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Eh! par le temps de fils qui court, il y a peutêtre, plus quon ne pense, à tenir compte à Henry de Kock de n'avoir voulu être le fils de son père que pour l'aimer.
A mon exemple, Henry a gagné son premier argent comme employé. Je n'avais pas assez de fortune pour subvenir à ses besoins, à ses plaisirs, tandis qu'il commençait de s'essayer dans les lettres; il entra bravement dans une administration particulière, l'entrepôt des Douanes ou entrepôt des Marais, et il y resta jusqu'à ce que sa plume de romancier et d'auteur dramatique eût acquis assez de valeur pour lui permettre de jeter de côté sa plume de bureaucrate, c'est-à-dire une dizaine d'années.
Au reste, ce n'était pas la besogne qui l'accablait, à l'entrepôt des Marais, où j'allais quelquefois, et pour cause, lui rendre visite en société d'un ami. Il y était chargé de la comptabilité des liquides, tous de premier ordre; vins étrangers de provenance garantie : madère, porto, xérès, pakarct, marsala; rhums et tafias authentiques. A'arin, surtout, Yarin le vaudevilliste, se plaisait à aller avec moi à l'Entrepôt, étudiei' le moelleux de tel ou tel cru espagnol ou italien.
El, lors dîme de ces visites, Henry nous conta
DE PAUL DE KOCK. Ul
inc histoire qui venait de se passer dans son adninistration, et qui mérite d'être connue, un de nos plus grands poètes, le plus grand peut-être le nos jours, si la passion politique n'entachait {uelque peu son génie, y ayant, malgré lui, joué un rôle.
On sait que les objets de marchandise ou autres qui arrivent en entrepôt sont accompagnés d'un acquit-à-caution en tête duquel est inscrit le nom du destinataire.
Or, un jour de l'année 1845 ou 1846, douze fûts de tafia, expédiés de la Martinique, et jaugeant ciiacun de trois cent cinquante à quatre cents litres, furent apportés dans les magasins des Marais, escortés d'un acquit en haut duquel on lisait :
A M. V. Hugo, à Paris.
Le chef de bureau de l'entrepôt, un garçon qui se piquait de httérature, poussa un cri de joie à l'aspect de cette suscription.
— Henry, dit-il à mou fils, voyez donc!... Douze fûts de tatla à l'adresse de Victor Huiro !
— Douze fûts !... Peste !... Combien de litres?
— Ensemble quatre mille cinq cents litres.
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— Quatre mille cinq cents litres !... Mon Dieu! qu est-ce qu'il va foire de tout cela, le grand homme?...
— C'est son afïïiire; la mienne est de l'aviser de l'arrivée de son tafia, et je l'avise. Quel bonheur s'il pouvait venir en personne en acquitter les droits! Je meurs d'envie de le connaître. Oh ! je donnerais vingt h-ancs pour le voir face à fiice !
La lettre d'avis fut envoyée place Royale, où demeurait alors Yictor Hugo; mais, contre l'espoir du chef de bureau hugolàtre, ce ne fut pas le poëte qui se présenta à l'entrepôt, mais uiic sorte d'intendant muni d'écus pour enlever une barrique...
Et ainsi de suite dans l'espace de six mois environ. A deux autres reprises, l'intendant de Victor Ilugo l'cvint chercher du tafia; mais de vi-' site du poëte, point! Olympio s'obstinait à rester dans ses nuaucs.
Le chef de bureau s'arrachait les cheveux; il allait avoir sujet de se les arracher bien davantage!
C'était à la lin du sixième mois, le mois de juillet, après la livraison du troisième fût au grand homme un matin. Un monsieur se présente à
l'entrepôt, et, s'adressant à son employé supérieur :
— Monsieur, lui dit-il, je viens acquitter les droits de douane sur douze barriques de tafia de la Martinique, marquées V. IL, entrées dans vos magasins au mois de février dernier,
— Très-bien, monsieur. Votre nom, s'il vous plaît?
— Vincent Hugo.
1 — Vin-cent Ilu-go!
Le chef de bureau a pâli, frappé d'un sinistre soupçon; il consulte ses livres et les lettres de n|voiture que lui soumet M. Vincent Hugo. 0 ciel!... Mais les tafias livrés à Victor Hugo sont bien ceux que réclame son homonyme... moins le prénom !
Etonné de ce trouble, ce (l(^i'ni(M' reprend :
— Qirest-ce donc? Serait-il lu-i'ivé quelque chose à mes tafias?...
