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de AYinter, avec lequel il fit un voyage cliplomati-j que dans la Méditerranée et visita Tunis, Tripoli,] Alger, Malaga et Lisbonne; puis, ou 1804, il fut nommé colonel, chef d'état-major de f amiral Verhuel, et fiscal de la flottille qui se rendit, sous le feu des Anglais, de Flessingue à Ostende, où une armée était campée sous les ordres du maréchal Davoust. En 1806, il partit pour Java avec Grasweld, que le grand pensionnaire Schimmelpenninck avait nommé gouverneur général des possessions hollandaises dans les grandes Indes; mais, par suite de l'avènement du roi Louis Bonaparte en Hollande, le gouverneur Van Grasweld, qui n'était encore qu'à Philadelphie, fut rappelé avec son état-major, et le général Daendels fut nommé à sa place gouverneur général des Indes. De Kock, qui était chargé d'une mission particulière, et dont il n'était pas fut mention dans le rappel, crut devoir continuer seul ce long et dangereux voyage, sous des noms supposés, et avec des qualités tronquées, pour échapper aux croisières anglaises ; mais, arrivé à Batavia, il y trouva l'annulation de sa commission. Cependant l'ancien gouverneur Wisse, étant encore en place, le prit pour chef d'état-major et lui conserva le rang de colonel. Bientôt Daendels arriva; il connaissait de Kock,
avait été lié d'amitié avec sou père, il le maintint dans son rang et sa place. Il prit part à une expédition contre ime province dont le chef s'était révolté. En 1810, Jansens remplaça Daendels. En 1811, la colonie fut prise parles Anglais, qui conduisirent le gouverneur et son chef d'état-major <le Kock prisonniers en Angleterre, où ils restèrent jusqu'en i81i. A cette époque, de Kock rejoignit la Hollande et fit la campagne de 1815 comme général au service du roi Guillaume I'"', puis il retourna aux Indes, fut nommé lieutenant général et lieutenant gouverneur général sous Van Der Capelle, gouverneur général. Il conunanda les forces de terre et de mer; détrôna et fit prisonnier, en 18'21, le sullan de Palembang, contre lequel deux expéditions avaient échoué. Enfin il pacifia le pays.
Rappelé en 1830 par le roi de Hollande, qui lui proiuit de le nommer gouverneur général, pour s'entendre avec lui sur une nouvelle organisation de Java, la guerre avec la France le fit nommer commandant de la Zélandc. Il étaljlit son quartier général à Flessingue, où il resta jusqu'en 1837. Il fut alors nommé ministre de l'intérieur et 2frand chanceHer des deux ordres rovaux des Pays-Bas. Peu après l'abdication de Guil-
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laume I"", il se retira du ministère avec le titre de baron et le grade de grand officier des ordres royaux du Lion néerlandais et de Guillaume.
Il eut douze enfants, dont plusieurs occupent aujourd'hui des positions élevées en Hollande.
Jean-Pierre, mon second frère, nommé souslieutenant en Hollande en 1795, devint lieutenant en 4799 et capitaine de la garde du roi Louis Bonaparte en 180(3. Il fit les campagnes de 1812^ 1813 et 18 14, s'attacha définitivement au service de la France sous la restauration, en se foisant naturaliser Français, et prit sa retraite en 1831, comme colonel du 3P régiment de figue.
Mes frères avaient, comme on voit, fait leur chemin, chacun de son côté, dans la carrière nnlilaire. Et la différence du drapeau sous lequel ils servaient eût pu leur être fatale, puisque, par l'effet des événements politiques, si le colonel n'eut pas pris sa retraite après la révolution de 1830, son devoir de soldat français l'eût forcé peut-être de marcher contre son frère aîné et sa mère patrie. Je vous ai dit encore que, tant qu'ils ont vécu (1), j'ai entretenu avec mes deux frères d'af-
il) Le général est mort à la Haye en 1815, et le colonel à Lille en 1858. (P. de K.)
fectueuses relations. Cependant si, depuis 4831, il m'était permis de voir souvent Jean-Pierre à Versailles, où il s'était fixé avec sa femme et ses enfants, et si lui-même me rendait souvent visite à Paris, jusqu'en 1836 l'amitié fraternelle qui nous unissait, Henri et moi, ne s'était jamais traduite que par correspondance.
