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y a des jeunes femmes qui, par bunlé ou par bélise, se croient obligées de répondre à toutes les avances qu'on leur fait. Elles sont perdues en quelques mois. L'abandon et le mépris ne tardent pas h suivre un enivrement passager. Je n'étais ni assez bonne, ni assez bête pour me prodiguer à ce point ; j'avais, heureusement pour moi, compris de suite que la galanterie est comme la guerre, oii, pour remporter la victoire, il est bon d'employer la tactique. J'avais, d'ailleurs, deux défauts de caractère qui m'ont beaucoup servi pour me défendre. J'ai toujours été capricieuse et hautaine. Personne, parmi les femmes disposées à dire souvent ouif n'éprouve plus de plaisir que moi à dire non. Aussi, les honjmes qui ont le plus obtenu de moi sont ceux qui m'ont le moins demandé.
Plus une fenjme a la réputation d'être facile, plus elle a besoin de se faire désirer. J'avais plus que toute autre besoin de réserve à cause de mon passé.
Ceux qui voulaient obtenir mes bonnes gnkes ne m'expliquaient pas toujours eux-mêmes leurs vœux. La plupart, ainsi du reste que c'est d'usage dans ce monde , avaient recours à des moyens détournés, et m'envoyaient des ambassadrices.
Dans une seule semaine, je reçus je ne sais combien de femmes qui venaient m'annoncer mes con-
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quêtes et tâcher de négocier des traités d'alliance. J'avais à cet égard des idées bien arrêtées. Je ne voulais à aucun prix avoir de commerce avec ces femmes pour qui j'avais la plus profonde aversion. Aussi redescendaient-elles furieuses mes cinq étages. Quand elles rendaient compte de leur mission, on ne pouvait les croire, tant, je l'avoue en rougissant, la conquête de Mogador semblait facile.
Je n'eus qu'à me féliciter du parti que j'avais pris. L'opinion changea à mon égard. On ne cessa [)ns de me faire la cour, mais on y mit plus de délicatesse, et l'on me laissa le temps de respirer et de choisir.
Ici encore, je retrouve un souvenir de ma sœur.
Depuis que je refusais de la voir, il lui était passé une autre idée par la tête : c'était de me donner un amant de sa main. Un jeune baron plus ou moins allemand, qui avait une charge à la cour de... était au nombre de ceux dont j'avais si mal recules plénipotentiaires. Il raconta sa défaite à ma sœur.
— Présentez-vous de ma part, lui dit-elle avec son aplomb ordinaire ; vous êtes sûr d'un excellent accueil.
Il la crut et vint chez moi, convaincu qu'il se présentait sous les meilleurs auspices.
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C'était un liuniiiie de trente à trente-cinq ans, blond, assez grand, assez joli garçon, l'air doux et distingué.
11 tombait mal : j'avais encore les fleurs sur le cœur; mais il s'en tira en homme d'esjDrit. Devinant mes véritables sentiments pour ma chère sœur, il m'avoua qu'il ne pouvait pas la souffrir, et il m'en dit tant de mal, que je finis par l'élouter.
— A votre tour maintenant, me dit-il.
J'avais bien aussi quelques méchancetés qui ne demandaient qu'à s'évaporer en paroles. Notre entretien se prolongea. La médisance aidant, le baron emporta la permission de revenir.
Il en protita itlusieurs fois. 11 avait beaucoup d'es[)rit : l'espiit est la plus irrésistible des séductions. 11 est donc possible qu'une fois encore j'aurais cédé malgré moi à l'influence indirecte de ma sœur. Mais le baron fut brusquement rappelé en Hollande par un ordre.
le repris mon service à l'Hippodrome.
Les jeunes gens à la mode ou ceux qui aspiraient à le devenir avaient leurs entrées du cO>té des écuries; c'est là que chacune de nous avait ses proneurs, ses partisans, ses enthousiaste-^. 11 y en avait un ([ui s'occupait de moi a\ecunc persév(Tancc acharnée. C'était un iounc homme brun,
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mince, très-recherclié dans sa toilette. Il me regardait constamment avec de grands beaux yeux noirs qui, sans avoir d'esprit, exprimaient assezbien ce qu'ils voulaient faire comprendre. Il n'avait jamais osé me parler.
Je demandai à une de mes amies :
— Qui est donc ce jeune homme qui me suit partout et qui se trouve mal quand je fais un faux pas?