— Non!... c'est-à-dire... si!... Votre adresse n'était pas sur l'acquit-à-cantion, n est-ce pas, monsieur?
— On ne pouvait pas l'y mettre. Je n'habite pas Paris, où je ne viens, tous les ans, que quelques mois pour vendre mes marchandises.
— Ah! c'est un i^rand malheur, monsieur!
— Quoi?
— Qu'on n'ait pas su... Encore si l'on avait mis M. Vincent Hugo sur l'acquit!... Vincent e\\ toutes lettres...
— Eli bien?
— Eh bien ! je n'aurais pas supposé que ce tafias appartenaient à M. Victor Hugo, lepoëte !., Vous concevez : je vois : à M. V. Hugo à Paris., je lis VICTOR Hugo, moi ! Et comme il n'y a comme il ne peut y avoir à Paris, en France en Europe, dans l'univers, qu'un Victor Hugo je l'avise de l'arrivage de son rhum, et...
— Il le retire de vos magasins?
— Pas tout, monsieur... pas tout!... Il n'ei a encore retiré que trois barriques ! un millier d( litres environ.
— Eh bien! j'en suis très-taché, monsieur mais si vous avez livré à M. Victor Hugo ce qui n'est pas à lui, comme votre administration est responsable, ce n'est pas à M. A'ictor Hugo, mais à votre administration que je demanderai com};!;' de son erreur.
(( J'ai l'honneur de vous saluer. Cette atïliiii' ne me regarde plus désormais, elle regarde mon avoué. »
M. Vincent Hugo s'était éloigné, laissant h
chef de bureau plongé dans la stupeur et la désolation. Et ce qu'il y a de plus joli, c'est que, passant subitement de l'adoration au mépris, le plumitif accusait maintenant à grands cris le poëte d'être le seul auteur du mal !
— Comprend-on? hurlait-il, comprend-on ce Victor Hugo?... Ces tafias ne sont pas à lui, et il les prend!...
— Il les prend, parce que vous lui écrivez qu'il ait à les prendre! fit mon lils.
— Je lui écris! je lui écris!... Il devait bien savoir qu'il n'attendait pas quatre mille cinq cents litres de rhum de la Martinique!... Par conséquent, il ne devait pas les recevoir!
— Pourquoi donc? On reçoit souvent des choses qu'on n'attend pas. Évidemment Victor Hugo a cru à un cadeau!
— Un cadeau de douze barriques! Gomme c'est vraisemblable!
— En tout cas, ce cadeau avait ses charges. Victor Hugo a payé les droits des trois fûts qu'il a retirés.
— Les droits!... une centaine de francs par barrique! La belle fichaise!... Et je vous demande un peu ce qu'il a pu laire d'un millier de litres
do rliuiii cil six mois! Il nu pas Iju mille litres de ilmm en six mois, ([ue diable!...
. — Quant à cela, je ne vous le dirai pas.
— Mais il le dira, lui! Il Aiudra bien qu'il le dise! Et vous verrez qu'il sera condamné par le tribunaux à restituer ou à payer la marchandise qu'il a indûment acceptée!...
— Quant à cela, je crois que vous vous abusez. Le chef de bureau s'abusait en effet. Lé procès
dont M. Vincent Hugo avait menacé l'adminis tralion eut lieu, cl, devant le tribunal de com merce, Victor Hugo ayant démontré sa parfaite bonne foi, c'est-à-dire qu'il avait vu, dans cette formidable expédition de rhum, un de ces présents plus ou moins magnifiques, plus ou moins extraordinaires que lui valait chaque jour l'admiration du monde entier pour son génie, Victor Hugo fut mis hors de cause, et la compagnie de I.'entrepôt des Marais condamnée seule à payer à M. Vincent Hugo les trois barriques détournées de leur destination.
— Mais enfin, répétait, à la suite de ce jugement, le malheureux chef de bureau, à qui la compagnie avait sévèrement tapé sur les ongles, qu'est-ce qu'il a fait de mille à onze cents litres de tafia en six mois, ce Victor Huuo?...
— Il l'a expliqué au tribunal : il les a échangés 'avec son marchand de vins contre du bordeaux et du bourgogne.
— Il les a échangés!... Alors ce n'est plus un poëte que ce poëte!... c'est un marchand!... un épicier!... On lui envoie un cadeau... il le présume, du moins... et il l'échange!...