Eh bien ! au mois de juillet de cette année 4836,. j'eus le bonheur de serrer en môme temps dans mes bras, à Romain ville, et Jean-Pierre et Henri. Quelques semaines auparavant, j'avais mandé par une lettre, à ce dernier, l'issue fâcheuse de mon procès ; il voulut venir en personne m'apporter ses consolations et sa bourse. Pour la première fois, depuis 1793, nous étions réunis; nous ne nous lassions pas de. nous regarder et de nous embrasser. Ma mère, qui naturellement assistait à cette entrevue, pleurait. Le général ressemblait, paraît-il, beaucoup à notre père. — « C'est tout à fait lui! tout à fait lui! » répétait-elle. Ahl que je vous dise en passant : son troisième mari,. M. Gaigneau, mort, ma • mère avait absolument voulu reprendre et avait repris le nom de de Kock. Ce n'était peut-être pas très-légal, mais... — <( M. Gaigneau n'existe plus, il n'y a plus de M"*' Gaigneau, disait-elle; j'aime mieux être
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M"""" de Kock; je regrette de ne pas être restée toujours M""" de Koek; donc je redeviens M™' de Kock!... »
Qu'objecter à ccki?...
Après mes frères, je citerai, parmi les personnes qui s'empressèrent d'accourir me proposer leurs services, en me sachant rudement frappé, le comte d'Orsay, un aimable gentleman anglais, avec lequel, depuis quelques années, j'étais en commerce de courtoisies. Je remerciai le comte; mes frères aidant, j'étais en mesure de verser à mon ennemi victorieux la somme que dame Justice m'avait condamné à lui payer, en dédommagement du préjudice... qu'il m'avait causé. Avant de nous séparer, le comte d'Orsay m'invita à écrire quelques mots, qu'il se chargeait lui de remettre en mains propres, à Bulwer-Litton, le célèbre romancier anglais, qui, m'assurait le comte, témoignait la plus grande estime pour mes ouvrages...
J'écrivis à Bulwer. Huit jours plus tard je recevais cette lettie :
DE PAUL DE KOCK. 32t>
« Alljanv-London « Oct^ -20 1836.
(( Dear sir,
(( Permit me to express my sensé of the honor i' you hâve done me in the letter I hâve received <' tliro'the friendly offices of coimt d'Orsay. I am « cliarmed to fmd that my long cherished view « of the true tendency of yonr writings is sup- (( ported by your own aims and ens. Perhaps,. « for it is, well to speak frankly. I may regret <( that the irrésistible dictate of a rich and unrr- « valled humour should sometimes hâve pursued (( a moral end thro'means easily mistaken by « the herd and still more, that your views of that (( morality wich relates to the sexes, should bo (( essentially différent from those common in this (( country, — Avhere it is on the morality Ihat is « rigidly inculcated. — I mention this not from « the presumption of reproach, but because I « hâve found some difficulty in clearing the \vay (( to a just appréciation of your lolty merits the (( beautiful goodness of heart, and the profound « and often magie philosophy that forms the
(( under currcnt of a comic stream more racy (( and powerful thaii that of any other writer I <( hâve aware of. In the Edinhiirgh Revieiu of Ja- (c nuary next, I trust to embody mi views of yom' « genius in a manner that I trust \vill be agrea- (( ble to you. Whatever quaUfication may occur « will arise not from myseh^ but the scrupules (( of the editor. But I trust to render suck c{ua- i (( hfication unnecessary.
« I scarcely know how to condole with you (( on your losses. Genius is given to man as a com- « pensation for a thousand evils and afflictions, (( that seem almost invariably to accompagny it. •(( And your genius takes so bright and benignant « a view of life, that I trust it is but the reflec- « tion of a joyous temper and an all-sufficing • (( heart. —
« Pardon me for addressing you in english, « I amnot sufhciently acquainted with your own « language to trust to my kowledge of it for the « expression of my enthusiastic admiration and (( profound respect.
(( I am my dear sir,
(( your most obliged and devoted serv'.
(( E. Lytton Bulwer. »
Ci-après, pour ceux de mes lecteurs qui, pas i>lus que moi, ne sont familiers avec la langue anglaise, la traduction de celte lettre que je dois à l'obligeance d'un de mes amis :
« Albany, Londres « 20 Octobre 1836.
« Cher monsieur,
ii Permettez-moi de vous offrir mes sentiments « de gratitude pour la lettre que vous m'avez fait (( l'honneur de m'écrire et que j'ai reçue par l'of- (( ficieuse entremise du comte d'Orsay. Je suis cliar- (( mé de trouver en vous, en vos écrits, les vues (( morales que j'aime et que je vous ai toujours « supposées. Peut-être, pour parler franchement, (( pourrais-je regretter que l'incroyable facilité de <i votre imagination vous fasse poursuivre quelce quefois votre but à l'aide de certains moyens (( qui distraient de l'idée principale; je vous l'a- '( vouerai même : votre morale, en ce qui con- <c cerne les femmes, plairait beaucoup plus ici si (( elle était moins légèrement exprimée. Chez « nous, on tient à la rigidité des expressions, .le < mentionne ceci, non pas à titre de reproche.