— Ma chère, me répondit Hermance, une jolie petite Anglaise qui avait une perruque, c'est le fils d'un pharmacien.
— Ah! lui dis-je, c'est dommage; il est gentil.
— Si tu ne l'aides pas un peu, me dit une autre, il n'osera jamais te parler. Il est très-riche ; son père est un grand fabricant de locomotives.
— Bon! toul-à-l'heure c'était un pharmacien... Il faudrait vous entendre.
Je montai à cheval et j'entrai dans l'arène.
Il me sembla que ma selle n'était pas solide ; je m'arrêtai devant la grande logo. Pendant qu'on sanglait mon cheval, j'entendis un bruit confus de compliments toujours agréables pour l'oreille d'une femme. J'oubliai ma chute de la dernière fois et me promis de gagner cette course si je pouvais. Je poussai ma jument, j'arrivai la première d'une demi-tête de cheval. Quand je revins aux
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écuries, je vis mon amoureux tout pâle ; ses yeux étaient si brillants, que je les crus pleins de larmes; il vint à moi et me dit ;
— Oh ! que vous m'avez fait peur ! Je me suis figuré vous voir tomber dix fois.
J'eus la malheureuse idée de lui répondre qu'il était beaucoup trop bon.
A partir de ce moment, il me fut impossible de m'en défaire; la glaco était rompue. 11 me suivit jusqu'à la jxtrle de ma loge ; je la lui fermai au nez.
11 vint me voir le lendemain, sans que je le lui eusse permis; il tinit par ne plus bouger de chez moi. 11 était bête à manger du foin, mais si bon garçon, si obligeant, surloutsi amoureux, que j'étais souvent tentée d'être indulgente, malgré ma répugnance i)Our les gens stupides.
Il se nommait Léon. On comprend, sans que je m'en explique, la délicatesse qui m'empêche d'ajouter les noms de famille aux prénoms. 11 y a des secrets que tout le monde ne doit pas savoir. Permis aux curieux de chercher, aux habiles de (U'viner.
J'étais devenue bonne écuy^re.
Je fis une demande au préfet pour obtenir ma liberté. On me fit venir, me disant qu'il n'y avait pas assez longtonijjs; (pic si rili[)p(>(lroniP fi'iniait.
je n'avais aucun moyen d'existence. Je rentrai chez moi tout en larmes et toute découragée. Il vint encore des femmes m'apporter des propositions plus brillantes que celles que j'avais reçues d'abord. Je crus ces femmes envoyées de la police, et les reçus plus mal que les premières.
J'étais allée un soir au Ranelagh avec une de mes camarades de l'Hippodrome qui se nommait Angèle; nous causions assises dans un coin de la salle. Une marchande de fleurs vint m'apporter des roses magnifiques.
— De la part de ces messieurs, dit-elle, en me montrant deux hommes assis à quelques pas dé nous, tous deux petits ; l'un blond, insignifiant de figure : il aurait eu l'air commun s'il n'avait eu un petit pied long comme ma main. L'autre était joli garçon, plus jeune et effronté comme un page.
J'avais envie, pour les faire enrager, de refuser les fleurs.
— Es-tu folle! me dit Angèle; gardons-les. Tu ne vois donc pas comme elles sont belles I
Je ne répondis rien. Je laissai les (leurs sur une chaise devant moi, sans regarder ceux qui me les avaient envoyées.
ils s'approchèrent de nous. Le plus jeune des deux prit la parole, et s'adressantà moi :
— Ah! vous aimez les fleurs! je suis fâché de
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VOUS en offrir d'aussi laides; si vous le permettez, je vous en enverrai d'autres.
.le répondis par un petit signe de tète et par une petite moue qui voulait dire : « Je vous remercie des premières , mais je ne recevrai pas les secondes. »
— Je vois, mademoiselle, que vous n'aimez pas causer ; c'est quelquefois une preuve d'esprit.
Et il se rapprocha de moi, si près qu'il mit sa chaise sur ma robe ; je le lui fis remarquer en le priant de s'éloigner.
— Non, me répondit-il, je l'ai déjà abîmée, je vous en enverrai une autre.