Et se secouant avec dépit, comme un renard qui a laissé sa queue au piège, le plumitif terminait :
— C'est égal, on ne m'y reprendra plus à m'engouer des grands hommes!... à les voir dans tout et partout!... Ça coûte trop cher!...
Je reviens à Romainville, mon Abbotsfordn° "2, qui fut bien triste et bien vide pour moi et mes enfants après la mort de ma femme, de leur mère Pendant tout Tété de 1848 nous n'v reçûmes personne.
Mais toute douleur s'apaise. Et c'est une des bontés de Dieu de transformer nos regrets les plus cruels en un souvenir dont l'amertume même a sa douceur. Avec le soleil de 1844 la gaieté rentra chez nous. En 1845, j'achetai une portion du bois faisant face, du côté de l'avenue du château, à ma villa. Deux arpents. Et ce ne fut point dans le but seulement d'augmenter ma
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propriété que je me déeidai îi cette acquisition, mais parce que, chaque année, le bois de Romainville diminuant d'étendue, envahi qu'il était par les constructions, et menaçant ainsi de disparaître, je tins à en conserver au moins un morceau pour moi. Je fis enclore mon bois de murs, puis, connue, en s'y promenant un soir. Benjamin Antier me disait :
— Il ne manque plus qu'un théâtre dans votre domaine, marquis de Carabas!
— Il ne manquera plus bientôt! repartis-je.
A un mois de là, mon théâtre était bâti au milieu du bois. Et un théâtre comme on en voit peu! Avec des coulisses, une scène, une rampe et ^ des décors tout comme un autre, pourtant! Mais c'était par sa salle qu'il différait du vulgaire. Sa salle, c'était une clairière. Le public s'asseyait sur le gazon, sous les arbres; les dames seules avaient droit à des chaises. Les comédiens, c'étaient mes . enfants et nos amis; l'orchestre, c'était moi. Pour le drame je jouais du violon; du piano pour la comédie ou le vaudeville.
Trois ou quatre fois par saison il y avait spectacle à Romainville. On y a joué la Forêt périlleuse et Roderic et Cunéfjonde, d'une façon surprenante, j'ose le dire. Dans la Forêt péril-
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/('Kse principalement, Grassot, improvisant le personnage d'un facteur de la poste qui apporte une lettre, au fond d'une caverne, au féroce chef de brigands, eut un succès sans précédents. On y a joué Estelle ou le Père et la Fille, du Gymnase, comme certainement je défierais aux artistes même du Gymnase de la jouer ! Qu'ils le prennent ■comme ils voudront! On y a joué des opérettes; des opérettes dont les Variétés et les Boulfes-Parisiens se fussent léché les doigts. Et nous avions des chanteurs, nous, qui chantaient nos opérettes. Léon Achard (qu'il ne le nie poinl)! Léon Achard, un de nos premiers ténors aujourd'hui, a débuté au théâtre de Romainville.
Tous les habitants du pays, grimpés sur les murs qui entourent le bois, assistaient, émer- Tcillés, à ces représentations vraiment extraordinaires. Comment donc ! mais si j'eusse voulu •octroyer des billets payants aux bourgeois des environs, j'eusse encaissé souvent des recettes superbes! En 1854, un Anglais m'écrivit pour m'offrir deux cents francs d'une loge. Je lui répondis que je ne lui donnerais pas de loge, parce qu'il n'y en avait pas, mais que s'il savait grimper iiux arbres, je lui réserverais une branche solide dans un châtaignier.
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Après le spectacle, le bal an salon, ou sur là pelouse clans le jardin, quand la chaleur était trop forte. Puis, dès que le jour commençait à poindre,, le souper, ou, si vous le préférez, \u riieure, le déjeuner sous la tonnelle. Toutes les dames d'abord à table, servies par les messieurs, ensuite tous les messieurs, servis aussi, souvent, par les dames. On avait ri au spectacle, au bal, on riait au souper; on riait encore après le souper en se remettant à danser quelquefois jusqu'à midi; on riait cnlin, en se séparant, à l'espoir de se trouver réunis, le plus tôt possible, à pareille fête.
Mes commensaux habituels à Romainville, dans l'espace de quinze ans, vous plaît-il que je vous les nomme?
