CHAPITRE XX
pour la province, on se réunissait le soir chez Sacchi. On y jouait, on causait , on disait des folies , on mangeait des beignets et on vidait quelques verres de vin ; c'étaient des récréations charmantes , et Ton m'y fêtait comme le dieu tutélaire de la compagnie. L'insensée Théodora vint a ces réunions exprès pour me dire des impertinences que je supportai patiemment a cause du prochain départ de la troupe. Sacchi, croyant bien faire, défendit a la Ricci de reparaître aux récréations du soir. Les actrices triomphaient et annonçaient partout que je m'étais querellé avec ma commère. Marianne elle-même m'approuvait de cesser mes visites a sa sœur. L'ouragan de la médisance répandit la nouvelle de ma rupture , et la cause de cette rupture fut attribuée aux débordements de la Ricci. En un moment, la réputation de cette pauvre femme fut foulée aux pieds, et malheureusement j'étais condamné au silence après lui avoii tant de fois servi d'avocat.
On verra bientôt de quelle étrange et terrible manière l'ingrate commère se vengea de mon abandon forcé.