« mais put ce que j'ai éprouvé quel({ui's difficultés c( à faire apprécier à leur valeur votre mérite, la « grâce piquante de votre style, et la profondeur <( d'une philosophie pratique qui forme, pour « ainsi dire, chez vous, le lit d'un courant comia que plus fort et plus puissant que tout ce que (( j'ai pu trouver chez d'autres écrivains contem- « porains. Dans la Revue d'Edimbourg de janvier « prochain, je ferai connaître l'estime que je « professe pour votre talent, d'une manière qui, « je l'espère, vous sera agréable. A quelques resc( trictions que je me soumette, pour obéir aux « scrupules de l'éditeur, j'ose croire que vous <( serez content.
(c Je ne sais vraiment comment vous dire com- « bien je suis sensible aux pertes que vous avez « subies. Le talent est donné à l'homme comme (( une compensation des mille maux et afflic- (( tions qui semblent presque toujours l'accompa- « gner. Le vôtre prend pour briller la meilleure (( route : celle où l'on étudie, sous son côté plai- (( sant, la vie. 11 dénote un caractère heureux qui (( peut s'assombrir par hasard, mais qui ne sauce rait tarder jamais à recouvrer sa gaieté.
(c Pardonnez-moi de vous avoir écrit en ance glais, mais je ne connais pas assez le français
<( pour VOUS faire bien comprendre et mon admi- (( ration et mon respect.
« Je suis, etc.
« E. Lytton' Bulvver. )>
Bulwer avait raison : je ne sais pas, je ne puis^ pas être triste longtemps Quelques semaines ne s'étaient pas écoulées que je ne pensais plus à mon procès perdu. J'avais recherché la fortune... et je l'avais recherchée sur la foi d'une impulsion étrangère, car, pour moi, je n'avais pas la moindre ambition!... Six mille livres de rente dans mes vieux jours, et la faculté de travailler jusqu'à ma dernière heure, voilà tout ce que je désirais... J'avais compté sur de gros bénéfices, réalisés dans une spéculation littéraire que je me croyais tout droit de patronner; il se trouvait au contraire que mon droit devait céder le pas à un autre mieux établi que le mien, et que pour me punir de m'ètre trompé on me prenait une partie de ce que je possédais... Eh bien! il me restait mon courage, ma santé, ma jeunesse; car j'étais jeune encore en 1836; il me restait ceux que j'aimais et qui m'aimaient : ma femme, ma mère, mes enfants et mes frères; il me restait ma plume,
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mon petit appartement du boulevard Saint-Martin, ma maisonnette à Romainville, mon chat... Ne vous moquez pas ! En lait de betes, ce sont les chats que j'aime. Et pourquoi pas? Vous dites (jue les chats sont des animaux ingrats, égoïstes, capricieux, qui ne s'attachent qu'à la maison où ils vivent et point à leurs maîtres. De vieux chchés, cela, à vendre au poids. Je soutiens, moi, que les chats sont susceptibles d'affection tout comme les chiens, qu'ils priment en gaieté, en esprit, en gentillesse. J'ai eu des chats que je n'eusse pas donnés pour leur pesant d'or ; notamment un, qu'on appelait Fronlh}, qui vécut de 1830 à 4841 . Frontin n'était pas un chat, c'était un caniche pour la bonté, un chameau pour la sobriété, un singe pour l'intelligence. Il me suivait, l'été, à la promenade, dans les bois, à Romainville; l'hiver, il ne quittait pas mon cabinet. Pelotonné toute la journée sur un coussin près de mon bureau, tant que je travaillais il dormait... ou faisait semblant de dormir pour ne pas me gêner; mais aussitôt que je me levais il se levait également, et arrondissant son dos en fixant sur moi ses yeux d'or, il semblait me dire : « Maintenant, nous pouvons causer, n'est-ce pas? » Et nous causions en effet. Je lui parlais en le caressant; il me ré-
DE l'AUL DE KOCK.
pondait. Il avait des miaulomonLs particuliers pour chaque chose ; pour demander à manger, à boire, à s'absenter; pour solliciter la faveur de monter sur mes genoux ou de me lécher la main ; pour venir me souhaiter le bonjour, le matin, dans mon lit; une bonne nuit, le soir.
Enfin, je vous ai prouvé que j'étais philosoph»', ei je ne sache pas qu'il soit interdit a un philo- ', sophe de puiser son mépris de Ta dversité jusque dans l'affection des chats.
^lais je me suis assez étendu sur mon Abbotsford-Romainville n" 1, nous allons, s'il vous plaît, maintenant, passer à mon Romainvillc-Abbotsford n° ±