C'étaient :
Henry Monnier, Hippolyte Cogniard, Benjamin Antier, Barrière, Charles Desnoyers; Meyer, alors directeur de la Gaîté ; Mourier, le directeur des Folies-Dramatiques; Villeneuve, le vaudevilliste; Siraudin, A'arin, Boyer ; les graveurs Metzmacher et Nargeot; Fontaine, de la manufacture de Sèvres; Court, Barrias, Régnier, Eustache Lorsay, Worms, Belin ; Devoir, le peintre décorateur, qui avait brossé les toiles de mon théâtre; Mène, le
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sculpteur; Guennepin, rarchitecte; Gazelles, député de l'Hérault; le comte de Rougrave, le capitaine de Bernard de Seigneurens, le docteur Benoit; Gharlieu, Hippolyte Souverain; Alexandre Gadot, Sartorius; Hervé, le musicien; Achard père et Léon Achard, Sainville, Ravel, Alcide Tousez, Grassot, Lhéritier, Laferrière, le gros Laurent, Vollet; Jouault, un simple rentier, celui-là, mais un simple rentier qui avait la gloire d'être l'ami de Rossini, et qui me procura l'honneur de la visite de l'illustre maestro, visite que je fus, comme bien vous pensez, très-heureux de lui rendre. Rossini voulait voir Paul de Kock, Paul de Kock voulait voir Rossini; ils se virent deux fois l'un chez l'autre, et ils s'embrassèrent chaque fois de grand cœur.
Gharles Monselet, le spirituel écrivain, s'est assis aussi à ma table à mon grand Abbotsford; mais il ne l'a pas vu dans tout l'éclat de ses amusantes fêtes; et il aurait désiré le voir ainsi que c'eût été impossible, car on ne donne plus guère de ces fêtes chez moi maintenant, hélas ! Ge n'est pas ma faute, c'est celle de l'âge, de la maladie. Mon caractère n'a pas changé; j'aimerais autant qu'autrefois à voir autour de moi de joyeux visages, mais... mais j'ai soixante-seize ans; je pour-
rais même dire que j'en aurai bientôt soixantedix-sept... et j'ai la goutte. A soixante-dix-sept ans, et avec la goutte, Roger-Bontemps luimême eût renoncé à passer des nuits à boire, danser, jouer, manger et rire!...
Enfin, si l'âge me contraint à être sage, je me souviens que je ne l'ai pas toujours été, et c'est encore un plaisir...
La mort a empêché mon illustre et vénéré père d'achever d'écrire ses Mémoires.
Il avait, comme il l'a dit, commencé le volume qu'on vient de lire en 1869, et il avait continué d'y travailler de temps en temps, à son aise, jusqu'à Tété de 1870.
Les événements politiques qui se succédèrent alors le trouhlèrent; et (jui est-ce qui n'était pas trouhlé, en France, à cette funeste époque? Quel écrivain français eût eu le courage de travailler quand la patrie, follement engagée dans une lutte terrible, semblait, de jour en jour, de plus en plus près d'y succomber?
Pendant le siège, un chagrin particulier vint s'ajouter chez mon père aux inquiétudes que lu causait le sort de la France. Il apprit que sa propriété de Ron^ainville avait cessé, pour ainsi dire,
d'être. Le bois, coupé en partie, pour se chauffer, par la troupe, avait été abattu ensuite tout entier par une bande de misérables maraudeurs et voleurs; la maison avait été saccagée, pillée.
La guerre avec les Prussiens terminée, on sait ce qu'il advint. Une nouvelle guerre commença, bien plus affreuse que la première. Une guerre fratricide. Une guerre de Français contre des Français.
Pendant les deux mois que dura Texécrablc Commune, mon père ne sortit pas une fois de son appartement. J'allais souvent le voir; il [tassait ses journées assis dans son fauteuil, près de sa fenêtre, immobile, silencieux et triste. Triste, lui! Il fallait donc qu'il souffrit beaucoup !
Lors de la bataille dans la rue, ma sœur le supplia vainement de chercher avec elle un asile dans un quartier plus sûr. -
— Où veux- tu aller? lui l'époadit-il. On tue partout !
Le théâtre de la Porte^Saint-Martin brûlait, à quelques pas de lui.... Sourd à toutes les instances, il s'étendit sur son lit, dans sa chambre qu'éclairait l'incendie, en disant : a Autant mourir;^ ici ! »
Il ne mourut pas encore alors; les balles et
les flammes l'épargnèrent; mais il ne devait pas résister longtemps à tant d'émotions, de chagrins.
Le mois de juin s'écoula. L'ordre paraissait rétabli. Il voulut aller à Romainville.
