‹ Mémoires de Céleste MogadorChapitre 9 sur 26 · U)Q MEMOIRES · texte numérisé non relu

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morte ; j'avais mal aux nerfs; je tremblais pour lui.

Il chanta mieux, prétendit que c'était à cause (le moi, et ne voulut plus me quitter, sous prétexte que je lui étais indispensable et qu'il voulait me prouver sa reconnaissance. 11 donna un grand dîner en mon honneur et à l'occasion de ses débuts.

Le troisième avait réussi tout-à-fait, B... était aux anges : son bonheur l'exaltait.

On ne sait pas à quoi on s'expose quand on s'attire la reconnaissance d'un Italien.

J'avais fait engager Joséphine à l'Hippodrome ; nous répétions ensemble. J'apprenais un nouvel exercice. On devait faire conduire des cliars romains par des femmes. Nous étions trois qui devions courir : Angèle, Louise et moi.

Je vivais dans une sécurité complète, sans me douter du danger qui me menaçait. Joséphine était un serpent que je réchauffais dans mes cachemires.

Cette chère amie trouva qu'elle était mon c)i)ligée depuis trop longtemps, que le moment était venu de me prouver sa gratitude ; elle n'imagina rien de mieux que de me supplanter dans les tiffections du duc.

Elle vint donc un hoau matin se fairti bellt' dans

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ma chambre, avec un cLâle, et un chapeau qu'elle m'emprunta, et se til conduire à l'hôtel du duc. il refusa d'abord de la recevoir ; mais elle mil tant de persévérance qu'il y consentit.

Ce qu'elle lui conta, je ne l'ai jamais su. 11 avait assez d'esprit pour ne pas me raconter le mol ri mot d'un cancan.

Elle rentra chez moi après lui avoir fait promettre le secret. Elle avait sans doute reçu quelques louis pour prix de sa trahison.

Le duc vint me voir à quatre heures... lime parla beaucoup del'Opéraet des chanteurs. Je compris que j'avais passé par la langue de quelqu'un.

Joséphine ne changea pas de couleur.

Quand il fut parti, elle me dit qu'elle ne s'expliquait pas comment il avait pu savoir tout cela.

Je l'avais vue lui faire un signe dans une glace ; je ne pouvais donc conserver aucun doute sur sa perfidie.

11 n'a jamais été dans mon caractère de marchander avec une situation. Je voyais bien que tout était fini entre le duc et moi. Je n'avais nulle envie de m'humilier pour rentrer en grâce ; mais je voulais faire justice de Joséphine.

J'écrivis au duc de venir me parler le lendemain ; qu'il })ourrait me retirer son amitié après ;

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mais que je désirais avoir avec lui une dernière entrevue.

Il fut exact au rendez-vous, au grand regret de ma chère amie qui, depuis la veille, était mal à son aise. Elle voulait sortir ; je la priai de n'en rien faire. Comme elle insistait, je le lui défendis.

— Vous sortirez dans quelques instants; je veux avoir le cœur net d'un soupçon.

Elle se redressa avec un aplomb incroyable. Je n'eus pas le temps d'en dire davantage, le duc entrait.

— Vous êtes bien aimable d'être venu, je vous en remercie. Je ne veux pas contrarier votre volonté; si vous ne devez plus me voir, je ne tenterai rien pour changer votre résolution. Il se [leul que j'aie fait tout ce qu'on vous a dit ; il se p<^ut qu'on ail beaucoup exagéré. Je pourrais essayer de me justifier; mais si votre intention est arrêtée, je vous ennuierais sans vous convaincre. Je veux seulement connaître l'auteur de tous ces beaux récits... Je ne vois qu'une femme qui était i)lacée de façon à me nuire dans votre esprit : c'est Joséphine ; mais je ne puis croire que ce soit elle. Je l'ai rencontrée, ne sachant où manger et disposée à se mettre au coin de la rue pour offrir sa beauté aux passants. Voyez, je ne vous mens pas : elle a mes bas aux jambes ; elle y aurait mes souliers si

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elle n'avait pas de si gros pieds. Elle porle mes chemises, mes robes, mes cols! je la nourris depuis plusieurs mois, je l'ai fait engager; je parlageais avec elle tout ce que je pouvais avoir; si c'était elle, avouez que cela serait bien mal et que j'aurais bien fait de vous prier de venir, pour lui dire devant vous : « Vous êtes ce que je connais de plus méprisable au monde, sortez de cliez moi, votre trahison ne vous profitera pas. »

Je m'étais exaspérée petit à petit. Joséphine no bougeait pas; elle se croyait sûre de la protection du duc; mais il avait l'esprit juste et le cœur droit.

Les reproches qu'il avait à me faire ne l'empêchèrent pas de comprendre mon indignation contre Jo?épiiine. Me voyant pâle de colère, il me pria de passer dans ma chambre ; il lit tous ses efforts pour me (;almer, puis, sonnant ma domestique, il lui ordonna de renvoyer M''^" Joséphine, qui ne devait pas rester une minute de plus chez moi.

Quand elle fut partie, il me dit qu'il avait voulu ménager mon amour-propre, qu'il serait toujours mon ami, que si jamais j'avais besoin de lui, je n'avais qu'à lui écrire.

Il m'annonça son départ pour la campagne, sans me dire quand il reviendrait.

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