avec beaucoup de linesse d'observation dans les Mémoires d'un bourgeois de Paris , un surnom, pour des femmes comme nous, est une Ibrtune.

A quelques jours de là, ma sœur nie proposa de l'accompagner dans une soirée d'artistes. J'étais dans la même position : je n'avais pas ce qu'il me fallait. Illle iiiilfit'iiéreusemoMl toute sa garderobe à ma disiKisilioii. Jr nd'ii"-;!!. nie r;ippelant

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de: « Prends garde de tacher mon cliAle. » Mais il lui fallait un bras à tout prix.

Elle eut, cette fois, pour vaincre ma résistance, recours à un petit stratagème auquel j'eus la bonliomie de me laisser prendre. Elle m'acheta ce dont j'avais besoin, et me dit :

— Tiens, tout cela est à toi.

Je crus naturellement qu'elle me le donnait: une parure de fleurs de cinquante francs , des gants longs, une voiture louée pour la nuit. Voilà des dépenses que je ne me serais jamais permises.

Je la remerciai de sa munificence.

— Bon ! bon ! me disait-elle, tu me remercieras plus tard.

Quebjues jours après, elle me remettait une note de cent francs. Je n'ai jamais, je crois, fait pareille ligure depuis; j'avais à peine de quoi vivre et payer mes meubles.

Je la fis attendre; elle se fâcha et me lit des scènes devant tout le monde.

Je lui donnai cent sous ou dix francs quejavais dans ma poche.

Un jour, j'étais au théâtre, dans une loge où il y avait six personnes; elle se lit ouvrir et me dit tout haut:

— iJis donc, loi, (juand donc me payeras-tu ?

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Je n'avais rien sur moi (c jour-là. L'nu des personnes me demanda combien je lui devais et acquitta ma dette.

A partir de ce moment, on le comprend , il y eut entre nous une rupture complète.

Elle s'en allait disant jiartout :

— Je suis fùcliée avec ma s(rur .

\'A nous restâmes longtemps brouillées, à son grand regret, car je commençais à faire pas mal de l)ruit.

J'avais appris de nouveaux exercices à l'Hippodrome. 11 y avait surtout une course de baies qui laillit me coûter cher. Je montais une jolie jument alezane d'une vigueur incroyable. Elle tremblait une heure avant d'entrer; quand on ouvrait la barrière, elle était déjà en nage.

Un jour, elle s'était gontlée pendant qu'on la sellait; on oublia de la visiter au départ. Une fois lancée, je me sentis tourner; je voulais m'arréler, mais j'étais devant une haie ; elle sauta. Je tâchai de m'élancer de coté pour ne pas être traînée sous ses pieds; je fus tomber sur la piste, on dehors de la baie. J'allais me relever, (juantl je vis les pieds des chevaux sur ma tête. Tous ceuxcjui arrivèrenl derrière moi me sautèrent avec la haie.

Os quehiues secondes furent pénibles pour moi et pour les spectateurs. J'avais le pied touh'; iii;i

DE CliLliSTE MOGADOa o/

jumenl, en se sauvant, m'avait alleinle; mais je n'avais pas de fracture ; la douleur n'était rien {)our moi. Je demandai mon cljeval, et je remontai devant le public, qui m'en sut un gré infini et me le prouva en m'applaudissant de toutes ses forces.

Ce genre de spectacle avait alors l'attrait de la nouveauté.

11 n'était bruit que de notre courage ; on luttait vraiment avec une imprudence effrayante. Les spectateurs criaient souvent :

— Assez I assez!

On ne voulait rien entendre, et c'est incroyable la chance qu'on avait. Il y avait tous les jours des accidents où l'on aurait dû trouver la mort, eii bien, on en était quitte pour quelques contusions. Je pouvais avoir la tête ou les côtes cassées; je restai huit jours sur ma chaise, et je recommençai plus enragée que jamais.

Ces périls, du reste, n'étaient pas les seuls auxquels je fusse exposée à ce moment de ma vie.

Il y avait un danger l)ien autrement à redouter pour moi dans le nombre toujours croissant de mes adorateurs.

A Paris, dès qu'une femme est en évidence, si elle n'est pas protégée par une réputation de vertu intraitable, tout le monde se met sur les rangs. Il

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