— N'y vas pas cette année ! lui dis-je.
— Pourquoi ?
— Parce que tu n'es pas assez fort pour supporter le spectacle de tes désastres.
— Je suis philosophe, tu le sais bien !
— Et puis, il y a encore des Prussiens à Romainville.
— Eh bien! les Prussiens ne valent-ils pas mieux que les Ijandits de la Commune ?
Il partit. Je pleurai, moi, en voyant notre pauvre petit bois coupé au ras de terre.
— Bah! dit-il, lui, avec un sourire navrant, ra repoussera !
Il avait foit apporter des meul3les dans sa maison pour remplacer ceux qu'on avait volés — et on les avait volés tous, — il appela des ouvriers pour y refaire les portes, les fenêtres brûlées; des jardiniers pour remettre des arbres et des fleurs dans le jardin....
Et menuisiers, serruriers, peintres, maçons, jardiniers, du matin au soir il n'était occupé que de
les hâter dans leur travail, comme s'il eût devin»^ qu'il n'en verrait pas rachôveinent.
En effet, vers le milieu d'août, ses forces s'affaiblirent visiblement. Depuis longtemps il avait perdu l'appétit, le sommeil. De médecin il ne voulait pas qu'on lui parlât ! Il n aimait pas les médecins. Bientôt son état s'aggrava à ce point que ma sœur exigea son retour à Paris. Averti, j'accourus à son chevet; il me reconnut, car il me serra la main, mais il ne put me parler. La goutte, remontée au eœur, Tétouffait. J'avais amené un prince de la science, le docteur Gueneau de Mussy.... Je n'oublierai jamais l'accent plein d'àme avec lequel le célèbre praticien me dit en me prenant à l'écart : « Oh ! monsieur, vous allez être bien malheureux ! Mais il n'y a rien, plus rien à faire! Votre père se meml!... »
Il mourut le mardi 29 août 1871, à flix heures du soir. Cinquante ans auparavant, jour pour jour, il avait couché pour la première fois dans cet appartement, dans cette chambre où s'exhala son dernier soupir.
Mon père était, on l'a lu, de la religion réformée, mais il nous avait faits catholiques, ma sœur et moi, jugeant plus convenable pour ses enfants d'appartenir à la religion dominante en France.
DE PAUL ni-: KOCK. 30.")
A 1111)11 invitnrhtn, un pasteur vint prier, à la maison nioiLuaire, siu' le cercueil de mon illustre et vénéré père, et accompagna ses restes mortels au cimetière.
A cette occasion, un journal religieux — l'Univers — n'a pas craint de plaisanter. Oui, (le plaisantcf !... Quand la presse tout entière, et de toute opinion, était unanime dans ses regrets, un rédacteur de l'Univers, qui n'a pas eu le courage de signer, il est vrai, son article à la fois sot et infâme, a osé dire :
« On aimerait à savoir ce qu'un ministre du pur Évangile a pu dire sur Paul de Kock! »
Cela est une sottise, monsieur l'anonyme, parce que, vous qui faites métier de religion, vous auriez dû savoir qu'un ministre protestant, devant une tombe, ne parle point de la créature qu'elle renferme, mais de Dieu, le Dieu bon, le Dieu juste, à qui ceux qui restent doivent demander de les consoler dans leur affliction.
Il n'y a que chez les catholiques, monsieur, qu'il .est d'usage, pour plaire aux vivants, de mentir quelquefois aux morts.
Cela est une inflimie, parce que quoi que ce soit, dans la vie et dans l'œuvre de mon illustre et vénéré père, ne vous autorisait à douter du bien
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qu'on pouvait dire de lui dans la loiiihc. (^e bien, résumé de la sorte :
(( C'était le plus honnête des hommes.
(c C'était le meilleur des pères.
(( C'était un de nos plus féconds et un de nos plus charmants romanciers contemporains, et aussi un de ceux dont le nom ne périra pas. »
Paul de Kock est enterré dans le cimetière des Lilas, autrefois le bois de Romainville. Ma sœur et moi avons voulu que notre bien-aimé père reposât dans ce pays qui lui était cher. La com- ' mune des Lilas a tenu à honneur de se charger du soin de l'entretien perpétuel de la tombe de Paul de Kock, et nous avons accepté cette offre avec reconnaissance, comme un dernier et touchant hommage rendu par le peuple à son grand écrivain populaire.
Henry de Kock.