Son ami, qui était resté debout, lui dit quelques mots en langue étrangère ; il lui répondit dans la même langue, et se retournant vers moi :
— Le duc a raison, je n'ai pas le droit de vous faire la cour. Le duc et moi, nous vous avons vue monter à cheval ; nous sommes devenus amoureux tous les deux ; nous avons joué à pile ou face. D'après nos conventions, le gagnant seul devait avoir le droit de se mettre sur les rangs pour obtenir vos bonnes grâces. J'ai perdu; le duc vous a envoyé une de ses amies que vous avez mise à la porte. Croyant (pi'il avait renoncé à toute espérance, j'ai fait conimo lui; je n'ai pa^ f'té mieux reçu.
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— Et cela vous a étonné ?
— Oui, nous avions parié cinquante louis.
Il me dit cela d'un air si impertinent que je le pris en grippe, et que je songeai tout de suite à me venger.
— Assurément, monsieur, lui dis -je, il n'y a pas de distraction plus innocente que celle-là. Pour que l'enjeu eût un intérêt pour vous, il aurait fallu vous assurer de mon consentement, et c'est une condition qui aurait toujours manqué à votre pari. Je vous avouerai même (}ue, si j'avais été obligée de faire un choix, je crois que j'aurais été de l'avis du sort.
Je ne réfléchissais pas que, pour lui dire une chose désagréable, je faisais une véritable déclaralion à son ami.
Ce dernier s'en aperçut et parut m'en savoir beaucoup de gré. Poli, mais grave et taciturne, il formait en tous points avec l'autre un contraste complet. Peut-être était-il arrêté par la difficulté du langage, car il parlait le français avec un accent méridional prononcé ; mais j'avais la tête montée, et i)our faire enrager son ami, je lis seule les frais de la conversation.
Le duc me demanda la permission de venir me voir; je la lui accordai en appuyant bien haut sur un : « Vous me ferez grand plaisir, » qni fut à son
adresse, car l'autre petit monsieur quitta la place
en disant :
c( Voilà ce que c'est que d'être duc et d'avoir
trois cent mille francs de rente. »
Son dépit le servait mal : cette énumération des avantages de son rival n'était guère propre à m'inspirerde l'aversion pour ma nouvelle conquête. Il PU est du monde où je vivais, comme de l'autre, je crois ; un beau litre et beaucoup de millions n'empêchent pas de faire la cour à une femme.
Nous restâmes seuls; le duc devint plus causeur. Ce fut lui qui continua la conversation.
— Quel drôle de caractère a mon ami! C'est un charmant garçon ; mais il est un peu fat : il faut que tout lui cède, lia, du reste, beaucoup de succès auprèsdes femmes. 11 croit, quand on me donne la préférence, que c'est pour ma fortune; cela m'a rendu défiant, et j'ai fini par le croire moi-même.
La provocation était directe, et quoique je n'aio jamais aimé être de l'avis d'un homme quand il s'agissait de le trouver bien, je me résignai d'assez bonne grâce â dire au duc qu'il avait tort de douter ainsi de lui-même.
Il m'offrit son bras pour faire le tour du jardin. J'acceptai avec un double plaisir ; d'abord, parce que cela flattait ma vaMit(\ et ensuite, parce qutf'élait le moyen de cniilinuer h f.iire enrager son
ami, à qui j'en voulais d'avoir été si brutal. J'ai toujours détesté les gens qui prenaient avec moi des airs d'autorité.
J'éprouve, en me retraçant à moi-même les souvenirs de ma vie, un singulier effet: je suis plusheureuseàla pensée de raconter mes faiblesses, que je ne l'ai jamais été, dans l'entraînement de la jeunesse, à la pensée de les commettre. Il faut que la décence et l'étude aient entre elles de mystérieux rapports pour réveiller ainsi la conscience endormie.
A chaque instant, je suis tentée de tricher avec l'inexorable réalité ; mais je ne cède pas à la tentation, car je comprends que mon récit perdrait tout intérêt, s'il cessait d'être complètement sincère.
Ma haison avec le duc me mettait dans une position tout-à-fait nouvelle... Elle me donnait mes entrées dans le grand monde... de Bohême.
Je devins trop élégante pour ne pas avoir d'ennemies ; rien ne me manquait, pas même la jalousie de mes camarades, qui me déchiraient à belles dents.
Le duc n'était pas brouillé avec son ami. Je lo voyais donc souvent. Il n'avait perdu ni sdu aplomb, ni ses espérances.
— Vous me reviendrez, me disait-il ; c'est uni'
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question de temps. Le duc ne vous gardera pas toujours.
Je lui répondais :
— Jamais !
Et je lui tins parole.
Il se consola avec Angèle.